Il y a des jeux qu’on attend longtemps. Et puis il y a ceux qu’on attend presque depuis trente ans.

Pour moi, Resident Evil Requiem appartient clairement à la deuxième catégorie. J’ai découvert Resident Evil en 1996, à une époque où Internet n’existait pas encore dans nos vies et où chaque nouvelle information trouvée dans un magazine pouvait devenir un petit événement. J’ai grandi avec les trois premiers épisodes et avec cette ambiance horrifique qui, pour moi, constitue l’ADN de la série. Le virage beaucoup plus orienté action de Resident Evil 4 m’avait alors complètement laissé de côté.

J’ai ensuite laissé la série de côté pendant longtemps. Et puis, il y a deux ou trois ans, j’y suis revenu avec Resident Evil 7. Et là, ça a été une vraie redécouverte. J’ai adoré le jeu. J’ai retrouvé cette horreur, cette tension et cette sensation de vulnérabilité qui m’avaient tant plu dans les premiers épisodes. Resident Evil Village a confirmé cette envie de retrouver la série, avec une approche différente mais toujours cette volonté de faire peur.

Autant dire que Requiem avait une sacrée responsabilité sur les épaules.

Et pourtant, il a réussi quelque chose que je n’attendais pas forcément : me réconcilier avec une partie de ce que je reprochais à la série depuis longtemps.

Une vraie réussite horrifique

La partie consacrée à Grace est, pour moi, le cœur du jeu.

Dès les premières heures, Requiem retrouve cette sensation de vulnérabilité que j’aime tant dans Resident Evil. On explore, on cherche son chemin, on récupère progressivement des moyens de défense, on apprend les lieux et surtout, on avance avec cette petite boule au ventre qui nous fait régulièrement regretter d’avoir ouvert la porte suivante.

Et le jeu m’a vraiment fait peur.

Pas simplement « sursauter » de temps en temps : peur. À certains moments, notamment dans les passages où Grace se retrouve totalement démunie, je me suis réellement demandé si j’allais réussir à continuer. Et c’est assez rare pour être souligné.

Le passage sans armes, avec cette impression permanente d’être traqué, m’a notamment rappelé la maison Beneviento de Resident Evil Village. C’est exactement le genre de séquence que j’aime dans la série : celle où le joueur n’est plus en position de force, où il ne peut plus compter sur ses armes et où chaque bruit devient inquiétant.

Et puis il y a Leon

C’est là que Requiem m’a surpris.

J’étais beaucoup plus méfiant concernant la partie Leon. J’avais abandonné la série après Resident Evil 4, précisément parce que l’évolution vers l’action ne me convenait plus. Et pourtant, cette fois, ça fonctionne.

Leon est plus puissant, plus brutal, plus spectaculaire, mais le jeu ne donne pas pour autant l’impression de basculer dans le grand spectacle permanent. J’ai pris beaucoup de plaisir dans ses séquences, et même dans celles où l’action prend clairement le dessus.

Le passage à la tronçonneuse, notamment, fonctionne à merveille.

Ce n’est toujours pas ce que je préfère dans Resident Evil — je resterai toujours davantage attaché à l’horreur — mais Requiem m’a finalement fait accepter cette dualité entre Grace et Leon. Et je trouve que c’est l’une des grandes réussites du jeu.

Le retour à Raccoon City : nostalgie maximale

Mais s’il y a un élément qui m’a vraiment touché, c’est le retour à Raccoon City.

Et surtout : le commissariat.

Je ne pensais pas qu’un jeu vidéo pourrait encore provoquer chez moi un sentiment de nostalgie aussi fort. Lorsque je suis entré dans le commissariat, j’ai pris mon temps. J’ai revisité les pièces, reconnu les lieux, retrouvé des souvenirs du Resident Evil 2 original et du remake.

Capcom sait parfaitement ce qu’il fait ici.

Le jeu joue énormément avec notre mémoire de joueur, mais il le fait avec suffisamment de soin pour que cela ne ressemble pas simplement à un clin d’œil paresseux. On sent tout le poids historique de cet endroit.

En revanche, c’est aussi là que le jeu franchit parfois la limite du fan service.

Le retour de certains éléments iconiques fonctionne parfaitement. En revanche, remettre systématiquement certaines figures emblématiques, notamment Mr. X, donne parfois l’impression que Capcom se dit : « Puisque vous aimez ça, on va vous en remettre une couche. »

Et c’est dommage, parce que Requiem avait suffisamment de personnalité pour ne pas avoir besoin de tout cela.

Un jeu parfois trop sage

C’est finalement mon principal reproche.

Et c’est un reproche assez paradoxal.

Avant de jouer à Requiem, je rêvais d’un Resident Evil classique. Je voulais retrouver l’exploration, les énigmes, la gestion des ressources, les lieux labyrinthiques, les allers-retours et cette progression presque « Metroidvania » propre aux épisodes historiques.

Et Requiem m’a donné exactement cela.

Mais une fois le jeu terminé, je me suis surpris à penser : « J’aurais finalement aimé qu’ils prennent davantage de risques. »

Le jeu maîtrise parfaitement les ingrédients de la recette Resident Evil. Peut-être même trop bien.

