Paper Trail
6.8
Paper Trail

Jeu de Newfangled Games (2024 · Nintendo Switch)

J'aime bien les « jeux concept ».

Pour moi qui apprécie le jeu vidéo mais qui ne dispose pas forcément de beaucoup de temps pour ça, j'avoue que ça me fait du bien quand un titre cherche à me surprendre, notamment en posant sur la table une mécanique inédite. Or, c'est ce que fait ce Paper Trail, et force est de constater qu'il le fait très bien.


Pour ma part, je considère qu'un bon jeu concept c'est un jeu qui doit être capable de proposer des mécaniques suffisamment simples pour être accessible d'entrée, mais qui doit être aussi capable de monter progressivement en complexité pour tenir la durée et poser un vrai défi à son joueur. Et c'est exactement ce que j'ai retrouvé avec Paper Trail.


Basé le principe de faire du pliage avec la surface plane du jeu, le défi consiste à jouer des motifs qui sont sur les deux faces de la feuille sur laquelle on se déplace et constituer de nouveaux chemins, des ponts, faire apparaître des objets pour faire avancer notre avatar...

On commence sur une surface simple. Des indications visuelles nous guident dans un premier temps pour qu'on comprenne le principe de base sur les dix premières minutes de notre partie et ensuite – c'est parti mon kiki – on rentre très vite dans le sujet.

Des mécaniques sont vite ajoutées pour nous forcer à adopter des pliages de plus en plus complexes, on rajoute des collectibles facultatifs pour nous forcer à nous creuser les ménages et je dois bien avouer avec été régulièrement surpris (positivement) de l'ingéniosité du dispositif.


Parce que c'est souvent ça le problème avec les jeux concept, c'est que ça s'essouffle très vite sur la durée. Ça peine à vraiment décliner la formule alors ça se repète un peu tout le temps, si bien que l'enthousiasme du début retombe vite, avec cette sale impression qu'une promesse delan créatif a été trahie. C'est par exemple ce que j'avais vécu avec Carto ; jeu construit sur un principe assez proche que ce Paper Trail et qui avait été pour moi une rapide et longue désillusion.


Je ne vais pas rentrer dans le détail pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte, mais je dirais juste au sujet de ce Paper Trail qu'il a vraiment su jouer avec beaucoup d'habilité sur les limites de ses mécaniques. Parce qu'une feuille, ça ne peut pas se plier de mille manières, surtout lorsque – comme c'est le cas ici – il n'est pas question de faire des plis sur d'autres plis.

Du coup, on peut plier horizontalement, verticalement, en diagonale, ce qui réduit pas mal les possibilités et offre donc clairement la possibilité au joueur de tenter toutes les combinaisons possibles assez rapidement et sans trop avoir à se creuser les méninges. Seulement voilà, parce qu'une même feuille nécessite souvent d'être pliée de plusieurs manières différentes pour avancer, que notre avatar est susceptible de bloquer le pliage selon sa position, mais aussi parce que certains objets, selon leur disposition peuvent aussi participer à bloquer les possibilités, il faut sans cesse penser nos actions comme un coffre à déverrouiller, définissant les étapes à suivre pour espérer conduire notre personnage au bon endroit.


Ajoutons à cela que chaque niveau à l'intelligence d'être thématisé, introduisant pour chacun d'eux une mécanique qui lui est propre, mais aussi que ces niveaux ne sont pas trop longs mais suffisamment malgré tout pour pousser leur mécanique jusqu'au bout, histoire de finir sur un tableau final de plusieurs panneaux. Ça crée une routine dans la diversité qui est bienvenue.

Au total, j'y ai passé une petite demi-douzaine d'heures qui m'ont franchement comblé, surtout que Paper Trail est un jeu franchement mignon, avec une direction artistique très réussie et une musique que, pour ma part, j'ai trouvé simple mais envoûtante.


Alors pourquoi ne pas mettre une note davantage flatteuse, pourriez-vous vous demander.

Eh bien c'est tout bête, mais ça tient à peu de chose : je trouve que ce jeu peine à être autre chose qu'un jeu.

Ça pourrait ne pas être un défaut si je vous parlais d'un titre qui avait fait le choix du minimalisme absolu à la façon d'un Tetris, d'un Kurukuru Kururin ou d'un 140, mais là, il se trouve qu'on a affaire à un jeu qui entend articuler son jeu à une trame narrative et, là, j'avoue, le bât blesse un peu.


Ce n'est pas que l'histoire présente un défaut particulièrement marqué, mais c'est juste que j'avoue n'être jamais parvenu à m'y intéresser. Et c'est tout con mais je pense que c'est lié à ces intermèdes narratifs sous forme de pliage. Vu que l'histoire se déroule via des illustrations qu'on plie et qu'on déplie – et surtout vu que la voix off se développe systématiquement PENDANT qu'on réalise le pliage, eh bah je ne commence à ne focaliser mon attention qu'une fois mon pliage terminé et, généralement, c'est trop tard : j'ai loupé le début de ce qui était raconté, je ne parviens pas à raccrocher. Pire, je me rends compte que je m'en fous un peu.

Et c'est dommage, parce que cette histoire de petit frère disparu avait un sacré potentiel. Mais c'est parasité par cet enjeu au fond bien trivial que celui d'aller (simplement) à l'Université.

Et puis pourquoi passer par cette grotte glauque pour quitter le village ? N'y a-t-il pas de route ou de train ? À dire vrai, je n'ai jamais été en mesure de vraiment identifier le type d'univers qu'on me proposait là. Et à dire vrai, I je n'y suis pas parvenu c'est aussi parce que je n'en ai pas eu envie.


La narration, ça a été le point noir de ce jeu sans en être un.

Ça n'empêche pas de jouer, tout comme ça n'empêche pas de profiter de la belle DA, mais d'un autre côté, c'est ce qui m'a conduit à vivre les niveaux comme une simple accumulation plutôt que comme une continuité dynamique. Et j'avoue, ça m'a un peu frustré.


Ça m'a frustré parce qu'au bout du compte, Paper Trail n'en demeure pas moins un très bon jeu, plaisant, malin et avec parfois de belles petites touches de délicatesse (moi, par exemple, je m'amusais toujours des descriptifs d'origami, quand bien même étaient-ils laconiques). Je regrette seulement qu'il n'ait pas au pleinement m'emporter afin de laisser une vraie marque forte dans mon esprit.

Mais bon, je dis ça mais qui sait. Peut-être que, d'ici quelques années, je me rendrai compte qu'elles auront toujours leurs traces, ces belles pliures de papier.

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