Mes sorties ciné 2018

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123 films

par Scaar_Alexander
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    Pacific Rim : Uprising (2018)

    1 h 51 min. Sortie : . Action, aventure et science-fiction.

    Film de Steven S. DeKnight avec John Boyega, Scott Eastwood, Cailee Spaeny

    Difficile d'aller voir un film comme PRU en y croyant. D'abord parce que Guillermo del Toro s'était un peu planté avec le premier volet, fort de ses effets spéciaux remarquables et de son approche visuelle "réaliste" des jaegers, mais coulé par un scénario à faire passer Top Gun pour du Dostoïevski. Ensuite parce que le matériel promotionnel de PRU évoquait plus Transformers qu'autre chose, avec son équipe de robots-héros, voire Power Rangers, avec leurs différentes couleurs. Difficile de ne pas se dire qu'on avait raison : PRU est aussi générique, inepte, et régressif dans sa forme comme dans son fond que prévu ; un peu à la hauteur de son titre ridicule ("uprising" ?!). PR, tout décevant qu'il était, produisait un effet, ses jaegers étaient imposants, les apparitions de ses kaijus angoissantes, il y avait un minimum d'émerveillement. Oubliez ces velléités artistiques avec PRU, teen-movie aux airs de cartoon dénué de toute ambition. Et vous ne pourrez même pas vous reposer sur l'action, sauf rares exceptions (comme le duel sur la banquise) : dès que ça commence à se mettre sur la gueule en environnement urbain, comme dans cet interminable passage à Tokyo, le film devient une bouillie de pixels qui ne fait ni chaud ni froid (avec en bonus l'habituel génocide de 30 000 occupants d'immeubles à la seconde...). Ni sur une quelconque performance technique, puisque les effets spéciaux sont à peine dans la moyenne actuelle, pas vraiment aidés, il faut dire, par une photographie assez dégueulasse (mon dieu, ces incrustations bidons). Sauf que... étrangement, ça fait moins mal - une fois compris que le film s'adresse à un public de collégiens (avoir une gamine rebelle pour co-héroïne est un signe, avoir un méchant scientifique observant le fruit de ses machinations du toit d'un immeuble en riant machiavéliquement est une confirmation). N'attendant rien du film, on peut être agréablement surpris par les quelques traits d'humour sympathiques d'un spectacle à l'opposé de PR : plus distrayant en intérieurs, avec ses clichés sur pattes de personnages, qu'en extérieurs au format XXXL... le tout porté à bout de bras par le très cool John Boyega, qui fait NETTEMENT plus mouche que Charlie Hunnam dans le premier volet... en vain parce que le film est nul, mais il aura essayé (mention à son duo sympatoche avec le fils Eastwood). Toute cette thune là-dedans ! D'un autre côté, Tian Jing est super-canon (le truc qui n'a rien à voir). On fait avec ce qu'on a.
  • 32
    Bande-annonce

    Hostiles (2018)

    2 h 14 min. Sortie : . Aventure, drame et western.

    Film de Scott Cooper avec Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi

    Hostiles produit un impact cinématographique suffisamment fort pour mériter un 8, mais le noter est tout ce que je peux faire pour l'instant, tant je suis perplexisé par le film de Cooper - pas un grand metteur en scène à univers auquel on doit le moindre chef-d'oeuvre, mais un solide faiseur, conteur de drames, et explorateur de tourments. Hostiles a énormément de qualités, et des qualités qui donnent envie de lui refiler un putain de prix, comme son image somptueuse, son atmosphère inquiétante, ses allures de cortège funéraire, ses vibrations de mort et de vie imminentes, ses piques de violence brute, ou encore les performances habitées de Bale et Pike... mais également quelques sérieux défauts, principalement d'écriture (car la mise en scène est assez remarquable, à quelques problèmes de rythme près), dus à une trop grande ambition intellectuelle (Cooper explore des sujets aussi monumentaux que la responsabilité morale du soldat exécutant, les racines violentes de l'Amérique, la définition de l'ennemi dans un État, ou encore la légitimité de la propriété d'une terre... en manquant parfois cruellement de nuance et de recul), qui en font un film assez frustrant par moments, tant on aimerait tenir un nouveau chef-d'oeuvre du genre. Enfin, en l'état, on tient quand même toujours le meilleur western des années 2000 derrière le (lui) génial 3h10 pour Yuma de James Mangold. Parce que tous ces grands moments (d'espaces, comme ces orages rappelant parfois Le Nouveau Monde, comme d'acteurs, comme ce pudique enlacement de Bale et Pike sous la tente). Et cette fin (no spoil !). Cette toute fin d'un épilogue qui, sans elle, aurait été honteusement bidon, limite comme celui du True Grit des frères Coen. Mais qui, en l'état, bouleverse littéralement. La musique de Max Richter aidant. Non, vraiment, si Cooper avait su remplir son objectif premier, celui de raconter au spectateur un récit crédible de réconciliation (entre le Yankee massacreur d'Indiens et le chef cheyenne massacreurs de colons blancs), un objectif titanesque donc, son film serait... ok, je l'ai déjà dit, un chef-d'oeuvre. S'il avait su écrire des VRAIS personnages côté indiens. S'il avait su écrire des VRAIS moments, des VRAIES scènes organiques entre les deux vieux ennemis. Au lieu de ça, on a un spectacle qui marche sans convaincre à 100% dans sa globalité, ponctué de petites fulgurances qui laissent une marque durable. Enfin, c'est un peu compliqué, tout ça. Surtout pour un western...
  • 33
    Bande-annonce

    Ready Player One (2018)

    2 h 20 min. Sortie : . Science-fiction, action et aventure.

    Film de Steven Spielberg avec Tye Sheridan, Olivia Cooke, Ben Mendelsohn

    Séances de cinéma (1 salle)
    Meilleur film de Spielberg depuis Minority Report. Ou plus exactement : premier BON film du cinéaste. C'est loin d'être parfait : la partie dans le monde réel est bien moins intéressante que la partie dans l'Oasis (la dystopie tient la route, mais il y a des incohérences/carences de développement dans le tableau de la société, et dramatiquement, ça pêche un peu, cf. la romance IRL qui manque de gnak et la tante dont on se fout royalement de la mort, ce qui ne serait jamais arrivé dans un Spielberg d'antan), corollaire du blem, l'intense Ben Mendelsohn écope d'un bad guy faiblard (il a la classe mais manque cruellement d'envergure), la direction artistique n'est pas à 100% inspirée (désolé, mais l'avatar du héros ne ressemble à rien), et l'on se désintéresse un poil de l'action dans le dernier quart... Mais à côté de ça, ça envoie quand même du lourd, au rayon divertissement assumée (preuve en est que Spielberg se moque totalement du fonctionnement technologique du bazar). L'Oasis est un pied total CONTRE TOUTE ATTENTE (ce dès la première course, embardée ébouriffante plutôt que bouillie de pixels impersonnelle), le scénario tient globalement la route du début à la fin contrairement à 98% des blockbusters hollywoodiens, Olivia Cooke est une adorable girl-next-door... Et surtout, c'est aussi divertissant que promis : Spielberg, dont le problème n'était pas la perte du savoir-faire mais le manque d'inspiration, semble avoir retrouvé son énergie d'enfance et s'est fait quelques plaisirs violemment communicatifs, à commencer par le démentiel segment Shining qui vaut à lui seul le revisionnage du film (RPO est suffisamment dense pour le mériter). Enfin, c'est une déclaration d'amour PAS RINGARDE au jeu vidéo, autrement plus séduisante que le message sur la réalité réelle, consensuel comme le sort qu'il réserve à l'Oasis. Un peu faux-jeton à force de vouloir fédérer, un blem prévisible. La bande originale du vétéran Alan Silvestri, naphtalinesque comme un John Williams de ces quinze dernières années, est un problème (quand c'est mielleux, c'est mielleux...) autant qu'un élément approprié dans un film nostalgique des 80's/90's, donc on pardonne, tout en regrettant que le film n'ait pas de thème musical fort... signe qu'il reste, au final, un spectacle postmoderne pas destiné à devenir un classique ? "Juste" de l'entertainment total ? Mais même en ne croyant pas au futur culte, on ne lui niera pas sa place en toute fin du top 10 des films d'onc' Steven...
  • 34
    Bande-annonce

    Red Sparrow (2018)

    2 h 19 min. Sortie : . Thriller.

    Film de Francis Lawrence avec Jennifer Lawrence, Joel Edgerton, Mary-Louise Parker

    Pas mal. Comme prévu, les accents "russes" sont assez ridicules (heureusement qu'ils n'en font pas des tonnes comme dans la série Nikita, par exemple !), tout comme le point de départ de la danseuse étoile reconvertie en tueuse du KGB (rien à cirer que l'auteur du roman original soit un ex de la CIA, ce n'est juste pas crédible pour un rouble)... MAIS le film parvient à surprendre dans d'autres domaines, et plutôt en bien. Par exemple, vu la promo qui insistait sur le côté "adulte" du spectacle, on s'attendait à du thriller bien racoleur à l'ancienne avec du tronçonnage de membres et des nibards à tire-larigot, alors qu'au final, Le Moineau Rouge contient peu d'action, et énormément d'intrigue. Oui, parce qu'à tous les pervers pépères, Jennifer entièrement à poil et enchaînée sous la douche, ça dure deux secondes, et on peut résumer le reste ainsi : Le Moineau Rouge, ou un film tellement sexy et érotique que ses acteurs ont joué leur scène de sexe habillés (sic !)... Enfin, l'intrigue, donc. Ce n'est pas super convaincant quand ça se passe dans l'école de supers-espions, avec des dialogues archi-plats et une Rampling faisant sa Rampling pour la 1000ème fois, mais ça marche plutôt bien à Budapest avec Joel Edgerton, qui assure toujours à mort, sur un mode plus John le Carré, surtout si l'on accepte ce parti pris du film de garder les intentions de l'héroïne totalement floues (ça a empêché certains spectateurs de s'attacher au personnage). Alors, si malgré cela, malgré tout son sérieux, et malgré sa longueur (il y a vingt bonnes minutes de trop), Le Moineau Rouge reste une série B cartoonesque pour les problèmes de crédibilité précités, il reste fort regardable. D'abord parce que Lawrence a fait de gros progrès en tant que réalisateur (exit l'illisibilité de HG), ensuite parce que James Newton Howard livre une de ses meilleures BO (fun fact, c'est également lui qui a fait celle de Salt !), et pour finir, SURTOUT, et contre toute attente, J-Law assure dans ce rôle qu'on imagine très éprouvant. Il y a des moments où elle est même intimidante, avec sa bouille de hamster. Après Mother!, l'actrice continue de surprendre, et on lui souhaite de continuer ainsi. Enfin, et là, le réal a été malin, la fin est tout à fait mémorable, du twist plutôt bien senti au tout dernier moment, assez poétique. Si bien que malgré les gros défauts du film, on ne serait pas contre une suite !
  • 35
    Bande-annonce

    Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot (2018)

    1 h 53 min. Sortie : . Drame et biopic.

