Temps de jeu : 160 heures
Mon troisième Street Fighter
Test rédigé pour Le Red Blog [#58]
En 2016, Capcom prend un pari risqué. Après le succès phénoménal de Street Fighter IV et ses innombrables déclinaisons, l’éditeur japonais choisit de repartir sur des bases entièrement nouvelles avec Street Fighter V. Pensé comme une plateforme évolutive plutôt qu’une succession de rééditions, ce cinquième épisode mise sur un gameplay plus offensif, un équilibre régulièrement mis à jour et une scène compétitive au cœur de son identité. Un changement de philosophie ambitieux qui s’accompagne toutefois d’un lancement controversé, marqué par un contenu solo famélique et un modèle économique qui divise. Derrière ces choix discutables se cache pourtant un jeu de combat redoutablement efficace, capable de séduire aussi bien les vétérans que les nouveaux venus.
Les chauds Ryû et Ken
Nouvel opus de la série, Street Fighter V entend s’affirmer comme le roi du jeu de baston. Visuellement très jolie, la direction artistique continue sur la lancée du quatrième épisode en conservant un cell shading assez propre. Si ce dernier est moins appuyé qu’à l’accoutumée, il reste une belle réussite, offrant à la 3D du jeu un aspect proche des comics. Si les environnements et le chara design sont fignolés dans l’ensemble, on regrettera néanmoins quelques soucis de collisions et d’animation sur nombre de modèles. Il n’est pas rare qu’une jupe ou des cheveux spaghettis se mêlent dans le corps de leur propriétaire, de quoi frustrer le joueur, lequel s’attendait – à raison – à un peu plus de finition de la part du géant Japonais. À l’instar des animations des coups spéciaux, la bande-son – composée de nombreux remix – est très inspirée, signant un retour à des compositions plus rock, moins électro. Parmi les nouveaux personnages, Rashid et F.A.N.G sont ceux qui brillent le plus. Absolument géniaux dans leur style de combat, ils compensent les très peu inspirés Laura et Necalli.
On pourra évidemment râler sur les menus, pas vraiment ergonomiques, là où le HUD en combat brille de minimalisme. Moins grossier que son prédécesseur, il permet une lecture plus claire de l’action, même lorsque les personnages en viennent aux poings dans les airs. Question gameplay, Capcom a mis les bouchées doubles pour rendre le jeu moins passif que ses grands frères, le mot d’ordre étant « la meilleur défense, c’est l’attaque ». Bien plus incisif, le titre récompense la prise de risque, quitte à se faire punir violemment. Forcément, l’écart entre les niveaux de jeu est toujours palpable, mais, dans un ultime éclair de génie, tout le monde peut prendre un round ou un match, même face à plus fort que soit. Capcom s’est également amusé à modifier le style de jeu de plusieurs de ses combattants : s’ils sont bien moins nombreux que dans les différentes itérations de Street Fighter IV, c’est parce que chacun d’entre eux sont également bien plus originaux. Rares sont les personnages similaires dans ce nouvel opus, là où les précédents jeux n’hésitaient pas à offrir tout un tas de doublons.
Rashid tique
Plus faciles dans leur exécution, les combos se montrent moins complexes à enchaîner. Si Street Fighter n’a jamais été le plus élitiste des jeux de baston, force est de reconnaître que les timing du titre étaient assez impitoyables, pour ne pas dire frustrants. Ce choix découle d’une volonté de rendre le jeu plus accessible, quand bien même il s’agit d’un genre réservé aux plus persévérants. Avec son classement et la possibilité de jouer en ligne contre les joueurs du monde entier, que ce soit pour passer le temps ou lors de tournois online, Capcom met l’accent sur l’aspect eSport du titre. Le suivi plus régulier, notamment à travers des équilibrages réguliers (deux par saison), confirment ce choix. Seul hic au rendez-vous : la qualité du matchmaking, tout comme la qualité du réseau de l’hôte de la partie, entachera bien souvent l’expérience de l’utilisateur. Vous pourrez tout autant tomber contre quelqu’un de votre niveau et possédant une excellente connexion internet, qu’un joueur dix fois mieux classé que vous ou possédant un mauvais réseau (et que vous subirez).
Côté contenu, le titre est finalement assez pauvre en intérêt. Les histoires personnelles des personnages se résument généralement à deux combats et trois images qui semblent tout droit tirées de visual novel bas de gamme. Le mode Histoire, le vrai, se torche assez rapidement. S’il est bien mis en scène et qu’il propose quelques séquences très agréables, l’ensemble est très brouillon, pour ne pas dire nanardesque. On ne comprend pas pourquoi certains personnages se battent, ni même ce qu’ils font dans le scénario de manière générale. Au final, on se pose plus de questions que le jeu n’offre de réponses. Le mode Survie, en plus d’être répétitif et peu récompensant, propose une difficulté rarement aussi mal dosée dans un titre du genre. On enchaîne parfois une IA passive par une autre complètement déchaînée, presque invincible.
À dos, Ken !
Toutes ces activités offriront au joueur de la Fight Money (la FM), une monnaie virtuelle permettant de s’offrir des nouveaux personnages, arènes, costumes ou couleurs. Cette décision, critiquable sur bien des points, se montre également positive sur d’autres. Oui, les gains de FM se réduisent à peau de chagrin assez vite, une fois les histoires personnelles et le mode Histoire achevés. Oui, Capcom ne fait pas vraiment de cadeau et vous force à vous procurer les nouveaux personnages à travers des season pass à des prix absolument aberrants. Pourtant, si on remplit les quêtes journalières, il est possible de parvenir à tout récupérer gratuitement, pour peu qu’on s’arme – énormément – de patience. De même, en achetant Street Fighter V, le joueur est assuré de posséder la version définitive du jeu. Ici, pas de nouvelle itération obligatoire tous les un ou deux ans comme sur les épisodes précédents. En achetant tout avec ladite Fight Money, ce nouvel opus se révèle au final moins cher que Street Fighter IV et ses versions Super, Ultra et Arcade réunies ; mais avec des euros et tous les Season Pass en poche, le tout est plus coûteux.
Conclusion
Pas parfait techniquement, Street Fighter V reste un joli titre à la direction artistique solide et à l’unicité toujours présente. Son gameplay, plus survitaminé que jamais, fera mouche dans le cœur des habitués comme des néophytes. Plus ouvert aux débutants, le nouvel opus du plus légendaire des jeux de baston conserve toutefois une courbe de progression absolument démente. Sur le ring, seul le talent départagera les joueurs. Si le online est loin d’être parfait, tout comme le modèle économique ou les modes solo, difficile de ne pas souscrire face à tant de maîtrise sur le pan du gameplay. Entre amis sur un canapé, le plaisir sera toujours au rendez-vous, notamment grâce à un casting de personnages plus uniques que jamais. Si l’addition peut rapidement se montrer salée, les plus patients profiteront gratuitement des nouveaux contenus régulièrement ajoutés, aujourd’hui comme pour les prochaines années.