Il sait quand faire peur, quand donner des armes, quand faire revenir un ennemi, quand nous faire revisiter une zone, quand nous faire chercher un objet ou une nouvelle route. Tout fonctionne.

Mais justement : tout fonctionne tellement bien que l’on peut parfois avoir l’impression que Capcom joue la sécurité.

J’aurais aimé un peu plus de folie. Une vraie idée qui aurait pu diviser. Quelque chose qui aurait fait prendre à la série un nouveau virage tout en conservant son identité.

Une conclusion correcte, mais pas mémorable

Et puis il y a la conclusion.

Je ne vais pas prétendre qu’elle m’a gâché l’expérience : absolument pas.

Les fins de Resident Evil ont toujours été un exercice compliqué. Même dans les épisodes que j’adore, les derniers actes sont rarement ceux qui me passionnent le plus.

Requiem ne fait malheureusement pas exception.

J’aurais simplement aimé une conclusion plus marquante, plus ambitieuse, peut-être plus émouvante aussi. Après une aventure aussi réussie, j’attendais quelque chose qui me laisse davantage sans voix.

Ce n’est pas une mauvaise fin.

C’est simplement une fin qui, à mes yeux, ne mérite pas complètement l’importance historique que représente cet épisode.

Un excellent Resident Evil

Et malgré tout ça, je veux vraiment insister sur une chose : j’ai adoré Resident Evil Requiem.

Ce serait une erreur de lire cette critique comme une liste de reproches. Mes réserves viennent précisément du fait que le jeu m’a tellement plu que j’aurais aimé qu’il ose encore davantage.

J’ai retrouvé la peur.

J’ai retrouvé l’exploration.

J’ai retrouvé Raccoon City.

J’ai retrouvé Leon.

Et surtout, j’ai retrouvé cette sensation que j’avais connue avec les premiers Resident Evil : celle d’avancer dans un endroit où je ne me sens jamais complètement en sécurité.

Après avoir retrouvé la série avec Resident Evil 7 puis Resident Evil Village quelques années plus tôt, Requiem représente finalement une belle continuité dans ce retour aux sources horrifiques. Il m’a même fait retrouver une sensation que je pensais peut-être avoir perdue avec le temps : celle d’avoir réellement peur devant un jeu vidéo.

Après presque trente ans, réussir encore à me faire me demander, à 41 ans, si je suis capable de continuer un jeu d’horreur tellement certains passages me mettent mal à l’aise, c’est quand même un sacré compliment.

Resident Evil Requiem n’est peut-être pas l’épisode le plus audacieux de la série. Il aurait même probablement gagné à prendre davantage de risques.

Mais c’est un excellent Resident Evil.

Et pour un fan de la première heure, c’est déjà énorme.

charly5766
8
Écrit par

Créée

hier

charly5766

Écrit par

D'autres avis sur Resident Evil Requiem

Resident Evil Requiem

Resident Evil Requiem

7

Kelemvor

le 10 mars 2026

Suivre

Les Architectures de l'Effroi : Les Cendres d'Umbrella

La nuit n’a jamais vraiment quitté la série Resident Evil. Elle s’est contentée de changer de visage. Tantôt carnaval d’horreur clinique dans les couloirs du manoir Spencer, tantôt film d’action...

Resident Evil Requiem

Resident Evil Requiem

6

Ginko-Leon

le 2 mars 2026

Suivre

Menu Maxi Best Of Survival Horror avec un supplément Action, s'il vous plaît.

Une stagnation inexcusable dans l'imaginaire. C'est triste de voir le Japon plonger dans la même nostalgie factice que l'Occident.La première partie trouve un meilleur équilibre dans cet hommage à...

Resident Evil Requiem

Resident Evil Requiem

4

Hagstrom

le 5 mars 2026

Suivre

Feignantise absolue, ou le remake d'un jeu qui n'existe pas

Que feriez vous ? Si vous aviez une licence forte, MAIS qui à 30 ans ; qui à une fan base solide, MAIS qui joue sur la nostalgie alors que vous voulez faire venir de nouveaux joueurs ; dont le cœur...

Du même critique

Hollow Knight: Silksong

Hollow Knight: Silksong

10

charly5766

il y a 5 jours

Suivre

Hollow Knight: Silksong — Une nouvelle référence du genre

Je pense que Silksong fait partie des plus grands jeux vidéo auxquels j’ai pu jouer. Je le place sans problème aux côtés de certains Mario ou certains Zelda, qui sont pour moi des références absolues...

Resident Evil Requiem

Resident Evil Requiem

8

charly5766

hier

Suivre

Trente ans plus tard, la peur est toujours là

Il y a des jeux qu’on attend longtemps. Et puis il y a ceux qu’on attend presque depuis trente ans.Pour moi, Resident Evil Requiem appartient clairement à la deuxième catégorie. J’ai découvert...

Metroid Prime 4: Beyond

Metroid Prime 4: Beyond

5

charly5766

il y a 3 jours

Suivre

La déception au bout du voyage

Après avoir terminé mon marathon Metroid avec Metroid 1, Metroid 2, Super Metroid, Fusion, Zero Mission et surtout Metroid Prime Remastered, j’attendais énormément de Metroid Prime 4. Prime...