22 minutes. C'est le temps dont je dispose pour laisser une trace de mon amour pour une œuvre exceptionnelle nommée Outer Wilds. Pourquoi ne pas l'avoir fait plus tôt ? Et pourquoi 22 minutes d'ailleurs ? Croyez-le ou non, j'ai amorcé le processus de nombreuses fois déjà. Mais piégé dans une boucle temporelle, j'étais inexorablement ramené 22 minutes dans le passé chaque fois que je pensais avoir terminé de formuler mon propos. Aujourd'hui j'ai compris, Outer Wilds m'a bouleversé au point où jamais je ne serai satisfait de ce que j'en écrirai, je n'ai pas le talent nécessaire pour décrire son génie, exprimer parfaitement ce qu'il m'a fait ressentir et agencer le tout correctement. Et puis finir d'écrire sa critique c'est un peu lui dire adieu, j'ai donc préféré maintenir le jeu en vie dans mon esprit, refusant de le laisser ne devenir qu'un souvenir, c'est désormais par le biais de vidéos que je revis cette fabuleuse aventure. Mais aujourd'hui je brise la boucle ! Il est grand temps pour moi de poster définitivement ma critique, longtemps après la bataille, longtemps après mon propre voyage. Le jeu est désormais bien connu et jouit d'une belle et grande aura, un destin bien mérité et qui fait chaud au cœur. Mon ambition étant tardive, elle est aussi modeste : je souhaite simplement partager ma passion dévorante pour cette odyssée vidéoludique et en laisser une trace avant que l'univers s'éteigne, et ça passe forcément par ma petite expérience personnelle. Si vous n'avez pas encore fait le jeu, je vous conseille de ne pas aller plus loin, c'est une aventure formidable qui mérite d'être vécue pleinement avant d'être racontée, même partiellement. Vous êtes prévenus. Pour ceux qui sont encore là, montez donc dans ma fusée, n'oubliez pas votre combinaison spatiale et préparer vous pour un voyage mouvementé mais mémorable.
Le frisson de la découverte
Ce jeu, j'ai eu la chance de le découvrir avant la hype, avec son trailer et sans rien n'en savoir. Je ne dis pas ça par élitisme, je le mentionne parce que c'est aussi un facteur important pour comprendre l'effet que ça peut faire de découvrir un jeu comme celui-là à l'aveugle. J'en reviens donc au trailer et s'il n'est pas rare que l'enthousiasme me gagne quand je découvre un nouveau jeu intéressant, il est bien moins fréquent qu'une simple vidéo d'annonce de moins de 2 minutes m'impressionne et me subjugue, ça a pourtant été le cas avec Outer Wilds. Un feu de camp, un vaisseau, un planète effrayante balayée par d'immenses tornades, l'espace et un système solaire tout entier défilent sous une musique envoutante et une simple ligne de texte apparait en nous promettant l'exploration spatiale de ce système solaire fait main. Qu'est-ce qui se passe ? J'ai froid moi d'un coup ? Les frissons ! Ca sentait déjà la pépite. Je l'ai donc acheté à sa sortie sur Epic, il n'était malheureusement pas encore dispo ailleurs, mais je ne l'ai démarré qu'un tout petit peu plus tard, en juin 2019. J'étais convaincu que ça allait me plaire, mais comment imaginer la claque cosmique qui allait suivre ?
Avant même de lancer le jeu, sur la page d'accueil, une superbe musique résonne. Je suis resté planté là un petit moment avant de démarrer l'aventure, décidément ça sentait bon. Le jeu commence donc sur Âtrebois, la planète de notre adorable protagoniste bleu à 4 yeux pour seulement 6 doigts, alors qu'il se réveille près d'un feu de camp sous les étoiles en prenant une profonde inspiration. Après un dialogue avec un compère, on commence à visiter les alentours. Déjà, le jeu a un charme fou, ce n'est pas graphiquement impressionnant, les textures peuvent paraitre grossières notamment, mais la direction artistique est excellente. Notre visite nous amène à parler avec les villageois et un intelligent tuto déguisé se lance, nous faisant utiliser pour la première fois nos outils : l'onduloscope qui permet à la fois de zoomer et de capter des signaux sous forme auditive, le guetteur qu'on peut lancer et qui sert à prendre des photos, et le traducteur avec lequel on peut lire la langue des nomaïs. Cette race, désormais éteinte, nous a précédé et a laissé de nombreux écrits que les explorateurs âtréiens n'avaient pas pu déchiffrer jusqu'alors. Le traducteur est en effet une invention toute fraiche de notre peuple et c'est à nous qu'il incombe d'en faire usage pour la première fois. Après le pilotage à distance d'une mini-fusée aux contrôles approximatifs ou encore la visite d'une grotte et d'un musée, nous voilà enfin paré pour récupérer les codes de lancement de la véritable fusée, notre plus ou moins fidèle compagnon pour cette aventure. Alors on enfile la combinaison, on s'assoit sur le siège de pilotage et c'est parti ! La sensation du premier décollage est incroyable, presque stressante, totalement grisante. Ça y est, en passant la stratosphère on prend conscience de la liberté qui nous est offerte, on peut voyager dans l'espace comme bon nous semble et aller se poser sur n'importe quelle planète. Ah tiens, je sens les frissons revenir moi, c'est normal ?