    Film de Gus Van Sant avec Joaquin Phoenix, Jonah Hill, Rooney Mara

    Les mélodrames sur fauteuil roulant sont toujours un exercice risqué, surtout lorsque leurs réalisateurs optent pour une forme (relativement) classique. Avec Don't Worry (paie ton titre suicidaire), il n'y a qu'à voir les divergences d'opinions du côté de la presse : d'un côté, Libé le qualifie de "plus mauvais film" de Gus Van Sant ; de l'autre, La Septième Obsession y voit son meilleur film "depuis des lustres". De mon côté, en dépit d'indéniables défauts comme le manque de profondeur psychologique du personnage principal (sa mère l'a abandonné, il boit pour oublier, ah ouais, et il est également doué en dessins satyriques : l'articulation est faiblarde) et d'une narration kaléidoscopique, je me rangerais davantage dans le second camp. Pas très difficile, me dira-t-on, vus les récents longs de Van Sant (le ridicule Sea of Trees, le bien intentionné mais superficiel Promised Land, le joli mais inégal Restless, le biopic archi-consensuel Milk). Joue également mon imperméabilité à l'ère Elephant, où le cinéaste a rendu fous les critiques et les jeunes cinéphiles snobinards avec des caricatures de films indés. Ceci étant dit, Don't worry n'a pas besoin d'être comparé à ces films pour être considéré comme un très joli film. Van Sant, auteur du scénario, a clairement été inspiré par l'histoire de Callahan, il parvient à rendre son héros attachant malgré ses grosses faiblesses, il n'oublie pas l'importance de l'humour dans la tragédie, ses dialogues tapent souvent dans le mille, si bien qu'il offre à ses acteurs de très beaux rôles, avec grandes scènes à la clef : Phoenix prouve une énième fois qu'il est un des meilleurs en stock, Jonah Hill brille de mille feux dans le meilleur rôle du film (QUI l'aurait cru, sérieusement ?), et même Jack Black épate, ces deux derniers émouvant même aux larmes dans leurs dernières scènes. Et le côté "rédemption" serait d'un tarte potentiellement rédhibitoire... s'il n'était pas fidèle aux faits réels. Sous ses airs de feel good movie sur le pouvoir de la positive attitude, Don't Worry est d'une force authentique, émouvant sans être pleurnichard, moral sans être moralisateur. On aurait seulement aimé voir un peu plus de Rooney Mara, en gros sur l'affiche alors que son personnage de compagne est insuffisamment impliqué : dans sa première apparition, l'actrice, elle aussi une des meilleures en stock, est l'incarnation parfaite et gracieuse de la femme comme planche de salut. Tout cela fait quand même pas mal de bons points, non ?
  • 36
    Bande-annonce

    Dans la brume (2018)

    1 h 29 min. Sortie : . Science-fiction.

    Film de Daniel Roby avec Romain Duris, Olga Kurylenko, Fantine Harduin

    Officieusement, on donne au film un 6, parce que les écueils d'un scénario aux dialogues rarement inspirés et au dépouillement finissant par devenir un problème (moins de 90 mn ?!) alors que c'était à la base une force. Officiellement un 7, parce que les films-catastrophes de SF français, ça ne court pas exactement les rues, parce que Dans la brume ne mérite EN RIEN son échec en salles, et qu'il faut encourager un peu les petits Français désireux de faire AUTRE CHOSE que de la branlette d'auteur parisienne en sépia. Et au fond, on n'a pas vraiment de difficulté à déguiser notre 6 en 7 parce que malgré les défauts, Dans la brume est quand même épatant. Si l'on omet cette absence de fin et ce dépouillement in fine problématique, jusqu'à un certain point, son économie de moyens narrative en fait un modèle d'efficacité, bien aidé par la mise en scène TRÈS agile de Daniel Roby (cf. la scène où ils sont poursuivis par un clébard enragé, où la caméra virevolte littéralement). Le film enfile quelques figures convenues de ce genre très américain (à mi-chemin, à un moment, entre une Tour Infernale et un The Mist...) mais là aussi, avec une telle énergie que ça passe comme une lettre à la poste. Pourquoi ? En plus de l'emballage étonnamment convaincant, parce que sa substance : le sacrifice parental. De ce point de vue, où parle cette fois son "européanité" (jusqu'à, spoiler alert, la décision burnée de tuer le perso joué par la toujours magnifique Kurylenko), Dans la brume impressionne : on commençait le film sceptique à cause des dialogues bif-bofs et d'une jeune actrice pas super convaincante, on fini émotionné comme il faut, bien aidé par Duris, qui est dans un jour AVEC. Il aurait fallu au film une bonne grosse vingtaine de minutes en plus (histoire d'atteindre la durée... moyenne des films de nos jours) pour que son twist de fin convainque vraiment : non pas pour avoir une explication à l'origine du binz, ça, on s'en fout, mais pour laisser au film l'occasion de nous expliquer où il veut en venir, en développant un peu son inversement de situation, des plus intéressants. Parce qu'en fin de compte, le message n'est pas très clair. Parle-t-on de sélection naturelle, les épargnés par le cataclysme incarnant la nouvelle humanité ? Si oui, dans quel sens ? Pourquoi des enfants ? Quel lien avec la maladie ? Tout ça. On ne partagera cependant pas l'avis de certains qui avancent, non sans ironie, être surpris que le monteur ait oublié de mettre la fin !
  • 37
    Bande-annonce

    La Mort de Staline (2018)

    The Death of Stalin

    1 h 46 min. Sortie : . Comédie et historique.

    Film de Armando Iannucci avec Steve Buscemi, Simon Russell Beale, Jeffrey Tambor

    Sujet inépuisable, casting de luxe, satire décalée de faits glaçants, par le metteur en scène d'In The Loop, grande réussite dans le registre de la satire politique : Staline avait tout pour emballer. Pourtant, personne n'en parle. Alors ? Ça se comprend à moitié. Staline offre un résultat mi-figue, mi-raisin. CERTAINEMENT pas mauvais : le casting vaut sa réputation (de Steve Buscemi à l'inénarrable Jeffrey Tambor, en passant par un méconnaissable Michael Palin dans le rôle du minable Molotov...), et l'on retrouve le goût du cinéaste pour l'humour noir qui caractérisait son précédent film et offre à La Mort de Staline quelques beaux moments d'hilarité douloureuse. Iannucci a été bien aidé par la réalité, en même temps : la scène du concert, par exemple, est tellement absurde qu'elle ne pouvait qu'être réelle, tout comme le fait que le politburo envoya des médecins très jeunes ou à la retraite au chevet de Staline puisque tous les bons avaient été envoyés au goulag ou exécutés pour conspiration. Iannucci fait un usage intelligent de la paranoïa absolue qui régnait alors, paralysant certains par peur de mal faire, donnant des discussions complètement absurdes où rien n'était fait parce que tout le monde marchait sur des œufs... de ce point de vue, c'est bien vu et assez drôle. Mais il y a drôle, et drôle. In fine, les moments d'hilarité évoqués plus haut sont trop peu nombreux si le film se veut une comédie satirique : côté satire, c'est amusant et ça ne lésine pas sur le sardonique, mais ça atteint rarement des sommets. L'humour intellectuel, celui qui croit pouvoir rendre drôle quelque chose de pas drôle en l'assumant à l'extrême, induit ici une certaine lourdeur. Les acteurs s'amusent, oui, mais pas toujours nous, si bien que le tout a parfois des airs de private joke. C'est donc malin et retors, mais pas AUTANT que ça le pense. Cf. l'ordure Béria, limite central tant il est plus manipulateur et cynique que ses kamarades : la performance de Simon Russel Beale est épatante (on regrette juste qu'il ait quinze ans de trop...), mais ses stratagèmes lassent par moment, si bien que sa fin pathétique, bien que toute la scène soit en elle-même réussie, n'a pas l'effet escompté. Enfin, il y a Jason Isaacs, archi-charismatique comme d'habitude, dont la gravité impériale dans le rôle de Joukov relève la sauce dans le dernier tiers. On ne va pas cracher dans la soupe... sans pour autant lui faire de cadeaux. Ça aurait pu être tellement mieux !
  • 38
    Bande-annonce

    L'Île aux chiens (2018)

    Isle of Dogs

    1 h 41 min. Sortie : . Aventure, comédie, science-fiction et animation.

