Mes sorties ciné 2018

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123 films

par Scaar_Alexander
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    Parvana, une enfance en Afghanistan (2018)

    The Breadwinner

    1 h 33 min. Sortie : . Animation.

    Long-métrage d'animation de Nora Twomey avec Saara Chaudry, Laara Sadiq, Shaista Latif

    Blem : j’ai vu Parvana en VF, la prenant pour la VO, et rares sont les voix françaises qui m’ont vraiment emballé (les doubleurs sont soit trop âgés, comme l’héroïne, soit trop mous du genou dans le cas des méchants), mais essayons d'ignorer ça. Parce que Parvana est un beau film, fruit d’un travail visuel souvent magnifique (le soin accordé aux décors, la profondeur des regards, l’esthétique des scénettes oniriques), à la poésie par moment très touchante, et au message de toute évidence fort (LÀ, le féminisme a du sens !). Bien qu’elle ne soit jamais graphique, l’horreur du totalitarisme taliban est suffisamment exprimée, et le film a la qualité de rappeler qu'enterrée là-dessous survit une VRAIE culture. Avec ses personnages tous très humains, les sentiments du film sont aussi beaux que sa démarche. Seulement, le bât blesse un peu à l’écriture, qui se montre par moment sommaire comme dans un film pour... enfants : Parvana sort le jour vivre ses aventures, rentre à la maison, raconte à son petit frère son histoire, ressort le lendemain continuer ses aventures, re-rentre à la maison, reprend ladite histoire, et ainsi de suite... ça manque un peu de spontanéité et d’anarchie, pour un film traitant de liberté ! De la même manière, le montage parallèle des épreuves de Parvana avec celles fictives de Souleymane est joli, mais convenu. Et à la fin, on est partagé entre une indéniable émotion face à la bravoure symbolique de son épatante petite héroïne et la déception de ne pas être aussi transporté que le sujet le méritait. Pour autant, Parvana offre suffisamment d’instants mémorables pour être fort recommandé : la vision des deux gamines déguisées en garçons observant le soleil couchant, assises sur une carcasse de tank soviétique, le moment où le bienfaiteur illettré de Parvana voit l’écriture du nom de sa femme pour la première fois, le rêve qu'a sa copine de vendre des pierres bleues sur une plage brillante, les avions à réaction filant au-dessus de leur prison à ciel ouvert, l’apparition méphistophélique du roi-éléphant, ou encore quand la même copine lui propose de se retrouver toutes les deux dans vingt ans, sur « la plage où la lune fait monter l’océan » (la tragédie historique vrombit sous ces mots)… Sans oublier ces mots très fort sur lesquels il finit : « Élevez vos paroles, pas votre voix ; c’est la pluie qui fait pousser les fleurs, pas le tonnerre ». Allez, sept bonnes grosses étoiles. Et l'envie de revoir le film en VO !
  • 62
    Bande-annonce

    Paranoïa (2018)

    Unsane

    1 h 38 min. Sortie : . Thriller et Épouvante-horreur.

    Film de Steven Soderbergh avec Claire Foy, Joshua Leonard, Sarah Stiles

    (...) Résultat… mitigé. S’il y a quelque chose qu’on doit lui reconnaître, c’est son emploi savant de la britannique Claire Foy dans le rôle principal de Sawyer Valentini (best name ever), dont on est censé se demander si elle est folle ou pas (c’est carrément écrit sur l’affiche américaine), c'est-à-dire si l'employé de l'asile psychiatrique où elle est enfermée contre son gré est vraiment son stalker ou pas. L’actrice, sorte de croisement délicat entre Emily Blunt et Sarah Paulson, bluffe complètement dans ce rôle qu'on imagine psychologiquement éprouvant. (...) Hélas, ça patine sévère à l'écriture. (...) Unsane a quatre facettes : par moment, c’est un drame carré sur la problématique du harcèlement dans une société atomisée où le numérique et Internet malmènent la sphère intime, problématique d’autant plus intéressante en cette période de bouleversement du clivage homme/femme ; par moment, un thriller psychologique centré sur la question de la santé mentale de son héroïne ; par moment, un thriller tout court, quand est suggérée la possible nature criminelle de l’établissement ; par moment, un film d’horreur dont l’héroïne a pour objectif simple d’échapper à un dangereux maniaque en mode Red is dead. Hélas, il ne développe aucune des trois premières facettes de façon satisfaisante. Tout est survolé, torché, quand ce n'est pas carrément discordant : difficile de faire du #MeToo tout en interrogeant sur l’équilibre mentale du personnage féminin. Et dans son dernier acte, le film n’est plus qu’un thriller psychologique sommaire, prévisible, et inutilement méchant, que les expérimentations visuelles de Soderbergh ne rendent pas bieeeen plus captivant (le coup de l'iPhone : résultat honnête, mais zéro bénéfice esthétique ni dramatique). (...) Et malgré cela... Unsane a la moyenne. Oui, malgré cela, il vaut davantage le détour qu’il ne le vaut, euh, pas. Car si le spectacle qu’il propose est mineur, tant dans le fond que dans la forme, le sentiment de paranoïa qu'il inspire, pendant un temps, est bien là (tiens, pour une fois, le titre français n'est pas complètement à côté de ses pompes...). L'effet pourri de dépossession de soi est bien là, l'ambiance dégueu du décor y contribuant, le visage blême et cerné de l'héroïne y contribuant, la dégaine de pédophile de son stalker y contribuant. C'est bof, mais du bof plus...
  • 63
    Bande-annonce

