Le jeu original figure parmi les expériences les plus marquantes de mon parcours de joueur. Nous sommes en 2006 : jeune possesseur de la rutilante Xbox 360 « Core » achetée avec mes économies, j’ai mis pour la première fois les pieds dans un RPG immense, ambitieux et totalement ouvert. La claque reçue ce jour-là m’a marqué à vie, non seulement parce que The Elder Scrolls IV était déjà un excellent jeu, mais aussi grâce au contexte particulier, des nuits entières entre amis autour d’une console flambant neuve et surpuissante (coucou à la famille Huguet). Mon voleur Khajiit est même resté vampire près de 150 heures car je n’avais pas compris qu’une quête permettait de fabriquer le remède ! Quelle époque, quelle manière de consommer le jeu vidéo, quelle nostalgie… The Elder Scrolls IV : Oblivion (2006) a toujours fait partie de mon « Top 10 » SensCritique, établi il y a maintenant dix ans, preuve de l’empreinte qu’il a laissée. J’ai sillonné Cyrodiil de long en large et en travers, et pourtant Bethesda me redonne rendez-vous, en 2025, pour refermer à nouveau les portails d’Oblivion, déjouer les complots de la Cité impériale, voler au clair de lune pour la Guilde des Voleurs, honorer les contrats sanglants de la Confrérie Noire comme si vingt ans n’étaient jamais passés. C’est beau, d’autant plus que je répétais à qui voulait l’entendre que je souhaitais m’y remettre, le parcourir à nouveau intégralement. Cette refonte surprise est donc une aubaine.
The Elder Scrolls IV : Oblivion Remastered (2025), comme son nom l’indique, n’est pas un remake mais une refonte graphique importante proposant, en prime, quelques retouches de gameplay ou d’interface. Par conséquent, cher lecteur, il faut bien comprendre qu’en jouant à ce titre sorti en 2006, c’est un bond de quasi 20 ans en arrière que vous vous apprêtez à faire. Il est important de le noter car le titre de Bethesda a vieilli. Beaucoup vieilli. Dès lors, il s’adresse principalement aux nostalgiques de cette époque puis, éventuellement, aux nouveaux joueurs avertis et conscients souhaitant découvrir le fameux épisode sorti quelques années avant Skyrim. Maintenant que tu es averti, voici un petit récapitulatif des points positifs et négatifs du titre :
Points Positifs :
- La refonte graphique sur le moteur Unreal Engine 5 est impressionnante. Au départ, on est un peu dérouté par le changement d’ambiance causé par les transformations graphiques puis, rapidement, on finit par s’y habituer. Regarder des captures d’écran du jeu sorti en 2006 va vous piquer les yeux.
- Les meilleures quêtes de guildes de l’histoire des The Elder Scrolls. Tout simplement. La Confrérie Noire, la Guilde des Mages ou des Voleurs bénéficient d’une écriture soignée. De manière générale, les quêtes d’Oblivion sont géniales, remplies de twists, parfois drôles, parfois dramatiques, souvent excellentes. Certaines quêtes vous laissent le choix de l’issue, autre point très appréciable.
- La musique de Jérémy Soule est un chef d’œuvre intemporel. Rien à dire de plus.
- On devient ce que l’on pratique. Ce n’est pas toujours très équilibré comme game design mais cela s’inscrit parfaitement dans ma définition de ce qu’est un RPG. Si tu ne te bats jamais à l’épée, il n’y aucune raison d’être fort dans cette discipline. Idem, si tu utilises beaucoup de magie de destruction, tes sorts seront plus puissants.
- L’exploration de Cyrodiil, en particulier les premières heures. Comme vous l’avez compris, je n’ai pas aimé Skyrim (je ne l’ai jamais terminé) car l’environnement enneigé monochrome m’ennuyait. Cyrodiil est une contrée plus variée avec des montagnes, des forêts, des lacs, des marais etc. Certains panoramas sont superbes.
- La liberté de ton et l’humour. Sous ses apparences de RPG sérieux au scénario solennel, se cache un jeu bourré d’humour et de dérision (volontaire). Cet aspect est renforcé par les comportements parfois erratiques des PNJ capables de créer des situations inattendues (involontaire). Un exemple dans ma partie, cela se passe à Chorrol : j’ai observé un garde de la ville qui marchait tranquillement tout en se faisant tabasser par 4 ou 5 autres gardes jusqu’à ce que mort s’en suive. Je ne saurai jamais pourquoi ce garde s’est fait battre à mort.
- La physique du jeu. Il est possible de manipuler tous les objets, de tous les bouger, rien n’est fixe, rien n’est intangible même dans les intérieurs. En 2006, c’était impressionnant, en 2025 ça l’est tout autant. Aujourd’hui les jeux sont magnifiques mais nous avons beaucoup perdu en interactivité avec les décors.