    Long-métrage d'animation de Wes Anderson avec Bryan Cranston, Edward Norton, Bill Murray

    Ben, ben... comment dire... c'est peut-être le meilleur film de Wes Anderson depuis The Royal Tenenbaums, du moins à mes yeux. C'est-à-dire quoi ? C'est-à-dire chef-d'oeuvre, ou quasi. Pratiquement rien n'est PAS extraordinaire, dans L'Île aux chiens. Pratiquement rien, et j'insiste sur le "rien". Bien sûr, il faut être sensible à l'humour mi-absurde, mi-pince-sans-rire, et souvent visuel du cinéaste (et cette description est d'un simplisme criminel), mais si cette condition est remplie, il n'y a rien à jeter, et tout à adorer, dans ce spectacle andersonien à la lettre : prenez les ingrédients habituels de son cinéma, la douce amertume d'une balade rock des 70's, la géométrie des cadres, la méticulosité par moment ahurissante (ici, jusqu'aux détails de la reconstitution d'éléments classiques du quotidien japonais), les performances d'acteur au diapason de l'humour susmentionné (mention à Cranston), montez tout d'un bon cran, et dégustez. J'ai bien choisi le terme, parce qu'esthétiquement, on a parfois un peu envie de manger le film. Et au passage, Desplat signe une de ses rares bandes originales vraiment inspirées, contribuant brillamment à donner au film l'efficacité dramatique d'un film d'aventures dans ce que le genre a de plus séduisant.
  • 39
    Bande-annonce

    Escobar (2018)

    Loving Pablo

    2 h 03 min. Sortie : . Biopic, drame et policier.

    Film de Fernando León de Aranoa avec Penélope Cruz, Javier Bardem, Peter Sarsgaard

    Séances de cinéma (1 salle)
    Plouf. Malgré Bardem, plouf. Le problème ? Le sujet n’a pas vraiment inspiré son réalisateur-scénariste Fernando Leon de Aranoa, dont l’idée d’adapter le roman de Virginia Vallejo n’était peut-être pas la meilleure : traitement psychologique inexistant du trafiquant (à la fin, on n’en sait pas bien plus sur lui), héroïne qu’on a envie d’assassiner de ses propres mains (moralement, elle était pourrie), narration atrocement éparpillée (c’est censé adopter le point de vue de l’héroïne, sauf qu’elle se fait très rare par la suite, donc ça raconte un peu tout et n’importe quoi), personnages secondaires inexistants (le frère d’Escobar passant carrément à la trappe)… bof. Escobar a beau faire dans l’épate avec son avalanche d’ultra-violence (ses scènes d’assassinat ayant suffisamment de gueule pour faire effet dans une bande-annonce…), il n’a pas grand-chose dans le pantalon. Ça vocifère et ça canarde, mais où Aranoa veut-il en venir ? Que raconte-t-il ? Des clichés, des vignettes, à un spectateur peinant à ressentir le passage du temps. Alors, encore une fois, Bardem impressionne. Avec sa compagne Penelope, dont il ne faut pas négliger non plus la performance, il offre au film quelques scènes assez intenses (comme celle où il lui annonce comment elle risque de mal finir, ou encore leur toute dernière), à tel point qu’à mi-chemin, on est prêt à oublier le fait que des acteurs espagnols interprètent des colombiens en anglais (pour le public yankee) mâtiné d’un accent colombien un peu cheap. C’est lui, la mise en scène efficace à défaut d’être inspirée d’Aranoa, et une BO bien sentie (Let it snow !), qui donnent au film la moyenne. Mais cette moyenne est obtenue DE JUSTESSE, parce qu’au-delà de ses interprètes, dont le réalisateur n’exploite pas vraiment l’alchimie, le couple Escobar/Virginia n’a pas grand-chose pour lui. Le point de vue de la narratrice n’apporte strictement rien au mythe, la voix-off de Cruz apparaissant totalement déplacée en plus d’être ringarde. Sans surprise, la comparaison avec les deux brillantissimes saisons de Narcos risque d’enterrer Escobar, aussi est-il recommandé aux amateurs de la série de zapper le film d’Aranoa ; avec son budget pourtant bien supérieur, ce dernier ne fait la différence qu’une seule fois, à l’occasion de la scène de l’atterrissage sur l’autoroute. C'est mémorable, mais bien trop peu. Peut-être la présence de Dany Boon à la production aurait-elle dû nous mettre la puce à l'oreille.
  • 40
    Bande-annonce

    The Third Murder (2018)

    Sandome no Satsujin

    2 h 05 min. Sortie : . Drame et policier.

    Film de Hirokazu Kore-eda avec Masaharu Fukuyama, Kôji Yakusho, Suzu Hirose

    Séances de cinéma (1 salle)
    Pas emballé. Pas vraiment. Le film est impeccablement filmé, notamment les scènes de confrontation entre Shigemori et Misumi, et les acteurs donnent le meilleur d'eux-mêmes comme toujours chez Koreeda (à commencer par Fukuyama), mais comme le cinéaste se fout un peu de l'enquête, son film est essentiellement une réflexion, en l'occurrence sur des sujets comme la dualité vérité/justice, l'essentialisation de l'homme (comme croire au fait qu'on peut être naturellement mauvais), ou encore "l'économie judiciaire" (le fait qu'au final, l'institution nommée "Justice" compte davantage que l'idée de justice). Ça a une première conséquence : le rachitisme des personnages secondaires (comme celui de la fille de Shigemori, qui n'est là que pour illustrer le propos sur la vérité, et la nana de l'accusation), qui ne fait jamais du bien à un film sur le plan dramatique. Quand elle vient, la révélation du rapport incestueux entre la victime et sa fille manque d'impact, comme la relation entre cette dernière et Misumi manque d'épaisseur. L'approche théorique l'emporte un peu trop sur l'approche émotionnelle - sans négliger pour autant les quelques moments d'émotion, généralement réservés aux confrontations susmentionnées. Mais surtout, le problème est qu'il ne faut pas confondre le fait de poser des questions intéressantes et celui de proposer une réflexion intéressante. Le film sait les poser, c'est sûr. Et il a le bon goût de ne pas prendre grossièrement parti pour ou contre la peine capitale (en tout cas, c'est ce qu'il en ressort). Mais le développement qu'il propose n'a rien d'exceptionnel, pas vraiment aidé, il faut dire, par des dialogues souvent trop démonstratifs (cf. "ici, personne ne dit la vérité", ou quand Shigemori explicite la tactique de Misumi...), parfois juste mauvais (cf. "la loi, c'est bizarre", "les victimes, ça se croit tout permis, de nos jours", etc...). Le fait que Koreeda ne prend pas vraiment parti a finalement une contrepartie : son propos se limite à un enfonçage de portes ouvertes (à développer dans une critique ?). Du coup, sa longueur est un peu... longue, surtout dans la première moitié, et même si ça fait de la peine de l'écrire, le fait est qu'on s'emmerde un peu par moment. Au moins, on en apprend un peu sur le système judiciaire d'un pays qui n'est pas très friand d'histoires de procès, à l'inverse des Américains... une opacité intrigante qui joue un peu en faveur du film (ça change). Mais on est loin de Tel Père, tel fils.
  • 41
    Bande-annonce

    Game Night (2018)

    1 h 39 min. Sortie : . Comédie, policier et thriller.

    Film de John Francis Daley et Jonathan M. Goldstein avec Jason Bateman, Rachel McAdams, Kyle Chandler

    Voilà une plutôt bonne surprise dans le registre de la comédie US, qui pédale un peu dans la semoule, ces dernières années, maintenant que l’ère Apatow semble passée. L’avantage de ne rien attendre d’un film de ce genre, c’est que cela augmente les chances d’avoir une bonne surprise, comme ça a été le cas par exemple avec Jumanji, il y a quelques mois... Mais nous parlons ici d'un film qui mérite mieux que cette boutade. C'est bien simple : alors qu'il laissait craindre un machin poussif à la Comment tuer son boss, Game Night se rapproche davantage d’un des derniers films cultes du genre qu’est le premier Very Bad Trip – sans l’égaler, hein. Son point de départ n’était pas inintéressant, mais l'on pouvait dire la même chose des trois comédies pourtant très oubliables dont il semble être le mélange, L’Homme qui en savait trop peu avec Bill Murray, Crazy Night (Date Night en V.O. !) et # Pire soirée (Rought Night en V.O. !). Il avait besoin de se montrer à la hauteur de ce pitch, et fissa. Et contre toute attente, ça se sent qu’il l’est dès les cinq premières minutes, entre la formation tous azimuts de l’épatant couple Jason Bateman / Rachel McAdams et la scène de la spécialiste en fertilité qui profite de la discussion partant en sucette pour demander si elle peut sortir avec le frère bôgosse du héros. Et la bonne nouvelle, c'est qu'il assume la déconnade jusqu’au bout, ne ruinant pas tout avec un de ces virages sérieux censés faire passer une petite morale de fin, comme c’est le cas dans trop de comédies (Max et Annie sortent de l’histoire un poil mûris, mais ça ne va pas plus loin). Sans recourir à l’humour scato – joie. Et en ne recourant qu’une seule fois au caméo-private joke inutile, ici la Chelsea Peretti de la sitcom Brooklyn Nine-Nine, qu'on aime bien, mais qui se retrouve hélas dans une des scènes ratées du film... Parce que tout n’est pas d’une inspiration prodigieuse non plus. (...) En résumé : Game Night, c’est de la comédie US compétente, solidement interprété par des comédiens motivés, pas sans ratés, mais dans l’ensemble divertissante, pourvoyeuse de quelques fous rires mémorables, et, en définitive, bien supérieure à ce qu’elle aurait dû être, à en juger l’ordre actuel de l’univers. Pas le joyau-surprise annoncé par certains cinéphiles amateurs de contre-pied... mais quand la réponse à la question « seriez-vous contre une suite ? » est « ah ouais, ça me dirait bien ! », c’est que comme dirait l'autre, the job is done. (...)
  • 42
    Bande-annonce

    Avengers : Infinity War (2018)

    2 h 29 min. Sortie : . Action, aventure, fantasy et science-fiction.