    Tully (2018)

    1 h 36 min. Sortie : . Comédie et drame.

    Film de Jason Reitman avec Charlize Theron, Mackenzie Davis, Mark Duplass

    Je sais que c'est neuneu, mais : coup de cœur. Et gros. Meilleur scénario de Diablo Cody (de loin, et j'ai pourtant beaucoup aimé Juno), Jason Reitman dans un grand retour avec un film de la maturité après quelques années d'errements existentiels (cf. ses deux mauvais films Labor Day et Men, women and children), Charlize Theron, toujours en mode Oscar ces dernières années, est dépressivement authentique et Mckenzie Davis est une future grande comme l'annonçait Halt & Catch Fire en son temps... c'est tellement intelligent... wow. Et le twist de fin, plutôt que de frustrer un peu, fait au contraire reconsidérer tout le film en bien, tant il donne plus de sens encore au personnage de Marlon, à ses déboires, à sa crise. Bien pensé, bien monté : le meilleur du cinéma indé américain (du moins le "visible")...
  • 64
    Bande-annonce

    À la dérive (2018)

    Adrift

    1 h 36 min. Sortie : . Action, aventure, biopic, drame et romance.

    Film de Baltasar Kormákur avec Shailene Woodley, Sam Claflin, Jeffrey Thomas

    Des blasés ont présenté Adrift comme une version mélo juvénile du très fort All is lost, avec Robert Redford ; lesdits blasés avaient, pour une fois, raison. Soyons clairs : Shailene assure le service. Sans être la meilleure actrice de sa génération, elle a un physique original (avec un corps de rêve et un visage aux traits bien plus communs) et un charme naturel qui ont le don de rendre ses personnages aisément attachants. Mais pour captiver le public avec une histoire de survivants perdus sur une épave de rafiot comme il en a vu a priori cent autres, il ne suffit pas de performances de qualité, ni d'une mise en images propre, ni d'aussi propres bons sentiments ; il faut aussi, SURTOUT, du solide storytelling. Or, avec son choix de monter en parallèle le présent bien pourri de ses personnages et des flashbacks menant chronologiquement à la tempête responsable de leur situation, l'Islandais Kormakur, à qui l'on ne doit rien de mémorable au rayon anglophone, a un peu flingué son film. D'abord parce qu'à l'exception des tous derniers, qui nous plongent dans une scène de tempête assez spectaculaire (belle photo : c'est sombre et chaotique mais on comprend tout ce qui se passe à l'écran), les flashbacks se résument à une succession de roucoulements béats aux dialogues sans intérêt dans des décors de cartes postales interchangeables et avec un Sam Claflin toujours aussi tarte... en gros, du spectacle pour minettes qu'on peut aisément zapper sans rien louper du film. Ensuite, parce que ça casse complètement le rythme, et occupe une place que le réalisateur aurait dû consacrer à la putain de dérive, dont on ne ressent pas assez le calvaire de la longueur (quarante jours !!)... Il aurait fallu plus qu'une enfilade mécanique de clichés du survival aquatique, fussent-ils joués avec force. Alors, oui, il y a ce twist de fin qui a de la gueule, il faut l'avouer, et ravive l'intérêt du spectateur. Combiné à la performance de l'actrice, et pour peu qu'on soit un poil fleur bleue, il arrive à toucher, notamment parce que le duo Woodley / Claflin bénéficie quand même d'une jolie alchimie (même si ça reste un poil trop pudique...). Non, ce n'est pas un twist gratuit de mariole : la vraie Tami a vraiment eu Richard à ses côtés pendant sa dérive... mais seulement à l'oreille. Après cela ne justifie hélas en rien les choix narratifs précités, et donc le fait qu'on s'est ennuyé la moitié du temps... C'est dommage, parce que ça partait quand même d'une sacrée putain d'histoire.
  • 65
    Bande-annonce

