Mes sorties ciné 2018

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123 films

par Scaar_Alexander
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    El Presidente (2018)

    La Cordillera

    1 h 54 min. Sortie : . Drame.

    Film de Santiago Mitre avec Ricardo Darín, Dolores Fonzi, Erica Rivas

    Voici un envoûtant thriller dont la troublante opacité, née de son mariage hélas pas totalement consommé de la fable politique, du drame psychologique et du fantastique, est aussi fascinante qu'elle n'est frustrante. Fascinante parce que l'atmosphère discrètement paranoïaque fait son effet, obscurcie par un inquiétant décor enneigé que Santiago Mitre et son chef opérateur transforment en théâtre esthétiquement ensorcelant des péchés refoulés (voir certaines scènes visuellement splendides comme celles de l'hypnose et du téléphérique) ; et parce que le magnétique Ricardo Darin en président "faussement normal" est un plaisir de tous les instants (quand il dit "annule la réunion", tu annules la réunion...) (meilleur personnage de président depuis Jeff Bridges dans The Contender ?), bien appuyé par une Erica Rivas aussi adorable que parfaite en soutien de tous les instants, et une Dolores Fonzi impressionnante de charisme dans un rôle de fille aussi authentique que surréaliste. Frustrante parce que le troisième acte, dont on attendait des quasi-miracles (= faire en sorte que mariage fasse sens !), s'est révélé soit incapable de les faire (et Mitre se serait donc perdu dans ses propres dédales), soit trop mariole pour son bien (et Mitre aurait ignoré les attentes de son public pour se branler dans son coin avec son dénouement trop opportunément élusif) ; autant dire que le dénouement abrupte ne convainc pas. C'est con, parce que les deux premiers actes d'El Presidente, lents mais nourrissants, lui valaient un solide 8. On ne le pénalisera cependant pas davantage pour ça, parce que même en tant que simple thriller politique, il est d'une intelligence surprenante sous ses dehors confortables et feutrés (voir des échanges comme celui sur l'"homme qui travaille" de Marx ou sur la manipulation par le politicien des notions de Bien et de Mal). Le trompe-l’œil anxiogène qui imprègne l'ensemble sied parfaitement à l'idée de pouvoir en politique, où rien ne compte plus que l'image que l'on renvoie aux gens, ses enfants inclus (géniale performance de Darin durant le speech de Christian fucking Slater !). En fait, toute captivante que soit l'addition de l'étrange, El Presidente s'en serait parfaitement sorti SANS, d'autant plus qu'elle ne valait pas son prix : au fond, pas besoin de cette histoire in fine abracadabrante de fille se rappelant des souvenirs incriminant qui ne sont pas les siens pour suggérer que Blanco n'est pas tout... blanc (vous parlez de lourdeur...).
  • 2
    Bande-annonce

    Le Grand Jeu (2018)

    Molly's Game

    2 h 20 min. Sortie : . Biopic.

    Film de Aaron Sorkin avec Jessica Chastain, Idris Elba, Kevin Costner

    Un Sorkin en forme... pour le meilleur et pour le pire. Globalement pour le meilleur, car il gratifie sans surprise Molly's Game de pas mal de beaux échanges ping-pong de son crû, maaaaais le pire n'est quand même jamais loin, tapi dans l'ombre, attendant sa potentielle heure, et on a du mal à l'ignorer pour peu que l'on soit habitué au roulage de mécaniques un peu grossier auquel Sorkin cède trop souvent. C'était à moitié prévisible, vu le sujet : toute la première partie, où l'héroïne organise son business, se la joue un peu trop Scorsese pour son bien (bien que la fameuse comparaison avec le Loup de Wall Street soit parfaitement débile), car ni le Sorkin réalisateur, pas très inspiré, ni même le Sorkin scénarise, ne savent la rendre suffisamment électrique et captivante. Mais le troisième acte n'échappe hélas pas non plus à l'autre "mauvais" côté de Sorkin, le prêchi-prêcha réjoui de gauchiste qui se croit "dur" (cf. Will McAvoy dans The Newsroom). Mais modérons notre critique : la seconde partie de Molly's Game reste quand même clairement supérieure à la première, surtout quand prend forme le personnage de l'avocat, qui donne à Idris Elba l'occasion de briller comme ça lui arrive trop rarement, et grâce à quelques scènes étonnamment poignantes comme celle de la réconciliation entre l'héroïne et son père (où Costner brille à son tour !). Bons sentiments, mais beaux aussi. Donc, pas un grand film, faute d'inspiration fulgurante (une citation en conclusion... ?) et notamment parce que Sorkin n'a pas l'air d'un grand metteur en scène (la scène de l'agression est cependant pas mal fichue... wait and see) ; en tout cas un bien moins réussi que Le Stratège ; mais au demeurant un petit thriller qui n'a rien de désagréable, ne serait-ce que pour ses dialogues généralement divertissants, et pour son héroïne, rare personnage féminin VRAIMENT réussi par Sorkin (qui a toujours été meilleur en dialogues qu'en étude de caractères, surtout féminins) interprété par une actrice toujours fabuleuse. Ça fait oublier la sous-sorkinerie qu'était Miss Sloane, dans laquelle elle s'était égarée, l'année dernière...
  • 3
    Bande-annonce

    Les Heures sombres (2018)

    Darkest Hour

    2 h 05 min. Sortie : . Biopic.

    Film de Joe Wright avec Gary Oldman, Lily James, Kristin Scott Thomas

    Mmmmh... certes, mais partagé. Dans les plus, le grand Gary Oldman est effectivement phénoménal en Churchill, disparaissant effectivement derrière son personnage (aussi tarte que sonnât l'expression), livrant une performance remplies d'impressionnantes nuances ; Joe Wright nous trousse sans surprise un bel objet plein de beaux plans (notamment ceux isolant physiquement le personnage à mesure que pourrit la situation) ; un casting de seconds rôles racés (à commencer par Dillane et Mendelsohn) aide bien les scènes de pugilat géopolitique comme c'était le cas dans le Lincoln de Spielberg ; et on apprécie l'ode au "go fuck yourself" dans la plus pure tradition aristocratique ("que trépasse si je faiblis, tout ça), qui rappelle au passage l'ineptie criminelle de la position pacifiste (qui caractérisait essentiellement la gauche...). MAIS au rayon des contre, la mise en scène s'avère au final curieusement fade en de nombreux endroits (une mise en scène n'étant pas un agencement de belles images...), Wright proposant des choses intéressantes sur le plan cinématographique un coup, puis versant dans l'académisme vaguement affecté le coup d'après ; le film manque parfois d'intensité, notamment à cause d'un travail de montage qui ne prépare pas assez le terrain dramatique, et d'une écriture faiblarde de certains personnages secondaires (d'où sort cette amitié profonde entre Churchill et sa secrétaire ?!) ; certains grands moments sont mollement amenés, comme l'échec de Halifax, la discussion finale entre Churchill et George VI étant une des seules vraiment satisfaisantes, et d'autres sont par trop édulcorés (le discours au cabinet extérieur) ; et en parlant d'histoire, la scène supérieurement fantaisiste du métro a du mal à passer (son Renoi-quota, dont le ridicule ferait presque croire qu'il a été casté par un raciste nostalgique des vieux films américains, en étant le moindre des problèmes)... Au final, bien que Les Heures sombres ne commette a priori pas d'erreur historique grave, on aurait aimé quelque chose de moins "à la gloire de", de plus aventureux, et de plus large dans son étude d'un personnage aussi... riche. Mais bon, dans le genre, c'est un bel objet qui gagne à être regardé, et un retour en forme acceptable du cinéaste après la catastrophe nucléaire qu'était Pan !
  • 4
    Bande-annonce

    Downsizing (2018)

    2 h 15 min. Sortie : . Comédie, drame et science-fiction.

    Film de Alexander Payne avec Matt Damon, Christoph Waltz, Hong Chau

    Fail. Bien que pas fan de Payne, j'étais très curieux de voir ce Downsizing pour son concept à l’impressionnant potentiel, tant esthétique que dramatique... oubliant que c’était un film d’Alexander Payne, ce qui signifie généralement mou du gland, pince sans rire, un poil moralisateur et un brin intellectualisant. Ce que Downsizing est. À ceux qui sont curieux de voir ce que le réalisateur a fait de son idée force : quelque chose de sympa et prometteur… dans la première demi-heure. Tant que sont au cœur du récit la confrontation du monde au phénomène et le processus du downsizing, ses motivations et ses implications (là, disons-le, le film est plutôt fun). Parce qu’une fois son héros "réduit", Downsizing perd totalement le nord : on passe, durant un deuxième acte en pleine errance tonale, de la comédie de SF joueuse et correctement troussée à la satire sociale parfois un peu glauque ne faisant pas la MOINDRE utilisation du concept, verbeuse, et s’étirant dramatiquement en longueur. On ne demandait pas un spectacle son et lumière, JUSTE quelque chose, et qu'est-ce qu'on a ? Matt Damon dans un rôle très pauvre (même en tant que conduit, Paul ne marche pas, ce qui rend son dilemme existentiel à la fin totalement rasoir)… ladite satire sociale à deux balles (Leisureland a, lui aussi, ses prolétaires et ses cité-dortoir… on n’avait pas vu aussi subtile critique marxiste de l’American Way of Life depuis Elysium !)… un propos faiblard (où qu'aille l'homme, il reproduira toujours les mêmes erreurs et devra affronter les mêmes problèmes)… et un personnage de réfugiée vietnamienne énervée (Hong Chau, mignonette), mais rien de plus que l'irritant ressort "comique" d'une romance anémique. Ceux qui accrocheront TOTALEMENT à son personnage toléreront peut-être le troisième acte en roue libre (l’histoire de fin du monde et le prêchi-prêcha subséquent, les hippies relous, etc.). Sans cela, ce sera difficile, tant ce dernier est aux antipodes de la première partie, allant jusqu’à conchier, avec ses lilliputiens en bateau, les efforts de réalisme qui l’avaient rendue intéressante (d'où le rafiot survit plus de cinq minutes ? Où sont les proportions ?!), quoique les absurdités physiques/logistiques auront commencé bien plus tôt, à commencer par les voix trop hautes des "réduits". L'enfoiré candide joué par Waltz est le seul rescapé de la virée (et la très amusante scène de la soirée, une des rares bonnes de la deuxième partie), ce qui en dit long sur cet énervant gâchis.
  • 5
    Bande-annonce