    Film de Anthony Russo et Joe Russo avec Robert Downey Jr., Chris Hemsworth, Chris Evans

    Ho ho ho... mince. Qu'on aurait aimé que ce film soit un pudding à la Ultron, ou une insupportable farce à la Thor Ragnarok ! Les choses auraient été tellement plus simples ! Parce qu'au final... nope. Sans être à la hauteur du premier Avengers, modèle d'entertainment hollywoodien, AIW assure dans l'ensemble pas mal. Il y a tant de reproches à faire à ce film, attention, c'était de toute façon impossible de faire quelque chose qui ne soit pas un minimum inégal et décousu, sans oublier le pourcentage de blagues qui tombent à plat quand ça ne se passe pas du côté des géniaux Gardiens... mais il y a aussi tant à aimer ! Une chose est certaine : si vous n'avez pas vu, disons, la majorité des productions Marvel précédentes, oubliez AIW. Ce serait une perte de temps, car vous n'aurez pas ce qu'il faut pour juger, en bien comme en mal. Et cela ne vient pas d'un Marvel fanboy, attention : j'ai dû VRAIMENT aimer une poignée de leurs prods en dix ans sur une vingtaine de films sorties (dans l'ordre, l'indétrônable Iron Man, The Avengers, Le Soldat de l'Hiver, Les Gardiens de la galaxie 1 & 2, et à ma récente surprise, Black Panther). Mais le problème des autres films tenait rarement à leurs héros, souvent pleins de potentiel et généralement interprétés par des acteurs charismatiques ; c'était une question d'intrigue et... de cancer de l'humour en trop. Tout cela pour dire que sans avoir un personnage du calibre de Bruce Wayne/Batman, Marvel ne manque pas de personnages cools, et débarquer dans la salle pour voir AIW sans rien savoir d'eux en espérant apprécier le spectacle est tout bonnement idiot. Puis il y a cette non-fin. Ce qui est clair, c’est que Marvel est parvenu à nous plonger dans le noir total regardant les événements à venir : pour la première fois, le spectateur le plus perspicace doublé du plus gros connaisseur du MCU ne peut affirmer à 100% « voici ce qui va se passer ». C'est plutôt pas mal, dans le domaine de l'entertainment pur et dur, non ? 2019 fera peut-être chuter d'un ou deux bons points la note d'AIW, mais en attendant le résultat des courses, faisons donc nos pop-corneurs mal dégrossis, et déclarons-nous dans l'ensemble satisfaits par cette incarnation radicale du blockbuster amerloque, à la fois satisfaisant et décevant, raté et impressionnant, objet unique et polymorphique qu'il serait dommage d'observer d'un œil dédaigneux.
  • 43
    Bande-annonce

    Comme des rois (2018)

    1 h 24 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de Xabi Molia avec Kad Merad, Kacey Mottet Klein, Sylvie Testud

    Moui. Comme des rois est un film social sympathique, comme savent le faire les Français, assez authentique dans l'ensemble ('important...), souvent juste dans sa description des liens père-fils dans ce qu'ils ont de plus nécessairement conflictuel, et dans son portrait de la France anonyme des banlieues lointaines. Kad Merad, fort convaincant en gros bourrin au bon fond, occasionnellement gros con, dont le salut passera par son fils ou ne passera pas, et le jeune Kacey Mottet Klein est encore PLUS juste en petit gars qui veut juste sortir de cette merde : dans ce genre de film, quand on a ça, une partie considérable du travail est fait. C'est une sorte de version plus humaine et divertissante de Vendeur, avec Gilbert Melki, sorti il y a deux ans. Après, le problème, c'est que ce qu'il raconte a justement été raconté quarante-mille fois dans le registre, et la justesse et l'authenticité ne suffisent pas à rendre le film inoubliable. Toutes les scènes dans la famille, par exemple, sont justes, mais sans saveur : ça va, la majorité des spectateurs savent ce que c'est, que d'être dans la merde financièrement, revenez plutôt au duo père-fils, seul vrai intérêt du film (voir leur très amusante dernière briganderie) ! Le fils rêvant de devenir acteur, pourquoi pas, mais ça fait un peu Billy Elliot du pauvre. Donc, ce qui fait l'intérêt de Comme des rois, c'est vraiment la complémentarité psychologique et tonale de ces deux personnages (100% des scènes du film ont l'un, ou l'autre, ou les deux à l'écran). Au-là de ça, c'est très mineur, et Xabi Molia, dont on reconnaîtra cependant l'attention qu'il accorde aux performances de ses acteurs (bien dirigés), reste un réalisateur dont on attend encore de voir ce qu'il a à raconter d'original et de personnel.
  • 44
    Bande-annonce

    Death Wish (2018)

    1 h 49 min. Sortie : . Action.

    Film de Eli Roth avec Bruce Willis, Vincent D'Onofrio, Elisabeth Shue

    Catastrophe. Rien ne fonctionne, dans ce truc, pas même le grand Vincent d'Onofrio, qui écope pourtant du rôle le moins ingrat. Et l'on peut affirmer ça en amateur de films de vengeance pas forcément subtils, hein. Les gens qui tuent des méchants parce qu'ils ont tué des gentils, c'est peut-être un peu manichéen, mais ça parle à ce sens antédiluvien de la justice dont les modernistes peinent à débarrasser l'homme. Le problème, c'est les mauvais films de vengeance. Et Death Wish en est un TELLEMENT mal foutu et écrit, à faire rouler les yeux toutes les cinq minutes, qu'il ferait passer The Punisher pour du Dostoïevski. Être disposé à voir un film où Bruce Willis joue un chirurgien inclinait à une certaine magnanimité, mais on a tous ses limites. DW est peut-être le film le plus con d'Eli Roth, mais il fallait être bien naïf pour voir les Hostel comme des brûlots anticapitalistes de haute volée : ce gars est un bourrin, point, et pas du meilleur acabit. Ça se plante en tant que film à message parce que le cinéaste n'a rien à dire d'intéressant : on peut trouver louable au départ son désir d'être un minimum neutre face à la question du 2ème amendement, mais ça ne mène nulle part. En tant que drame, c'est torché et mal joué, aucun sentiment ne passe, jusqu'à son deuil ; et même en tant que divertissement pulp, c'est minable, avec ses deux-trois poussées d'hémoglobine aussi vaines que vainement gores et ses one-liners oubliables. En même temps, quand un film de ce genre a des méchants insignifiants, c'est mauvais signe, en plus d'être la garantie d'un climax bidon. Et Willis, vraiment, on aurait aimé, mais le gars est un miscast total. Entre Mel Gibson descendant des gars dans Edge of Darkness (un autre exemple comme ça) parce qu'ils ont tué sa fille et Willis faisant pareil dans ce film, il y a comme qui dirait un fossé d'intensité dans le jeu qui fait toute la différence. Pas que Gibson aurait sauvé Death Wish, mais bon. Quitte à se faire un Death Wish, mieux vaut en rester au Justicier dans la ville, qui reste une série b, mais moins inélégante. Au rayon des films récents, À Vif (avec Jodie Foster) était plus intéressant dans son portrait des "vigilante", et Death Sentence un drame autrement moins inepte...
  • 45
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    Anon (2018)

    1 h 40 min. Sortie : . Science-fiction et thriller.

    Film de Andrew Niccol avec Clive Owen, Amanda Seyfried, Colm Feore

    Anon, ou Andrew Niccol continuant de nous faire regretter les années 90 (et dire que ce gars a fait Gattaca !), et Netflix continuant de ne (quasiment) rien produire de folichon, a fortiori côté films. On apprécie fort la critique de la réalité augmentée et autres joyeusetés d'un futur potentiellement totalitaire que nous préparent des agents du Diable comme Ray Kurzweil, la technologie au coeur d'Anon rappelant les Google glass (voir les conférences d'Hervé Juvin sur le transhumanisme, et avoir envie de fuir), avec quelques ajouts déjà plus limites, voire fantaisistes (l'enregistrement continu de nos vies, les SMS internes à la GITS : comment ça marche ?). Solides sujets. Mais d'abord, en tant que polar, car Anon se veut avant tout un polar, c'est du classique rasoir aux personnages limités à des vignettes cliché (le flic alcoolique divorcé hanté par la mort de son fils et la femme fatale à robe noire...) et au rythme anémique moulé dans un emballage terne qui n'est PAS de la stylisation sophistiquée. En fait, Anon est même par moments hideux à voir, notamment dans nombre de ses plans subjectifs, tout droits sortis d'un film de SF moldavo-ukrainien. Et même en tant que drame cérébral, le film n'a pas assez pour nourrir son spectateur de ses quelques bonnes idées, la meilleure étant le piratage de la vision, hélas sous-développée ; on a quelques répliques bien senties ("je ne peux pas croire que mes yeux ne sont pas une expression") pour un océan de dialogues ineptes et affreusement explicites ("l'anonymat est notre ennemi !") servant un discours au final éculé. Clive Owen joue en mode zombie, et on comprend que c'est l'effet recherché, mais ça ne rend pas le spectacle moins chiant, et Grands Yeux, quoique toujours un plaisir pour les yeux, porte une perruque plus lourde que son personnage. Le film décolle malgré tout un poil dans son dernier tiers, avec le piratage susmentionné et quand les souvenirs du héros disparaissent, mais le film censément cérébral ignore la question la plus importante : quid des souvenirs stockés non pas sur un terminal, mais dans nos... cerveaux ? C'est bâclé. Niccol déshabille Grands Yeux à plusieurs reprises, et on ne va encore une fois pas s'en plaindre, mais ça fait un peu plouf, parce que même le cul est filmé avec un détachement de croque-mort qui donne l'impression que le studio lui a forcé la main. Sans être nul, Anon est comme la gueule d'Owen sur son affiche : ça ne va pas.
  • 46
    Bande-annonce

    Gringo (2018)

    1 h 50 min. Sortie : . Action et comédie.