    Au poste ! (2018)

    1 h 13 min. Sortie : . Comédie.

    Film de Quentin Dupieux avec Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig, Marc Fraize

    Au risque de sembler exagérément hostile, je ne peux pas donner plus de trois étoiles à ce truc. J'ai aimé la radicalité de Rubber, j'ai adoré le culte Steak, j'ai trouvé Réalité affreusement inégal, tantôt porté par le même caractère, tantôt atteint d'un cancer de la branlette en phase terminale, et là, j'ai simplement eu l'impression de voir Dupieux y succomber... et assez salement. Écrire n'importe quoi, au gré des envies de la seconde, en partant du principe que ça passera avec des bons acteurs, non, ça ne marche pas automatiquement. On n'aime pas l'absurde parce que c'est absurde ; quand on l'aime, c'est que c'est à la fois absurde ET bien écrit. Il y a un côté tellement paresseusement aléatoire dans les échanges d'Au Poste! que ça m'a parfois fait penser à du cadavres exquis, dans ce que ça a de plus vain. L'humour de répétition ne marche pas ("c'est pour ça"...), les irruptions de la fantaisie font plouf (quand l'un voit ou entend les souvenirs de l'autre... pourquoi pas, mais surtout, pourquoi ?), l'espèce de mise en abyme finale est grotesque (même remarque, ça ne rime à rien), et comme suggéré plus haut, le décalé est le plus souvent bidon. Un YouTubeur a comparé ça à du Tarantino (pour quoi, les interminables disputes sur la façon de nettoyer un pot cassé où le fait qu'un homme ne peut utiliser l'expression "se cailler les miches" ?) : non. Je sais que le rire est quelque chose de hautement arbitraire, et qu'on ne peut pas dire à quelqu'un qui rit qu'il a tort de rire, mais 90% des traits d'humour d'Au poste! sont TELLEMENT faciles. "On va voir King Kong", "Ah non, j'aime pas trop les films chinois", sérieusement ? Il y a bien plus de ces conneries que de répliques bien sorties comme le "Ça fait un peu nul, comme ça" du très sympa Grégoire Ludig (regardant la rédaction du procès-verbal, moment que sait potentiellement désespérant quiconque a déjà été dans un commissariat... sur ce plan, le film tape dans le mille !). Un Ludig plus fun que Poelvoorde, d'ailleurs. Pour finir, l'hommage au polar d'intérieurs français de la fin des années 70/début des années 80 que laissait espérer l'affiche est complètement absent ; l'intérêt, sur le plan cinématographique, est quasi-nul. Je ne nie pas en bloc la possibilité d'être passé à côté du film vu le concert de louanges dont il bénéficie (quoi que quand il y a quasi-consensus, ça veut souvent dire que quelque chose cloche), mais subjectivement, c'est des films les plus rasoirs que j'ai vus cette année.
  • 66
    Bande-annonce

    Dogman (2018)

    1 h 39 min. Sortie : . Drame et policier.

    Film de Matteo Garrone avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria

