Pragmata est probablement l’un des jeux les plus constamment agréables et maîtrisés que j’ai fait récemment. Pas une révolution du jeu vidéo, pas une œuvre qui me fera réfléchir pendant des années… mais un jeu extrêmement abouti qui semble comprendre en permanence ce que le joueur attend de lui.
Dès les premières minutes, le jeu impressionne techniquement. Les décors sont magnifiques, très détaillés sans jamais tomber dans la surcharge visuelle. Certains plans sont volontairement très “cinématographiques” (la scène de la plage par exemple) mais la réalisation assume complètement cette recherche du beau et cela fonctionne très bien.
L’autre excellente surprise vient du gameplay. Sur le papier, le double système mélangeant les tirs du protagoniste et le hacking de Diana pouvait sembler confus ou artificiellement complexe. Pourtant, manette en main, tout devient étonnamment naturel. Le jeu réussit quelque chose de très difficile : demander au joueur de gérer deux niveaux d’attention simultanément sans jamais devenir illisible ou injuste. Même après plusieurs heures, le plaisir de jeu reste intact et l’on ressent une vraie montée en maîtrise au fil de l’aventure.
Cette maîtrise se ressent particulièrement durant les combats. Avec une apothéose sur le boss final : exigeant, nerveux, conçu pour pousser le joueur à réellement utiliser tout ce qu’il a appris. Enfin un vrai bon boss de fin.
Le jeu récompense également très bien la curiosité du joueur. L’exploration est constamment gratifiante, tout comme le hub du “refuge” qui se décore progressivement grâce aux souvenirs rapportés durant l’aventure. Et voir Diana réagir avec enthousiasme à chaque nouvel objet est toujours un petit moment de plaisir simple mais très efficace.
Diana, justement, est clairement le cœur du jeu. La relation qui se construit avec cette petite androïde fonctionne remarquablement bien car elle reste constamment juste. Ses réactions sont souvent mignonnes, parfois drôles, mais jamais agaçantes ou forcées. Pragmata évite intelligemment le piège du personnage “cute” artificiel. À plusieurs reprises, j’ai retrouvé une sensation de protection que très peu de jeux savent provoquer (coucou The Last of Us).
La narration suit cette même philosophie : sobre, bien rythmée et maîtrisée. Les échanges entre les personnages sonnent juste et la fin du jeu se révèle réellement émouvante sans tomber dans le pathos ou le cliché larmoyant. En revanche, malgré ses qualités, l’histoire manque peut-être d’un vrai fond marquant. Pragmata ne m’a pas particulièrement fait réfléchir ou remis en question sur quoi que ce soit. C’est un excellent voyage, mais probablement pas un jeu qui me hantera longtemps après l’avoir terminé.
Le contenu post-game “Signal inconnu” est lui aussi très réussi. Il permet de revisiter les boss et les mécaniques du jeu dans des versions plus exigeantes sans devenir inutilement punitif. C’est particulièrement satisfaisant car il met en valeur la progression du joueur et sa meilleure compréhension du gameplay.
Mon principal reproche concerne finalement la chasse au platine, et plus précisément le trophée “Conquérant de la Lune”. Le jeu impose de recommencer entièrement l’aventure en difficulté “Lunatique” sans New Game+. Le problème n’est pas la difficulté elle-même (qui est déjà très relevée) mais l’obligation de repartir de zéro et de re-farmer toutes les améliorations alors que le joueur maîtrise déjà parfaitement le jeu. Un New Game+ aurait largement suffi pour proposer un vrai challenge sans donner cette impression de perte de temps artificielle.
Au final, Pragmata est un jeu extrêmement maîtrisé, fluide et cohérent dans presque tous ses aspects. Peut-être un peu trop "lisse” pour devenir inoubliable, mais suffisamment intelligent et agréable pour donner envie de revenir immédiatement si Capcom décide de capitaliser sur sa nouvelle licence... (Et très franchement, on aimerait bien !)