    Vers la lumière (2018)

    Hikari

    1 h 41 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Naomi Kawase avec Masatoshi Nagase, Ayame Misaki, Tatsuya Fuji

    C'est chiant, de décerner des 5. C'est la note la plus chiante du monde. C'est supérieur à 3, mais quand on donne un 3 à un film, c'est qu'il a au moins fait ressentir quelque chose de fort ; de négatif, mais de fort. Là, 5... et pour un Kawase... surtout après le magnifique Le Délices de Tokyo... bof, quoi. Pourtant, il avait tout pour emballer, avec un tel sujet. Le pouvoir du langage et l'amour des mots qui devrait naturellement en découler (permettant au passage de s'arrêter sur le niveau de maîtrise du pékin moyen...), l'empire tyrannique du ressenti (qui rend impossible de satisfaire tout le monde, et pourtant, l'héroïne essaie...), la quête d'altérité propre à toute société (l'identification à un aveugle étant quand même un sacré morceau)... Et puis, quoi de mieux, en principe, qu'une cinéaste sensorielle comme Kawase pour filmer la perte d'un sens ? Il faut croire que la chtite gnakouée était dans un jour sans. Pas que le film soit désagréable, donc : Misaki Ayame est toute meugnonne et pleure bien, Nagase joue très finement la douleur ravalée et l'épouvantable frustration, les personnages secondaires sont très authentiques, comme c'est QUAND MÊME du Kawase, ben, c'est très joli à regarder, et elle trousse quelques belles scènes (le baiser au soleil couchant, le brasier de photos). Hélas, rien de suffisant au regard d'un tel sujet : oui, c'est joli, mais Kawase ne fait pas grand chose, esthétiquement, de la condition de Nakamori-san. En fait, si Vers la lumière dit des choses intéressantes, c'est sur le 5ème art plutôt que sur le 7ème. Et surtout, ironiquement : quelle écriture PARESSEUSE ! L'idylle est téléphonée et manque cruellement de nuance (du coup, ça marche moyen sur le plan dramatique), les dialogues ne sont jamais au niveau des sentiments (même si ça se termine sur très belle réplique du héros, très positive, du genre "reste où tu es, je viens jusqu'à toi"), l'intrigue des parents de l'héroïne ne sert à RIEN (elle nous vaut surtout un "climax" ridicule)... Vers la fin, quand Nakamori perd totalement la vue, ça décolle un peu, mais c'est déjà trop tard, à cause d'une caractérisation trop faible des personnages, et de ce chantage à l'émotion qu'on ne trouve pas chez un Kore-eda (on a parfois l'impression de voir un de ces "dorama" gnangnans où les personnages sont bien les seuls à pleurnicher. Le comble ! Allez, PARCE QUE c'est Kawase, un 5 et pas un 6 ! Pas qu'on ne veuille pas voir davantage de Mlle Misaki, hein...
  • 6
    Bande-annonce

    3 Billboards, les panneaux de la vengeance (2018)

    Three Billboards Outside Ebbing, Missouri

    1 h 56 min. Sortie : . Comédie, policier et drame.

    Film de Martin McDonagh avec Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell

    Ah, enfin un 8 pour l'année 2018. Et enfin un film archi-primé qui ne déçoit pas les spectateurs du monde réel (hors compétition...). Parce que 3B est du genre insaisissable, je vais laisser décanter un peu pendant vingt-quatre heures avant de donner mon avis définitif. Ma réflexion/méditation s'arrêtera essentiellement sur la critique pas claire qu'il fait de la police (je suis curieux de savoir ce qu'en a pensé le public du Midwest, celui affreusement méchant qui a voté Trump : fantaisie de bourgeois libéral des côtes ?) et sur son propos lui aussi complexe sur la notion de justice. Mais globalement, c'est assez génial. En dehors des deux questions susmentionnées et d'une orientation politique valant au film quelques clichés (notamment la scène où Mildred recolle ses affiches, forcément brûlées par un Blanc valide, avec l'aide de deux Noirs et d'un nain... ^^;), pas grande critique à faire du film de McDonagh. Ses quelques clichés sont balayés par son humanité débordante, mélancolique, parfois carrément douloureuse, une déclaration d'amour à l'homme pour le meilleur et pour le pire qui se ressent dans le soin apporté à quasiment TOUS les personnages, jusqu'à bien des secondaires qui ont leur scène, leur moment qui les extrait de la vignette archétypale (le nain, la mère de Dixon, le sergent blasé, l'épouse de Willoughby...). Sa critique de la flicaille trumpiste est un minimum contrebalancée par ce qu'il fait au final de Willboughby (impeccable Harrelson) et surtout Dixon (Rockwell dans un rôle qui devrait lui valoir un Oscar), eux aussi touchés par cette humanité qui conchie tout manichéisme. Son refus de donner des leçons de morale impressionne. Son mélange de drame et d'humour est remarquablement dosé (comme l'était In Bruges...), pour changer de la majorité des cas (j'étais au début à l'affût : la dimension déconneuse allait-elle commettre le péché classique de minimiser la mort de la gamine ? Négatif : le poids de la mort reste sensible, du début à la fin). McDormand est comme prévu, dans un rôle loin d'être monolithique comme le suggèrent certains détracteurs (non, elle ne maîtrise pas tout, elle est complètement larguée mais le cache juste en filant des tartes). Et quand la fin arrive, peut-être la plus belle que le cinéma américain nous a offert depuis un bail, aussi absurde qu'évidente, pleine de sens, ouverte dans le meilleur sens du terme, c'est-à-dire au point d'exalter, il est trop tard pour ne pas être emballé.
  • 7
    Bande-annonce

    La Surface de réparation (2018)

    1 h 34 min. Sortie : . Drame.

    Film de Christophe Regin avec Franck Gastambide, Alice Isaaz, Hippolyte Girardot

    Peut-être (sans doute) LA surprise du mois. Quelque chose de fort se passe, dans ce film. De loin, il ne paie pas de mine : Franck Gastambide n'est pas exactement Mel Gibson (désolé, c'est un trentenaire qui parle), le film n'envoie pas la purée esthétiquement (c'est assez discret et sans afféterie), et en surface il ne s'y passe rien d'extraordinaire (pas de basculement dans le thriller pour maintenir l'attention, ni de rebondissement de dernière minute). Mais l'on a bien dit : en surface. Si l'on ne décèle pas de vrai et fort caractère de metteur en scène dans La Surface, Regin livrant une réalisation attentive mais un peu trop prudente, le film fonctionne parce qu'il est entièrement dédié à son personnage de trentenaire accablé par une crise existentielle qu'il ne sait exprimer, à la croisée de chemins qu'il peine à identifier, piégé dans un milieu qui l'a pourtant rejeté. Mais piégé par ses principes, surtout. Car le personnage de Franck est un très beau, et très émouvant personnage de gars droit, envers et contre tout, y compris... son bien. Et Gastambide, force tranquille parfaitement adéquate, l'interprète avec l'intensité d'un Tom Hardy (si, si) version réaliste, c'est-à-dire qui ne l'emporte pas forcément à la fin. Alors, le déterminisme social de ce film étonnamment mélancolique peut déprimer un peu, et finir par tuer la surprise : à la fin, on SAIT que Salomé (interprétée génialement par la toujours méga-ravissante Alice Isaaz) va laisser le héros en plan. Pas que les gars bonnes poires abusés par de jolies pétasses arrivistes soient une figure inintéressante, mais dans La Surface, ça abuse un peu à ce rayon. De fait, le Franck, magnifique perdant douloureusement authentique, et l'intimité de sa relation avec la caméra de Regin, sont ce qui FAIT le film. La peinture du football est parfaitement secondaire, quoique fort juste, de la passion que ce sport mérite à ses coulisses archi-pathétiques.
  • 8
    Bande-annonce

    Le Rire de ma mère (2018)

    1 h 32 min. Sortie : . Drame et comédie dramatique.

    Film de Pascal Ralite et Colombe Savignac avec Pascal Demolon, Suzanne Clément, Grégoire Colin

    Un joli drame familial comme les Français aiment en faire. Ça ne casse pas trois pattes à un canard, hein : si, sur le moment, le film touche un peu comme pourrait le faire, sur le même sujet, un téléfilm de France télévision pas trop mal fichu, il est difficile d'en garder par la suite quelque chose d'inoubliable, notamment à cause de la mise en scène assez terne de Ralite et Savignac, qui ne sait colorer une histoire manquant elle-même d'originalité (pas que le film soit criblé de clichés du genre, mais ça peine à s'en éloigner, à l'exception de la belle-mère, figure généralement ingrate qui ici bénéficie d'une certaine épaisseur). Mais il y a cette pudeur dans le traitement des sentiments, assez rare pour être soulignée, et toujours bienvenue. Et puis, Le Rire de ma mère se démarque quand même de la qualité télé grâce à ses performances d'acteurs de très bonne facture : d'abord celle d'Igor Van Dessel, gamin au jeu bluffant de maturité qui nous avait bluffé, un mois plus tôt, dans L'Échange des Princesses ; ensuite celle de Pascal Demolon, épatant en père largué qui fait de son mieux. Avec sa coupe de cheveux toute droit sortie des 70s, on a par moments l'impression de replonger dans la comédie de moeurs française de cette époque (du type Blier/Sautet/etc.) ! Il y a indéniablement de la vie, là-dedans. En fait, on aurait aimé que le film s'arrête davantage sur lui, et sa relation avec son fils. Et porte un autre titre. Parce que dans Le Rire de ma mère, ce qui touche le moins, c'est peut-être le rire en question. Pas que Suzanne Clément sonne faux dans ce rôle ; son personnage est juste bâclé. Et quand le dernier acte fait passer le film du mode "portrait de mère loufoque à travers les yeux de son fils" au mode "interminable agonie d'une mère forcément encore plus relou que d'habitude", ce quasiment sans transition, on n'est pas des masses impliqué émotionnellement. Le seul moment VRAIMENT émouvant... tient à Pascal Demolon, grâce à qui l'on sent le poids des années passées avec son ex. C'est donc en tant que mère que Marie n'emballe pas vraiment. Ce n'est pas facile, à dessiner, un portrait authentique de mère. Le film n'y parvient pas vraiment parce qu'il n'a pas assez soigné le sien, trop intéressé par le père et le fils. Mais son refus du pathos et la justesse de ses sentiments sauvent l'entreprise.
  • 9
    Bande-annonce

    Fortunata (2018)

    1 h 43 min. Sortie : . Drame.