    Grosse, grosse frustration que ce Dogman, qui bénéficie d'un consensus digne de l'ère soviétique. La première moitié, qui se clot sur l'ellipse d'un an que le héros passe en prison, est très forte, portée par une quantité de promesses réjouissantes : la performance poignante de la gueule "antique" Marcello Fonte (qui n'a pas volé sa récompense à Cannes, quoiqu'on se demande dans quelle mesure c'était de la composition :D) ; l'espèce de ruine de station balnéaire qui sert de décor quasi-hypnotisant à cette tragi-comédie aux airs de crépuscule ; l'atmosphère unique de ce microcosme à la fois intégré à la société italienne et en marge du monde ; une VRAIE proposition de cinéma qui se démarque esthétiquement du lot ; la touche d'humour salutaire, étonnamment visuel, des scènes canines ; la relation affectueuse du père avec sa gamine (épatante jeune actrice) ; la performance physique intense de l'acteur qui joue la brute épaisse Simone (là aussi, compo or not compo...) ; la question des rapports de force non-contractuels à l'intérieur d'une communauté avec la relation dominant-dominé qui "unit" Marcé et Simone, et semble remonter à l'enfance (pour que la hiérarchie soit intégrée si profondément et que la "relation" tienne, ça ne peut être que ça) ; des accents dostoïevskiens dans les portraits fatalistes de personnages condamnés ; etc. Bref, tout un tas de bonnes choses. Puis... vient la seconde moitié. Et là, tout part en couille, excuse my french. Comme si Matteo Garrone, soudain désireux de passer à autre chose, avait confié l'écriture de cette partie à son fils de onze ans (s'il en a un) ou s'en était occupé, mais en une heure à tout casser et en s'enfilant des packs de bière parce qu'il ne savait pas quoi faire de son histoire. L'ellipse de la prison est injustifiée, la gamine disparaît presque, le masochisme du protagoniste atteint des proportions surréalistes, sa stupidité finit par le rendre antipathique, le cheminement de la lose est terriblement prévisible, et si Garrone voulait mettre ça en scène, la lose d'un type qui n'apprendra RIEN entre le début et la fin du film, eh bien... ah, c'est assez réaliste, hein, on ne dit pas... mais on n'en a surtout un peu rien à foutre. Et les poses "auteur" que prend le réalisateur n'arrangent rien (mon dieu, ces derniers plans interminables qui crient "regardez comment je suis radical !"...). Du cinéma déprimant : okay. Déprimant et au final insipide ? Pas okay. Ne vous laissez pas avoir pour être "hip".
  • 67
    Bande-annonce

    Paul Sanchez est revenu ! (2018)

    1 h 51 min. Sortie : . Drame.

    Film de Patricia Mazuy avec Laurent Lafitte, Zita Hanrot, Idir Chender

    Curieux objet que ce film. Raté, assurément (en témoigne sa triste note, triste car il faut atteindre la note du dessous pour avoir du raté DRÔLE), mais curieux quand même. Si la réalisatrice Patricia Mazuy, quinqua à qui l'on ne doit rien de bon (c'est mauvais signe), réussit à mettre en place quelque chose d'intriguant dans sa première partie, avec sa troupe de gendarmes bras cassés, son Laurent Lafitte en pleine errance hagarde, et ses multiples pistes thématiques, sa seconde partie est un foutoir grand-guignolesque pas possible qui voit son héroïne basculer dans une hystérie en contradiction avec ce que l'on avait vu d'elle (la fraîche et très jolie Zita Hanrot a du potentiel, mais même la plus brillante actrice n'aurait pu sauver son personnage), Mazuy échouer à créer une vraie tension, et le semblant de propos initial s'effondrer. Le truc a même parfois des airs de film d'étudiant embrouillé, avec son interprétation parfois téléfilmesque (cf. le supérieur de l'héroïne, tout droit sorti du Gendarme à St-Tropez), son générique d'intro visuellement dégueulasse, sa musique cacophonique qui couvre parfois les dialogues (mixage sonore pourri pour une des BO les plus à côté de la plaque qu'on a entendu), et le "méta" ridicule du flirt de sa conclusion avec le réel, en mode Faites entrer l'accusé (Maïtena Biraben, sérieux ?)... Pourtant, cette seconde partie a pour elle un twist (Sanchez s'avérant ne pas être Sanchez...) qui, à défaut d'être surprenant, ouvre des pistes intéressantes et transforme l'intrigue policière en quelque chose de plus insaisissable. Le film se trouve même un véritable élan à quelques reprises, presque exclusivement liées à Laurent Lafitte, formidable en ordure ou potentielle ordure moralement corrompue par sa crise existentielle (cf. ses épatants monologues téléphoniques au fiel... authentique). Mais au final, ces pistes ont surtout pour effet d'aider à l'effondrement du propos, Mazuy ne semblant même pas savoir où elle va (le faux Sanchez intéresse d'abord en ce qu'il reste horriblement antipathique au spectateur, même une fois qu'on le sait innocent... mais ça ne va pas plus loin) (et puis elle est censée exprimer quoi, cette foutue tortue ?!). C'est laborieux, laborieux, pas vraiment aidé par une longueur excessive. Même si Paul Sanchez était VRAIMENT revenu, pas sûr que la réalisatrice aurait davantage su quoi en faire...
    Note : sans surprise, Zita Hanrot se met à poil pour une scène... on est français ou on ne l'est pas !
  • 68
    Bande-annonce

    The Guilty (2018)

    Den Skyldige

    1 h 25 min. Sortie : . Thriller.