L'Aventure majuscule
Cette liberté nouvelle est teintée d'excitation, où vais-je aller en premier ? Pour ma part, je n'ai pas voulu bruler les étapes, je suis allé me poser sur la Rocaille dans un premier temps, la lune d'Âtrebois. Ce simple trajet, le fait de se poser sur un astre (même tout petit), de l'explorer avec le système solaire en toile de fond et la forte respiration de notre personnage pour seul effet sonore... Ce n'est certes que le début mais je vous assure que c'est déjà quelque chose, ça fait son petit effet.
Par la suite je suis parti me poser sur Léviathe, la fameuse planète que j'avais aperçu dans le trailer. Là encore, dépaysement garanti dès qu'on passe l'atmosphère et sa couche de nuages. Voir la séquence dans un trailer est une chose, mais la vivre soi même en est une autre. J'ai pu trouver la terre ferme, non sans avoir bu la tasse (enfin, pas moi, ma fusée) et y poser ma fusée comme je pouvais, visiblement pas comme il fallait puisqu'elle s'est retrouvée éjectée dans l'espace peu de temps après sans que je comprenne bien pourquoi sur le moment. Mais pas le temps de comprendre, quelques temps après qu'une musique aussi belle qu'inquiétante se soit lancée, mon écran s'est illuminé et je suis mort. Plait-il ? S'ensuit l'apparition d'un masque et les images de mon expédition qui défilent à toute vitesse en sens inverse et... "Hhhaaaaa" ! On se réveille à nouveau sur Âtrebois en prenant une grande bouffée d'oxygène. Hmmm, serait-ce une boucle temporelle ? Voilà un jeu bien intriguant. Evidemment je me suis alors posé mille questions mais je vous passe les détails, et me voilà reparti, fendant le vide spatiale à bord de ma fusée retrouvée.
Cette fois-ci, direction Cravité, on change d'ambiance. Je découvre une planète plus solide cette fois-ci, quoiqu'assez instable puisque le sol s'effondre régulièrement, bombardé par un satellite volcanique. En explorant, je découvre que le noyau de la planète se trouve être un trou noir et qu'une cité entière a été bâtie au dessus, à l'intérieur de la planète, à l'aide notamment de cristaux antigravitationnels minés sur place. Là c'est de nouveau la grosse claque, je suis déjà en train de me dire que le jeu est taré dans sa construction, que je n'ai jamais vu ça ailleurs. Je me barre pour retourner explorer la surface quand la musique inquiétante retentit de nouveau, là je comprends que je vais une nouvelle fois m'évaporer sans rien biter alors je cours chercher ma fusée et puis... BOUM ! J'ai vu le soleil se rétracter sur lui même et provoquer une gigantesque explosion, une supernova en somme. Pas la peine de fuir, j'ai bien essayé mais il était trop tard. C'est en tout cas à cet instant que j'ai vraiment compris ce qui se tramait, c'est l'explosion du soleil qui m'avait tué sur Léviathe et qui me retuerait encore et encore passé un certain laps de temps. Encore une fois, j'étais sur le cul. Sensation de dingue, puis retour à la case départ. Le souffle de l'aventure est puissant mais il s'accompagne donc de cette contrainte, le temps joue contre nous.