    Film de Sergio Castellitto avec Jasmine Trinca, Stefano Accorsi, Alessandro Borghi

    Séances de cinéma (1 salle)
    Les personnages un peu cabossés et hauts en couleur, le cadre urbain aussi tristounet qu'ensoleillé, les nanas effrontées : avec Fortunata, Castellitto avait de quoi faire de l'Almodovar de la bonne époque (et en moins gay). Hélas, le résultat touche, mais ne convainc pas vraiment. Fortunata, belle comme une Alfa Romeo de collection qu'on aurait juste laissée traîner un peu trop longtemps dans un vieux garage, (pas si) petit bout de blonde brut de décoffrage, roturière flamboyante dont la trash attitude ne dissimule jamais l'élégance naturelle, et sa belle interprète Jasmine Trinca, dont l'intense performance impressionne (sans oublier un peu de nuance, comme au moment où elle réalise qu'elle va perdre la garde de sa fille), donne envie d'aimer le film. Malgré le bordel ? Comme son héroïne dont on ne sait pas vraiment si elle est maquée au psy bienveillant ou au tatoueur écorché vif, il jongle un peu entre les intrigues, les thèmes, les humeurs, et même les registres, pas mal d'éléments pâtissant d’un traitement pas très concentré : la romance avec le psy, personnage prometteur, finit en eau de boudin, la critique sociale ne dépasse pas les clichés des prolos magnifiques, l’effleurement du multiculturalisme ne sert à rien, et même la gamine n’inspire de véritable empathie (il n’y a que son intéressante jalousie envers sa mère qui éveille l’intérêt). Le film fait un peu penser à Erin Brokovich pour son héroïne ; on aurait aimé un scénario aussi maîtrisé. Pas que Fortunata n’ait rien d’intéressant à dire. Par exemple, on craignait le pire avec le personnage de Franco, ex-mari brutal, or si le gars EST un gros con qui a la tarte trop facile, le film n'en fait pas pour autant une vignette (le gars a des pulsions suicidaires et veut sincèrement le bien de leur gamine) et complique la chose en faisant de Fortunata une mère pas super compétente. Autre exemple, le lien Fortunata et Chicano (joué par un émouvant Alessandro Borghi), qui ne cesse de révéler sa profondeur tout au long du film (étonnamment, c'est avec le psy que Castellitto est le moins inspiré…) Le film a du cœur, et le spectateur en profite à certains moments. Il ne sait juste pas toujours quoi faire de ce cœur. On croit qu’il va éviter l'écueil du misérabilisme, avant qu'il ne se laisse aller à des saillies grandiloquentes un peu nulles ("la vie est sacrée !" "La vôtre, peut-être ! On se fout de la nôtre !"), et ne bascule vers la fin dans l'hystérie pleurnicheuse. Pouvait mieux faire !
  • 10
    Bande-annonce

    The Passenger (2018)

    The Commuter

    1 h 45 min. Sortie : . Action et thriller.

    Film de Jaume Collet-Serra avec Liam Neeson, Vera Farmiga, Kobna Holdbrook-Smith

    Quand on va voir un film de Jaume Collet-Serra avec Liam Neeson, on sait d'avance qu'on ne va pas voir du grand cinéma. Tout au plus un honnête divertissement pas trop mal écrit, profitant du savoir-faire d'un metteur en scène débrouillard, et porté par un acteur de préférence en forme, comme l'était Non-Stop, seul film correct du duo (les deux autres étant l'insipide Sans identité [rires] et la tragédie shakespearienne de sous-préfecture Night Run). Autant dire que cela implique une certaine tolérance envers tout ce qui va relever de la réflexion... mais je ne suis pas un monstre, je prends beaucoup de plaisir à regarder Taken ! Problème : au-delà du fait qu'il ne fait, en gros, que transposer l'action de Non-Stop d'un avion à un train de banlieue, The Passenger... demande un trop haut degré de tolérance. Trop haut. Parce que son histoire est trop conne. Trop conne. Genre, qui pique les neurones à milles kilomètres. Tolérer les petites incohérences et autres facilités perdues dans un ensemble qui se tient est une chose ; tolérer un film dont l'intrigue est FONDÉE sur une incohérence en est une autre (Joanna travaille pour une sorte de conglomérat de maîtres du monde... qui trouvent plus inspiré de forcer la main à un ex-flic sans garantie de résultat que de faire faire le job par un professionnel, par exemple ?). Surtout quand tout est cousu de fil blanc au point de rappeler le pire des 90's (on devine que l'ex-partenaire sympa est un bad guy, où son les leurres comme le connard de Wall Street, etc.), et que la partie enquête est d'une inanité accablante (le héros est, parait-il, un super enquêteur, or il est à la ramasse du début à la fin, et il ne se passe rien d'intéressant, donc désolé, pas de Crime de l'Orient-Express avec des tartes...). Pour un résultat bâtard perdu entre Speed (sans Sandra Bullock), Meurtre en suspens (en plus délirant !), Phone Game, Source Code, et Non-stop (donc). Alors, il n'y a pas que du mauvais. Tout le montage d'intro est bien senti, l'acteur en patriarche lessivé assure, la première demi-heure intrigue, et par la suite, Colle-Serrat nous trousse quelques scènes d'action réussies dans un espace limité qu'il maîtrise plutôt bien. Mais le n'importe quoi n'est pas un terrain fertile. On n'y fait pousser que de l'épate, au mieux. Or, désolé, Jaume, mais ça ne fonctionne pas. Ton n'importe quoi, il nous a surtout gaspillé un casting de qualité, à commencer par Vera Farmiga. Retourne à l'horreur. Et seul.
  • 11
    Bande-annonce

    Pentagon Papers (2018)

    The Post

    1 h 56 min. Sortie : . Biopic, drame, historique et thriller.

    Film de Steven Spielberg avec Meryl Streep, Tom Hanks, Sarah Paulson

    Vu le film chez moi, donc je triche un peu, mais m'en fous. La raison : mon boycott de Meryl Streep depuis son discours aux Golden Globes 2017, et le fait que le cinéma de Spielberg m'ennuie depuis des années. Ai-je eu raison de ne pas marcher jusqu'au ciné ? Bah... un peu, ouais. Quoique pas encore certain de ma position dans le débat "souveraineté populaire vs raison d'État", je ne peux qu'encourager la promotion du premier amendement, surtout en ces temps où la gauche ascendant culturo-marxiste la met en péril, en Amérique du nord, au nom du principe de non-discrimination. MAIS... les intentions ne font pas le film. Or, tout ce qu'on a au final est un divertissement consensuel, guindé, balisé, sans aspérité aucune, et sans AUCUNE surprise sur le plan cinématographique, suivant scrupuleusement le mode d'emploi d'un cinéma spielberguien momifié. Ça sent le luxe, le casting brille de mille feux et ce jusqu'aux rôles secondaires (cool, de voir Alison Brie, Carrie Coon, Matthew Rhys et Bob Odenkirk dans un même film !), mais cela ne fait qu'accentuer notre déception face à un film à oscar qui fait l'effet d'un film torché, que ce soit dans le processus d'écriture (c'est souvent simpliste, tout est surligné...) comme dans son emballage, au minimum syndical (voir la scène en "extérieur" devant la maison de Ben Bradlee). Ça s'agite beaucoup, Hanks en fait des tonnes, mais on est à mille lieues de la tension qui animait le pourtant sobre Les Hommes du président. Là, on est plus dans le non-événement, à l'image de tout le passage à la Cour suprême, tout bonnement zappé (WTF ?). Ce n'est pas déplaisant, mais c'est somnolant. D'autant plus que la pertinence du parallèle avec le monde de 2018 est très, très faible, surtout quand on voit l'état de corruption des médias mainstream. Le plus absurde est que le seul intérêt de PP, in fine, est le portrait du personnage de Kay Graham et la performance très nuancée de Streep (comme une femme aussi bête peut être aussi douée ?)... et encore, le propos féministe "bénéficie" hélas du même traitement que le reste : c'est écrit avec des moufles. Il suffit de voir ce moment grotesque où la mère Graham, alors qu'elle descend les marches de la Cour suprême, traverse une foule composée à 100% de... femmes, évidemment en pâmoison. Coïncidence ? On doit PP et Spotlight au même scénariste. Quelle constance dans la platitude !
  • 12
    Bande-annonce

    L’Insulte (2018)

    Qadiat raqm 23

    1 h 52 min. Sortie : . Drame.