    Film de Gustav Möller avec Jakob Cedergren, Jessica Dinnage, Omar Shargawi

    Séances de cinéma (1 salle)
    Bon, eh bien, on tient un film aussi bon que promis, pour changer : The Guilty est sans doute le meilleur film du mois, impressionnant au sens propre du terme, tendu comme un string sur le cul de Kendall Jenner (pardon), unique en son genre, hop. Déjà, on peut parler d'un véritable tour de force en matière de réalisation, d'autant plus frappant qu'il s'agit d'une première : là où un autre film traitant du même sujet aurait bien fini par sortir du bureau à un moment ou à un autre, par exemple dans le dernier acte, The Guilty y reste jusqu'au bout, lui, limitant TOUTE son action à ce que le protagoniste entend, au son, sur lequel un travail énorme a été fait, de l'artisanat cinq étoiles grâce auquel le spectateur comprendra, ou du moins devinera à tout moment ce qui se trame à l'autre bout du fil, jamais largué... le tout bien aidé par la performance douloureusement impliquée de Jakob Cedergren, bien sûr, dont les yeux sont l'autre bout de l'action (eux-mêmes appuyés par un éclairage très expressif, virant au rouge dans le pire moment...). Mais ce qui est bluffant, c'est que l'histoire de The Guilty parvient à marquer encore PLUS, diablement imprévisible (même si l'on se doute à mi-chemin que les choses vont s'avérer plus complexes qu'il n'y parait...), et surtout violemment complexe sur le plan dramatique : si l'on croit cerner les tenants et aboutissants du film dans sa première moitié (une gentille est kidnappée par un méchant, et le protagoniste va tout faire pour la sauver, à la The Call avec Halle Berry, sauf que lui est un peu une tête de nœud, mais c'est un détail...), rien ne va plus à partir d'un twist qui se révèle un véritable "game-changer". Et pour le spectateur, c'est aussi excitant qu'éprouvant, car le réalisateur ne lui donne plus la main, soit quelque chose de très rare. En fait, il l'envoie même s'écraser la tronche sur le mur de la réalité, avec son histoire bien pourrie où le héros n'est pas un héros, ni le méchant un méchant, ni la gentille une gentille. Le personnage d'Asger (le "guilty", on peut difficilement faire plus clair...) rebutera certains spectateur aimant leur anti-héros un minimum sympathique, mais tout The Guilty est l'histoire de la rédemption foireuse d'un type pas recommandable. Accepter cette humanité dysfonctionnelle, décrépite, est une condition sine qua non à l'appréciation du film. Et y parvenir fera vivre au spectateur une expérience cinématographique ET psychologique douloureuse, mais très, très forte...
  • 69
    Bande-annonce

    Ant-Man et la Guêpe (2018)

    Ant-Man and the Wasp

    1 h 58 min. Sortie : . Action, aventure, science-fiction et comédie.

