Je n’attendais franchement plus grand-chose de Silent Hill. J’ai longtemps adoré les jeux d’horreur, mais le genre a fini par me lasser, et la série de Konami a largement participé à cette fatigue. À mes yeux, aucun épisode n’avait réellement retrouvé ce qui faisait la force du Silent Hill 2 original, et les premières heures de Silent Hill f ne m’ont pas vraiment rassuré. J’ai même passé une bonne partie du début à me demander si je n’étais pas encore une fois devant un épisode que j’allais rapidement oublier.

Et pourtant, en m’accrochant, j’ai découvert probablement l’un des jeux qui m’a le plus surpris ces dernières années.


Le premier immense mérite de Silent Hill f, c’est son identité.


Déplacer la série dans un Japon rural des années 60 pouvait facilement ressembler à un simple changement de décor, mais le jeu utilise au contraire cette époque et ce cadre pour construire tout son propos. Il parle du passage à l’âge adulte, de la famille, du mariage, de la maternité, de la pression sociale et surtout de cette peur de voir son avenir décidé par les autres. Hinako est une jeune femme enfermée dans un environnement où chacun semble avoir une idée précise de ce qu’elle devrait devenir, et toute l’horreur du jeu découle progressivement de cette perte de contrôle.


C’est aussi ce qui donne autant de force à sa direction artistique. Les fleurs qui envahissent le village ne sont pas simplement là pour remplacer la rouille des anciens épisodes. Elles créent un contraste permanent entre quelque chose de magnifique et quelque chose de profondément malsain. Plus on avance, plus cette végétation semble devenir organique, presque viscérale, comme si la beauté elle-même finissait par pourrir. J’y ai vu une représentation assez claire de cette image idéale que la société cherche à imposer aux femmes, la beauté n’est pas montrée comme quelque chose de monstrueux en soi, c’est l’obligation de correspondre à cette beauté qui finit par le devenir.


Le bestiaire fonctionne d’ailleurs énormément sur cette logique. Les poupées aux formes féminines, leurs mouvements désarticulés, leurs visages masqués ou encore certaines créatures liées à l’enfance ne semblent jamais avoir été conçus uniquement pour faire peur. Comme dans les meilleurs Silent Hill, on cherche instinctivement à comprendre ce qu’ils représentent. Et même si toutes les interprétations restent forcément personnelles, le jeu donne suffisamment de matière pour qu’on ait constamment envie de regarder derrière l’image. C’est probablement ce qui m’a le plus accroché Silent Hill f ne se contente pas d’avoir une belle histoire, il raconte énormément de choses sans les dire directement.


J’ai également beaucoup apprécié la manière dont il traite la violence sociale qui entoure Hinako. Celle-ci ne vient pas seulement des hommes ou d’une société abstraite, les femmes elles-mêmes participent parfois à cette pression et reproduisent les règles qui les enferment. Les remarques, la jalousie, les attentes autour du mariage ou des relations amoureuses créent quelque chose de beaucoup plus intéressant qu’un discours simplement démonstratif. Le jeu possède un propos évident, mais il passe suffisamment par ses personnages, son environnement et ses symboles pour ne jamais donner l’impression de simplement réciter une morale.


Malheureusement, j’aurais aimé être aussi enthousiaste concernant le gameplay. Les combats ne sont pas mauvais, mais ils prennent beaucoup trop de place et deviennent rapidement répétitifs. On esquive, on attend une ouverture, on frappe, puis on recommence. Même en comprenant parfaitement les mécaniques, certains ennemis restent surtout longs à éliminer, et sur les derniers niveaux cette répétition finit franchement par peser. À cela s’ajoutent l’endurance, la santé mentale, la durabilité des armes, les réparations, les talismans et plusieurs systèmes de progression qui donnent parfois l’impression de compliquer inutilement quelque chose qui aurait gagné à rester plus simple.


Les énigmes me convainquent davantage, même si elles ne correspondent pas spécialement à ce que je recherche dans un jeu d’horreur. Elles ont au moins le mérite d’être généralement logiques et surtout de participer elles aussi au récit. Manipuler des portraits familiaux ou jouer avec certains symboles n’est pas uniquement une excuse pour bloquer le joueur dans une pièce... Le jeu essaie presque toujours de rattacher ces mécaniques à ce qu’il raconte. Même lorsque j’avais envie d’avancer plus vite, je pouvais au moins comprendre leur présence.


Et malgré mes critiques sur les combats, Silent Hill f possède de vrais moments de grâce manette en main. Sa manière d’utiliser les décors et les angles de caméra pour détourner notre attention est parfois excellente. Le jeu sait parfaitement nous faire regarder au mauvais endroit, nous convaincre qu’un danger va venir d’un point précis avant de nous surprendre ailleurs. Ce sont des choses très simples, mais suffisamment bien exécutées pour m’avoir réellement fait sursauter à plusieurs reprises. Et venant d’un joueur qui pensait ne plus vraiment réussir à ressentir grand-chose devant un jeu d’horreur, ça compte énormément.

C’est finalement ce qui rend mon avis sur Silent Hill f assez paradoxal. J’ai trouvé ses combats trop nombreux, certains systèmes inutilement lourds et ses derniers niveaux parfois fatigants. Pourtant, son ambiance, son histoire, sa direction artistique et surtout tout ce qu’il arrive à raconter à travers son horreur m’ont complètement embarqué. Je pensais découvrir un épisode anecdotique et j’ai finalement trouvé ce qui est probablement, juste derrière le Silent Hill 2 original, mon jeu préféré de la série.


Il n’est clairement pas parfait, mais il possède quelque chose que je pensais que Silent Hill avait perdu depuis longtemps. à savoir, une véritable personnalité. Et surtout une envie de raconter quelque chose sans simplement essayer de reproduire éternellement les anciennes gloires de la licence.

Si vous voulez aller plus loin dans mon avis et dans mes interprétations autour du jeu, j’en parle beaucoup plus en détail dans ma vidéo consacrée à Silent Hill f sur ma chaîne YouTube.


https://www.youtube.com/watch?v=mGsgZtw6Mpo

Je me suis lancé depuis quelques jours et c'est pas le meilleur mixage son au début, désolé pour ça.


KumaCreep
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