    Film de Ziad Doueiri avec Adel Karam, Kamel El Basha, Camille Salameh

    Séances de cinéma (1 salle)
    Quel concept. Quand on s’intéresse à l’état du monde, aux bouleversements identitaires induits par la mondialisation à marche forcée, comment ignorer un film avec un tel point de départ ? Plein de sujets passionnants s’y bousculent : la question du « vivre-ensemble » dans un pays multiconfessionnel, le poids du passé dans cette question, les conflits entre le principe fondamental de liberté d’expression et la notion cruciale mais plus vague de respect... Et puis, imbriquer grande et petite histoire, c’est toujours excitant. Problème : Ziad Doueiri ne s’est pas montré à la hauteur de la tâche. Alors qu’un sujet pareil exigeait un traitement équitable des deux partis, ça démarre très mal en posant d’un côté le Chrétien en parfait connard irrécupérable, et de l’autre le Musulman en vieux de la vieille intègre et serviable – le twist de fin qui explique le comportement du premier ne changeant hélas pas grand-chose à ce qu’on a ressenti jusque là. L’Insulte pâtit d’une écriture généralement assez pauvre : les personnages manquent d’épaisseur (ne parlons pas de cette idée ridicule de combiner le duel d’avocats en duel père-fille) et le basculement en affaire nationale est sommaire, ce qui amoindrit l’efficacité dramatique des scènes de tribunal, qui sont clairement ce que le film a de mieux à proposer. Les ficelles sont parfois grosses (la sinophobie réunissant les deux hommes par magie… sic), et certaines scènes prévisibles (le dernier échange de zyeux). La réalisation assez publicitaire de Doueiri, qui peine à faire vivre Beyrouth, manque gravement de personnalité (avec la musique, vers la fin, on a l'impression d'être dans un spot Mtv sur le snowboard). Et son dénouement ne propose rien de folichon en choisissant la voie Bisounours (mettons enfin de côté nos rancœurs mutuelles et unissons-nous !), à une période où ça ne suffira certainement pas à régler le problème des deux millions de (plus ou moins) réfugiés Syriens. Là où l’on aurait dû être pris aux tripes et écraser une larme en pensant « si seulement… ! », on est au mieux compatissant face au vœu pieux. Au moins, le film fait dire au personnage de l'avocat réac que nul n'a l'exclusivité de la souffrance, ce qui change du mode victimaire dominant chez nous, ce qui est déjà ça. Et puis, l’insulte a cependant le mérite d’exister dans un monde bouffé par le cancer du multiculturalisme, où les affaires telles que celle qu’il dépeint ne feront qu’augmenter en nombre… jusqu’à l’explosion (France 2030 ?).
  • 13
    Bande-annonce

    Gaspard va au mariage (2018)

    1 h 43 min. Sortie : . Comédie.

    Film de Antony Cordier avec Félix Moati, Laetitia Dosch, Christa Theret

    Grosse surprise. Gaspard, au-delà de son humour tantôt absurde, tantôt barge, est un régal de comédie de mœurs douce-amère bourré de caractère et de liberté, qui rappelle par moments le meilleur du film de la Nouvelle vague (pour sa peinture de moeurs à la fois détendue du gland et assez... radicale) et de film indie US (pour son emballage très soigné et certaines pirouettes de montage). L'authenticité du lieu (on n'avait pas vu baraque aussi "vraie" depuis longtemps), des personnages en dépit de leur excentricité, et des performances d'acteur dirigés par un cinéaste touché par l'inspiration, est avant tout ce qui frappe, plutôt que l'humour décalé. La pétulante Laetitia Dosch en Laura, dont la légère vulgarité finit par faire le charme, propose un personnage féminin qu'on a tous l'impression de connaître : la parodie de Pretty Woman à laquelle elle se livre avec Gaspard (Moati, impeccable) est à la fois délirante et... parfaitement dosée. Équilibre improbable. Recette indéchiffrable. Qui attendait d'Antony Cordier, dont les deux précédents longs n'avaient pas vraiment impressionné (Douches froides était carrément raté), qu'il livre un pareil objet filmique donnant l'impression du premier film d'un jeune cinéaste appelé à devenir une sorte de Wes Anderson frenchie (en moins brillamment excentrique sur le plan visuel et plus tordu moralement...) ? "Moins tordu moralement" : oui, parce que si Gaspard risque de diviser sur un plan, ce sera bien dans sa sous-intrigue quasi-incestueuse. On décide de ne rien y voir de problématique : tout d'abord parce que le film n'en fait pas l'apologie, ensuite parce que c'est différent en bien, et différent en bien, aventureux, ça, on aime, et peu importe que nos amis de droite se demandent comment on peut être de droite et aimer un film de gentils anars (de gauche, quand on écoute le personnage de Peggy !) (après tout, Happy Few louait l'échangisme... sic). On leur répondrait même que la très belle complainte du père sur le monde qui change est très conservatrice ! Et puis, cela nous vaut un portrait génial de petite sœur sauvageonne un poil trop fusionnelle avec son grand-frère, et une performance très colorée de la très, très mignonne Christa Theret dans ce rôle (merci, cinéma français, de déshabiller tes actrices dans chacun de tes films). La nudité, voilà qui était un peu le seul vrai mérite de Happy Few (ah, cette gauchiste de Marina, quand même). Mais Gaspard, lui, des mérites, il en a plein.
  • 14
    Bande-annonce

    Stronger (2018)

    1 h 59 min. Sortie : . Drame et biopic.

    Film de David Gordon Green avec Jake Gyllenhaal, Tatiana Maslany, Clancy Brown

    À moins d'être trop occupé à mater des soap opéra hospitaliers pour sortir voir plus de deux films par an au cinéma, on peut être rapidement saoulé par les histoires d'"handicapés courages", dont le pullulement est comparable à celui des productions Marvel. J'ai vu la bande-annonce de Stronger le même jour que celle de Breathe, autre film sur une personne très gentille à qui il arrive quelque chose de très affreux qui lui donne envie de mourir sauf qu'il y a une fille super jolie qui. Genre, on a compris. Si j'ai donné sa chance à Stronger, c'était donc exclusivement pour Jake Gyllenhaal, capable de sauver bien des films (Demolition, anyone ?), davantage que pour David Gordon Green, capable du meilleur (Pineapple Express, Joe) comme du pire (Your Highness, Manglehorn). Pas une mauvaise idée : si, de loin, le film empile pas mal de clichés éprouvés du genre (Jeff tombe tout le temps, rage souvent, pleure parfois... en même temps, comment éviter ça ?), de près, Green et son scénariste Pollono ont réussi à créer un univers authentique aux interactions humaines plus complexes qu'il n'y parait (voir les scènes de famille à l'hôpital, avec un Clancy Brown hélas un peu sous-employé, ou encore celles avec une Miranda Richardson qui n'avait pas eu l'occasion de briller depuis un bail), et évitant de justesse tout misérabilisme malgré le glauque de certaines scènes, pour un résultat énergique et spontané qui rappelle un peu The Silver Linings Playbook. Bien aidé, donc, par Gyllenhaal, impeccable as usual... mais aussi, SURTOUT, par Tatiana Maslany. On la trouvait top dans Orphan Black, mais cette série un peu cartoonesque demande de sa part une performance plus haute en couleurs que nuancée. Ici, les superlatifs manqueront : complètement habitée par ce personnage de compagne à la fois un peu dépassée et forte de nature (qui rappelle un peu celle jouée par Felicity Jones dans The Theory of Everything), d'une élégance folle dans les tenues les plus ordinaires, elle irradie l'écran et forme avec son partenaire un duo mémorable qui sauve Stronger de la catégorie : "c'est beau, mais on aurait pu voir ça à la télé". Ce qui compte, au final, face à un film de ce genre, est d'avoir été touché, et cette fois-ci, quand vient le climax dans le diner, eh ben, c'est touchant. Un complément sympathique, bien qu'inoffensif, au sous-estimé Patriot's Day, sorti l'année dernière.
  • 15
    Bande-annonce

    Le Labyrinthe : Le Remède mortel (2018)

    The Maze Runner : The Death Cure

    2 h 22 min. Sortie : . Action, science-fiction et thriller.

    Film de Wes Ball avec Dylan O'Brien, Thomas Brodie-Sangster, Kaya Scodelario

    Si je n'avais pas vu le premier opus et n'aimais pas finir les choses en règle générale, jamais je n'aurais donné sa chance à ce Remède Mortel. Surtout pas après le désastre pluridisciplinaire qu'a été La Terre brulée. Le monde aurait compris : les médias suggèrent la fin de la mode des dystopies adolescentes à la Hunger Games depuis deux ou trois bonnes années. Mais en l'état, je me suis senti obligé de lui donner sa chance. Était-ce la pire idée possible ? Pas vraiment. D'abord, parce qu'il fait passer le goût du 2ème volet en étant bien moins mauvais : par exemple, il parvient même à rendre tolérable ce délire sur les zombies qui avait coulé La Terre brûlée. Ensuite, parce que... c'est plutôt fun, malgré la longueur (2h20, mais on va dire que c'était pour la bonne cause) ! Du fun hollywoodien "teen" et archi-formaté, hein (le grand Walton Goggins faisant les frais de ce simplisme), mais du fun quand même, à partir du moment où l'on se met dans les dispositions pour apprécier un tel spectacle, c'est-à-dire tolérer un scénario qui enfile les perles et les aberrations les plus dramatiquement prévisibles (c'est un concert de "facepalm", pour parler jeune) pour se concentrer sur le positif, j'ai nommé un spectacle de SF calibré et l'attachement du spectateur aux personnages. Sur ces deux plans, ça marche plutôt bien. S'il y a quelque chose qu'on ne peut pas lui enlever, c'est qu'il est un régal pour les yeux (tout ce qui se passe du côté de la ville-forteresse a une sacrée gueule), et au réalisateur de la trilogie, Wes Ball, qu'il sait trousser des scènes d'action. Quant aux persos et leurs interprètes... quand l'intrigue d'un tel film est cousue de fil blanc, que reste-t-il d'autre ? Rien. Je parle bien sûr des "gentils", pas du nullissime Janson (pauvre Aidan Gillen !), qui forment l'héritage du premier volet. Même Teresa, jouée par la super-bonne mais pas très douée Kaya Scodelario, est réhabilitée, notamment [spoiler alert] grâce à sa mort qui est plutôt bien fichue. Bien qu'on aurait préféré voir davantage de Rosa Salazar, l'adorable interprète de Brenda, qui confirme tout le bien qu'on pensait d'elle (allez, je parie qu'elle va cartonner en Battle Angel Alita !)... Pour résumer, en s'assurant la moyenne, Le Remède mortel s'est assuré que la mémoire de la saga ne sera pas à jamais frappée du sceau de l'infamie. C'est même la saga juvénilo-dystopique la moins nulle de toutes. Ça ne veut pas dire grand-chose, mais c'est toujours mieux que l'inverse.
  • 16
    Bande-annonce

    Jusqu'à la garde (2018)

    1 h 33 min. Sortie : . Drame.