La brillante cohérence ludo-narrative
Le but est alors de comprendre. Que se passe-t-il sur ce système solaire ? Qui sont les nomaïs ? Que cherchaient-il à accomplir ? Pourquoi le soleil explose-t-il ? Qu'est-ce que l'œil de l'univers et quel importance a-t-il ? Autant de questions qui vont former le socle narratif de cette aventure. Et la narration, ici, elle passe par deux choses : l'exploration et la lecture. En effet, la narration est environnementale, le simple fait d'explorer les différents astres nous offre tous les indices sur les mystères qui entourent cet univers. Mais pour pleinement les comprendre, nous avons besoin d'un outil précieux : la fameux traducteur. Avec lui on va lire tous les écrits que les nomaïs ont laissé derrière eux. Chaque planète explorée, chaque lecture est alors une pièce qui permettra de reformer ce gigantesque puzzle cosmique
Ce que j'ai omis de dire plus tôt, c'est que chacune de nos découvertes importantes se retrouve enregistrée sur l'ordinateur de bord de notre fusée, consultable à tout moment. Parfait pour garder le cap, il nous renseigne aussi les lieux pour lesquels il reste des infos à trouver. Le jeu ne nous prend pas par la main mais nous ne sommes jamais complètement perdu. Fort de cette information j'ai donc pu explorer sans craintes toutes les planètes du système de fon en comble, je ne trouve plus rien sur celle-ci, je passe à celle-là et ainsi de suite. Chaque trouvaille nous en apprend plus sur l'histoire des nomaïs et conduit à d'autres mystères, un vrai jeu de piste grandeur nature, et plus on s'enfonce dans ce labyrinthe plus on est captivé. C'est très fort d'avoir réussi ça dans un jeu où nos actions se limitent au déplacement (à pied ou en fusée), et à l'utilisation de quelques gadgets (traducteur, guetteur, onduloscope). Pas d'arme, pas d'ennemis à dézinguer, simplement de l'exploration et de la réflexion. Et si ça marche, c'est parce que les développeurs sont brillants, ils ont créé un monde incroyable de cohérence avec des idées de game design qui force le respect autant sur un plan technique qu'en terme d'originalité et même de fun. Parce que oui, on s'amuse sincèrement quand on vit une aventure aussi immersive, on se sent tellement plus impliqué dans un monde comme celui-là où tout fait sens, tout se recoupe, et dans lequel le souci du détail est partout. Je pourrais citer les Sablières par exemple, deux planètes jumelles dont la couche sableuse passe de l'une à l'autre par effet de va et vient. C'est une belle idée, impressionnante en soi, mais qui devient géniale quand on sait que sous le sable des Sablières se cachent de sacrés secrets. Aussi progressivement qu'il recouvre ceux de l'une (Sablière rouge), il découvre ceux de l'autre (Sablière noire). Le temps devient donc un facteur primordial pour leur exploration. Pareil sur Cravité, plus le temps passe, plus la planète s'effondre et disparait à l'intérieur de son trou noir central. On comprend aussi pourquoi les nomaïs s'étaient installé sur cette planète dangereuse, pourquoi ils se sont installé au dessus d'un trou noir. Et il en va de même pour absolument tous les éléments de ce jeu : la quête de l'œil de l'univers, le projet sablière noire, le canon orbital, le laboratoire des hautes énergies, la station solaire, l'intrus, la lune quantique... Tout est réglé au millimètre, tout est passionnant. Une folie je vous dis !
Je ne veux pas trop rentrer dans les détails (malgré mon avertissement de départ à ceux qui n'aurait pas fait le jeu), ce n'est pas le but ici. Ce qu'il faut savoir c'est que cette histoire est fantastique, riche en mystères/révélations et en émotions, elle est centrale dans Outer Wilds. Mais elle n'est pas servi sur un plateau, il faut mériter cette histoire en reconnectant soi même tous les éléments glanés ici et là. Plus important encore, la narration, l'exploration et la réflexion autour d'énigmes environnementales ne sont pas des éléments séparés, ils s'imbriquent les uns dans les autres pour former un véritable tout. La formule trouvée ici est à mon avis la quintessence de ce que peut offrir le jeu vidéo, Mobius Digital a utilisé son medium de la meilleure des manières, jamais Outer Wilds ne pourrait avoir la même force si on l'adaptait en film ou en série, tout est parfaitement pensé par le biais du jeu vidéo et c'est ce qui en fait un réel chef d'œuvre. Le terme n'est pas galvaudé, l'action est valide me signale l'arbitre.
