J'ai enfin terminé The Drifter. Si on devait le résumer très rapidement, c'est du point'n'click en pixel avec beaucoup de goûts et surtout un style. C'est magnifiquement doublé et remarquablement bien écrit. C'est d'ailleurs un jeu très littéraire dans la mesure le personnage principal, Mick n'est pas seulement un acteur du jeu, mais aussi le narrateur de ce récit. Il décrit les environnements et certains événements que l'on ne voit pas en tant que joueur. À cela s'ajoute une structure en chapitre qui commence par un titre et s'achève par un cliffhanger. On est dans le polar noir pur dont l'immersion est quasi immédiate. On colle à la peau de Mick et on se sent rapidement mouillé et crasseux comme lui.

Ce qui fait le charme, c'est aussi toute la panoplie de personnages qui ont tous une personnalité bien marquée sans rentrer dans les clichés. J'ai adoré le flegme de Sarah et le style du Detective Hara, qui semble débarquer d'une série policière des années 70.

Visuellement c'est tout simplement splendide. C'est du pixel art très grossier qui fait qu'on ne lit pas les expressions des personnages. En contraste, les décors et l'éclairage semblent vivants et vibrants. Il y a une sorte de mouvement permanent dans l'animation qui anime les décors de manière admirable.

Juste un truc absolument atroce : la typo en pixel art. Non, non, non, c'est juste pénible à lire, voir totalement inaccessible si on est dyslexique.

Par contre, hem, le gameplay (petite respiration).Il y a une sorte de problème interne entre le visuel du jeu et son gameplay : le pixel très grossier amène un charme à la narration. D'une certaine manière le trait du pixel est très grossier, ce qui fait qu'on ne voit pas tout. Ce manque de lisibilité est toujours contrebalancé par le narrateur qui explique ce qu'il voit (et il voit mieux que nous). Ceci est particulièrement réussi dans des phases plus horrifiques où une bouillie de pixel se révèle à travers la voix du narrateur. Il y a un côté horreur que l'on ne peut pas décrire, hormis via des sensations d'épouvante qui, pour le coup, sous réellement lovecraftien.

Tout cela est vraiment bien réussi...le problème c'est que ce manque de visibilité fait qu'on a de la peine à lire le jeu dans ses phases de gameplays. On se retrouve donc à faire du pixel hunting. On clique sur tout et on espère que ça marche. Le pire étant les objets, dont le "thumbnails" dans l'inventaire est illisible. Il faut passer la souris dessus pour avoir une description ... en typo pixel art (CF plus haut).

J'aurais simplement aimé une option d'accessibilité qui "highlight" les objets avec lesquels on peut interagir. En 2026, je ne crois pas que cela soit trop demander.

Même si globalement le jeu n'est pas très difficile, on se retrouve parfois totalement bloqué et souvent de manière assez agaçant. Il suffit, par exemple, qu'un objet apparaisse seulement si on a discuté de tels sujets avec un pnj. ça m'a rappelé les moments les plus pénibles dans les Ace Attorney (dans les parties enquêtes, pas au tribunal) où on tourne en rond en essayant toutes les combinaisons possibles.

Il y aussi ces séquences de timeloop on l'on doit empêcher une situation avec un certain nombre d'actions. Disons, toute de suite, The Drifter n'a pas la clarté visuelle ni le génie mécanique de Ghost Trick et j'ai systématiquement eu recours à un guide pour me sortir de ces affreuses séquences (surtout le passage dans un souterrain). On ne voit rien, on ne comprend rien et, en plus, on est pressé par le temps.

Heureusement, ces énigmes en timeloop ne sont pas le "core" du gameplay qui, pour le reste, reste de l’archi classique du point'n'click en mode "je mets un chewing-gum sur un bâton pour attraper un clé dans un grille qui m'ont un tiroir pour trouver un mot de passe d'ordinateur qui me fait découvrir une info sur un personnage qui me permet d'ouvrir un dialogue qui fait avancer l'histoire." Ça reste globalement agréable et relativement facile.

Ce qui fait que l'on retiendra The Drifter, c'est son ambiance, sonore et visuelle et son écriture très haletantes qui créent des moments de tensions dans un genre plutôt calme habituellement (spéciale dédicace à la fin aux forts relents de Resident Evil 2). La panoplie de personnages et leurs doublages anglais aux accents australiens amènent encore une couche supplémentaire absolument charmante.

À faire sans hésiter à sortir une guide pour se débloquer, l'histoire vaut plus que ses mécaniques.


Antoine-Velvet
8
Écrit par

Créée

le 16 avr. 2026

Critique lue 56 fois

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