    Film de Xavier Legrand avec Léa Drucker, Denis Ménochet, Thomas Gioria

    Séances de cinéma (1 salle)
    [In progress] Quelqu'un peut me dire ce que ce film raconte d'intéressant, ou d'innovant, ou du moins d'original ? C'est un bout d'histoire. Ça partait pourtant bien : en démarrant son histoire (entre guillemets, donc) à travers le point de vue de la juge, qui manque d'éléments, et donc nous aussi, pour établir s'il y a un méchant dans cette affaire, Jusqu'à la garde laissait vraiment espérer quelque chose de fort sur le sujet. C'est-à-dire quelque chose à la hauteur de la complexité du sujet de la garde d'enfants. Puis paf le chien : il montre très vite son vrai visage, celui d'un long spot sur les violences domestiques avec d'un côté une pauvre femme battue et de l'autre, un mammouth cogneur, sans mise en contexte, sans rien, puisque normal : l'action se réduit au suspense. D'où le fait que les gens lui pardonne la maigreur soviétique de son scénario. Ce n'est pas mal foutu : suspense il y a, c'est sûr, et c'est même très regardable en bonne partie grâce aux acteurs, à commencer par l'épatant Thomas Gioria (c'est grâce à lui, Ménochet de Drucker que le film a la moyenne). Mais comme on va être happé par le suspense d'un film d'horreur (à la fin, le "père" rappelle le T-Rex de Jurassic Park avec le bruit des portes de l'ascenseur qui annoncent son arrivée...) : c'est bien, sur le moment... et après ? Après, rien, puisque zéro portrait de couple, zéro personnages (mis à part le gamin, vaguement), zéro contexte. Juste un message, à la limite : ne pas faire de gamins avec un taré. Ou une tarée, faut-il préciser à l'époque de #metoo...
  • 17
    Bande-annonce

    Le 15h17 pour Paris (2018)

    The 15:17 To Paris

    1 h 34 min. Sortie : . Biopic.

    Film de Clint Eastwood avec Jenna Fischer, Judy Greer, Thomas Lennon

    Catastrophe ferroviaire. Quand papy Eastwood tourne et monte un film dans la naphtaline, c'est de la naphtaline de qualité supérieure, 100% pur sucres lents. Avec son film d'une heure et demi sur un événement traité en deux minutes, 15h17 se devait de proposer quelque chose de dramatiquement fort pour meubler (ou justement ne pas avoir à meubler) : ce qu'on a, c'est 80 minutes de biopic dramatiquement inepte, axé sur une obsession insignifiante pour la notion de destinée, joué par des non-acteurs qui... ben, non-jouent. Pas que c'était inévitable : Greengrass a fait la même chose sur son United 93. Sauf que United 93 est un chef-d'oeuvre. Et que ce truc est à l'opposé parfait. Eastwood est connu pour tout shooter en une prise, c'est un peu l'anti-Kubrick, et ce n'est pas forcément la meilleure qualité, mais ça ne l'a pas empêché de faire quelques grands films, quand même. Simplement, dans le cas de 15h17, ça fait super sens : on a l'impression que tout a été branlé par-dessus la jambe, à commencer par la direction des "acteurs"... ce qui n'était pas la meilleure idée, avec des non-initiés. Alors, oui, oui, la scène d'action dans le Thalys est très bien fichue, il y a une vraie tension, une vraie maîtrise de l'espace, tout ça, mais c'est le même topo que Sully : rien qui ne vaut de se taper tout ce qui précède. Et même ça, papy Clint en ruine les effets avec son épilogue catastrophique de nullité et de ringardise où le discours intégral de Hollande (oui, oui) est passé sur des violons bien sirupeux... À ce propos, rien de politique n'a joué dans mon appréciation du film, puisque je suis plus conservateur que libéral. 15h17 est juste nul, qu'il soit de droite, de gauche, ou de centre mou.
  • 18
    Bande-annonce

    Cinquante nuances plus claires (2018)

    Fifty Shades Freed

    1 h 45 min. Sortie : . Drame, romance et Érotique.

    Film de James Foley avec Dakota Johnson, Jamie Dornan, Eric Johnson

    Que voir dans Cinquante nuances plus clairs (remarquons que cette fois-ci, les Français ont eu la curieuse idée de choisir au film un titre moins con que l'original... ce qui n'était pas très difficile, en même temps), sinon la consécration dans la médiocrité d'une saga qualitativement morte-née ? Les deux premiers volets nous avait laissés bouche bée face à leur très ostentatoire ignorance du concept même de nuance, et cette mascarade aura tenu jusqu'au bout, puisque entretenue financièrement par une armada de minettes curieuses, épouses émoustillées, et couples qui s'emmerdent le jour de la Saint-Valentin. C'est atrocement écrit (avec le droit de regard de cette guignole d'E.L.James, comment en serait-il autrement ?), mal filmé (James Foley, la descente aux enfers continue), mal joué (Jamie Dornan a prouvé dans The Fall qu'il sait jouer, et même Dakota Johnson a du potentiel, mais Fifty Shades est un rouleau-compresseur), même pas sexy, et encore moins érotique (aucune scène n'est récupérable, de celle où Machine a les poignets menottés aux chevilles à celle du plug anal bien pudique, en passant par les DEUX scènes finies prématurément sur un râteau... et puis c'est tout, en fait). Cerise sur le gâteau plastifié, le film, comme ses prédécesseurs, est une insulte à la "culture" BDSM : si la chtite Dakota avait porté un bâillon-boule dans une scène, si l'on avait retrouvé la notion d'humiliation inhérente à cette sexualité, là, ça aurait commencé à ressembler à quelque chose... mais qu'attendre de plus que cette blague, a fortiori en cette période d'hystérie féministe ? Non pas qu'on en attendait quoi que ce soit d'un tel truc, hein. Maudit soit ce besoin de FINIR ce qu'on a commencé (d'autant plus que ça marche aussi avec les séries...). Mais CNPC a au moins le mérite d'avoir mis ce cauchemar derrière nous. Enfin... on n'est jamais à l'abri d'un préquel, surséquel, ou spin-off de derrière les fagots. Priez pour nous.
  • 19
    Bande-annonce

    Phantom Thread (2018)

    2 h 10 min. Sortie : . Drame.

    Film de Paul Thomas Anderson avec Daniel Day-Lewis, Vicky Krieps, Lesley Manville

    Séances de cinéma (1 salle)
    Plusieurs faits élémentaires jouent en faveur de Phantom Thread. Tout d'abord, il n'ennuie pas, ni n'est vain, contrairement aux deux précédents films de son réalisateur, le four interminable Inherent Vice (sorte de version ratée de The Nice Guys) et la boursouflure éparpillée The Master. Ensuite, il ne gâche pas non plus par égocentrisme malvenu un spectacle au classicisme potentiellement intimidant, contrairement à There will be blood, coup d'envoi du présent chapitre de la carrière de PTA depuis lequel ce dernier se prend un peu trop pour John Huston. À vrai dire, Phantom Thread est probablement le meilleur film du gars depuis... Boogie Nights, 98. Pas mal, non ? Depuis la douche froide Magnolia, seul Punch-drunk Love n'avait pas péché par excès de nombriliste arty. Ce cru 2018 est un enchantement esthétique, de la photographie méticuleuse de PTA himself, qui nous happe dans son monde en 35mm, à la musique de Jonny Greenwood (qui l'aurait cru ?), un personnage à part entière. DDL ne peut décidément pas faire du DDL, puisque ça n'existe pas, il disparaîtra toujours derrière ses personnages, en gros, il est parfait, au risque d'énoncer une banalité. Le personnage de la sœur Cyril est une invention scénaristique assez géniale (mention à Lesley Manville, au jeu d'une nuance exceptionnelle). Ça ressemble à du James Ivory mais en heureusement bien plus tordu et moins pudique. Ce que ça dit sur la confrontation du processus de création aux réalités du monde des hommes, ainsi que sur ces caprices que la société tolère à ses "génies", est aussi pertinent que profond, et tout aussi pertinent est son propos sur l'importance du compromis dans le couple. Et tout ceci, sans imposer au spectateur 2h30 de récit masturbatoire, fumeux et dispersé ! Alors, le film, qui n'est pas sans longueurs, est malgré tout trop long d'un bon quart d'heure, le subversif arrivant trop tard. Par ailleurs, ce dernier ne convainc au final pas vraiment, gâchant un peu le plaisir qui a précédé, la faute à un choix/parti pris scénaristique assez foireux qui est de faire accepter à Reynolds l'empoisonnement dont il est victime par sa folle d'épouse : désolé, Paul, ça ne marche juste pas. Vicky Krieps, toute talentueuse qu'elle soit, ne peut faire des miracles et rendre crédible le basculement de son personnage dans la psychopathie. Avec ce twist, PT tombe hélas dans l'écueil du cinéma de PTA, trop certain de son génie pour ne pas voir une idée à la con... dommage !
  • 20
    Bande-annonce

    Black Panther (2018)

    2 h 14 min. Sortie : . Action, aventure et science-fiction.