- La générosité du contenu. Enormément d’objets, d’équipements, de magies, de lieux à découvrir, de maisons à acheter, de quêtes, etc. La variété du bestiaire fait plaisir également. Oblivion peut se terminer en 20h si vous êtes pressés comme en 150h si vous souhaitez explorer à fond son vaste monde. J’aime beaucoup cette liberté offerte aux joueurs.
- La possibilité de tout « moder » via NexusMods. Je m’en suis donné à cœur joie, rattrapant mes frustrations de jeunesse car à l’époque sur Xbox 360, impossible de toucher au jeu. C’est chose faite, j’ai parcouru le titre avec pas loin de 50 mods actifs : une définition probable du bonheur.
- Le DLC Shivering Isles, inclut dans cette version remasterisée, est excellent et propose un vent de fraîcheur par rapport au jeu de base. J’ai visité Mania et Dementia pour la première fois.
Points négatifs :
- Le premier bémol qui me vient à l’esprit : l’optimisation. C’est catastrophique. Le jeu est lourd, très lourd (120 gigas alors que la version de 2006 faisait à peine 6 gigas) et il est très mal optimisé. Mon PC master race souffrait à mort, ça souffle dans tous les sens, il fait 40°C dans mon bureau, franchement les développeurs de chez Besthesda sont complètement à la ramasse, il n’y a rien d’autre à dire. Sur les 100 heures passées sur le titre, le jeu a dû planter 4 ou 5 fois (le fameux temps de chargement infini, toi-même tu sais).
- En modifiant le moteur du jeu, Bethesda a complètement détruit le charme du jeu original. Dans mes souvenirs, et c’est une des raisons de ma préférence pour Oblivion au détriment de Skyrim, les plaines et forêts étaient d’un vert chatoyant, les environnements étaient colorés comme un printemps. Ici, on a un filtre brun dégueulasse typique d’UE5. Cela dénature énormément la direction artistique du jeu original.
- Les combats sont archaïques, en particulier si vous jouez au corps à corps. Le gameplay à distance, à la magie ou en discrétion peut être satisfaisant, même après des dizaines d’heures au compteur, mais les combats à l’épée sont dorénavant d’un autre âge.
- L’absence de VF dans cette refonte. Injuste et inadmissible. J’ai grandi avec ces voix, j’aurais évidemment voulu les retrouver mais malheureusement pour une question d’ajouts de dialogues dans cette version de 2025, ils ont supprimé toutes les voix étrangères à l’anglais.
- Les instances comme les grottes, temples Ayléides, forteresses et les portes d’Oblivion à fermer sont trop nombreuses et répétitives. Je vous déconseille fortement de débuter votre aventure en voulant « tout nettoyer » sur la carte façon monde ouvert moderne. Restez concentré sur la quête principale et les quêtes secondaires, vous allez en visiter des points d’intérêt ! Pas d’inquiétude.
- Aggro interminable. C’est du grand n’importe quoi. Un putain de crabe de vase peut vous tenir en aggro cinq minutes alors que vous lui avez mis 1km dans la vue. Et bien sûr, pendant l’aggro du crabe de vase de merde, impossible de se téléporter, impossible de patienter, musique de combat à l’infini… Quel enfer !
- Quitte à supprimer la VF, on aurait aimé qu’ils ajoutent des PNJ dans les villes. Celles-ci sont désespérément vides : marque évidente d’un jeu sorti il y a deux décennies.
- Les retouches de l’interface sont médiocres, afficher les barres d’état au centre de l’écran est une faute de goût. Heureusement qu’il y a NexusMods.
En 2006, Oblivion ouvrait la voie à une idée du RPG en monde ouvert que beaucoup d’entre nous n’avaient jamais vécue (je ne compte pas The Legend of Zelda : The Windwaker sorti en 2003). En 2025, cette remastérisation la remet sur la table, intacte dans son architecture et réhaussée visuellement… au risque de souligner tout ce qui, aujourd’hui, paraît suranné. Si l’on vient pour replonger dans les quêtes de guilde d’anthologie, savourer la sublime bande-son de Jeremy Soule et flâner dans une Cyrodiil techniquement rajeunie, la magie fonctionne encore. Mais il faut composer avec un moteur gourmand et très mal optimisé, une direction artistique un peu dénaturée par le filtre UE5, des combats de mêlée qui accusent deux décennies de retard et, surtout, l’abandon regrettable du doublage français. The Elder Scrolls IV : Oblivion Remastered n’est donc pas un « nouveau » jeu : c’est une capsule temporelle luxueuse, pensée pour les nostalgiques avertis et les curieux prêts à accepter ses limites. À ceux-là, elle offre encore cent heures de liberté, de quêtes mémorables, de modding à l’infini et de crabes de vase hystériques qui refusent de lâcher l’aggro. Aux autres, mieux vaut savoir que derrière le vernis UE5 sommeille un design de 2006, irrégulier mais toujours généreux. En somme, un voyage impérial à réserver aux amoureux d’hier ou à ceux qui, conscients des concessions, veulent comprendre pourquoi Cyrodiil continue de hanter la mémoire de tant de joueurs.