C'est fou comment le jeu a l'air d'être un rescapé cryogénisé de la génération PS3 / Xbox 360 et ce n'est pas forcément un constat péjoratif.
Car si on veut voir le verre à moitié plein, on a ainsi une expérience beaucoup plus épurée que la moyenne d'aujourd'hui sans toutes les fioritures qui prolongent inutilement les jeux récents. C'était d'ailleurs assez cocasse d'enchainer ce jeu après First Light tellement c'est deux philosophies opposées du jeu vidéo qui se succèdent ; d'un côté, 007 a une pléthore de systèmes perfectibles mais qu'il va agencer savamment pour diversifier son expérience de jeu tandis que Pragmata se focalise sur une seule mécanique principale qui va être peaufiner constamment jusqu'au dénouement. Même chose pour le scénario qui est d'une touchante efficacité dans sa simplicité, sans avoir la prétention d'aborder des réflexions métaphysiques ou de vouloir dépeindre une grande crise existentielle à travers la science fiction ; Capcom nous a habitués à une écriture souvent merdique dans leurs productions mais je trouve que le scénario évite pour le coup de nombreux pièges, à commencer par un héros agréablement ordinaire pour une fois, sans vouloir plomber l'ambiance avec un passé tourmenté.
La vraie déception réside seulement dans la structure extrêmement archétypale du jeu, au point que j'ai commencé à craindre le pire à partir de la troisième zone et du vingtième verrou à débloquer pour poursuivre son chemin ; j'ai l'impression que le jeu aurait tout de même pu être plus ambitieux dans son Level Design et que son concept se prêtait plutôt bien à un Metroidvania Light qui n'est qu'esquissé dans le cas présent. Qu'à cela ne tienne car au lieu de griller ses cartouches trop vite, le jeu va se bonifier au fil du temps grâce à un bestiaire hyper inventif et des possibilités de personnalisation insoupçonnées à travers les nombreuses facettes du gameplay (au point où je suis hyper curieux de voir ce que le jeu va donner sur la scène du SpeedRun car il y a une telle réactivité dans les contrôles que les joueurs aguerris vont sans doute se régaler sur ce titre).
Bien sûr, ce n'est pas un jeu qui est à la hauteur de la hype suscitée à sa lointaine annonce, à l'époque où on se risquait même à imaginer un lieu saugrenu avec Death Stranding mais après un développement aussi laborieux, Pragmata est sacrément bien retombé sur ses pattes et même si le jeu devait rester unique, sans prolongement de la licence, ça reste une belle réussite de persévérance, un peu à l'image du récit de ces deux héros attachants finalement.
Et c'est un peu la réconciliation pour moi avec Capcom après la douche froide de Requiem, surtout à une époque où je suis clairement plus orienté rétrogaming (ça changera avec le raz de marée qui nous attend en Septembre) et donc enclin à accepter l'aspect archétypal du titre dans sa progression. D'ailleurs, je ne sais pas si c'était une démarche consciente de la version française mais j'étais très agréablement surpris de retrouver Serge Thiriet sur le héros de Pragmata alors que je ne l'avais pas entendu depuis des années sur un jeu vidéo ; c'était pourtant une voix très récurrente sur la génération 360 (Thane dans Mass Effect, Sander Cohen dans Bioshock, le Prince de Perse et surtout Kaim Argonar dans Lost Odyssey) et ça renforçait sacrément le trip nostalgique que le jeu représente, peut-être involontairement.
Et j'avoue que par les temps qui courent, j'apprécie aussi d'avoir encore le choix de la VF dans les jeux. ^^