    Film de Ryan Coogler avec Chadwick Boseman, Michael B. Jordan, Lupita Nyong'o

    Assez grosse surprise. La première fois que j'ai entendu parler de ce truc, j'ai visualisé un Captain America super-générique sauce afro avec célébration identitaire et chouineries victimaires en option. Je sais combien le fossé peut être grand entre un film et ce qu'y lit la presse, surtout quand la politique est de mise, mais le concert d'éloges de ce dernier mois venant de personnalités noires bieeeen racistes et la note RT rappelant les scores de dictateurs aux élections présidentielles, ne me tentaient pas des masses. Surtout que soyons sérieux, le Black Panther dans sa combi, il ressemble surtout à une Catwoman qui aurait changé de sexe. POURTANT : ça marche. D'abord parce que ça tient un discours étonnamment nuancé, souvent ambigu, parfois duplique, sur les sujets aux tournants desquels on l'attendait, de la condition noire à l'isolationnisme en passant par ce qui définit un peuple : je ne m'attendais pas du tout à ce que l'Hollywood actuel, bouffi d'identity politics, produise un film davantage rassembleur que diviseur à la BLM (le héros Black Panther a pour ennemi un gars qui tient l'exact discours des... Black Panthers)(politiquement, il n'y a que le girl-power qui m'a un poil ennuyé tellement c'était too much, mais les actrices ont la classe, donc ça passe...). Ensuite parce que ça raconte une histoire qui, à défaut d'être innovante, a une substance, avec des personnages qui font corps, dans un monde un chouïa plus complexe que la prod Marvel standard. Une fois passé l'entrée en matière un peu kitschouille, on rentre bien dans l'action, notamment grâce à un casting super-efficace (et puis Lupita Nyongo, comment elle est boooooonne). Le méchant s'impose progressivement comme un des tous meilleurs du MCU (imposant Michael B. Jordan), le quota blanc (rires) en la personne du toujours génial Martin Freeman dynamise le dernier acte, c'est un remix du Roi Lion, mais on s'en fout, dramatiquement, ça marche. Quel dommage que ça n'ait pas été aussi inspiré visuellement... : les scènes d'action de BP sont globalement médiocres (ça manque d'énergie, le montage a deux de tension, le travail sonore manque de peps...), quand elles ne sont pas achevées par des effets spéciaux qui tâchent. L'intérêt du film est vraiment ailleurs, et c'est dire, justement, à quel point ce qui est réussi... l'est. Car soyons clairs : BP est le 5ème meilleur film du MCU, derrière Iron Man, le premier Avengers, le Soldat de l'Hiver, et les Gardiens. Qui l'aurait cru ?
  • 21
    Bande-annonce

    Le Retour du héros (2018)

    1 h 30 min. Sortie : . Comédie et historique.

    Film de Laurent Tirard avec Jean Dujardin, Mélanie Laurent, Noémie Merlant

    Le Retour du héros est un très, très sympathique divertissement. Bon, pas exactement inoubliable puisque tout à fait frivole... mais d'une part, faire du divertissement populaire et primesautier est un peu l'idée, et ensuite, ce n'est pas un maigre accomplissement que de tenir (un tant soit peu) la comparaison avec les classiques qui l'ont inspiré, du type des Mariés de l'an II, de Jean-Paul Rappeneau, ou de L'Incorrigible, de Philippe de Broca ! Sans doute est-ce pour cela que ce dernier a été si souvent cité par la critique, ébahie de retrouver ne serait-ce qu'un quart de ce qui faisait le charme de ce cinéma français qu'on croyait disparu. Les deux classiques que nous avons cités ont le même acteur comme interprète principal, le grand Bébel : si le film de Laurent Tirard réussit bien quelque chose, c'est à confirmer que Dujardin est bel et bien son héritier. Que dire ? Ce dernier est impeccable dans le rôle du capitaine Charles-Grégoire Neuville, qui n'est, il faut dire, rien d'autre qu'un transfuge d'OSS 117 à l'époque napoléonienne. Mais la réussite de ce répertoire cinématographique tenant beaucoup à l'alchimie du couple en son centre, il fallait que Mélanie Laurent, plus connue pour ses rôles dramatiques, assure à ses côtés. Sans avoir le charme mutin, la fraîcheur, et la spontanéité d'une Isabelle Adjani ou d'une Marlène Jobert, elle a (assuré), se révélant très à l'aise dans le genre... un peu comme Laurent Tirard, auteur de tellement de trucs insignifiants depuis dix ans (Le Petit Nicolas, Astérix et Obélix : Au service de sa Majesté, Un homme à la hauteur...) qu'on en avait oublié son excellent premier film (Mensonges et trahisons). Un peu comme si toute l'équipe avait bu une généreuse rasade de la même potion et lancé dans cette partie de plaisir de la même bonne humeur, à commencer par le compositeur Mathieu Lamboley, qui a parfaitement saisi ce qui faisait le charme des musiques de Michel Legrand et George Delerue. En résumé, tout amateur des classiques susmentionnés et plus généralement de vaudeville (à l'ancienne ou non) devrait tirer du Retour du héros un vrai plaisir (jusqu'au dernier plan, assez hilarant). Dommage que le film n'ait pas trouvé son public...
  • 22
    Bande-annonce

    Criminal Squad (2018)

    Den of Thieves

    2 h 20 min. Sortie : . Action, policier, drame et thriller.

    Film de Christian Gudegast avec Gerard Butler, Pablo Schreiber, O'Shea Jackson Jr.

    DoT est une série b qui n'invente pas l'eau chaude, pompe sa substance sur l'inévitable classique de Michael Mann Heat (jusqu'à la scène d'ouverture avec le fourgon blindé et à la réplique "je t'avais dit que je ne retournerais pas en taule"...), joue les fanfarons en prétendant jouer avec la ligne de démarcation qui sépare les flics des voyous mais sans jamais vraiment dépasser les bornes (ses flics sont politiquement incorrects, mais désolé, NON, ils ne sont pas les "méchants"), et gaspille vingt bonnes minutes superflues (le film est clairement trop long pour son genre) en préparation d'un casse central au final pas folichon du tout. Pourquoi on lui donne un solide 6, alors, au juste ? Parce qu'une fois qu'on a accepté sa nature de neveu énervé du film de Mann, et qu'on a compris qu'il ne vaut mieux pas trop attendre du film sur le plan moral (hélas...), et en omettant bien sûr les quelques longueurs indéniables, on se retrouve face à une poignée d'arguments pleins de punch : d'abord, deux scènes de fusillade urbaine sensationnelles (les meilleures qu'Hollywood nous ait proposé depuis The Town) ; ensuite, un show bien viril de Gerard Butler en mode "pour une fois que je tiens un putain de rôle, j'y vais à fond" et la consécration du méconnu Pablo Schreiber, dont on connait la gueule depuis The Wire, mais devrait désormais mémoriser le nom... tous deux tonitruants dans des rôles de gladiateurs modernes bad-ass (le héros n'est pas un Vic McKay, mais il en a le bagout !), dont chaque confrontation fait des étincelles ; pour finir, Los Angeles la grande, personnage à part entière électrisé par une bande originale particulièrement inspirée (même si, là aussi, très Heat-esque avec le synthé). Considérant que le réal/scénariste de DoT est responsable de l'immondice London has Fallen, on pouvait ne rien en attendre, sinon un sous-sous-sous-Heat : surprise-surprise, donc, car sans être renversant (ni l'intrigue, ni les personnages, ni les dialogues ne sont particulièrement mémorables), cette fois-ci, ça marche. Oui, DoT ne propose rien de bien différent. Mais si on le voit comme une adaptation libre, ça marche. Comme le premier Fast & Furious ne pouvait qu'être vu comme une variante de Point Break !
  • 23
    Bande-annonce

    Lady Bird (2018)

    1 h 33 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de Greta Gerwig avec Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Beanie Feldstein

    Chaque période a son lot de films sanctifiés par la critique ET les meutes de réseaux sociaux ; cet hiver, Lady Bird est dans le lot. À raison ? Mimolette. D'un côté, au concert symbiotique d'éloges béats, nous répondrons un accablé "pourquoi ?"... mais de l'autre, à la modeste perspective d'aller voir une petite comédie dramatique indie east-coast-machintruc écrite et jouée par des gens intelligents, nous répondrons par un enthousiaste "pourquoi pas ?". Lady Bird a de la personnalité. Un peu de chien, même. C'est moins prétentieux que le cinéma de Baumbach, donc Greta Gerwig est la grande duduche de muse. C'est toujours elle, hein, on retrouve dans le personnage joué par Saoirse Ronan et l'esprit du film une caricature bien vivante de bourgeoise libérale, mais en plus... humble, peut-être (ce qui étonne un peu, pour un film semi-autobiographique). Rien de mauvais à prendre, surtout quand ça oppose, dans un duo mère-fille sonnant plus vrai que nature, deux actrices aussi talentueuses que Ronan (qui, jadis une gamine à la tête bizarre, est désormais une belle jeune femme... à la tête bizarre) et Laurie Metcalf. Mais... mon dieu que ce film est convenu ! Et archi-vu (pensez Pretty in pink d'abord, puis une bonne partie de la filmo de John Hughes...) ! Et cliché, tant du côté de l'histoire (émancipation dans cette Mecque culturelle qu'est la côte Est, prise n°457781...) que de celui des personnages (de la BFF forcément grosse donc forcément boute-en-train, au beau minet sentimental, forcément homo refoulé, en passant par la starlette de la classe, jolie et arrivant après la BFF DONC forcément mauvaise, et l'emo ténébreux, plein de promesses dans la tête de l'héroïne, donc voué à la déception...) ! Comme ça manque d'envergure, d'ambition, et d'originalité pour un "coming-of-age movie" (à moins que l'on considère le léger changement de fréquentation de l'héroïne à mi-chemin comme un sommet...) ! Comme ça ne mérite CLAIREMENT pas les éloges dithyrambiques que l'on peut trouver ici et là ! Lady Bird est mignonnet. C'est une comédie dramatique mignonette que les amateurs du genre consommeront sans difficultés (quoiqu'à la fin du film, on pense qu'il a duré plus qu'une heure trente...), porté par une belle double-performance. Mais c'est tout. Cessez de chercher désespérément un nouveau chef-d'oeuvre à sanctifier, les gars. Ça vient quand ça vient.
  • 24
    Bande-annonce

    Moi, Tonya (2018)

    I, Tonya

    2 h 01 min. Sortie : . Biopic, drame et sport.