    Film de Peyton Reed avec Paul Rudd, Evangeline Lilly, Michael Douglas

    Oh p*tain que c'était mineur. Genre, pas désagréable, ni particulièrement rasoir, juste... brutalement mineur. Une pause fraîcheur après Infinity War ? No prob, c'était un peu la marque d'Ant-Man après Ultron. Sauf qu'Ant-Man, c'était de la bonne fraîcheur, malgré son méchant un peu pourri. Là, en plus d'avoir deux demi-méchants pourris, c'est juste écrit comme un épisode de série de la CW. C'est donc divertissant et sympathique, essentiellement grâce à la bonhomie de Paul Rudd, au surprenant charisme d'Evangeline en superhéroïne (après toutes ces années de botox, je ne pensais pas redevenir fan), à la famille dysfonctionnelle que compose le trio de tête en général, à des effets spéciaux très réussis, à un nombre minimum de bonnes idées d'exploitation de la technologie, et à la course-poursuite en caisse (comme celle de l'également mineur Deadpool 2 était un point positif...) ; mais en dehors de ça, c'est-à-dire entre un début prometteur en un dernier quart très fun, c'est atrocement mou du genou pour trois raisons principales : a) l'absence d'enjeux captivants, b) l'absence de méchant réussi, donc (Burch est complètement superflu, ne semblant là que pour justifier la course-poursuite susmentionnée, et Ghost est une piteuse tentative d'antagoniste complexe... en gros, après Black Panther et AIW, Marvel retourne à sa tradition des méchants ratés), et c) un humour... qui ne fait pas toujours mouche, pour être gentil (il y a des très bons moments, comme le monologue de Michael Peña sous influence du sérum de vérité et Paul Rudd jouant Michelle Pfeiffer, pour pas mal de truc faisant plouf). Et le truc chiant, c'est que l'enjeu principal, le sauvetage de la daronne, ne se contente pas d'être captivant : si la chose est intrigante tant que cette dernière n'est pas réapparue, tout ce qui la concerne une fois Michelle Pfeiffer de retour à l'écran est juste accablant, de son mascara au fin fond du domaine quantique à l'absence totale d'explication quant à... ben, tout ce qui lui est arrivée, ce qu'elle est devenue, etc. Evangeline Lilly/The Wasp sont donc tops, mais cela se fait un peu au détriment du héros, qui passe de filou super-malin à sidekick un peu bouffon. Heureusement, le film évite de jouer la carte féministe dans un surprenant élan de subtilité, mais le fait est que Scott dans ce volet a plus des airs de Falcon que de... bah, super-héros.
    Note 1 : pire scène post-générique ever.
    Note 2 : Goggins et Peña ensemble, dix ans après The Shield... cool à voir.
  • 70
    Bande-annonce

    Skyscraper (2018)

    1 h 42 min. Sortie : . Action, thriller et catastrophe.

    Film de Rawson Marshall Thurber avec Dwayne Johnson, Neve Campbell, Chin Han (3)

    Sky-crapper. Quand un film d'action à gros budget comprenant a) une star d'envergure internationale aimée de toutes et de tous, b) un méga-gratte-ciel en feu, et c) d'infâmes terroristes prêts à tous pour être infâmes et terroristes, fait à peu près autant envie qu'un expresso de Starbucks, c'est qu'il y a un bug. Le bug, c'est déjà que Dwayne Johnson en fait trop : on a beau l'aimer, la coupe était déjà pleine avec Rampage, sorti à peine deux mois avant celui-ci. Ensuite, c'est le fait que ce film est un festival de clichés sur patte, mis en scène par un tâcheron (Rawson M. Thurber... on est loin de McTiernan quand il réalise Die Hard), dénué de la moindre surprise, et tout juste bon à recycler non-stop et sans intelligence ses deux modèles, Die Hard et La Tour infernale... et que ça se voyait/sentait dès la bande-annonce. Le prologue là pour poser le trauma du héros (effet sur la suite : zéro), le vieil ami flic dont on grille qu'il est affreux sabotageur dans la seconde, le rond de cuir des assurances dont on sait idem parce que Noah Emmerich (sic), le public qui suit l'action et applaudit à la fin, l'épouse qui a forcément un objet contondant dans la poche quand elle est agrippée, la police de HK qui implique la même épouse dans les opé sans aucune raison valable, la salle des "miroirs" (dafuq ?) qui laissait voir une scène à la Total Recall à trente kilomètres... mais encore ? Eh bien, Skyscraper n'est pas en reste, en fait, avec son amas de pixel aussi virtuose que vide (Die Hard était plus spectaculaire avec cent fois moins) (et Tom Cruise aurait fait construire une vraie tour pour le film), son gros "bad guy" encore moins charismatique qu'un simple molosse d'Hans Grüber, sa famille-boulet dont on se contrefout, sa Ruby Rose asiat' complètement ridicule (quelqu'un a adoré John Wick 2...), son épouse (Neve Campbell en mode fin de mois) trouvant le moyen d'avoir sa scène d'action capillo-tractée à la fin et de rebooter le serveur de l'immeuble comme une... pro (?!), ou encore son absence parfaite de pompiers (la profession a dû aimer). Alors, pourquoi 3 ? Pour les efforts de l'équipe technique, j'imagine. Et la baston avec Pablo Schreiber, au début, bien chorégraphiée. Et l'amusante réplique "got any duct tape ?" (seule ligne de dialogue qui fait mouche). Et le Rock, malgré tout, qui ne peut sauver un film, mais peut au moins le rendre surmontable. Mais bon. Que l'échec commercial du film soit une leçon pour les Chinois, mais aussi pour toi, Dwayne.
  • 71
    Bande-annonce

    Roulez jeunesse (2018)

    1 h 24 min. Sortie : . Comédie.

