2019 : En tournant les pages...

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44 livres

par Aurea

Lectures pour bien commencer l'année et c'est Zola qui ouvre la liste avec La Curée, fabuleux roman où l'auteur, en démiurge vulcanesque nous offre un Paris dépecé sur un plateau d'argent.
Et les autres suivront.

En cours : Consuelo de George Sand

Listes de lectures précédentes : 2016- 2017-2018 https://www.senscritique.com/liste/Zweig_le_Japon_et_les_autres_ce_que_j_ai_lu_de_janvier_a_dec/1417537#page-5/
Et la dernière en cours :
2020 : d'un livre à l'autre au gré de ma fantaisie...

En couverture : « Portraits impressionnistes » au féminin, exposition 2016 au musée des Beaux-Arts de Bernay, en Normandie, dont cette jeune femme lisant.

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  • La Curée (1871)

    Sortie : 1871. Roman.

    Livre de Émile Zola

    "La nuque appuyée contre le bord capitonné de la calèche, elle semblait dormir les yeux ouverts. Elle songeait, inerte, livrée aux rêves qui la tenaient ainsi affaissée, et, par moments, de légers battements nerveux agitaient ses lèvres. Elle était mollement envahie par l’ombre du crépuscule ; tout ce que cette ombre contenait d’indécise tristesse, de discrète volupté, d’espoir inavoué, la pénétrait, la baignait dans une sorte d’air alangui et morbide. Sans doute, tandis qu’elle regardait fixement le dos rond du valet de pied assis sur le siège, elle pensait à ces joies de la veille, à ces fêtes qu’elle trouvait si fades, dont elle ne voulait plus ; elle voyait sa vie passée, le contentement immédiat de ses appétits, l’écœurement du luxe, la monotonie écrasante des mêmes tendresses et des mêmes trahisons."

    D'une noirceur et d'une richesse sans nom : on est pris par cette violence, ces exubérances de l'or et de la chair qui font qu'on en oublie un peu ces quelques longueurs où Zola nous immerge et nous noie dans la folie immobilière.
    Une "Curée" qui porte bien son nom : impressionnante plongée dans l'enfer des transactions où la chute, après l'ascension, est inéluctable.
  • Contes du jour et de la nuit (1885)

    Sortie : 1885. Recueil de contes.

    Livre de Guy de Maupassant

    La Parure, sublime, indissociable du recueil, découverte au lycée et l'envie de replonger dans l'univers, tour à tour drôle, grinçant et charnel de Maupassant au travers de ces contes que j'ai voulu tous explorer.

    Extrait de Rose, l'une des délicieuses nouvelles du recueil :

    Mme Margot sourit à peine et prononça, à voix basse :
    " Je t'assure que c'est très amusant d'être aimée par un domestique. Cela m'est arrivé deux ou trois fois. Ils roulent des yeux si drôles que c'est à mourir de rire. Naturellement, on se montre d'autant plus sévère qu'ils sont plus amoureux, puis on les met à la porte, un jour, sous le premier prétexte venu, parce qu'on deviendrait ridicule si quelqu'un s'en apercevait."
  • La Ballade de l'impossible (1987)

    Noruwei no mori

    Sortie : 1987. Roman.

    Livre de Haruki Murakami

    Découverte de Murakami dont je n'avais encore rien lu.

    "Si je t'ai blessé, c'est que ta blessure est aussi la mienne. Alors, ne m'en veux pas. Je suis un être inachevé. Bien plus que tu ne le crois."

    Belle surprise pour moi que cette première lecture d'un auteur dont on m'avait parlé et pas toujours en bien.
    Que justice lui soit rendue : j'ai aimé le côté tendre et cru de ce roman, jamais vulgaire et empreint d'une poésie à laquelle je ne m'attendais pas.
    Watanabe, Naoko, Midori et Reiko, autant de personnages qui vont désormais hanter ma mémoire au fil du temps.
  • L'Immortalité (1990)

    Nesmrtelnost

    Sortie : 1990. Roman.

    Livre de Milan Kundera

    Début du roman : il m'a captivée.

    "Peu après je voulus me remettre à observer la dame (entre 60 et 65 ans) mais la leçon était finie.
    Elle s’en allait en maillot le long de la piscine et quand elle eut dépassé le maître nageur de quatre à cinq mètres, elle tourna la tête vers lui, sourit, et fit un signe de la main.

