Resident Evil 2
8
Resident Evil 2

Jeu de Capcom (2019)

Il y a une chose que Resident Evil 2 Remake réussit presque à la perfection : faire oublier qu’il s’agit d’un remake. Capcom ne s’est pas contenté de moderniser les graphismes ou de remettre au goût du jour un classique de 1998. Le studio a profondément retravaillé son jeu pour en faire une expérience moderne, tout en conservant ce qui faisait la force de l’original.

Et le résultat est franchement impressionnant.

Le premier élément qui frappe, c’est évidemment la réalisation. Le RE Engine fait ici des merveilles. Les environnements sont magnifiques, les personnages sont incroyablement détaillés et l’atmosphère est particulièrement réussie. Mais ce qui impressionne surtout, c’est la cohérence artistique de l’ensemble. Le jeu possède une véritable identité visuelle, sombre, humide, glauque, avec cette ambiance poisseuse qui colle parfaitement à l’univers de Resident Evil.

Le gameplay, lui aussi, a été considérablement modernisé. Après un premier remake déjà beaucoup plus agréable à jouer que l’original, Capcom franchit encore un cap avec ce deuxième épisode. Les déplacements sont fluides, les tirs précis, les animations convaincantes et l’ensemble donne une sensation de contrôle extrêmement agréable. On retrouve immédiatement les fondamentaux de Resident Evil, mais débarrassés des lourdeurs qui pouvaient parfois caractériser les anciens épisodes.

Mais s’il y a une chose qui domine largement le reste, c’est le commissariat.

Cette zone est exceptionnelle.

Son level design est probablement l’une des plus grandes réussites du jeu. Le bâtiment est immense, labyrinthique et particulièrement bien pensé. On arrive dans les lieux sans réellement savoir comment ils fonctionnent, on découvre progressivement les différentes ailes, les salles verrouillées, les raccourcis et les passages qui permettent de revenir dans des zones déjà visitées. Petit à petit, le joueur mémorise les lieux et finit par avoir une véritable représentation mentale du bâtiment.

C’est cette sensation d’exploration et de progression qui rend le commissariat aussi addictif. On pourrait presque parler de Metroidvania, même si le terme serait évidemment excessif : le principe de revenir régulièrement dans des zones déjà parcourues afin de débloquer de nouveaux passages est en tout cas parfaitement maîtrisé.

Et alors que cette mécanique fonctionne déjà à merveille, le jeu ajoute Mr. X.

L’arrivée du Tyran transforme complètement l’expérience. Jusqu’ici, le joueur pouvait prendre le temps d’explorer, de résoudre ses énigmes et de mémoriser les lieux. Avec Mr. X, cette exploration devient une véritable course contre la montre.

Le plus remarquable est que sa présence repose énormément sur le son.

Avec un casque, ses pas deviennent un véritable instrument de navigation. Il est possible de déterminer approximativement où il se trouve, à quel étage il est et dans quelle direction il se déplace simplement en écoutant. C’est une idée toute simple, mais son efficacité est redoutable, parce que le jeu arrive à créer de la tension sans avoir besoin de montrer constamment la menace.

Une anecdote résume parfaitement cette réussite : le hall central du commissariat donne normalement cette impression de refuge, notamment parce qu’il est associé à la sauvegarde et à une certaine tranquillité. Pourtant, Mr. X peut finir par y faire irruption. Le voir arriver au loin alors qu’on pensait être en sécurité est particulièrement efficace, et oblige immédiatement le joueur à improviser pour lui échapper.

Mr. X devient alors plus qu’un simple boss ou qu’un ennemi puissant. Il devient une présence permanente.

Son inspiration du T-800 de Terminator 2 est d’ailleurs assez évidente : une menace massive, silencieuse, presque indestructible, qui avance inexorablement vers sa cible. On peut lui échapper, mais on sait qu’il reviendra.

C’est probablement l’une des meilleures utilisations de la peur dans la série.

Le commissariat concentre d’ailleurs une grande partie des qualités de Resident Evil 2 Remake. L’environnement, l’exploration, les énigmes, les zombies, les Lickers, Mr. X, le sound design et même la nostalgie fonctionnent parfaitement ensemble.

Cette dernière dimension est particulièrement bien maîtrisée. Retrouver certains éléments liés aux S.T.A.R.S. ou certains lieux déjà connus des joueurs du premier épisode apporte une vraie continuité. Le remake n’appuie jamais lourdement sur cette nostalgie : il laisse simplement les références parler d’elles-mêmes.

Le bestiaire est également une réussite. Les zombies sont particulièrement convaincants, les Lickers restent terrifiants et Mr. X est évidemment devenu l’un des ennemis les plus emblématiques de la licence. Même le crocodile géant, pourtant très ponctuel, reste une séquence mémorable.

Le jeu parvient également à créer quelques moments particulièrement marquants en dehors de l’action. La scène avec le père et sa fille dans l’armurerie en est un excellent exemple. Les œuvres de zombies utilisent régulièrement le thème du parent confronté à la transformation de son enfant, mais cette séquence fonctionne particulièrement bien. Elle possède quelque chose de profondément dérangeant et parvient à provoquer un véritable malaise sans avoir besoin d’en faire trop.

Le principal défaut du jeu apparaît finalement lorsqu’on quitte le commissariat.

Les égouts sont loin d’être mauvais. La séquence du crocodile est même plutôt réussie et l’ensemble reste agréable à parcourir. Le problème vient surtout de la comparaison. Après avoir passé plusieurs heures dans une zone aussi exceptionnelle que le commissariat, les égouts paraissent forcément moins inspirés.

