« Bizarre murder cases have recently occurred in Raccoon City. » CHRIS REDFIELD

En 1989, Sweet Home (スウィートホーム) de Kiyoshi Kurosawa sort au cinéma et suit une équipe de télévision qui pénètre dans l’immense demeure abandonnée du peintre Ichirō Mamiya afin d’y documenter et restaurer de mystérieuses fresques. Les personnages se retrouvent rapidement confrontés à des phénomènes surnaturels et au fantôme vengeur de Lady Mamiya, dont le passé tragique est lié à la mort de son enfant. Le film mélange maison hantée, surnaturel et body horror, avec des effets spéciaux particulièrement graphiques.

La même année, Capcom sort Sweet Home (スウィートホーム) sur Famicom, la NES japonaise. Il s’agit de l’adaptation vidéoludique du film de Kiyoshi Kurosawa. Bien que le film ne rencontre pas un grand succès, le jeu, lui, devient une référence en tant que l’un des tout premiers représentants du genre survival horror. Mélangeant exploration, énigmes, gestion des ressources et une ambiance oppressante, le jeu pose les bases de ce qui deviendra plus tard la marque de fabrique du genre.

En 1993, Shinji Mikami se voit confier la tâche par Capcom de réaliser une autre adaptation vidéoludique du film de Kiyoshi Kurosawa destiné aux consoles plus récentes. À l’origine, l’idée est de faire une refonte totale du jeu NES en 3D et à la première personne, intégrant des mécaniques d’action et de tir. Ce choix s’inscrit dans la volonté de rendre le jeu plus immersif et moderne en exploitant la puissance des nouvelles consoles.

Shinji Mikami découvre Alone in the Dark, un jeu français, alors qu’il travaille sur son projet. Ce dernier introduit un système de caméras fixes et des graphismes pré-rendus, permettant d’afficher des environnements plus détaillés. Intrigué par cette approche, Mikami est d’abord réticent à l’idée d’adopter une caméra fixe, estimant que cela nuirait à l’immersion du joueur en le rendant plus détaché de l’action. Cependant, après réflexion, il reconnaît les avantages de cette technique, notamment en matière de rendu graphique et d’optimisation sur PlayStation. Le passage d’une vue à la première personne en 3D à une perspective fixe avec des arrière-plans précalculés marque un tournant décisif dans le développement du jeu, définissant l’identité visuelle et l’ambiance qui feront son succès.

Le 22 mars 1996, Bio Hazard (バイオハザード)  sort sur PlayStation au Japon. En raison de problèmes de droits sur le nom au marché occidental, Capcom décide de le renommer Resident Evil pour son lancement en Amérique du Nord et en Europe le 01 août 1996.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les caméras fixes sont redoutablement efficaces pour mettre en scène l’horreur. À chaque ouverture de porte, chaque changement de couloir, on s’attend à voir surgir un zombie titubant, prêt à nous mordre à pleines dents. Le simple fait d’entrer dans une nouvelle pièce devient une épreuve de survie, un instant de pure tension où l’on redoute le moindre râle ou bruit de pas traînant. Ce sentiment d’angoisse permanente, ce frisson qui nous traverse l’échine à chaque changement de cadre, c’est ce qui fait toute la force du jeu.

Hélas, si les morts-vivants sont lents et maladroits, nos personnages ne sont guère plus vifs. Les contrôles transforment chaque déplacement en une lutte contre un corps rigide, presque cadavérique. Combien de fois ai-je fait un pas de trop, revenant malgré moi sur mes pas comme un zombie incapable de contrôler ses mouvements ? Les personnages ont la lourdeur d’un cadavre réanimé, et il faut un temps d’adaptation avant de parvenir à se mouvoir correctement dans cet enfer.

Et autant vous y préparer : vous allez arpenter ce manoir sinistre en long, en large et en travers. Les allers-retours incessants sont la règle, et chaque retour dans une pièce peut signifier une nouvelle rencontre avec un zombie affamé. Parfois, on espère traverser un couloir désert, mais les cadavres ne restent jamais immobiles bien longtemps... Certains se relèvent, plus agressifs encore, et chaque pas peut vous faire tomber sur un monstre qui semblait pourtant hors d’état de nuire. Heureusement, le décor gothique du manoir Spencer est superbe et contribue à l’atmosphère macabre du jeu.

Dans ce cauchemar de chair en décomposition, chaque objet ramassé est un choix stratégique. L’inventaire est limité, et il faudra faire des choix difficiles : prendre une herbe de soin au cas où un zombie vous morde, ou garder de la place pour plus de munitions ? Un simple oubli peut sceller votre destin. Pire encore, sauvegarder n’est pas une option illimitée. Ici, pas de checkpoint bienveillant : il faut trouver une machine à écrire et posséder un ruban encreur pour inscrire son dernier souffle sur le papier. À chaque fois que l’on manque de ressources, on sent la morsure de l’angoisse, car l’échec signifie tout recommencer.

Le jeu est un vestige d’une époque où les jeux ne prenaient pas les joueurs par la main. C’était l’ère des solutions griffonnées sur des bouts de papier, des sauvegardes risquées et des heures passées à comprendre un mécanisme tordu pour progresser. L’expérience est exigeante, parfois frustrante, mais elle récompense ceux qui s’accrochent, ceux qui osent affronter leurs peurs. Si vous comptez le finir, armez-vous de patience et, surtout, évitez de faire de trop longues pauses : revenir après plusieurs jours sans jouer, c’est comme se réveiller d’entre les morts en ayant tout oublié.

Bio Hazard (バイオハザード) ou Resident Evil n’est pas un simple jeu, c’est une descente aux enfers où chaque balle compte, où chaque porte franchie est un pas vers l’inconnu, où le danger ne disparaît jamais complètement. C’est une expérience qui vous hantera longtemps après l’avoir terminée, un cauchemar vidéoludique où la peur et la survie s’entremêlent dans une danse macabre. Son atmosphère oppressante et ses mécaniques restent gravées dans l’histoire du jeu-vidéo, témoins d’une œuvre qui a posé les fondations du survival horror moderne. Oserez-vous entrer dans le manoir Spencer… Et en ressortir vivant ?

StevenBen
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Les meilleurs jeux de la PlayStation 1 (PS1) et Les meilleurs jeux Resident Evil

Créée

le 5 mars 2025

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