    Mon coeur se serra. Ce sourire, ce geste, étaient d’une femme de vingt ans ! Sa main s’était envolée avec une ravissante légèreté.
    Comme si, par jeu, elle avait lancé à son amant un ballon multicolore. Ce sourire et ce geste étaient pleins de charme, tandis que le visage et le corps n’en avaient plus.

    En tout cas, au moment où elle se retourna, sourit et fit un geste de la main au maître nageur (qui ne fut plus capable de se contenir et pouffa), de son âge elle ne savait rien. Grâce à ce geste, en l’espace d’une seconde, une essence de son charme, qui ne dépendait pas du temps, se dévoila et m’éblouit. J’étais étrangement ému."

    Oui, le début m'avait captivée et je pensais poursuivre sur ma lancée, mais ce manque d'action véritable où personnages et histoires ne sont que des prétextes permettant à Kundera de déployer sa pensée et ses thèmes favoris m'a un peu lassée.
    Une histoire riche mais compliquée à suivre : une lecture exigeante qui ne m'a pas comblée, je l'avoue, en dépit de l'intérêt qu'elle présente.

  • Paul Verlaine (1901)

    Sortie : 1901. Essai et biographie.

    Livre de Stefan Zweig

    Le "pauvre Lélian"

    "J'ai la fureur d'aimer. Mon cœur si faible est fou.
    N'importe quand, n'importe quel et n'importe où,
    Qu' un éclair de beauté , de vertu, de vaillance
    Luise, il s'y précipite, il vole, il s'y lance,
    Et, le temps d'une étreinte, il embrasse cent fois
    L'être ou l'objet qu'il a poursuivi de son choix;
    Puis, quand l'illusion a replié son aile,
    Il revient triste et seul bien souvent, mais fidèle,
    Et laissant aux ingrats quelque chose de lui,
    Sang ou chair.

    Paul Verlaine
    Toujours une lueur, tel un sourire doux amer, quand Verlaine parle de son enfance....Souffrance, soupir songeur ou reproche plaintif--dans les strophes tendres et d'une infinie mélancolie écrites en prison, ou dans les
    "Confessions", ce portrait en prose qui respire la vanité, la sincérité outrée et la coquetterie --, toujours on rencontre ce rythme hésitant et plaintif.

    Il y a de l'admiration pour l'œuvre de poésie, pour son art, beaucoup moins pour l'homme à la personnalité «féminine, fragile et on ne peut plus négative» doté d'une «extrême faiblesse psychique et morale». L'ouvrage Paul Verlaine comporte également des traductions de poèmes de Verlaine par Zweig lui-même, un autre récit biographique La Vie de Paul Verlaine (une vingtaine de pages) édité en 1922, un court texte sur Rimbaud (une dizaine de pages) et trois poèmes signés Zweig."

    L'homme et l'artiste, absolument indissociables l'un de l'autre, mais tandis que le premier nous émeut ou nous révulse, le second suscite notre admiration ou notre pitié : une vie brisée par l'alcool, la "folie verte" qui avait pour nom absinthe.
  • Les Prodiges de la vie (1904)

    Sortie : 1904. Recueil de nouvelles.

    Livre de Stefan Zweig

    "Et le peintre sentit, à une certaine tension de ses traits, que sous cette enfant perçait déjà une de ces femmes qui vivent leurs rêves et ne font qu'un avec leurs désirs, qui s'accrochent de toutes les fibres de leur âme à ce qu'elles aiment et qui meurent lorsqu'on le leur arrache."

    Récit prenant dont l'intérêt va croissant, comme toutes les oeuvres de Zweig que j'ai pu lire : beau portrait d'une enfant au seuil de l'adolescence, fermée sur elle-même comme un oiseau meurtri, petite Juive rescapée d'un pogrome, devenue par le miracle d'un tableau, une vierge à l'enfant.
  • Lumière d'août (1932)

    Light in August

    Sortie : 1932. Roman.

    Livre de William Faulkner

    "On dit que, seul, le menteur entraîné peut tromper. Mais il arrive bien souvent que le menteur entraîné et chronique ne se ment qu'à lui-même. L'homme dont les mensonges sont le plus aisément acceptés est celui qui, toute sa vie, a joui de la réputation de franchise."