    Film de Craig Gillespie avec Margot Robbie, Sebastian Stan, Allison Janney

    Cette fin février est tellement riche en éloges démesurés de films qui n'en valent pas la peine (pas du tout dans le cas de La Forme de l'eau, pas assez dans le cas de Lady Bird...) que l'on s'attendait à être également déçu par Moi, Tonya, biopic qui bénéficiait d'une hype un peu inquiétant. Seulement voilà, et ça fait plutôt du bien d'avoir des bonnes surprises de temps en temps, le film de Craig Gillespie est un faux biopic et une vraie réussite ! Ce qui n'était pas gagné, avec un tel sujet (personne, qui soit âgé d'au moins trente ans, n'a remarqué qu'un jour, on en a tout à coup plus rien eu à foutre, du patinage artistique ?). Gillespie est un réalisateur a priori sans envergure (bien qu'il ait réussi un film original il y a dix ans, Lars and the Real Girl), mais son divertissant Million Dollar Arm, production Disney assez standard sur l'accomplissement individuel dans le milieu sportif, laissait entrevoir un certain talent de narrateur. Il lui fallait juste ce qu'il faut pour se lâcher. Et il l'a eu. Moi, Tonya est un petit bolide qui barbote joyeusement à la frontière du cinéma des frères Coen (pour sa galerie de losers "white trash") et de celui de Martin Scorsese (pour sa voix-off, sa caméra virevoltante, et pas mal d'autres petites figures de style), et si le résultat n'a rien de vraiment renversant, c'est quand même délicieusement roublard, à la fois burlesque et tragique, énergique dans son montage, joueur dans sa mise en scène, suffisamment tout ça pour "exister" indépendamment en tant que comédie dramatique sous coke (excellente BO). Il faut dire qu'avec un casting pareil, il était difficile de se planter : Margot Robbie y décroche le rôle qui l'aura faite passer de bimbo accessoirement talentueuse à "véritable" actrice (cf. cette scène du miroir, assez épatante), Sebastian Stan est impeccable en tête de nœud magnifique et forme avec elle un duo électrique, l'impeccable Allison Janney est carrément flippante en mère littéralement démoniaque, et même l'épatante McKenna Grace assure en Tonya gamine... mais pas moins incorrecte. C'est un film sur des blaireaux, mais pas un film DE blaireaux, entre autres parce qu'il a l'intelligence de ne pas JUSTE se foutre de leur gueule (on n'est pas dans Burn After Reading). Moi, Tonya est également un drame désabusé, aussi tragique que burlesque, qui laisse au spectateur un parfum amer de gâchis... et l'on ne parle bien évidemment pas du film, mais de la vie de l'héroïne. On accepte le parti pris.
  • 25
    Bande-annonce

    La Forme de l'eau (2018)

    The Shape of Water

    2 h 03 min. Sortie : . Drame, fantastique et romance.

    Film de Guillermo del Toro avec Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins

    Attention, catastrophe ferroviaire idéologiquement rebutante, dont les quatre Oscars sont des injures au bon sens et au bon goût. La Forme de l’eau, c’est l’histoire d’une femme muette comme une carpe qui couche avec un poisson humanoïde beau comme un thon après l’avoir libéré des mains d’un colonel d’armée blanc, raciste, sexiste, et psychotique, avec l’aide d’un communiste, d’une Noire en surpoids, et d’un vieil homo encore plein de rêves. Si ce résumé parfaitement fidèle au matériau original ne vous a pas fait rire jaune (le lire à voix haute peut aider), cessez immédiatement la lecture, votre petit cœur n’y survivra pas. La Forme de l'eau est un désastre aux proportions babyloniennes. Une telle affirmation, si négative, vous surprendra peut-être, considérant l’« injonction à aduler » dont bénéficie le film, mais parfois, il faut trancher sec, tchak, surtout lorsque l'amputation est le seul moyen de sauver le patient. Ça arrive, d'avoir envie d'être brutal, quand les gens perdent la boule. Ça donne envie d’exagérer en retour. Exemple : La Forme de l’eau est une merde. Et le pire, c’est qu'on n'est pas bien loin de la réalité. Le seul intérêt du film est de rappeler avec quelle inquiétante facilité une psychose peut gagner collectivement la communauté cinéphile un peu « hip » – puisqu'il est évident, considérant son échec au box-office, que le concert de louanges dont bénéficie le film vient d'une niche de classes moyennes-supérieures émotives. Nous avons bien dit « rappeler », car les lubies absurdes ne sont pas rares : ce même mois de février, la critique s’est entichée d’un autre film qui ne le mérite pas vraiment, Lady Bird, quoi que le petit film de Greta Gerwig restât fort regardable, contrairement au présent film. Parce qu'en dehors de ça, lecteur qui ne tombez généralement pas dans les panneaux, passez votre chemin : pour reprendre les mots employés par Napoléon 1er pour décrire Talleyrand, La Forme de l'eau, conte scandaleusement inepte et surtout con comme la lune, est de la merde dans un bas de soie. Un croisement sans inspiration d'Amélie Poulain (l’héroïne est brune et candide, Richard Jenkins rappelle le vieux peintre malade du film de Jeunet, le toujours aussi peu inspiré Alexandre Desplat nous sort même les accordéons, et c’est même saupoudré des autrement plus inventifs Délicatessen et La Cité des Enfants perdus…), King Kong, La Belle et la Bête (en réduction), et de L’Étrange Créature du lac noir. (...)
  • 26
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    Les étoiles restantes (2018)

    1 h 20 min. Sortie : . Romance.

    Film de Loïc Paillard avec Benoît Chauvin, Camille Claris, Jean Fornerod

    Parfois, se laisser entraîner par une cinéphile un peu fantasque voir un petit film français dans une des deux seules salles parisiennes qui le projettent (le Lucernaire, en l'occurrence) n'est pas une mauvaise idée. Les étoiles restantes n'a rien d'un grand film, mais d'une part, il est bien plus méritant que bien des merdes françaises mainstream ; et d'autre part, comme l'a très justement écrit un gars de Première, si Les Étoiles restantes n'a rien d'exceptionnel, c'est "un film qui reste en tête", ce qui n'est déjà pas mal. C'est bien dit. Ce premier long (de Loïc Paillard) est très inégal. D'un côté, toute ce qui concerne le père cancéreux et la petite thérapeute impudique Manon, a fortiori le segment dans le Finistère, est à la fois divertissante et touchante ; de l'autre, on aimerait oublier toute la partie colocs, où le cinéaste s'est visiblement pris pour Judd Apatow et s'est viandé à l'exercice de l'humour absurde de fumeur de beuh et de formidables demeurés (Sylvain Mossot a essayé de donner vie à son personnage improbable, ce n'est pas de sa faute, c'est juste idiot), schizophrénie faisant cohabiter moments touchants et moments horripilants. La prétention intellectuelle du cinéaste lui a inspiré autant de traits de poésie mémorables ("elle aurait pu être dans un poème de Baudelaire, elle a choisi d'être dans ma vie") que de répliques aussi plates qu'ampoulées (à la cinéma d'auteur parisien...). Le "héros", trentenaire stagnant et dépressif, a du potentiel, mais Paillard en fait souvent un sale con (à l'antipathie pas assez justifiée), pas aidé par son interprète Benoît Chauvin, croisement agaçant de de Matthieu Amalric et de Pierre Richard. Bref, un spectacle un peu frustrant dont l'emballage ne convainc, lui aussi, qu'à moitié : Paillard s'avère moins bon réalisateur (ça manque d'ampleur) que chef opérateur (certaines scènes ont de la gueule, comme celle de la danse) - avant d'apprendre qu'il avait les deux casquettes, on remerciait le chef op' d'avoir sauvé les meubles ! Mais frustrant n'est pas mauvais, et l'on revient au commentaire de Première, et aux qualités indéniables de ce petit film. Dans ses beaux moments, avec l'aide de l'excellent Jean Fornerod en père agonisant, il fonctionne, bien, au point d'émouvoir, même, vers la fin. Quand il est inspiré, il s'élève au-dessus du lot. Et puis, Camille Claris... : petite révélation ensorceleuse. Girl, t'as intérêt à réapparaître à l'écran illico. Même habillée, s'il doit en être ainsi.
  • 27
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    The Disaster Artist (2018)

    1 h 44 min. Sortie : . Biopic, comédie et drame.