    Film de Nash Edgerton avec Joel Edgerton, Charlize Theron, David Oyelowo

    À moins d'être de mauvaise humeur ou vache avec les films en règle générale, ne vous fiez pas la descente en flamme dont est victime Gringo. Ce n'est pas un mauvais film. Ce n'est pas non exactement un BON film, mais il mérite de voir le verre à moitié plein. Pour cela, il est simplement préférable de ne pas gober ses promesses de nouveau classique de la comédie noire post-Tarantino et post-Coen bros. Pas facile, quand on voit le pitch à tiroir et ses personnages hauts en couleurs, son casting cinq étoiles, et son affiche promettant la révolution (toujours se méfier de celles-là). Je sais. Mais faut quand même essayer. Parce que si Gringo s'avère au final oubliable, avant de l'oublier, on s'amuse plutôt bien, surtout une fois passé son premier, très laborieux acte qui laissait craindre un festival d'humour faisant plouf. Le principal problème du film est le bordel qui caractérise à la fois son histoire, sa narration, et sa tonalité : les intrigues s'accumulent dans un temps limité si bien que pas mal d'éléments sont bâclés, et qu'une est carrément EN TROP (et c'est celle qui contient Grands Yeux, soit un gaspillage impardonnable !). Mais les critiques parlent moins de tout ce qui implique le génial Sharlto Copley, personnage le plus abouti du film au contact duquel s'étoffe un héros qu'Oyelowo rend déjà miraculeusement sympa plutôt qu'insupportablement naïf. Et qui dit "inégal", terme qui caractérise le mieux Gringo, dit mélange de mauvais morceaux et de... bons morceaux, dont le film ne manque pas, à commencer par les performances extatiques de Theron et Edgerton. Désolé, mais quand ils sont à l'écran, à jouer les bâtards de première avec des répliques parfois bien senties, le spectateur ne devrait pas avoir à se plaindre (voir cette scène très incorrecte où Theron imite une sourde-muette). Il y a aussi le boss de cartel fan des Beatles. Plein de petits trucs, comme ça. Et non, Gringo n'a pas de GROS problème de ton (c'est une comédie avec quelques éléments de noirceur à ne pas prendre non plus trop au sérieux), ni il est difficile de savoir quoi penser de ses personnages : on peut parler de mauvaise foi d'esprits chagrins. Gringo est un peu comme le Aloha de Cameron Crowe : c'est un foutoir parfois un peu gênant, mais doté d'une sorte d'âme brinquebalante (exprimée à travers quelques échanges inspirés, comme celui sur Judas et Pierre) et de jolis morceaux grâce auxquels il finit par tenir la route IN EXTREMIS, presque miraculeusement...
  • 47
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    Deadpool 2 (2018)

    1 h 59 min. Sortie : . Action, aventure, comédie et science-fiction.

    Film de David Leitch avec Ryan Reynolds, Josh Brolin, Morena Baccarin

    Mouarf. DP2 est un film fun, que l'abattage inépuisable de sa dévouée star Ryan Reynolds, la présence de l'imposant Than... euh Josh Brolin, l'excellente trouvaille qu'est Domino (sexy en diable), deux ou trois scènes d'action chiadées (comme celle du convoi) et quelques mémorables moments d'hilarité (comme le destin funeste de la X-Force !) donnent furieusement envie d'aimer... mais aussi assez paresseux dans son recyclage humoristique (trop de blagues "méta", trop de références et private jokes, trop de 4ème mur qui sort de l'action, ça sent le cahier des charges plutôt que la joyeuse anarchie) et catastrophique dans ses velléités dramatiques (on se branle totalement du gamin antipathique au possible et des sentiments improbables que le héros développe à son égard) au point d'étonner (le tout déclenché par une mort qu'on voit arriver à 100 miles). Et s'il ne lésine pas sur la violence, il est en revanche cent fois plus timoré que le premier film rayon cul (en fait, on ne voit... rien). Et on a même droit à des accès de politiquement correct (les blagues sur les "vieux hommes blancs" et Jared Kushner, les remarques sur les minorités l'air de rien, etc.). Super-subversif, les gars. Un exemple de suite correcte ? Ok. Une suite supérieure à l'originale ? Pas vraiment, non.
  • 48
    Bande-annonce

    Solo : A Star Wars Story (2018)

    2 h 15 min. Sortie : . Action, aventure et science-fiction.

    Film de Ron Howard avec Alden Ehrenreich, Woody Harrelson, Emilia Clarke

    J'étais prêt à coller la moyenne de justesse à Solo, principalement grâce à son cast, qui présente l'avantage d'être bien supérieur à la moyenne Star Wars (à condition qu'on ne le compare pas à Ford, Ehrenreich ne s'en sort pas trop mal, Donald Glover est aussi "cool" qu'espéré en Lando, Emilia Clarke charme comme toujours, et Harrelson assure au rayon valeur sûre), et à sa bonhomie qui le rend plutôt divertissant dans l'ensemble - en gros, si l'on doit choisir entre "sympathique" et "antipathique", cocher la première case. Ce n'est évidemment pas du tout à la hauteur du mythe, on ne frissonne pas quand l'officier de l'Empire sort le nom "Solo" de son chapeau ni quand Han rencontre Chewie alors qu'on aurait dû, l'intrigue est en carton-pâte et le film dure vingt bonnes minutes de trop ; de toute évidence, oncle Howard n'a pas eu le temps d'insuffler une once de personnalité à un film déjà mal écrit (que Solo aurait-il donné si les deux réalisateurs originaux étaient restés à la barre, comme Edgar Wright sur Ant-man ?) ; mais il a au moins su assurer le show, troussant quelques scènes d'action très réussies (comme celle du train), n'oubliant jamais la relation Han/Chewie (un des points positifs du film, en plus d'un ressort comique valide malgré la répétitivité !), et s'attachant à reconstituer l'univers de la saga originale jusque dans ses créatures en animatronics (quoique cette partie doit être plutôt l'oeuvre des réalisateurs d'origine). En gros, il vaut mieux voir Solo comme de l'entertainment sans prétention, accessible aux non-initiés malgré l'abus de références pour fanboys (à l'exception de cette toute fin avec Darth Maul, bif-bof, d'ailleurs...). Et lui pardonner son côté archi-générique pour qui est rompu au genre (les personnages secondaires sont bidons car pas du tout inspirés, de l'équipe de Harrelson au robot-SJW de Lando, qui n'arrive pas à la cheville de celui de Rogue One). Voilà pourquoi j'avais la moyenne en tête, tant bien que mal. Sauf que cette sous-merde de fiston Kasdan, coscénariste du film, s'est récemment livré à un grand numéro de chouinerie minoritiste en affirmant la "pan-sexualité" de Lando. Me rappelant la propagande libérale qu'est SW sous l'égide de Disney. Kathleen Kennedy et son désir de voir moins d'"hommes blancs". Tout ça. Du coup, fuck it. Désolé, Ehrenreich.
  • 49
    Bande-annonce

    L'Homme qui tua Don Quichotte (2018)

    The Man Who Killed Don Quixote

    2 h 12 min. Sortie : . Aventure, fantastique et drame.

    Film de Terry Gilliam avec Adam Driver, Jonathan Pryce, Stellan Skarsgård

    Beaucoup de gens parlent de la déception Don Quichotte, film pas exactement à la hauteur du mythe qu'il était devenu. C'était oublier les films franchement moyens que le cinéaste a pondus depuis vingt ans. Il ne fallait rien attendre de Don Quichotte. Ce truc ne pouvait qu'être, au mieux, une curiosité pleine de passion courbaturée. Ça tombe bien : c'est ce qu'il est. Certains parlent de "grand film malade" : pourquoi pas, soyons romantique. Le fait est que Don Quichotte est un film aussi raté... que sympathique. Soyons clair, en étant cynique, on peut trouver le spectacle grotesque, entre la niaiserie du parcours psychologique du personnage de Toby, l'humour souvent ringard, les effets de mise en scène vieillots, et l'hystérie bariolée de l'ensemble. Que le résultat soit la réalisation sincère et aboutie des rêves de Gilliam ou non ne change rien : ça peut faire soupirer. Mais tout n'est pas à jeter, loin de là : la ringardise est parfois candeur, l'humour faisant parfois mouche grâce au duo central (Driver est un léger miscast, mais il excelle à jouer l'incrédulité), la désuétude esthétique n'empêche pas certaines fulgurances, et quelque chose touche dans la fin du personnage de Javier (touchant Pryce, qui embrasse le délire du personnage pour le meilleur et pour le pire), que l'on préférera comme conclusion à la vraie conclusion, au twist complètement ridicule. Pour apprécier un minimum le film, il faut faire comme Toby avec Javier : accepter de jouer le jeu. C'est parfois difficile, surtout dans une deuxième partie grand-guignolesque - l'enchaînement de catastrophes de la première la rendant très divertissante. La confusion réalité/fantastique ne prend jamais (le seul élément surnaturel du film étant que le héros refuse les avances d'Olga Kurylenko, très amusante dans un rôle plus comique qu'à son habitude), comme la mise en abyme échoue à captiver, et l'énergie qui y est vainement déployée fait parfois peine à voir, c'est pourquoi l'attention du spectateur de bonne volonté doit être concentrée sur la relation bien réelle entre Toby et Javier, dont le duo exprime de façon touchante la coexistence, chez tout homme au crépuscule de sa vie, du vieillard qu'il est avec le souvenir du jeune homme qu'il fût. Note 1 : Joana Ribeiro est absolument craquante. Note 2 : confier le rôle du milliardaire russe à un acteur espagnol dans un film où les Espagnols parlent entre eux en anglais, fallait le faire, Terry.
  • 50
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    Opération Beyrouth (2018)

    Beirut

    1 h 49 min. Sortie : . Thriller et action.