    Film de Julien Guetta avec Eric Judor, Laure Calamy, Brigitte Roüan

    Premier constat, indépendant de la qualité du film de Julien Guetta : le cinéma français commence à saturer de récits d'adulescents grandissant soudain au contact d'enfants plus ou moins difficiles (on a eu trois films de ce genre en moins d'un an !) ; les gars, faisons une petite pause. Deuxième constat : Eric Judor sait jouer suffisamment juste pour nous faire oublier le premier constat, le temps d'un film... pas désagréable à suivre. Disons qu'aller voir le film dans l'espoir d'une comédie 100% pur sucre est une mauvaise idée, d'abord parce qu'il a des velléités dramatiques (un portrait d'adulescent aux prises avec une mère castratrice), ensuite parce que l'humour est en fait assez poussif et tient un peu trop au "personnage" génial de Judor. On grince des dents à voir le "héros" se faire maltraiter par des nanas un poil hystériques dans le sens où c'est réaliste, mais pas forcément agréable à voir, et malgré quelques passages bien marrants (le vieux qui avance à deux à l'heure, l'autre vieux qui attend sa femme aux urgences depuis trois jours, le "tu sais quoi, fais ce que tu veux, mais tu mets les gyrophares" du gamin), on comprend vite que ça ne va pas être ultra-light. En fait, Roulez jeunesse est presque plus intéressant dans sa composante dramatique, amorcée très explicitement sur Night in white satin ! "Presque" parce qu'on tarde et peine quand même à être touché, hélas, faute de gamins attachants : entre la caricature du chiard-tornade (le personnage de Kurt, qui fatigue très vite), celle de la grande sœur dont le comportement de petite conne n'est qu'une carapace d'âme blessée (Tina, qui fatigue aussi vite avant de se "normaliser"), et le bébé qui nous vaut une inévitable scène de couche-culottes, on passe un moment à se demander quand le héros va sortir de cette galère. Et quand la fratrie devient supportable, on trouve ça un poil brusque, comme le sursaut salutaire qui fait d'Alex un homme enfin responsable : l'heure vingt-cinq du film lui assure un bon rythme, mais on ne raconte pas une révolution existentielle en si peu de temps. Ça sait toucher dans la dernière ligne droite, la déprime d'Alex et les scènes avec sa mère (excellente Brigitte Roüan) sonnant très juste... mais le tout manque un peu de fluidité et d'articulations. Alors, à la toute fin, en mode "mélodie du bonheur" passée dans les champs à imiter les mouettes, on dit : ok, allez, soyons bon public ! Mais il faut l'être un peu.
  • 72
    Bande-annonce

    Une pluie sans fin (2018)

    Bao xue jiang zhi

    1 h 59 min. Sortie : . Thriller.