    Une noirceur qui nous saute au visage avec sa galerie de personnages malmenés par la vie, cabossés, abîmés, dans cette ambiance moite et délétère du sud.
    Happée mais étourdie, avec l'envie de respirer une bouffée d'air pur.
  • Neige de printemps (1968)

    Haru no Yuki

    Sortie : 1968. Roman.

    Livre de Yukio Mishima

    "La lune brillait avec une intensité éblouissante du côté gauche de Kiyoaki, là où la chair pâle se soulevait au rythme de son cœur. S’y trouvaient trois grains de beauté, petits, presque invisibles. Et tout comme les trois étoiles du baudrier d’Orion s’affadissent sous une lune radieuse, ces trois grains étaient presque oblitérés par ses rayons."

    Beauté, passion, raison se retrouvent au coeur de ce premier tome de La Mer de la Fertilité, incarnés par le superbe et égoiste Kiyoaki, la splendide Satoko et l'ami rationnel mais dévoué que représente Honda.

    C'est dès le premier baiser échangé entre Kiyoaki et Satoko, que la narration se décentre de Kiyo et accorde plus de place à Honda ou aux personnages secondaires. Sans doute une forme de pudeur, pour ne pas entrer trop crûment dans la relation qui se développe ensuite entre Kiyo et Satoko ; peut-être, aussi, une manière d'échapper à la censure. Mais aucun détail n'est donné, aucune parole rapportée, et la psychologie des personnages nous échappe largement à part pour évoquer, en termes assez abstraits, la passion et d'autres grands sentiments ; le couple perd toute substance dès lors qu'il se forme. Cela donne l'impression (fort possible) que Mishima ne sait pas décrire une relation amoureuse heureuse entre un homme et une femme..."
  • Une saison à Longbourn (2014)

    Longbourn

    Sortie : . Roman.

    Livre de Jo Baker

    « Comme elle avançait, elle vit l’expression de Ptolémée changer, un sourire creusant ses fossettes. C’était merveilleux de faire cet effet-là. Une sensation enivrante. Elle sentit le gravier crisser sous ses pieds, le froissement de ses jupes sur ses chevilles, la pression de son corset, le chatouillement d’une boucle sur sa nuque. Elle avait l’impression d’être plus vivante. »

    « La vie, avait conclu depuis longtemps Mrs Hill, était une épreuve d’endurance face à laquelle tout le monde finissait pas échouer. »

    Démarche très originale de la part de l'auteure, Jo Baker sous la plume de laquelle les anonymes, j'ai cité les domestiques, prennent vie : qui de Sarah, de la jeune Polly, de Mrs Hill et son secret ou de James Smith, tous deviennent les héros d'un récit qui prend de l'épaisseur au fil des pages.
  • La Source sacrée (1901)

    The Sacred Fount

    Sortie : 1901. Roman.

    Livre de Henry James

    "Je voulais que sa perplexité - en dose exacte - résultât à la fois de ce qu'elle sût et de ce qu'elle ne sût pas vraiment ce que je voulais dire ; et quand je vis en fait à quel point elle pouvait être perplexe, et combien cela, une fois encore, lui déplaisait, je m'étonnais de nouveau qu'elle eût voulu et osé me rencontrer. Où était le plaisir, pour elle, où était le succès insolent, si le souffle de l'ironie pouvait les glacer ?"

    Je n'avais pas eu envie de le poursuivre il y a quelques années, et là, reprenant l'ouvrage, j'ai trouvé cette fantasmagorie psychologique assez fascinante : elle peut aussi rebuter mais pour moi cette seconde lecture aura été déterminante.
  • Le poulet tueur et la folle honteuse (2008)

    Sortie : juin 2008. Roman.

    Livre de Tennessee Williams

    "Un psychiatre m'a assuré que je pardonnerais au monde le jour où j'aurais pardonné à mon père. [...] Je me demande, en revanche, si j'ai vraiment pardonné à ma mère de m'avoir appris à attendre du monde plus d'amour et plus de douceur que je ne pourrai jamais en donner."