    Film de Brad Anderson avec Rosamund Pike, Jon Hamm, Shea Whigham

    On s'attendait à une série b bourrin réduisant Beyrouth à un décor tropical pour public américain amateur de boum-boum : on a eu tort. Parce que c'était oublier que Tony Gilroy est à l'écriture. Pas une garantie absolue de qualité puisqu'il a pondu des trucs oubliables comme Duplicity Proof of life, mais la garantie d'un minimum de réflexion et de sérieux de la part du scénariste principal de la saga Jason Bourne. Voilà ce qu'est Beyrouth : sérieux. Sérieux dans la démarche d'authenticité : même si la reconstitution de la ville n'est pas sans ratés (comme les chameaux passant par-là...), c'est suffisamment chiadé pour être apprécié par des natifs, et même si l'arabe qui y est parlé est rarement de l'arabe libanais, l'impression d'ensemble incline à la clémence (et la ville était un tel melting-pot, à cette époque !). Sérieux, voire passionné dans son exploration du décor : la ville, très bien éclairée par le chef op, fourmille de mille détails très cinégéniques. Sérieux dans le sérieux : la grille de lecture géopolitique n'est pas ridicule, on voit que Gilroy s'est bien renseigné sur le sujet, et sa peinture du jeu de dupe entre Amerloques hypocrites (cf. les mots de Reagan sur la "paix" qui concluent le film) et Israéliens, au milieu des tirs de kalach confessionnels (il n'y pas vraiment de parti pris). Et Brad Anderson, bon faiseur (voir l'efficace The Call) plutôt que cinéaste a patte (comme le fit croire The Machinist), filme le tout sans génie, mais avec une bonne dose d'efficacité. Après, soyons honnête : dans ce genre de film (de genre !), qui ne paie pas forcément de mine, le choix des acteurs est généralement déterminant... et autant dire que Beyrouth assure complètement à ce rayon : le grand Jon Hamm fait un protagoniste aussi solide qu'espéré dans un rôle en fin de compte pas très éloigné de Don Draper (il gagne sa vie en "parlant") et plutôt original pour changer, et il est appuyé par des seconds couteaux de luxe (le toujours génial Shea Whigham, Dean "BrBa" Norris et Mark Pellegrino) : bien des répliques fonctionnent grâce à eux, dans un film qui parvient à dire quelque chose de juste (à défaut d'être révolutionnaire) sur l'attachement à une terre de naissance ou d'adoption. En fait, Rosamund Pike, avec son personnage pas super utile qui fleure bon le quota et son arabe calamiteux, est le seul vrai écueil d'un thriller pas TROP générique et dans l'ensemble solide - et loin d'être un festival de clichés, contrairement à ce qu'avancent certains.
  • 51
    Bande-annonce

    Volontaire (2018)

    1 h 41 min. Sortie : . Comédie dramatique.

    Film de Hélène Fillières avec Lambert Wilson, Diane Rouxel, Alex Descas

    Du grand n'importe quoi, mis en scène par une Hélène Fillières qui ne connait RIEN à son sujet (vu le nombre d'erreurs factuelles), et a son joli petit cul coincé entre son ambition féministe de montrer de quel bois elle et sa petite héroïne se chauffent... et son histoire d'amour ultra-cucul. On a tantôt la version longue d'une de ces pubs un peu kitsch d'engagement pour l'armée de terre, tantôt un live action de Juliette je t'aime ; tantôt un récit d'émancipation, tantôt une bluette sage comme une image. Et le blempro, c'est qu'aucun de ces versants ne charrie grand chose d'intéressant. Son film étant terriblement mal écrit, la sauce romantique, qui intéresse avant tout Fillières, ne prend pas. La confrontation entre l'héroïne et son supérieur bourru fait zéro étincelles car on ne croit pas à leur relation. Elle (Rouxel, fort mignonne et juste mais c'est tout) passe son temps à sourire malicieusement et provoquer son supérieur, comme si ces conneries passaient en vrai, et dans la peau dudit supérieur, Wilson n'en impose pas, il a zéro autorité, il n'est qu'émotion, comme si la masculinité n'était que mascarade. Ils sont des vignettes sans existence réelle, comme le reste des persos (à commencer par le Renoi qui place un "meuf" dans chaque réplique). Et à côté de ça, le film n'a RIEN à dire sur la notion de patriotisme, d'engagement individuel. Fillières transforme fifille, 40kg et plus crédible à poil qu'en G.I. Jeanne, en super commando, sans scène d'entraînement au tir, ni scène dédiée à l'esprit de corps (rendant la scène d'action finale ridicule). Il ne propose aucun cheminement intellectuel, sauf celui de la mère (Balasko, reloue), militante écolo qui passe sans transition de "ma fille est une facho !" à "regardez ma fille qu'elle est belle !", à la fin. C'est donc à la fois un fantasme féministe et un ratage sur ce plan qui ne satisfera ni les gauchistes, parce qu'il est vaguement qualifiable de "militariste" et parce que les actions de l'héroïne sont en bonne partie influencées par son désir de prouver sa valeur à un homme, ni les conservateurs, parce qu'il sombre dans le fantasme du gender selon lequel une femme est physiquement l'égale d'un homme, et ne peut s'empêcher le quota gay-friendly. Bref. Au final, de ce film pas laid mais vide, on garde surtout le karaoké sur du Balavoine, les regards énamourés, la réplique "la douleur, c'est dans la tête" (sic), et la dernière, capable de tuer sur place un hypoglycémique. Pas glop.
  • 52
    Bande-annonce

    Jurassic World : Fallen Kingdom (2018)

    2 h 08 min. Sortie : . Action, aventure et science-fiction.

    Film de J.A. Bayona avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Rafe Spall

    Séances de cinéma (1 salle)
    Oulà. C'était mal barré dès la promo, avec ces bandes-annonces sans charme qui donnaient l'impression de voir une démo de parc d'attraction (rire) plutôt qu'un résumé de film digne de ce nom. Dès le départ, le plan volcan craignait un max, ça sentait la fanfic de collégien mal dégrossi. Autant Jurassic World était une friandise appréciable pour ce qu'elle était, autant ce truc n'avait aucune légitimité. Et c'était vrai. Les effets spéciaux sont solides, comme convenu, et Chris Pratt fait toujours un excellent héros d'aventures à l'ancienne, mais au-delà de ça, tant de trucs qui ne vont pas... La mise en scène de Bayona a peut-être trois pour cents d'âme à tout casser quand il ne pompe pas carrément sur la réalisation spielberguienne de JP (voir la scène où l'indoraptor poursuit la gamine) (et pour un réal de films d'horreur, il pond un film dénué du moindre sentiment de danger) ; Giacchino et ses choeurs en plastique donnent l'impression d'envoyer chier la musique de Williams (son pire travail à ce jour) ; le scénario est d'une crétinerie intersidéral, surtout dans sa seconde partie carrément grotesque (LA fois où Hollywood ne balance pas tout le film dans ses BA, c'est pour cacher de la merde au public !) ; les deux personnages de gentils (l'émasculé Franklin et la pseudo-bad-ass Machintruc) ne présentent AUCUN intérêt ; les méchants ont la finesse d'un mauvais cartoon et des fins adéquates ; l'acharnement à essayer de nous apitoyer du sort des pauvres petits raptors (rires) force l'admiration (comme si Jaws VI nous faisait le coup avec un bébé requin blanc...) ; Ted Levine se faisant arracher le bras sans la moindre goûte de sang à l'écran transforme la classification PG-13 en crime contre l'humanité (oui, le film est insipide jusque là) ; et que dire de la fin, où la gamine libère les gentils dinos, dont certains carnivores, sans se soucier des pauvres gens qu'ils boufferont sur leur passage ? Un des rares trucs intéressants du film, c'est justement la gamine clone, mais l'on ne parle là que de potentiel, puisque ça n'a au final rien à voir avec le schmilblick. Sérieusement, que garder de cet inepte pudding digitalo-pyrotechnique qui fait passer le premier JW pour un chef-d'oeuvre (et ça en dit long), sinon Pratt (donc), quelques rares moments inspirés (comme la disparition du brachiosaure dans les flammes), et un rythme d'enfer expliquant les trois points ? Les âmes généreuses le qualifieront de nanar. Pas convaincu.
  • 53
    Bande-annonce

    Ocean's 8 (2018)

    1 h 50 min. Sortie : . Action, comédie et policier.

    Film de Gary Ross avec Sandra Bullock, Cate Blanchett, Anne Hathaway

    Il y a pire qu'un mauvais film : un film insignifiant. Pas mal réalisé, ni mal joué, ni même mal écrit (alors que c'est un mal endémique à Hollywood) ; juste insignifiant. On s'en contrefout. Et l'on ne peut même pas se rabattre sur une divertissante nullité comme c'est le cas avec un tas de joyeux nanars. Soyons clairs : Ocean's Eleven était déjà un Soderbergh tout à fait mineur, mais c'était une récréation de luxe plein de bôgosses et de répartie, une friandise pour amateurs du genre, de bling-bling, et de ténébreux trentenaires, avec un antagoniste qui se tenait (joué par Andy Garcia), ce qui n'est pas à négliger. Ocean's 8 n'a même pas ça. Et on revient au versant absurde du problème : il n'a même pas la médiocrité nombriliste des Ocean's 12 et 13, vrais films de branleurs, pour occuper l'esprit cinéphile. Au moins, les gars ont essayé, et l'expérience n'est pas douloureuse, principalement grâce à Anna Hathaway et Helena Bonham Carter, Bullock et Blanchett n'ayant pas grand chose d'autre à faire que d'être classes et bien sapées (soit du gaspillage, dans le cas de Blanchett, clairement en vacances). La mise en scène de Gary Ross est, comme prévu, sans caractère et pétrie de clichés visuels, mais ne manque pas de rythme. Et... un gala ? Un collier de diamants ? Pourquoi pas. On s'en fout juste. On a vu ça mille fois. Y compris le coup des membres de l'équipe qui parviennent TOUS à dégoter un job sur le lieu du crime. Et le bôgosse français forcément fourbe. C'est parfois mignon, avec quelques répliques bien senties (surtout côté Hathaway), mais généralement vain. Et la coloration féministe ne joue absolument pas en la faveur de ce film pas du tout justifié : cette inversion, certes moins foireuse que celle de Ghostbusters mais pas bien plus inspirée, ne sert qu'à placer quelques messages bidons, y compris sur un mode "intersectionnel" (l'Asiatique disant "so white" au sujet des invités du gala, le cirage d'escarpins à Serena "psycho" Williams...), et à tailler grossièrement (même si gentiment) la gent masculine (on a un fan de chiens asexué, le mâle bêta par excellence James Corden, et un déjà plus alpha, mais qui représente l'enfoiré de service...). L'insipidité de l'entreprise saute aux yeux dans les dernières minutes, lorsque Ross se penche sur la vie de chaque nana devenue millionnaire en dédiant à chacune deux plans à trois balles. Alors, le pop-corneur bonne pâte pourra dire "pourquoi pas, un samedi soir ?". Oui, mais surtout... pourquoi ?
  • 54
    Bande-annonce

    Hérédité (2018)

    Hereditary

    2 h 06 min. Sortie : . Drame et Épouvante-horreur.

