Persona 5: Royal
8.8
Persona 5: Royal

Jeu de Atlus et Sega (2019 · PlayStation 4)

Après les versions enrichies Persona 3 FES puis Persona 4 Golden, il semblait assez naturel pour Persona 5 de bénéficier de sa propre version enrichie quelques années après sa sortie, une version royale pour le roi des JRPG de son temps, et accessoirement un moyen de rentabiliser encore davantage ce succès commercial faisant tant de bien à Atlus. La promesse est la toujours la même, une expérience authentique mais plus complète avec à la fois des ajouts dans l’aventure reprise de P5 et une extension de celle-ci par un chapitre inédit prolongeant la fin de jeu.


Mais si refaire un jeu comme Persona 5 est forcément un immense plaisir en raison de ces nombreuses qualités et de la fluidité de sa proposition, malgré la centaine d’heures de jeu à prévoir, ces ajouts sont-ils simplement sympathiques ou transforment-ils l’expérience originale au point de rendre cette version indispensable pour le joueur qui comme moi a déjà fait P5 à sa sortie ? Le défi était de taille et après les DLC payants un peu abusifs, le risque d’une version à peine supérieure pour de seules raisons commerciales n’étaient pas minces, voyons ce qu’il en est.


SCENARIO / NARRATION : ★★★★★★★★☆☆


Le premier ajout scénaristique dont j’ai envie de parler ? Ce ne sont pas moins de 3 confidents inédits qui font leur apparition, un pour un personnage déjà existant si largement remanié que je le considère inédit et 2 pour des inédits incontestables, et ils sont tous les 3 réussis et très bien articulés les uns par rapport aux autres et ensemble avec le scénario global. D’une part, le remanié confident Akechi permet de beaucoup plus développer la relation entre lui et le protagoniste pour augmenter son impact dramatique lors de la trame principale avec des liens subtils plutôt intelligents. D’autre part, Kasumi et Maruki sont sans doute parmi les social link les plus dramatiques de la saga et fonctionnent très bien ensemble pour développer la thématique centrale du jeu qui s’en retrouve considérablement renforcée.


Et si ces nouveaux confidents exigent plus de temps à dépenser sur une même période en jeu pour les suivre sans que ça soit au détriment d’autres, ça tombe bien toute la gestion du temps libre a été repensée pour profiter pleinement de l’ensemble. Ça peut passer par de nouvelles options disponibles pour ne pas perdre de temps sur des activités qu’on ne regrettera pas, comme revendre les vêtements sales plutôt que de passer la soirée à les laver, mais ça passe surtout par plus de possibilités de sorties au soir, oubliant les frustrantes soirées à aller se coucher de bonne heure de Persona 5, un soulagement.


De plus, les options de sorties inédites dans Tokyo avec Caroline et Justine sont aussi très sympas pour vivre un peu plus d’évènements avec elles tandis que les nouvelles requêtes dans le Mémento offrent toujours plus de petites intrigues annexes intéressantes. Il en va de même pour les événements sociaux inédits comme les jeux en équipe, même si les commentaires des coéquipiers sont un peu trop souvent positifs, nous félicitant pour un mauvais tir aux fléchettes ou se disant responsable de l’échec en équipe alors qu’on a marqué moins de points qu’eux. Sinon, quelques dialogues non doublés dans le jeu original le sont désormais ici, ce qui est un autre point permettant d’un peu plus profiter de ces moments.


Malheureusement, l’excellente idée de Persona 3 Portable de proposer une nouvelle protagoniste n’est pas plus reprise ici que pour FES ou Golden et ça me désole. J’imagine qu’avec un peu de réécriture il y aurait eu moyen de proposer une excellente romance inédite avec Akechi, en plus de proposer également les romances avec Ryuji, Yusuke, Mishima... alors que le protagoniste masculin aurait eu droit à cette romance avec Kasumi, qui est très bien. Et je ne suis pas seul à le penser puisqu’à l’heure où j’écris ces lignes je vous laisse deviner le sujet du mod le plus populaire pour le jeu sur sa version PC. C’est vraiment ce qui me manque le plus dans cette nouvelle version qui fort heureusement a beaucoup d’autres choses à proposer pour se faire pardonner.