    Sans doute le moins intéressant des recueils de nouvelles de T.Williams : récits barrés et des plus loufoques mais ça ne suffit pas.
    La citation que j'ai choisie est l'une des meilleures de l'ouvrage.
  • Soufi, mon amour (2010)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Elif Shafak

    "Si tu veux changer la manière dont les autres te traitent, tu dois d'abord changer la manière dont tu te traites. Tant que tu n'apprends pas à t'aimer, pleinement et sincèrement tu ne pourras jamais être aimée. Quand tu arriveras à ce stade, sois pourtant reconnaissante de chaque épine que les autres pourront jeter sur toi. C'est le signe que bientôt tu recevras une pluie de roses."

    On suit le périple de Shams Tabrîzi, le célèbre derviche errant du XIIIe siècle, vers la ville de Konya. Sur les pas du maître spirituel Rûmi, et à travers ses rencontres avec différents protagonistes fascinants, nous sommes invités à arpenter un chemin initiatique, au bout duquel l’amour se révèle être à la fois la raison et le but ultime…

    J'ai beaucoup aimé ces aller retours entre XIIIème et XXIème siècle, la ferveur qui émane de l'ouvrage manifestement habité par son auteure.
  • La goutte d'or (1986)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Michel Tournier

    « Il y a un signe infaillible auquel on reconnaît que l’on aime quelqu’un d’amour. C’est lorsque son visage vous inspire plus de désir physique qu’aucune autre partie de son corps. »

    Un jeune berbère, Idriss, qui, parti à la recherche de sa photo, prise par une belle femme blonde en land rover, va découvrir Paris et surtout se découvrir tel qu'en lui-même pour rejoindre l'âge adulte.
    Un voyage migratoire et surtout initiatique qui m'a bien plu.
  • Premier amour (1860)

    Первая любовь (Pervaya lyubov)

    Sortie : 1860. Nouvelle.

    Livre de Ivan Tourguéniev

    "Mon cœur battait à se rompre dans ma poitrine J' avais très honte et en même temps je me sentais heureux ; une émotion inconnue m' agitait."

    Récit au charme cruel plus ou moins autobiographique : joli portrait de jeune fille dotée d'une forte personnalité vue par les yeux amoureux d'un adolescent de 16 ans alors qu'elle en a 5 de plus.
    J'aurais juste aimé en savoir un peu plus sur la passion qui finalement fond sur elle.
  • Pamela, ou la vertu récompensée (1740)

    Pamela, or Virtue rewarded

    Sortie : 1740. Récit.

    Livre de Samuel Richardson

    " Vous et mon cher père êtes sans doute surpris de n'avoir point eu de mes nouvelles depuis plusieurs semaines, mais une triste scène en a été la cause. Car à présent il n'est que trop clair que vos avertissements étaient bien fondés. Oh, ma chère mère, je suis malheureuse, véritablement malheureuse ! Ne vous effrayez pourtant pas, je suis vertueuse ! Dieu veuille par Sa grâce que je le sois toujours.
    Oh ! cet ange, ce galant homme, ce doux bienfaiteur de votre pauvre Paméla, qui devait prendre soin de moi à la prière que lui fit sa mère, lorsqu'elle était sur son lit de mort, qui craignait si fort que je ne me laissasse séduire par le neveu de Milord Davers qu'il ne voulut point me laisser entrer au service de Milady ; ce gentilhomme (oui, il faut encore que je l'appelle ainsi, quoiqu'il ne mérite plus ce titre), ce gentilhomme s'est avili jusqu'à se donner des libertés avec sa pauvre servante ! Il s'est fait voir maintenant dans son caractère naturel, et rien ne me paraît plus noir et plus affreux."

    Je n'aurais jamais pensé trouver ce roman épistolaire aussi captivant : dans la deuxième partie c'est tout le tiraillement intérieur de Paméla qui se fait jour et l'on comprend que bien malgré elle et à son corps défendant, car sa sincérité ne saurait être remise en cause, la jeune fille est tombée amoureuse de son "persécuteur".
    On comprend à quel point cet ouvrage a pu influencer tant d'auteurs du XVIIIème siècle.
  • L'Histoire d'un mariage (2009)

    Sortie : février 2009. Roman.

    Livre de Andrew Sean Greer

    "Nous croyons connaître ceux que nous aimons. Nous croyons les aimer. Mais ce que nous aimons se révèle n'être qu'une traduction approximative, notre propre traduction d'une langue mal connue. Nous tentons d'y percevoir l'original, le mari ou la femme véritables, mais nous n'y parvenons jamais. Nous avons tout vu. Mais qu'avons nous vraiment compris ?