Le laboratoire accentue encore cette impression. Certaines séquences sont très réussies, notamment au début, mais l’ensemble est moins mémorable. Le jeu reste très bon, mais il n’atteint plus le niveau d’excellence de sa première partie.

C’est d’ailleurs un phénomène assez récurrent dans la série : les dernières parties des Resident Evil sont rarement celles qui laissent le plus de souvenirs. Le premier épisode connaît déjà ce petit problème après le manoir Spencer, et plusieurs autres épisodes de la série suivent plus ou moins le même schéma.

Cela n’empêche évidemment pas le jeu de proposer une expérience extrêmement complète, notamment grâce aux différents scénarios de Léon et Claire. Le principe des deux campagnes permet de découvrir les événements sous différents angles et de faire se répondre les deux parcours. Les personnages se croisent, certaines situations prennent un autre sens selon le scénario choisi et l’ensemble donne une vraie richesse à l’aventure.

Les nombreux bonus participent également à la légende du jeu. Les modes supplémentaires, les mercenaires et surtout Tofu rappellent une époque où les secrets des jeux vidéo pouvaient réellement devenir des mythes.

À l’époque du Resident Evil 2 original, avant l’explosion d’Internet, un personnage secret comme Tofu pouvait presque sembler relever de la légende urbaine. On entendait parler de choses dans les cours de récréation, sans jamais savoir si elles étaient vraies. Et lorsqu’un secret aussi improbable existait réellement, il contribuait forcément à la mythologie du jeu.

C’est une dimension du jeu vidéo qui a quasiment disparu aujourd’hui, et Resident Evil 2 fait partie de ces titres qui rappellent à quel point les secrets pouvaient participer à la renommée d’un jeu.

Au final, Resident Evil 2 Remake mérite largement sa réputation.

Avec le septième épisode, Capcom avait réussi à relancer une série qui avait progressivement perdu une partie de son identité. Avec ce remake, le studio va encore plus loin : il démontre que Resident Evil peut redevenir une référence absolue du survival horror tout en se modernisant profondément.

Le RE Engine joue évidemment un rôle majeur dans cette réussite, mais ce n’est pas uniquement une question de technologie. C’est surtout la manière dont Capcom utilise cet outil pour travailler l’atmosphère, les environnements, les animations, le sound design et les sensations de jeu qui fait la différence.

Et surtout, le remake réussit quelque chose de particulièrement difficile : moderniser un classique sans le dénaturer.

Tout n’est pas parfait, notamment après le commissariat, mais la première partie atteint un niveau d’excellence rarement égalé. Le level design est brillant, Mr. X est une idée formidable, l’ambiance est exceptionnelle et le gameplay est d’une fluidité remarquable.

Resident Evil 2 Remake n’est donc pas simplement un excellent remake.

C’est un jeu qui a contribué à définir ce que devait être un remake moderne.

Et surtout, c’est l’un de ces rares jeux qui ont réussi à transformer leur modèle en quelque chose de nouveau, au point de devenir eux-mêmes une référence.

Une réussite majeure de Capcom, et l’un des très grands Resident Evil.

charly5766
8
Écrit par

Créée

le 20 août 2026

charly5766

Écrit par

D'autres avis sur Resident Evil 2

Resident Evil 2

Resident Evil 2

8

LinkRoi

le 15 févr. 2019

Suivre

MR.X, première consultation gratuite

Parlons de Resident Evil 2 : Remake ! Avant toute chose, je tiens à préciser que je suis un amateur des Resident Evil récent (surtout du 4, mon amour !) et non pas des anciens. Le seul vieux...

Resident Evil 2

Resident Evil 2

8

Moizi

le 13 avr. 2019

Suivre

Un régal !

Resident Evil 2 est le seul opus principal que je n'ai pas fait (enfin j'ai jamais vraiment fait le premier, j'ai juste joué au remake sur GC). Et lorsque j'étais au lycée j'avais adoré RE que j'ai...

Resident Evil 2

Resident Evil 2

8

Blood-Curse62

le 27 janv. 2019

Suivre

"Visez la tête" qu'ils disaient ...

Les récentes sorties en matière de Survival Horror ont mis en avant la difficulté de créer une ambiance horrifique tout en ayant un certain arsenal à disposition. On retrouvait rarement l'équilibre...

Du même critique

Hollow Knight: Silksong

Hollow Knight: Silksong

10

charly5766

le 9 août 2026

Suivre

Hollow Knight: Silksong — Une nouvelle référence du genre

Je pense que Silksong fait partie des plus grands jeux vidéo auxquels j’ai pu jouer. Je le place sans problème aux côtés de certains Mario ou certains Zelda, qui sont pour moi des références absolues...

Metroid Prime 4: Beyond

Metroid Prime 4: Beyond

5

charly5766

le 11 août 2026

Suivre

La déception au bout du voyage

Après avoir terminé mon marathon Metroid avec Metroid 1, Metroid 2, Super Metroid, Fusion, Zero Mission et surtout Metroid Prime Remastered, j’attendais énormément de Metroid Prime 4. Prime...

Final Fantasy VII: Remake

Final Fantasy VII: Remake

9

charly5766

le 11 août 2026

Suivre

Quand un remake dialogue avec son propre passé

Je ne pensais pas autant aimer Final Fantasy VII Remake.J’avais pourtant quelques appréhensions avant de commencer. Reprendre un jeu aussi important pour moi, que je connais depuis longtemps et dont...