Car si prolonger l’année permet de terminer les confidents non complétés, c’est surtout l’occasion de découvrir un tout nouveau chapitre et qui est formidablement bien écrit à mon sens. Il permet d’explorer un peu plus chacun des personnages sans en laisser un seul de côté. Il explore une thématique très intelligente qui est suffisamment en lien avec la principale pour sembler naturellement à sa place sans tomber dans la redite inutile. Il s’offre l’un des antagonistes les plus charismatiques et originaux de la saga avec cette principale particularité d’être réellement attachant et bien intentionné. C’est tout simplement un sans-faute et ça évite tous les pièges qui lui étaient tendus.


De plus, la traduction française écrite, la première pour la saga, est évidemment plus que bienvenue pour rendre plus accessible le titre, même si je n’en avais personnellement pas besoin et qu’elle n’est évidemment pas parfaite. La version anglaise ne l’était déjà pas aux yeux des nippophones qui regrettaient certains choix, mais je ne peux pas en juger ce qui me concerne, simplement trouver cette traduction française satisfaisante. Et c’est parfaitement cohérent avec les ambitions commerciales d’Atlus pour cet épisode qui a définitivement prouvé que même l’Europe pouvait s’intéresser à Megami Tensei au point de rendre rentable la traduction officielle d’un jeu si richement écrit. Et je n’ai pas encore parlé du joyau de cette couronne royale.


GAMEPLAY / CONTENU : ★★★★★★★★★☆


Une tonne de changements viennent rendre les combats plus confortables, plus dynamiques et plus addictifs, bien que je ne voyais même pas une once de marge de progression sur le jeu original. Le rechargement désormais automatique et gratuit des armes à feu entre chaque combat et le baton pass disponible dès le recrutement encouragent leur utilisation. Davantage d’options en ville, notamment le club de jazz, le billard et le temple permettent d’améliorer significativement les statistiques et attaques des personnages, surtout en New Game + pour les plus motivés. Le grappin peut désormais fluidifier encore plus les phases d’infiltration en étant utilisé sur les ennemis.


L’apparition de Jose avec ses fleurs et ses tampons motivent davantage l’exploration du Memento avec ses consommables bien pratiques à acquérir et les bonus facilitant encore plus le grinding. Les options de personnalisation de l’arsenal ont été élargies pour offrir davantage de dilemmes ludiques entre puissance, précision et effet de statut. Ces statuts handicapant le sont encore davantage mais en contrepartie sont plus courts. Les attaques Showtime viennent offrir de nouvelles options offensives surpuissantes. Le système de négociation pour recruter les Personas est un peu plus permissif. Et évidemment, plus de Personas, incluant ceux des DLC payants du jeu original, offrent toujours plus d’options de jeu avec des attaques inédites en prime ainsi qu’un nouveau système de traits offrant un effet passif supplémentaire.


Et pour que le challenge persiste et que l’aventure ludique ne soit pas identique à P5 il y a aussi pas mal de changements en ce sens. Des défis annexes d’exploration et de combat ont été ajoutés aux palais, des ennemis peuvent revêtir une forme leur permettant de riposter à toute attaque à laquelle ils ne sont pas vulnérables, les boss ont été remaniés avec de nouvelles résistances, attaques et mécaniques, l’IA des ennemis les rend plus dangereux, le niveau de sécurité des Palais commence à 40 % plutôt que 0 %, les munitions durant le combat sont davantage limitées...


Ces changements tendent tout de même à renforcer la petite problématique de la courbe de difficulté incohérente du début d’aventure très difficile en mode de difficulté maximal avant de devenir de plus en plus facile au fil de la progression à l’exception de quelques boss devenant pics de difficulté. Mais encore une fois ce n’est pas très grave une fois qu’on l’a compris et qu’on accepte que Megami Tensei ne veut plus être cette expérience longue et hardcore de bout en bout, simplement un mode hardcore en début d’aventure pour te forcer à maîtriser le système puis les pics pour les boss, ce qui me va plutôt bien.