    MOINS NOUS EN SAVONS...

    A la célèbre question : faut-il connaître pour aimer ?, Greer répond donc sans équivoque : en amour du moins, c'est la fiction - imagination, rêve, fantasme... - qui nourrit le sentiment amoureux. Moins nous en savons sur l'être cher, plus nous sommes susceptibles de l'aimer."

    Sur un air de jazz pourrait-on dire, un roman nostalgique et langoureux, une belle histoire d'amour jamais à l'eau de rose qui n'élude pas les secrets, sur fond de ségrégation et d'homophobie : surprenant et inspiré.
  • Un bonheur parfait (1975)

    Light Years

    Sortie : 1975. Roman.

    Livre de James Salter

    "Envers son mari, elle se montrait compréhensive, voire affectueuse, pourtant ils dormaient comme s'ils avaient signé un contrat. Même leurs pieds ne se touchaient jamais. Et il y avait bien eu un contrat: le mariage."
  • Nord et Sud (1854)

    North and South

    Sortie : 1854. Roman.

    Livre de Elizabeth Gaskell

    "Les gens s’étonnaient parfois de constater que de si beaux parents avaient eu une fille à la beauté si peu régulière ; ou même totalement dépourvue de beauté, disaient certains. Elle avait une grande bouche, et non un bouton de rose tout juste capable de s’entrouvrir pour laisser passer un « oui », ou un « non » ou un « je vous en prie, monsieur ».

    Mais sa bouche généreuse formait une seule courbe, ses lèvres étaient rouges et pleines ; si sa peau n’avait pas la blancheur idéale, elle était lisse et délicate comme l’ivoire. Bien que Margaret affichât d’ordinaire une mine trop digne et réservée pour son jeune âge, en ces moments où elle parlait à son père son expression était vive comme le matin, tout en fossettes et en regards exprimant une joie enfantine et un espoir illimité en l’avenir."

    Très belle figure de femme, passionnée, courageuse et libre : un roman que j'ai savouré jusqu'à la dernière ligne.
  • Le secret magnifique (2007)

    Sortie : novembre 2007. Roman.

    Livre de Belva Plain

    Sans doute pas un grand livre mais reco d'un ami qui l'a bien aimé.

    "Le docteur Schmidt sembla sur le point d'intervenir, s'arrêta et finit par se décider:
    - Caroline, vous avez malheureusement raison, vous ne pouvez pas demeurer ici. Cela va devenir impossible. Vos visas vont expirer et... C'est triste à dire, et j'ai honte de mon pays, mais les autorités ne vous laisseront pas séjourner en Suisse. On va renvoyer les réfugiés politiques de l'autre côté de la frontière s'ils ne partent pas de leur plein gré. La mesure sera appliquée dès le mois d'août.
    Caroline détourna les yeux pour ne pas voir la pitié de son regard. Tout le monde se taisait."

    Pas mal du tout ! L'histoire m'a happée d'un bout à l'autre et recèle une surprise de taille… Un satisfecit pour Madame Plain.
  • L'Amour aux temps du choléra (1985)

    El amor en los tiempos del cólera

    Sortie : 1985. Roman.

    Livre de Gabriel García Márquez

    "Il était encore trop jeune pour savoir que la mémoire du cœur efface les mauvais souvenirs et embellit les bons, et que c'est grâce à cet artifice que l'on parvient à accepter le passé."

    Je n'ai pas accroché tout de suite à ce roman : un univers particulier avec lequel on doit se familiariser, puis, au fil des pages, c'était un peu comme si j'entrais dans une forêt foisonnante, bruissant de mille bruits et devenant tout à coup silencieuse.
    Une belle histoire d'amour narrée dans un style baroque et d'une rare richesse.
  • L'Homme et la poupée (1923)

    The Captain's Doll

    Sortie : 1923. Recueil de nouvelles.

    Livre de D. H. Lawrence

    The Captain's Doll est une nouvelle de l'auteur anglais D. H. Lawrence. Elle a été écrite en 1921 et publiée pour la première fois par Martin Secker en mars 1923 dans un volume avec The Ladybird et The Fox. C'était la base du film télévisé de 1983 du même nom avec Jeremy Irons en tant que capitaine.
    Nouvelle qui a donné son nom au recueil lui-même.