    Film de Ari Aster avec Toni Collette, Gabriel Byrne, Alex Wolff

    Il arrive que la presse s'emballe à l'unisson pour un mauvais film sous prétexte qu'il sort un peu de l'ordinaire, soumise à la fois à son désir de se différencier et à un mimétisme de bourgeois branchés. Ce n'est pas le cas, cette fois-ci : si Hérédité ne mérite peut-être pas d'être qualifié de nouvel Exorciste, il n'en demeure pas moins à la hauteur de quasiment tous ses éloges : c'est bel et bien un des meilleurs films d'épouvante depuis un sacré moment. Le problème est qu'il faut bien nommer les choses : Hérédité n'est pas un "film de peur". Il est malavisé d'aller le voir avec cela en tête, comme si on allait voir The Conjuring 3, en quête de frissons faciles et de "jump scares", comme c'était le cas de bien des spectateurs pas très vifs de ma séance. Au bout du tunnel, il n'y a que rires gras d'incompréhension faisant une critique aussi pertinente que les complaintes à la sortie de Mulholland Drive ("wesh c'est quoi cette merde de film"). Hérédité est, je l'ai dit, un film d'ÉPOUVANTE : être enfermé dans la cage d'un lion va faire peur ; c'est quelque chose de plus profond que suscite le film d'Aster. Quelque chose qui provoquera quelques rires, mais ceux-ci nerveux. Parce qu'Hérédité a un fond, qui s'impose une fois que l'on apprécie combien le scénario n'est pas du grand n'importe quoi, comme on peut le craindre à la fin. Un fond grâce auquel il marche à la fois en tant que film fantastique, avec ses malédictions et ses histoires de démons, et en tant que drame sur la démence et le poids de l'héritage (capable d'emprisonner dans des geôles comme les pièces miniatures de l'héroïne), les deux additionnant leurs forces, un peu à la façon de Take Shelter. Autant dire qu'il comptait du coup énormément sur ses acteurs, et fort heureusement, ses performances sont exceptionnelles (Collette fait mal dans un rôle très éprouvant, Alex Wolff passe à la catégorie supérieure, et on est bien content de revoir Gabriel Byrne, toujours impeccable). Et puis, ne charrions pas : Hérédité est quand même flanqué d'une bonne demi-douzaine de moments bien, BIEN flippants, Aster maîtrisant admirablement les codes visuels de l'horreur, jouant avec le hors-champ et des coins de plans, avec les blancs au montage et avec les silences plutôt qu'une musique abrutissante (dont un à glacer le sang, vers la fin)... Entrez dans le jeu, acceptez une proposition de cinéma parfois plus sensorielle qu'explicative, et le dernier quart d'heure vous laissera une marque indélébile...
  • 55
    Bande-annonce

    Midnight Sun (2018)

    1 h 33 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Scott Speer avec Bella Thorne, Patrick Schwarzenegger, Rob Riggle

    Note : n'ayant vu ni Taiyou no Uta, ni Everything Everything, je ne les prendrai pas en compte... tout en croyant les gens qui disent ces films supérieurs à MS. Qui est une romance "teen"... assez ratée. Cinématographiquement, c’est au mieux télévisuel (Scott Speer trousse tout au plus quelques beaux plans qui rappellent qu’on ne mate pas Dawson). Scénaristiquement, c’est prévisible au possible : quasiment rien de ce qu'on voit n'a déjà été fait dans les précédents films de ce genre, du type Le Temps d’un Automne. C’est même parfois tarte à faire hurler, cf. cette scène ridicule où l'héroïne chante dans la rue devant un parterre de gens magiquement attirés par son talent, de tous les âges et toutes les races, qui finissent par taper des mains (sic), tarte à l'image de tout ce qui concerne les "rêves" des deux protagonistes (mon Dieu, cette fin). Maintenant, on ne va pas voir un film de ce genre pour redécouvrir l'art ; juste pour être émotionné. Pas besoin d’être très original, il suffit de ne pas être TROP exigeant, et de ne pas être bombardé de scènes trop pourries. En gros : un scénario qui reste dans les clous, et… un casting. Hélas, la sauce ne prend pas des masses, à ce rayon : si la reine bimbo d’Instagram Bella Thorne livre une performance joliment impliquée (elle est même par moments mimi !), on ne peut pas en dire autant du fils à Schwarzie… on aurait aimé l’aimer, mais il fait passer son père pour Louis Jouvet, et n’ESSAIE même pas, contrairement à Kyle Eastwood. Par sa faute, lui et Thorne ont plus l’air de meilleurs amis qu’autre chose. En fait, MS ne fonctionne dramatiquement qu’avec Rob Riggle, dans un rare rôle sérieux, son personnage de père compréhensif, et sa relation sereine avec Katie : là, le film échappe un poil au cliché et "vit" un peu. Là, on a envie d’être un public facile et d’être émotionné. Hélas bis, la conclusion est catastrophique : la mort de l'héroïne, suicide déguisé trahissant le message du film, et l'épilogue qui suit, laissent le spectateur incrédule, l'émotion qu’il aura emmagasiné durant les soixante-quinze premières minutes se retrouvant dans le caniveau. Un meilleur choix musical aurait minimisé la casse, ce genre de film basant l'essentiel de son efficacité sur le pathos (rien Spirits de The Strumbellas aurait été bienvenue), mais c'est beaucoup de soupe, à l'image de ce que chante l'héroïne… En bref, MS est du cinéma pas vraiment désagréable, mais médiocre.
    Note : l'originale Quinn Shephard : à suivre !
  • 56
    Bande-annonce

    Désobéissance (2018)

    Disobedience

    1 h 54 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Sebastián Lelio avec Rachel McAdams, Rachel Weisz, Alessandro Nivola

    Séances de cinéma (1 salle)
    Un beau mélodrame, sans chichi, fort d'un mélange de pudeur intimidante et de déclarations enfiévrées, le film alternant peinture de codes sociaux un brin étouffants et échappées au lyrisme surprenant, toujours mû par une remarquable justesse des sentiments. Ne traînons pas à le confirmer : oui, le duo d'actrices est absolument renversant. Rarement un film aura à ce point capté le charisme de Rachel Weisz, qui saute aux yeux dès son retour dans sa communauté, et la petite Rachel McAdams parvient à ne pas pâlir en comparaison, jouant remarquablement l'asphyxie avec la politesse forcée de son personnage, les deux actrices sublimées par une alchimie digne des plus mémorables couples hétéros (allez savoir pourquoi, j'ai en tête Viggo Mortensen et Patricia Arquette dans The Indian Runner). Les sentiments forts qui unissent ces personnages, Sebastian Lelio sait les filmer, ça parle, ça porte (on aurait aimé que face à elles, le cinéaste soigne davantage le beau personnage de Dovid et le confie à un acteur moins effacé que Nivola, même si c'est un peu l'idée). Le risque avec un film appartenant au registre "cri de liberté" était qu'il taille la communauté juive orthodoxe, mais il a le bon goût de ne pas le faire, reconnaissant implicitement qu'une culture n'est pas quelque chose dont on peut se moquer légèrement : Ronit et Esti sont juste incompatibles. La conclusion archi-consensuelle du film, avec le discours de Dovid en mode "humanité arc-en-ciel", trop fédérateur pour faire vrai, l'empêche hélas d'atteindre les sommets émotionnels espérés et de devenir un classique du genre : un tel point de départ appelait à une issue bien moins facile car sans repère sociaux, l'animal politique est voué à errer dans l'ether libéral... or, là, on a l'impression d'un fin d'épisode de série tout public (et que dire de la chanson pop du générique... ?), impression renforcée par des choix de photographie pas super convaincants (c'est fadasse). Par ailleurs, ça manque parfois un peu de folie pour coller à l'esprit de liberté tant loué, Lelio semblant plus à l'aise pour filmer l'austérité, et se reposant pas mal sur ses actrices... mais celles-ci limitent la casse en faisant illusion. Pour finir : quand des lesbiennes reprochaient à La Vie d'Adèle de faire du cul pour mecs hétéros, aspiraient-elles à quelque chose du genre de ce que l'on voit dans Désobéissance ? Les deux Rachel sont à moitié habillées (bif-bof), mais ça n'en est pas moins terriblement sensuel...
  • 57
    Bande-annonce

    Bécassine ! (2018)

    1 h 42 min. Sortie : . Comédie.