Concernant des points secondaires, le jeu de fléchettes faisant appel au gyroscope de la Dualsense propose un peu plus d’activités ludiques durant le temps libre mais ce n’est pas là que le jeu a porté ses efforts, autrement le billard aurait dû être aussi jouable, la salle d’arcade aurait du permettre plein de mini-jeux différents… mais comme ce n’est pas du tout ce que j’attends en priorité d’un Persona, aussi Royal soit-il, je ne lui reproche en rien. Par ailleurs, les trophées ont été simplifiés pour rendre le platine plus accessible au profit de récompenses à débloquer dans le repaire des voleurs, ce qui maintient tout de même les marqueurs de progression pour les plus motivés.


Enfin, le palais inédit s’inscrit tout simplement parmi les meilleurs donjons du jeu et de la saga avec son level-design suffisamment labyrinthique pour poser un challenge d’orientation sans devenir trop confus, des énigmes variées demandant un minimum de réflexion sans bloquer trop longtemps la progression, un boss final disposant de ses propres mécaniques offrant le défi attendu et exploitant les mécaniques de jeu les plus importantes de l’épisode… On n’est vraiment pas loin du sans-faute pour tous ces ajouts ludiques d’une qualité que j’aurais aimé retrouvé sur tous les aspects.


RÉALISATION / ESTHÉTISME : ★★★★★★★☆☆☆


Sorti sur la même console que le jeu original, à savoir la PS4, nous n’avons pas droit aux améliorations graphiques que j’attendais sur les textures les plus grossières du jeu original, comme ces coffres sur lesquels la caméra zoom pourtant bien exagérément, ou ces panneaux en ville à la police d’écriture floue alors qu’on a nécessairement envie de les lire. Plus modestement, les portraits sont un peu plus détaillées, quelques animations supplémentaires viennent rendre les personnages plus expressifs… c’est toujours bon à prendre mais j’en attendais davantage.


A la manière de P4 Golden, les personnages peuvent tous acquérir un troisième Persona et sans surprise c’est une autre formidable réussite artistique avec la gracieuse Cendrillon devenant la majestueuse Vanadis avant de finalement allier les 2 lors de leur fusion culminant en Ella comme pour refléter l’évolution de Kasumi, les déjantés Skull Kid et Seiten Taisen de Ryuji deviennent l’encore plus déjanté et pourtant toujours aussi stylé William… Et si les All-Out Attacks profitaient d’un effet de style très réussi, elles sont désormais complétés par les petites cinématiques loufoques très réussies des Showtimes, mention spéciale à Morgana et son bouquet de fleurs à Ann. Rien à redire de côté-là, j’en attendais pas moins.


L’ajout de Kichijoji comme environnement libre à explorer au quotidien offre une nouvelle ambiance visuelle à ce Tokyo qui n’en demandait pas tant, en plus de constituer une subtile référence au premier Shin Megami Tensei. Son club de Jazz permet notamment de disposer d’un peu plus d’options pour se poser avec un personnage dans une ambiance relaxante réussie. Il en va de même pour l’aquarium et ses très belles couleurs bleutées à Shinagawa mais dans une moindre mesure, vu qu’on ne peut pas y vagabonder librement. Quant au repaire des voleurs pour accéder à différents bonus, la possibilité de personnaliser son décor avec des éléments repris du jeu est plutôt une bonne idée.


En parallèle, l’extension du Memento et le nouveau Palais profitent d’une direction artistique qui leur est propre, parfaitement en accord avec le ton de cette extension, d’une qualité indiscutable et bien distincte de ce que l’on avait vu dans le jeu original. Certains pourront même dire que ce sont leurs environnements préférés du jeu visuellement, même si ce n’est pas tout à fait mon cas. C’est sans doute dû aux limites techniques de cette version qui arrive dans un contexte de fin de la 8ème génération où la concurrence est particulièrement abouti sur cette question.