    Film de James Franco avec James Franco, Dave Franco, Seth Rogen

    TDA est aussi top qu'on le prétend. Simple. C’est la révélation tonitruante de James Franco, jusqu’ici acteur au potentiel rarement exploité et réalisateur égocentrique de médiocres adaptations de romanciers américains classiques. C’est lui se disant « bon, je vais arrêter ma branlette de bobo, et je vais vraiment tenter un truc », choisissant un sujet qui a tout de la fausse bonne idée, et réussissant son coup : son film est un des meilleurs de 2018, et il n’a pas volé son Golden Globe. Déjà, aux non-initiés, il n’est pas nécessaire de connaître The Room pour apprécier TDA : dans un sens, ça peut décupler le plaisir, mais ça peut aussi le parasiter. Et aux initiés : l’œuvre-culte de Wiseau est dûment honorée. Voilà comment ça a marché. Franco s'est clairement passionné pour cette histoire : son application radicale à reproduire certaines scènes-clés en témoigne, ainsi que sa performance sensationnelle, sans doute celle sa carrière à ce jour (seul son « oh hi, Mark » déçoit !). Il a compris que The Room n'est pas QUE nul. Si ce n'était que « Anyway, how’s your sex life ? », ça ne suffirait pas ; des films de merde, il y en sort cent mille par an. Il a… un truc. De la même manière, Franco a saisi ce que Tommy Wiseau a d’hilarant ET de tragique : quand, à la fin, ce dernier réalise que tout le monde est mort de rire devant son grand drame noir, sa détresse touche. TDA ne se fout donc pas méchamment de la gueule de The Room. Sans chercher à réhabiliter Wiseau, il a pris au sérieux ses motivations. C’est grâce à cela qu’il parvient à raconter une BELLE histoire d’amitié : le premier tiers du film, avant que les choses ne dégénèrent à cause du tournage, est super enthousiasmant. Bien aidé par l’autre révélation du film qu’est le frérot Dave Franco (dans le rôle du meilleur pote Greg), jusqu’ici bellâtre insipide responsable du vol d’Alison Brie (qu'on ne voit pas assez dans TDA, au passage…) : avec TDA, il a compris que c'était sa chance, et il a donné tout ce qu'il avait, peut-être aidé par la présence de James, avec qui il forme, dans le film, un duo génial. Certains ont regretté que le film ne s’arrête pas davantage sur le tournage, mais TDA est moins un hommage au septième art, à la Ed Wood, qu’un hommage à la volonté, construit sur une histoire d’amitié. En gros, TDA, c’est une bande de comédiens hollywoodiens réunis pour le meilleur : un film aussi divertissant que respectueux sur ce que nos rêves peuvent générer de tragique COMME d’exaltant.
  • 28
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    Annihilation (2018)

    1 h 55 min. Sortie : . Épouvante-Horreur, drame, science-fiction et thriller.

    Film de Alex Garland avec Natalie Portman, Tessa Thompson, Jennifer Jason Leigh

    Grosse déception que ce croisement bordélique de Solaris, Stalker, et Predator, visiblement bâclé par un cinéaste parfois un peu trop mégalo (et donc sûr de ses effets) pour son bien. C'est beau à voir et parsemé ça et là de séquences fortes car réalisé par Alex Garland, qui n'est pas exactement manchot (comme celle de l'espèce d'ours gémissant les derniers mots de Shepherd), et c'est porté à bout de bras par une Natalie Portman qui reste une des actrices les plus belles et charismatiques de sa génération (peu importe son activisme crétin)... mais au final, tout ce qu'on a aux deux-tiers n'est qu'un film d'horreur assez basique et cliché, médiocrement écrit, dans un décor qui se réduit du coup à un prétexte à placer quelques bonnes idées de créatures, et enrobé dans une couche de crème SF métaphysique grandiose pour faire genre. Ah oui, et le casting féminin à 100% ne convainc pas entièrement : autant ça se tenait dans The Descent, autant là, ça sent plus le girl power surfant sur la vague féministe. D'autant plus que ça ne fait que souligner une des nombreuses conneries du scénario : envoyer des nanas sans expérience des armes à feu ni combinaison, sérieusement ? Enfin. On a failli mettre la moyenne. Annihilation démarre très bien, à la Arrival, son développement intrigue comme on l'espérait (il y a une vraie ambiance) et suscite un certain degré de réflexion (notamment via l'image du cancer que symbolise peut-être la bulle... quoique à côté de ça, tout le symbolisme sur la bulle mettant l'homme aux prises avec sa peur de la mort et de l'aliénation ne fascine pas des masses), et il finit sur une note assez captivante, quelque part entre 2001 et Under the Skin ; pas aussi intellectuellement renversante qu'elle ne le croit, mais intrigante... mais au final, ça fait quand même trop film de petit branleur (cf. le twist final, "volontairement ambigu", comme quand on n'a aucune idée de comment finir son film... sic). Et du coup, ne sauve pas le film du ratage. Un film Netflix, en somme (désolé).
  • 29
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    La Belle et la Belle (2018)

    1 h 35 min. Sortie : . Comédie.

    Film de Sophie Fillières avec Sandrine Kiberlain, Agathe Bonitzer, Melvil Poupaud

    Dans mes prévisions de sorties de cette semaine, La Belle et la belle n'était pas exactement au top de mes priorités. N'étant pas particulièrement fan de Kiberlain, j'aurais dit "non merci" sans le précédent film de Fillières (pas Mafiosa, sa soeur), la petite romcom Arrête ou je continue, balade facétieuse et grinçante (le reste de sa filmo ayant l'air assez insignifiant, malgré quelques titres témoignant du même tempérament facétieux comme Un chat un chat). L'idée fut... modérément bonne. La Belle et la belle est un film aussi charmant qu'oubliable. Pour l'apprécier, en plus d'apprécier les dialogues toujours joueurs, parfois absurdes, et dans l'ensemble très amusants de ses personnages féminins généralement lunaires... il est recommandé de ne pas se lancer dans l'aventure en amateur de films fantastiques où le héros retourne dans le passé pour rencontrer sa version jeune ou vice-versa (comme le font souvent les Américains), sous peine d'être exaspéré par la façon complètement je-m'en-foutiste dont Fillières a traité cette situation (en gros, c'est du grand n'importe quoi, les dimensions se chevauchent sans conséquence, le quadra Poupaud rencontre la version jeune de Kiberlain sans la reconnaître, et en même temps, Kiberlain et Bonitzer ne font même pas la même taille...). C'est juste une sorte de conte porté par son humeur joueuse, ses dialogues enlevés, et le numéro très plaisant de Kiberlain, qui compense un peu l'antipathie relative qu'inspire la Margot jeune. À ce sujet, Agathe Bonitzer (fille de la réalisatrice, paie ton piston parisien) ne s'en sort finalement pas mal, et le duo un peu doux-dingue que les deux actrices forment fonctionnent au final - sans ça, rien n'aurait fonctionné. Mais ne rien en attendre de plus, car Fillières ne fait pas grand-chose de son postulat de départ, ni sur le plan scénaristique (les scénettes affables s'enchaînent et ça tourne un peu en rond) ni en terme de réalisation (se contenter de jolis jeux de symétrie au milieu d'une mise en scène mollassonne, c'est un peu limite). Et le tout n'aboutit hélas à pas grand-chose de convaincant, jusqu'au dénouement archi-consensuel, puisque le côté "Je vais vivre ma vie", ça se tient, mais ça ne casse surtout pas trois pattes à un lombric. Dommage. Pas un désagréable moment, mais on le répète : aussitôt vu, aussitôt oublié.
    Note : mention tout de même à Melvil Poupaud, qui se bonifie avec l'âge.
  • 30
    Bande-annonce

    Tomb Raider (2018)

    1 h 58 min. Sortie : . Action et aventure.

    Film de Roar Uthaug avec Alicia Vikander, Dominic West, Walton Goggins

    Aaaaah, enfin quelque chose se passe comme prévu en ce glacial hiver ! Fini les chefs-d'oeuvres annoncés qui s'avèrent être d'énormes foirages et les orgasmes cinématographiques inattendus ! Tomb Raider 2018 est EXACTEMENT comme prévu. Au menu, on a : scénario d'aventure archi-générique (on sait d'avance tout ce qui va se produire, à un mini-twist près...) et rempli de sous-péripéties idiotes, mise en scène archi-générique enchaînant tous les clichés pour une ou deux scènes dont le pauvre réalisateur étranger (à croire qu'ils se cassent tous dents sur l'énorme machine hollywoodienne) a réussi à faire quelque chose (celle de l'avion, par ex), actrice pas dégueu et relativement crédible en nana qui s'en prend plein la gueule mais manquant des épaules pour une Lara Croft, et gaspillage de Walton Goggins (ce qui est impardonnable !!) en méchant qui aime juste être méchant. Ce pauvre film a le cul entre deux chaises : d'un côté, le cahier des charges de l'entertainment tel qu'il était rempli par le nanar avec Angelina Jolie (= cascades physiquement improbables et psychologie atrocement sommaire) ; de l'autre, le désir de faire quelque chose de plus réaliste et "sérieux" (donnant... quelque chose qui ne marche pas vraiment, du coup, dès le dernier acte "bad-ass" parfois ridicule). On ne s'ennuie pas, hein, de ce point de vue, le pop-corneur ne se plaindra pas trop, mais quand, à la fin, Alicia Vikander prend les deux flingues légendaires annonçant déjà le deuxième volet et joue la "bad-ass"..... disons qu'on n'est pas particulièrement pressé d'y être. Il faut dire que vraiment, avec son mètre cinquante, son corps de garçonnet, et ses cris de fillette, elle ne colle pas en aventurière au charisme irradiant, ça ne marchera qu'auprès des adolescentes. On n'est pas contre l'idée de "désexualiser" un poil le personnage (quoique son sex-appeal était un peu le principe...), mais basculer dans l'excès inverse au nom d'un "girl power" bizarrement pudibond est une encore moins bonne idée - surtout quand ça autorise une minette de trente kilos à noyer dans une flaque un béret vert en... le maintenant au sol par la seule force de ses petits bras (sic) ? Bref, sympathique en tant qu'adaptation de jeu vidéo pour les gamers amateurs de la franchise rebootée parce que fidèle à l'esthétique et à l'esprit, mais insignifiant en tant que film de cinéma. Or... on n'est pas allé voir ce truc dans un CINÉMA, déjà ?