    Merci à @Mangrove pour m'avoir recommandé Amants et Fils de Lawrence: je le lirai un jour, mais il était épuisé.

    Quel style, quelle force de description, quel talent !
    Un recueil de nouvelles peu connu dont certaines sont magnifiques : beaucoup aimé !:-)
  • Mary Barton (1848)

    Sortie : 1848. Roman.

    Livre de Elizabeth Gaskell

    "Tu devrais te garder de mettre ce genre de sottises dans la tête de ma gamine. Je préférerais la voit gagner son pain à la sueur de son front, comme la Bible l'ordonne - oui, quitte à ce qu'elle n'ait pas de beurre à mettre sur son pain - , plutôt que d'être une de ces femmes qui se tournent les pouces, font enrager les vendeurs toute la matinée dans les magasins, s'égosillent au piano tout l'après-midi et vont au lit sans avoir fait le moindre bien à une créature de Dieu sauf à elles-mêmes."

    Ce n'est pas mal, mais j'ai, de loin, préféré Nord et Sud de la romancière : beaucoup plus de maîtrise dans la narration et des personnages auxquels on s'attache bien davantage.
    En outre, il y a un certain côté tire-larmes, à la fin, qui est certes, efficace, mais un peu à son corps défendant.
  • La femme qui ne vieillissait pas (2018)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Grégoire Delacourt

    "Le bonheur , tout le monde le sait , est un invité fantasque. Il quitte parfois la table sans prévenir , sans raison."

    Petite curiosité due au titre : j'ai entamé le livre tout à l'heure, j'ai déjà la nostalgie du XIXème, mais ne vendons pas la peau de l'ours avant de l'avoir tué, attendons.

    Eh bien, voilà, je l'ai terminé : un sujet dans l'air du temps, original dans le genre puisqu'il fait le portrait d'une femme quittée par l'homme de sa vie, pour être restée, en apparence, toujours la même, et ce, depuis l'âge de 30 ans !
    Où l'on voit que jeunesse et beauté éternelles peuvent devenir un fléau...
    Toutefois, je n'ai pas été passionnée : c'est bien écrit, bien pensé mais l'étude des personnages n'est pas assez fouillée et donc on ne s'attache à personne, ce n'est d'ailleurs pas le but.
  • Aveux et anathèmes (1987)

    Sortie : 1987. Essai.

    Livre de Emil-Michel Cioran

    "Bien plus que le temps, c'est le sommeil qui est l'antidote du chagrin. L'insomnie, en revanche, qui grossit la moindre contrariété et la convertit en coup du sort, veille sur nos blessures et les empêche de dépérir."

    "une oeuvre ironique et apocalyptique, marquée du sceau du pessimisme, du scepticisme et de la désillusion."

    Pas du tout conquise par ce pessimisme,cette vision de la vie et des autres complètement négative, qui ne me parlent pas.
  • La Joie de vivre (1883)

    Sortie : 1883. Roman.

    Livre de Émile Zola

    « Ses paupières fines étaient comme un voile de soie tiré sur son regard, un petit souffle régulier sortait de ses lèvres pures »
    « Sur le visage endormi de Pauline, un rêve passait, la clarté rapide d’un sourire »

    « Et maintenant, Pauline savait pourquoi le flot sanglant de sa puberté avait jailli comme d’une grappe mûre, écrasée aux vendanges. Ce mystère éclairci la rendait grave, dans la marée de vie qu’elle sentait monter en elle.»

    "Zola avait établi une liste de plusieurs titres : La Vallée de larmes, La Sombre Mort, La Misère du monde, L’Espoir du néant, pour retenir finalement un titre porteur de vie et d’espoir. « Mais cet espoir est ténu ; Pauline met du baume sur les souffrances physiques de M. Chanteau et sur les souffrances morales de Lazare, mais elle ne change en rien le milieu."

    Je garderai à l'esprit, ayant refermé ce douzième volume de la série des Rougon-Macquart., l'impression du pessimisme le plus noir : certaines scènes sont d'un réalisme tel, qu'on est parfois tenté de détourner le "regard" devant la souffrance et la mort omniprésentes à chaque page du livre, rendues plus marquantes encore, par la bonté et la générosité sans failles, d'un "ange gardien" nommé Pauline.

    Sur une reco de @del Dongo
  • Circé (2018)

    Sortie : . Roman.

