"Ce n'est pas un vrai Silent Hill !"; "Encore une propagande féministe !"; "Mouais, ça tient plus de Fatal Frame que de Silent Hill, non merci."; "Je préfère aller jouer à Tormented Souls II qu'à cette bouse."; "De toute façon, c'est qu'un énième jeu commercial."; "Pas la peine d'y jouer, on a déjà le GOTY, c'est Clair Obscure Expedition 33 !"; "Ce jeu est peut être un bon jeu, mais un mauvais Silent Hill..."
STOP !
On respire un bon coup. Comme je ne le dirai jamais assez, oubliez tous vos aprioris, tous vos préjugés sur ce jeu, ou plutôt... Essayez d'aller au delà des aprioris que vous avez sans doute vis à vis de ce jeu.
Je le dis bien souvent en critique, mais plus que jamais, il est difficile de dresser une critique de ce Silent Hill f sans préjugés, tant Silent Hill demeure une licence aussi singulière que bien encrée dans ses codes. Bien qu'elle demeure une licence bien souvent acclamée pour la qualité de sa mise en scène, son caractère osé mais jamais gratuit, connu pour ne pas être une simple aventure horrifique grotesque, mais bien un traité psychologique complexe, voire une fresque sociale disséquant la psyché humaine et les nombreux traumatismes qui l'habite dans un parcours aussi glaçant que bouleversant, Silent Hill divise. Cette licence divise comme toute œuvre ayant engendré de nombreux chefs d’œuvres. Comme souvent, il est presque impossible d'égaler une œuvre qui a marqué et quand on a le malheur de la dépasser avec la suivante, à moins de tomber dans une surenchère aussi superficielle que grotesque, il faut se faire à l'évidence, on ne peut jamais reproduire le même coup d'éclat deux fois. Une seule solution pertinente s'ouvre alors: changer de forme.
C'est le pari choisi par les créateurs de ce Silent Hill f et le moindre que je puisse dire, c'est qu'il a non seulement payé, mais il a surtout permis quelque chose de nouveau, non pas dans cette licence, mais pour la création d’œuvres en général.
N'y allons pas par quatre chemins, ce jeu est non seulement très inspiré, mais surtout, par delà le jeu vidéo, ses réflexions bouleversent, enfoncent à grand coup de batte ou de hache (au sens littéral) nos conventions pour nous dire plus que jamais que "notre société a un problème et c'est notre silence face à ces maux que nous traversons qui le renforce."
Bien évidemment, les nombreuses réflexions vertigineuses que proposent ce Silent Hill f ne se limitent pas à ce simple constat. Il y a énormément de réflexions, aussi bien sur la question d'être soi même, sur le fait d'assumer nos personas, ou nos masques sociaux, le fait de se conformer à une société qui pointe la différence comme une lame acérée prête à nous transpercer au moindre écart, le fait de vivre en sachant que des rumeurs blessantes sont prononcées dans notre dos, mais également sur les origines de ces rumeurs, sur la substance qui anime cette gourmandise malsaine que l'on peut nommer "l'opprobre sociale", mais d'abord et surtout, que se passe-t-il si une jeune femme, voire une personne de manière générale, se retrouve plus que jamais contrainte d'emprunter une voie qu'elle n'a pas choisie ?
Toutes ces questions semblent abstraites, et pourtant, elle seront traitées littéralement en jeu et leurs réponses seront aussi poignantes qu'une lame en plein cœur.
Il y a tellement à dire sur ce jeu aussi riche que d'une grande sensibilité. Je me contenterais simplement de conclure en vous invitant à y jouer sans aprioris, simplement en vous immergeant dans ce jeu non pas comme si vous étiez la jeune Hinako, mais bien vous même livré à vous même dans cet univers certes glaçant, mais riche en introspection. Plus qu'un simple jeu, c'est une invitation à une plongée abyssale dans les méandres de notre être pour mieux apprendre à dompter la bête qui est en nous et surtout, pour mieux apprendre à dépasser les entraves qui nous séparent des autres comme de nous mêmes dans une fresque aussi malaisante que poétique.
Silent Hill f est une lettre d'amour, pas uniquement au jeu vidéo, mais à la personne que vous êtes. Une invitation à faire face au miroir de la plus honnête des manières.
Mettez de côté vos aprioris, laissez lui sa chance. Vous n'en ressortirez pas dans l'indifférence.
Un jeu à faire au moins une fois dans sa vie.