Dans la galaxie que représentent les jeux Capcom, toutes ces étoiles commencent à vieillir. Soudain, une nébuleuse annonce apparait dans le ciel, donnant naissance à Pragmata, une nouvelle étoile. Initialement prévu pour 2022, cette nouvelle licence de l’un des doyens vidéoludiques a été repoussée pour finalement arriver en 2026. On sent le développement compliqué et on a de quoi s’inquiéter. On y incarne Hugh Williams, ingénieur astronaute qui arrive sur une base lunaire. Cette dernière est vide et sans vie. Il est attaqué par des machines contrôlées par une IA appelée IDUS. Pour survivre, il rencontre une Pragmata, une sorte de robot-IA qui a la capacité d’hacker.
La grosse originalité de ce jeu est cette compétence de Diana. Lorsque l’on vise un ennemi, une grille apparait à l’écran. En utilisant les boutons de droite de la manette, on peut parcourir la grille en passant par des points précis qui permettent de baisser la défense de la cible et ainsi de faire des dégâts avec une arme à feu utilisée par Hugh. Ce jonglage peut dérouter au début, notamment à cause des nombreux évènements qui ont lieu. Il faut dasher pour esquiver, viser les ennemis, les hacker, tirer sur leur point faible, tout en hackant de nouveau, en esquivant les attaques et en prêtant attention à la barre de surchauffe (équivalent d’une barre de choc) … Bref, tous les boutons sont utilisés et il faut faire preuve d’une certaine dextérité des doigts pour arriver à survivre. Qu’on soit clair, une fois le gameplay maîtrisé et jouissif. Tous les bonus et les armes secondaires qui sont mis à notre disposition sont un bonheur à manipuler. Rien n’est à jeter. On peut même réussir à casser gentiment le jeu. J’ai deux reproches à faire. Quand on affronte plusieurs ennemis, il est difficile de viser le robot qu’on souhaite hacker. L’autre point est plus rare : une aide à la visée prend parfois trop ses aises et nous dévie de notre réelle cible. J’ai trouvé le jeu difficile durant les premières heures, puis une aisance s’est installée au fil des robots explosés. Les boss sont de totales réussites. Ils sont originaux et de réelles épreuves d’endurance. Le jeu peut se conclure en une dizaine d'heures, le 100% et la vraie fin demandent plutôt la vingtaine.
L’autre gros point fort du jeu est sa relation entre Hugh et Diana. Au début, je la trouvais superficielle et mal amenée avec ses airs de petite fille et Big Daddy de Bioshock. Ils étaient froids et distants. Avec le temps, on comprend que ce sont là leur personnalité et leur vécu. Si on ajoute au gameplay fusionnel les dialogues et les questionnements pertinents de Diana sur l’espèce humaine, on obtient une relation très touchante. Cette relation diffère de ce qu’on connait déjà avec Kratos/Atreus dans God of War ou Joel/Ellie de The Last of Us. On évite certains poncifs de l’androïde qui ne comprend pas les humains et on a le droit à des dialogues pertinents et bien écrits. Diana étant une enfant, on a vite tendance à lui demander de fermer sa gueule tant elle l’ouvre pour un oui ou pour un non. Elle est de la même école de backseat qu’Atreus de God of War. Pourtant, elle a des mimiques d’enfant, des remarques et des réactions qui font sens. En cela, elle est aussi attachante qu’insupportable. On oscille entre la tendresse juvénile et l’agacement puéril. Sans entrer dans les détails, la fin m’a touché. Je trouve que certaines lignes de dialogue sont lourdes et bien pensées. D’ailleurs, le doublage français est de qualité, malgré la voix de Diana qui peut taper sur le système.
Alors, tout est bien dans ce jeu ? Évidemment que non. Déjà, le jeu est répétitif. Même Hugh ironise dessus au bout de quelques heures. Arrivé à la deuxième zone, on se demande si l’aventure ne se résume qu’à arriver dans une zone, devoir hacker des systèmes pour ouvrir des portes. Certes, Pragmata arrive à proposer quelques variantes, mais cela reste occasionnel. Heureusement que la boucle de gameplay soit aussi efficace pour atténuer la monotonie des couloirs que l’on traverse. En fait, le mot « efficace » est adapté à la plupart des choses qu’on fait. Les armes, le sound design, les couloirs, les ennemis… Tout est assez classique, mais camouflé par le système d’hacking. Les musiques sont dans le genre efficaces, mais oubliables. À la limite, on retient le thème de l’écran de titre ou celui du hub, mais aucune mélodie ne reste en tête. Visuellement le jeu est très beau et très fluide. On ressent la froideur de l’espace dans le décor. Ils réussissent, tant bien que mal, à proposer des environnements variés. Si on prend en compte que c’est un jeu AA, on ne sera pas trop regardant sur certains détails, qui reviennent à pinailler.
Bref, Pragmata est un jeu efficace. Y jouer est un plaisir, tout fonctionne, car tout ou presque a déjà fait ses preuves. On suit une relation touchante de deux inconnus, avec une enfant qui nous donne à la fois de l’urticaire et de la sympathie. Notre dextérité et nos réflexes seront mis à rude épreuve au milieu de ces couloirs blancs. Après avoir terminé le jeu, j'ai eu plaisir à parcourir les nombreuses autres missions que propose le jeu. Au point d'arriver à la vraie fin, qui m'a légèrement déçu. Bien que modeste, cette nouvelle licence commence bien. Proposer de petites expériences, au milieu de nombreux AAA, semble être une solution viable face à cette industrie qui cherche à aller vite, tout en s’éternisant sur des développements.