    Film de Bruno Podalydès avec Emeline Bayart, Karin Viard, Denis Podalydès

    A priori, ça avait autant l'air d'une bonne idée qu'adapter Gaston Lagaffe ou Benoit Brisefer (on se demande encore, à ce jour, ce qui leur est passé par la tête). Qui se fout de Bécassine, en 2018 ? Pour les nouvelles générations, même Chantal Goya, qui avait ressuscité le personnage, relève du Paléolithique. Ce film serait au mieux un accident très vaguement anecdotique. Mais c'était ignorer la présence, derrière la caméra, de Bruno Podalydès, cinéaste à patte, à "vision", dont la poésie naturaliste n'est plus à prouver (voir son charmant Comme un avion). Jamais l'on aurait imaginé entendre du Chopin et du Bach dans un tel film... et encore moins les violons de Max Richter (Spring 1 et Summer 2) ! Nulle surprise du siècle, attention. Bécassine ! est un film aussi mineur que son personnage dans le monde d'aujourd'hui. Pour faire un film réussi, il lui aurait fallu un scénario bien mieux travaillé, avec un minimum d'enjeux (Le délicieux spectacle de marionnettes donne l'occasion d'une ingénieuse mini-étude de personnages, mais c'est généralement pépère), et un humour moins poussif (ce qui n’empêche pas quelques gags visuels réussis, comme Bécassine se ramassant dans le foin...). Mais la petite ballade qu'il propose n'a absolument rien de désagréable. Au contraire : c'est ringard, mais ça embrasse cette ringardise avec la fraîcheur et la candeur de l’héroïne, ou d’un M. Hulot. C'est assez inconséquent, mais l'on qualifiera plutôt l'esprit de primesautier, là encore, comme son héroïne, joliment jouée par une touchante Emeline Bayart. Podalydès, qui joue également un arnaqueur assez désopilant avec la bonhommie d'un personnage de La Règle du jeu, fait même de la ringardise précitée un vestige potentiellement envié d'une époque moins asphyxiée. En gros, face à Bécassine !, difficile de ne pas sourire comme l'héroïne lorsque le chauffeur accélère et que le vent lui caresse le visage... Qui sait, peut-être son 5/10 deviendra-t-il 6, à l'avenir...
  • 58
    Bande-annonce

    How to Talk to Girls at Parties (2018)

    1 h 42 min. Sortie : . Science-fiction, romance et musique.

    Film de John Cameron Mitchell avec Alex Sharp, Elle Fanning, Nicole Kidman

    Si HTGP est, malgré sa nature éparpillée, un film sur quelque chose, c’est sans doute davantage la jeunesse que le punk. Il bénéficie grandement de la capacité du cinéaste à exploiter son énergie de grand gamin un brin lubrique, qui dote le film d’une poignée de scènes fort mémorables, dont au moins un tour de force, le live improvisé dans le hangar de Boadicea, climax légitime du film : non seulement c’est musicalement entraînant, c’est surtout une belle illustration sous acide du moment de communion parfaite que doit être tout duo musical, joué ici par nos deux jeunes acteurs qui donnent à cette scène tout ce qu’ils ont (au passage, Elle Fanning a également de la gueule sur scène). HTGP n’est pas toujours convaincant esthétiquement, les fautes de goût ne sont pas rares (comme l'espèce de « trip-sequence » fantasmagorique aux airs de clip kitsch en mal des années 80, et la photographie des extérieurs, moins réussie que celle des intérieurs), mais sa chromatique tantôt grisâtre, tantôt acidulée et chatoyante, séduit généralement l'oeil, et il est même plutôt bien habillé grâce à une chef costumière qui a su tirer profit de son faible budget. (...) Alors que HTGP avait tout (ou presque) pour virer au grotesque, il l’évite tant bien que mal jusqu’au bout, parfois sur le fil du rasoir, sauvé par son don naturel pour le bizarroïde inclusif, pendant inoffensif et occasionnellement appréciable du grotesque. Le mauvais goût guette, comme dans son introduction à l'hystérie fatigante, mais il est chassé en deux regards aussi profonds que leur bleu et quelques sucreries qui font la différence (cf. la bonne idée d’attribuer une couleur différente à chaque communauté d'extraterrestres). L’éparpillement guette lui aussi, avant que tout fasse sens à la fin, le plan desdits extraterrestres se tenant bien plus qu'on ne s'y attendait, justifiant l'estampille SF du film. Le sérieux malavisé, lui, menace à quelques moments via les semblants de messages politiques évoqués plus haut, mais la joyeuse cacophonie couvre leur faible bruit. La « série z » n’est jamais bien loin, mais elle sera jusqu’au bout chassée par les cris d’amour nus de Enn et Zan, « absolute beginners » incarnés, par ceux de triomphe de Boadicea, fussent-ils éphémères, et par le braillement collectif du reste des marginaux. Pour le meilleur et pour le pire, John Cameron Mitchell a bricolé un OFNI qui donne plus envie de l’aimer que de faire son blasé. Et puis, Elle Fanning, quoi. (...)
  • 59
    Bande-annonce

    Sans un bruit (2018)

    A Quiet Place

    1 h 30 min. Sortie : . Épouvante-Horreur et thriller.

    Film de John Krasinski avec Emily Blunt, John Krasinski, Millicent Simmonds

    On avait dit que ça déchirait : ça déchire. Pas grand-chose de mauvais à dire sur ce film impeccablement fichu, dont les morceaux de bravoure sont légions dans le dernier acte, l'action génialement interminable (on peut parler d'"Une nuit sans fin" !), et à qui la notion de matière grasse est étrangère. Krasinski a pris l’idée de Don’t Breathe et en a fait un tout aussi excellent exemple de divertissement... asphyxiant. Il ne révolutionne absolument rien, et n’est pas sans clichés, le premier écueil à ce sujet étant ses bébêtes, qui sont certes très bien fichues mais inutilement affreuses (à quand un monstre beau à voir ?), et il y a forcément quelques "jump scares", mais rien qui ne dépasse le quota autorisé, le reste étant de la flippe pure qui le classe nettement au-dessus de cartons du type Ça. Et c'est ce qu’on attend d’un pareil film, dans lequel, chose déjà remarquable, le silence n’est pas un gimmick pourri : Krasinski, étonnamment débrouillard derrière la caméra, pousse les curseurs de cette privation sensorielle à leur limite, exploitant ingénieusement ce parti pris : plutôt que de se branler à y voir un hommage raté au cinéma muet, apprécions un spectacle qui réserve aux amateurs de monstres quelques moments dignes de classiques (de l’étouffante scène du silo à celle de l'accouchement, en passant par le face-à-face entre Evelyn et une des bébêtes…). Surtout que Krasinski a bâti un drame familial plutôt réussi là-dessus, partant de la mort d’un des enfants au tout début (qui a le mérite de poser le décor…), étoffant le personnage de l’aînée (excellent Millicent Simmonds) avec son sentiment de culpabilité et le lien du couple dans la douleur, tricotant autour d’un accouchement imminent, finissant sur un climax fort (le sacrifice du père) qui incarne le sujet du film : au final, on s’attache à ces personnages, et ça rend le spectacle d’autant plus tendu. Alors, hélas, le film n’est pas sans un tissu d’incohérences qui le prive du statut d’incontournable absolu du genre horrifico-fantastique : pourquoi ne pas aller vivre près de la rivière une fois le bébé "in" ? Pourquoi ne pas se chuchoter à l’oreille quand d'autres gestes sont plus bruyants que ça ? Pourquoi tout le monde n’est-il pas mort cause flatulences ou éternuement ballots ? Considérant la simplicité du talon d’Achille des bébêtes (prévisible), comment se fait-il qu'on n'entend pas déjà parler de contre-attaques côté humanité ? Sans ce côté un peu torché, on aurait eu un beau 8.
  • 60
    Bande-annonce

    Sicario La Guerre des cartels (2018)

    Sicario: Day of the Soldado

    2 h 02 min. Sortie : . Action, policier, drame et thriller.

    Film de Stefano Sollima avec Benicio Del Toro, Josh Brolin, Isabela Moner

    Quand on a appris, à peine un mois après la sortie de Sicario, que ce dernier allait avoir une suite, il a été difficile de prendre la chose au sérieux. Sicario 2 ? Toute proportion gardée, pourquoi pas Chinatown 2, pendant qu’on y est ? (...) Sauf qu’au bout du compte, Black Label Media nous aura plutôt fait le coup de 28 semaines plus tard (en encore mieux) : une fausse bonne idée devenue vraie par la magie des bonnes intentions, qui ont tendance à manquer, ces derniers temps. En mettant de côté un dernier acte un peu casse-gueule bâti sur un mauvais twist, on peut qualifier Sicario 2 de putain de thriller, bien crasseux et brutal. Et surtout, réglons la question d’Emily Blunt/Kate Macer : non, elles ne manquent pas. Dans Sicario, Kate était les yeux du spectateur, le personnage auquel il s’identifiait, et qui allait l’accompagner dans l’aventure (parti pris expliquant en partie la prodigieuse immersion de la traversée de Juarez). On découvrait le monde avec elle, et partageait son « reality check ». Mécanique narrative bête comme bonjour. Mais Sicario 2 arrive après l’initiation. Le spectateur n’a plus besoin d’elle, d’autant plus que son personnage, comme cela a été rappelé plus haut, a vu sa boucle bouclée à la fin du premier film. La ramener après cela n'aurait pas juste été inutile ; cela aurait été illogique. Alors arrêtons de chouiner, et profitons de la... traversée. (...) Hé, le film se prenait même huit étoiles avant le twist précité, qui amorce son dernier quart (cette coïncidence parfaitement grotesque...), tant tout ce qui précède met sous tension : sans la pesanteur tétanisante du cinéma de Villeneuve, mais avec une efficacité redoutable (on a même droit à une scène de convoi qui a quand même une sacrée gueule). Et même ce fameux dernier quart est dans un sens rattrapé par tout ce qui arrive à Alejandro, jusqu'à sa résurrection, absolument sidérante, mais nourrissant sa mythologique (l'homme qui ne mourra pas tant qu'il n'aura pas assouvi sa vengeance !)...