Ce walking simulator m'a fait oublier que je n'aimais pas particulièrement les walking simulators. Une aventure de science-fiction aussi sublime que fascinante !
Adapté librement du roman éponyme de Stanisław Lem, The Invincible nous entraîne sur la planète Regis III dans une aventure où les réponses comptent finalement moins que les questions que l'on se pose en chemin. J'avoue ne pas être particulièrement amateur de jeux essentiellement narratifs ou de walking simulators. J'ai souvent besoin d'un gameplay plus présent pour rester investie. Pourtant, The Invincible m'a complètement happée ! Sans doute parce que son univers est fascinant, sa direction artistique absolument sublime et que son intrigue entretient constamment cette envie irrépressible d'aller voir ce qui se cache derrière la prochaine dune. C'est précisément ce qui fait sa force : transformer une longue marche dans un désert en une véritable aventure scientifique et philosophique.
Une planète qui raconte autant qu'elle se contemple
Regis III est l'une des plus belles planètes que j'aie eu l'occasion d'explorer dans un jeu vidéo récent ! Starward Industries ne cherche pas à impressionner par la démesure mais par sa direction artistique rétrofuturiste inspirée des grandes œuvres de science-fiction des années 60. Véhicules, combinaisons spatiales, instruments scientifiques ou architecture tout semble directement sorti des illustrations de vieux romans d'anticipation. Cette esthétique "atompunk" donne au jeu une identité immédiatement reconnaissable et contribue énormément à son pouvoir de fascination.
Cette beauté ne sert d'ailleurs jamais uniquement de décor. Regis III raconte constamment quelque chose. Chaque carcasse abandonnée, chaque formation rocheuse ou chaque vestige technologique nourrit l'impression d'explorer un monde qui existait bien avant notre arrivée. J'ai rarement ressenti une telle curiosité dans un jeu où, objectivement, on passe pourtant une bonne partie du temps à... marcher. Mais cette marche n'a rien de vide car laisse précisément respirer le récit, permet d'observer, de s'interroger et d'absorber progressivement l'atmosphère si particulière du jeu. Les échanges radio avec l'Astrogateur rappellent inévitablement Firewatch, tandis que certains passages où l'on progresse seul dans un environnement aussi magnifique qu'hostile, évoquent parfois l'isolement d'Alien Isolation, sans jamais chercher à copier l'un ou l'autre. The Invincible emprunte quelques idées à ces références tout en construisant une identité qui lui appartient pleinement.
Comprendre plutôt qu'expliquer
Là où beaucoup de jeux de science-fiction cherchent avant tout à multiplier les révélations spectaculaires l'intrigue de ce titre avance lentement (parfois très lentement) mais elle entretient en permanence un sentiment de mystère particulièrement efficace. On cherche évidemment à comprendre ce qui est arrivé à l'équipage, mais aussi à percer les secrets de Regis III et surtout, à comprendre ce que cette planète raconte de notre propre rapport à l’inconnu.
Le roman de Stanisław Lem est considéré comme l'une des grandes œuvres de la hard science-fiction, et cela se ressent constamment. Le jeu ne simplifie jamais excessivement ses idées pour les rendre plus accessibles. Au contraire, il accepte de laisser certaines questions ouvertes et préfère pousser le joueur à réfléchir plutôt qu'à lui fournir des réponses toutes faites. C'est probablement ce qui m'a le plus séduite. Je ne me suis jamais contentée de suivre un scénario ; j'avais réellement envie de comprendre ce monde.
Évidemment, cette approche ne conviendra pas à tout le monde. Ceux qui recherchent un rythme soutenu ou une succession d'événements spectaculaires risquent de trouver certaines séquences trop contemplatives. Mais c'est justement ce rythme plus posé qui permet au jeu d'installer son atmosphère et de donner tout son poids à ses réflexions philosophiques. À mes yeux, The Invincible assume pleinement son identité et ne cherche jamais à devenir un jeu d'action déguisé.
Une aventure courte qui incite à revenir
Le générique arrive relativement vite. Il faut compter environ six à huit heures pour terminer une première partie selon votre façon de jouer. Une durée qui pourrait sembler modeste au premier abord, mais qui me paraît finalement très cohérente avec le rythme du récit. Le jeu raconte ce qu'il a à raconter sans chercher à allonger artificiellement l’expérience.
Là où The Invincible se montre particulièrement malin, c'est dans sa rejouabilité. Les nombreux choix proposés au fil de l'aventure conduisent à onze fins différentes, offrant une véritable raison de revenir explorer Regis III sous un autre angle. Cette structure donne beaucoup de valeur à une aventure pourtant relativement courte et encourage naturellement à découvrir les différentes facettes du récit.
J'aurais simplement aimé que certaines interactions soient un peu plus nombreuses. Les mécaniques de gameplay restent volontairement limitées, conformément à ce que l'on attend d'un jeu narratif, mais quelques séquences plus interactives auraient parfois permis de rythmer davantage l'exploration. Cela ne m'a jamais empêchée de profiter pleinement de l'aventure, mais c'est probablement l'un des rares domaines où le jeu aurait pu aller un peu plus loin.
📎 Je ne pensais sincèrement pas autant apprécier The Invincible. Ce n'est pourtant pas le type de jeu vers lequel je me dirige spontanément. Sa direction artistique exceptionnelle, son univers rétrofuturiste fascinant et son intrigue m'ont tenue en haleine jusqu'à la toute dernière minute. Adaptation respectueuse de l'esprit du roman de Stanisław Lem tout en proposant son propre récit, ce titre démontre qu'un jeu peut captiver sans multiplier les combats ni les explosions. Si vous acceptez de prendre votre temps, de contempler et surtout de vous laisser porter par une excellente histoire, Regis III est une destination que je vous recommande vivement de découvrir !
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