    Livre de Madeline Miller

    Deux extraits assez représentatifs :

    La terre fut abreuvée de gouttes bouillantes de sang divin si puissantes que des fleurs rares jaillirent là où elles étaient tombées.

    Toute ma vie, je suis allée de l'avant, et à présent, je suis ici. Si j'ai une voix de mortelle, laissez-moi aussi avoir le reste. Je lève la coupe remplie à ras bord à mes lèvres, et je bois.

    Ce qui fait l'intérêt du livre, c'est la façon dont la romancière s'est réappropriée le personnage mythologique de Circé, fille d'Hélios et de la nymphe Persé, dotée d'un charme diabolique.
    Circé a beau être déesse et sorcière, elle n'en est pas moins une femme au plein sens du terme accessible aux sentiments humains : douleur, joie, amour.
    Une démarche intéressante, s'il en est.
  • L'Œil le plus bleu (1970)

    The Bluest Eye

    Sortie : 1970. Roman.

    Livre de Toni Morrison

    Depuis quelque temps, Pecola se disait que si ses yeux –ses yeux qui retenaient les images, et savaient ce qu’on peut voir-, si ses yeux avaient été différents, c’est-à-dire beaux, elle-même aurait été différente. Elle avait de belles dents, et un nez moins gros et moins épaté que celui de certaines filles qu’on disait mignonnes. Si elle avait été différente, belle peut-être, Cholly aurait peut-être été différent aussi, et Mrs Breedlove. On aurait peut-être dit : « Regarde, cette Pecola aux beaux yeux. Nous ne devons pas faire de vilaines choses devant ces jolis yeux. »

    Seul livre pour lequel la romancière s’est inspirée de sa vie. Au printemps 2017, elle déclare dans le premier numéro de la revue America :

    « J'avais environ huit ans et j’avais une très bonne amie, qui était très noire de peau et absolument ravissante. Un jour, nous nous sommes disputées sur l’existence de Dieu. J’y croyais. Pas elle. « Pourquoi ne crois-tu pas en Dieu ? », lui ai-je demandé ? Elle m’a répondu ceci : « Parce que cela fait deux ans que je prie Dieu pour avoir les yeux bleus et il ne me les a toujours pas donnés. » Cette remarque m’a bouleversée. Trente ans plus tard, c’est devenu mon premier roman. »

    Des pages très fortes, très dures aussi auxquelles je m'attendais : toute la souffrance du peuple noir, toute sa misère et ses humiliations dans le regard de deux petites filles.
  • Voyez comme on danse (2001)

    Sortie : 2001. Récit et roman.

    Livre de Jean d'Ormesson

    "Il y a des jours, des mois, des années interminables où il ne se passe presque rien. Il y a des minutes et des secondes qui contiennent tout un monde."

    Où la petite histoire rencontre l'Histoire grâce à la plume virevoltante et érudite d'un conteur nommé Jean d'Ormesson.
    Un livre à l'image de l'écrivain, véritable feu follet de la littérature.

    Et merci pour la reco à @del Dongo
  • Une femme simple et honnête (2009)

    Sortie : août 2009. Roman.

    Livre de Robert Goolrick

    "Elle avait mené une vie entière de souillure, d'abjection et de luxure. Ce à quoi elle aspirait aujourd'hui du fond du coeur, à sa grande surprise, c'était à un printemps aussi abondant et érotique que l'hiver était chaste et exsangue."

    Entièrement prise par ce roman qui décrit admirablement la complexité de l'âme humaine au travers de trois personnages mus à tour de rôle par l'amour et la haine, la bonté et le pardon.
  • Consuelo (1843)

    Sortie : 1843. Roman.

    Livre de George Sand

    « Dans ce siècle qui a pour loi d'achever la Révolution française et de commencer la Révolution humaine, l'égalité des sexes faisant partie de l'égalité des hommes, il fallait une forte femme.»

    Victor Hugo dans son éloge funèbre à George Sand ( Aurore Dupin) en 1876

    Très bel ouvrage romantique et superbe figure de femme, qui, même si elle nous paraît un peu trop "parfaite", réussit à nous émouvoir.
    Un roman qui exalte la musique et fait corps avec elle, instructif, aussi, puisqu'il permet de se familiariser avec de grands noms du siècle comme Haydn, qui, sous la plume de George Sand, deviennent singulièrement attachants.
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