L’OST se voit quant à elle nettement enrichie de 29 pistes avec beaucoup de réussites discrètes et quelques thèmes chantés plus marquants. Certains sont des reprises de thèmes anciens quand la référence le justifie, comme le thème Kichijoji 199X qui reprend le thème original du Kichijoji de Shin Megami Tensei, la plupart sont inédits. No more What Ifs offre une nouvelle musique relaxante même si elle reste dans l’ombre du magistral Beneath the Mask, tandis que I Believe et Throw Away Your Mask constituent une nouvelle fois des musiques de combat très appropriées à leurs enjeux, aussi bien par leur ton que par leurs paroles.


CONCLUSION : ★★★★★★★★☆☆


Si l’on se concentre sur ses ajouts exclusifs, Persona 5 Royal n’est pas venu me chercher sur ce qu’attendais de lui, à savoir de nettes améliorations graphiques et une protagoniste féminine alternative à Joker, mais il m’a trouvé par un chapitre inédit aussi formidablement bien écrit que parfaitement associé à la trame principale, une tonne d’améliorations ludiques là où je voyais un système pourtant parfait, un ultime donjon parmi les plus aboutis de sa saga et une solide extension de sa composition musicale. Je ne regrette pas les 120 heures de jeu dessus en plus des 105 heures sur le jeu original, ça en dit long.

damon8671
8
Écrit par

Créée

le 11 avr. 2026

Critique lue 15 fois

damon8671

Écrit par

Critique lue 15 fois

D'autres avis sur Persona 5: Royal

Persona 5: Royal

Persona 5: Royal

7

Benetoile

le 10 nov. 2021

Suivre

Un bon JRPG en défaut d'imaginaire

Critique publiée à l'origine sur Etoile et Champignon.fr Quelques infos pour commencer : P5R est un JRPG coupé en deux, mi-simulation de vie, mi-donjon RPG. Côté « simulation », on joue la vie d’un...

Persona 5: Royal

Persona 5: Royal

7

Pertu2

le 2 mars 2024

Suivre

Une immense perte de temps

Je ne doute pas que les développeurs de Persona 5 sont des génies qui ont tout compris à la psychologie, pour avoir attiré tant de joueurs dans cet antre qui nous force à hiberner qu'est Persona 5...

Persona 5: Royal

Persona 5: Royal

5

LeNatif

le 5 mars 2024

Suivre

Pas la cible

Je n'avais jamais joué à un Visual Novel, je ne savais pas vraiment ce que c'était et j'ai compris que je n'étais pas la cible. On m'avait vendu ce jeu comme étant un très bon JRPG. Tout le monde le...

Du même critique

Mass Effect

Mass Effect

8

damon8671

le 24 août 2013

Suivre
Dernière modification

le 22 août 2014

Un début certes imparfait mais à l'univers incroyablement prometteur

Après le formidable succès de KOTOR dont il fut game-director, Casey Hudson veut repartir dans l’espace et répéter les grandes qualités des meilleures productions Bioware déjà existantes mais en...

Barry Lyndon

Barry Lyndon

5

damon8671

le 6 juil. 2020

Suivre

Chef d’œuvre incompris ? Au moins en ce qui me concerne

Alors qu’il ne parvient pas à convaincre les studios de production de la rentabilité d’un grand film sur Napoléon, Stanley Kubrick adapte le peu connu roman Barry Lyndon pour réaliser un film de...

Super Mario Sunshine

Super Mario Sunshine

7

damon8671

le 22 oct. 2013

Suivre
Dernière modification

le 14 juin 2025

« The vacations starts now ! »

Après plus de 5 ans d’attente suite au cultissime Super Mario 64 et alors qu’aucun épisode inédit original n’a vu le jour sur console portable durant cette période, la franchise principale du...