La fin du voyage
La dernière ligne droite de cette aventure est sacrément intense. À ce stade on a compris, on a rassemblé toutes les pièces du puzzle, le scénario s'est dessiné, on sait ce qu'il nous reste à faire. Et la dernière action requise de notre part a quelque chose d'assez effrayant quand on connait l'inéluctabilité de ses conséquences, mais c'est tellement galvanisant. Et quand enfin on touche au but, qu'on atteint ce qu'on recherchait depuis tant de boucles... Moi j'étais extatique, j'en ai savouré chaque seconde, pleinement impliqué. Et en traversant ce que j'appellerai l'épilogue, j'ai fini les yeux humides et la bouche grande ouverte (rarissime chez moi ce genre de réaction), complètement sonné par l'expérience globale et par le final en lui même. Et à la manière d'une boucle temporelle, on se retrouve au commencement, sur l'écran d'accueil du jeu, avec de nouveau cette musique magnifique qui sonne de façon plus nostalgique que jamais. Je l'ai laissé tourner quelques minutes avant de quitter le jeu ce soir là. Coup de chapeau aux développeurs de Moebius Digital et à leurs têtes bien pleines, leur petit (mais déjà ambitieux) projet étudiant est devenu un chef d'œuvre absolu. Bravo à Masi Oka d'en avoir reconnu le potentiel et d'avoir fondé le studio pour leur offrir les moyens de leurs ambitions. Et félicitation aussi à Andrew Prahlow pour cette sublime OST, ça fait 7 ans qu'elle tourne régulièrement chez moi et elle m'évoque toujours autant d'émotions, toujours avec la même force.
À peine terminé, Outer Wilds avait intégré mon top 10 (et en bonne place). Après l'avoir digéré il s'est carrément imposé à la première place, sans aucune hésitation. Vous savez, chercher de grands jeux à travers nos explorations vidéoludiques c'est un peu comme envoyer une sonde au hasard dans cet univers avec l'espoir de faire une belle prise, il faut donc envoyer cette sonde autant de fois qu'il est possible pour dénicher un jour la perle rare. Outer Wilds est en quelque sorte la 9 318 054e tentative. Oui, c'est mon œil de l'univers, mon jeu vidéo préféré. La quête est achevée, le but est atteint. Je joue depuis que j'ai 4 ans, j'en ai 35 aujourd'hui (et donc 28 au moment où j'ai fais le jeu), j'en ai donc croisé des jeux et j'en croiserai encore. Pourtant celui là ne risque pas d'être délogé parce qu'on est au delà d'un coup de cœur, c'est un pur coup de foudre. Mieux que ça, si aujourd'hui je devais définir mon œuvre favorite tout medium confondu, c'est Outer Wilds que je citerais. C'est à ce point là que j'aime ce jeu, à ce point là qu'il m'a marqué. Ca explique aussi pourquoi je n'arrive pas à lâché l'affaire et à poster une critique en guise de point final, pourquoi régulièrement je revis mon aventure à travers celles d'autres joueurs en me passant des let's play entiers (chose que je ne fais avec aucun autre jeu). Il est aussi inévitable d'évoquer la fameuse vidéo de TheGreatReview qui a explosé et a certainement contribué à rameuter du monde sur le jeu, je l'en remercie sincèrement. Cette vidéo est excellente et constitue désormais à mes yeux le meilleur testament sur ce jeu. Donc en plus des let's play, j'ai aussi regardé tout un tas de "react" à la vidéo de TGR, un vrai fanatique je vous dis ! Et ma condition ne s'est pas arrangé avec la sortie de l'extension en 2021, toute aussi exceptionnelle que le jeu de base et pourtant bien différente, mais ceci est une autre histoire.
Mais tout ça c'est fini, je vous l'ai dis en préambule, j'ai mis fin à la boucle. Les 22 minutes sont presque écoulées et, comme je le pensais, je ne suis pas satisfait de ce que je viens d'écrire. Mais tant pis, cette fois-ci j'accepte que c'est fini, j'accepte de poster malgré tout, il est temps d'essayer de passer à autre chose. Outer Wilds va s'éteindre et, je l'espère, créer un nouvel univers vidéoludique aussi riche et passionnant par la suite. Qu'il serve d'inspiration, de socle pour une future génération de développeurs ambitieux, pas pour singer mais pour s'inspirer du travail des meilleurs, de leur souci du détail, de la cohérence et l'intelligence avec laquelle ils ont façonné le monde d'Outer Wilds, son histoire et ses mécaniques de jeu. L'espoir... renait... BOUM !