    Film de Dong Yue avec Duan Yihong, Jiang Yiyan, Yuan Du

    Avant de se lancer dans la réalisation d'un film, il faut avoir au moins une petite idée de ce qu'on veut raconter, pour ensuite se concentrer dessus, dans le but de donner une direction à son film, un propos. Très vite, dès que l'on réalise qu'il va être à la fois une peinture sociale et un polar, Une Pluie sans fin donne l'impression d'un film sans direction... au réalisateur aussi paumé que son protagoniste, dont personne ne sait vraiment ce qu'il fait, que ce soit dans la vie ou sur Terre (il s'occupe de la "sécurité" d'une usine, mais on ne voit jamais cette usine, ses collègues apparaissent dans une scène avant de disparaître, on a l'impression qu'il est une star au boulot sauf qu'il se fait virer à l'entrée de l'usine, les flics discutent d'affaires en cours avec lui sauf qu'il n'est pas flic... en gros, le social ne tient pas). De quoi parle le film ? De tellement de choses qu'il ne sait pas où donner de la tête (impression renforcée par le texte qui apparaît avant le générique de fin et parle d'un truc sans le moindre rapport avec l'action), et finit par ne rien raconter. D'autant qu'Une Pluie souffre de la comparaison avec ses modèles : là où le contexte historique de Memories of Murder apportait quelque chose au film, lui ne fait rien du sien (1997, Hong-Kong... et ?) ; le burn-out du protagoniste de MoM découlait d'une progression dramatique qui se tenait, alors qu'ici, ça tombe de nulle part (sa nana se suicide, et son obsession le transforme en tueur ?) ; même LA touche d'originalité de son histoire, le fait qu'il utilise la fille comme un appât, a de furieux airs de The Pledge, de Sean Penn, mais en moins intéressant... The Pledge dont Dong Yue pompe carrément le dénouement ! Sauf que le film de Penn était un polar carré, alors que Yue, lui, a voulu faire l'auteur, ce qui se sentait dès sa première scène, flash-forward qui n'apporte absolument rien et gâche même le suspense. Il a voulu toucher du doigt une vérité sur l'Homme. D'où le basculement, à la fin, dans l'exploration de l'âme (la scène de la récompense n'a jamais eu lieu !!) et l'allégorie déterministe de trente tonnes (avec le bus qui ne démarre pas... et ne va donc nulle part, comme le film, tout se recoupe !). La réalisation de Yue réserve de beaux moments, comme la fameuse scène de la poursuite à pied très Se7en-esque... laissant imaginer ce qu'il aurait donné avec un scénario réussi.
    Note : la délicieuse Jiang Yiyan, dans le rôle de la prostituée, marque plus que Duan Yihong...
  • 73
    Bande-annonce

    Hotel Artemis (2018)

    1 h 34 min. Sortie : . Action, thriller et science-fiction.

    Film de Drew Pearce avec Jodie Foster, Sterling K. Brown, Sofia Boutella

    Les anglophones ont une expression assez amusante : « If it looks like a duck, walks like a duck, swims like a duck, and quacks like a duck, then it must be a duck ». Adapté au sujet de cet article, cela donnerait la phrase suivante : si c’est piteusement promu par son studio comme le serait un mauvais film, c’est que ça doit être un mauvais film. (...) Un film peut bien sûr être incompris, ou du moins mal interprété. Peut faire partie du pourcent. C'est juste qu'Hotel Artemis n’en est pas un. Parce qu'il est un très, TRÈS mauvais film. Ou plus précisément : un ambitieux huis-clos de SF pas du tout, DU TOUT à la hauteur de ses ambitions. (...) Hotel Artemis est un foirage de luxe (ou semi-luxe) qui se rêvait en futur film culte et finit en machin dont plus personne ne parlera dans cinq, quatre, trois, deux, un, zéro. Un foirage qui se rêvait en monstre de coolitude, mais n'a rien fait pour le mériter. Une fausse bonne idée qui confine par instants à la parodie involontaire d’un genre de nos jours saturé (le « comic-book noir »). Un divertissement qui serait moins mal passé en pilote de série, vidé de sa matière grasse. Deux heures au final assez pénibles en ce qu’elles se croient clairement bieeeen plus comiques et malines qu’elles ne le sont vraiment. Drew Pearce n’a doté son film d’aucun élément qui aurait été susceptible de compenser la platitude extrême de son récit : ni ultra-violence potentiellement réjouissante, ni stylisation radicale qui aurait un minimum intégré la rétine, ni répliques mémorables alors que c'était presque contractuel. C’est un exercice de style sans style bâti sur du vent, dont les quelques qualités finissent englouties dans le gloubi-boulga de petit mariole que nous avons décrit. Grace Randolph, sur sa chaîne YouTube Beyond The Trailer, l’a qualifié de film digne de passer sur Netflix, ce qui en dit long sur l’état de la plateforme, mais dit pile ce qu'il faut. En d’autres termes : voilà un hôtel qui a sacrément besoin de rénovations, s’il veut avoir la moindre chance d’accueillir de nouveaux clients. Ah, et puis, si Jodie Foster doit de nouveau disparaître cinq ans avant de nous revenir, on espère qu’elle choisira mieux le film de son prochain come-back...
  • 74
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    Arythmie (2018)

    Arrhythmia

    1 h 56 min. Sortie : . Drame.

    Film de Boris Khlebnikov avec Aleksandr Yatsenko, Irina Gorbacheva, Valentina Mazunina

    Réussi dans son tableau critique, à hauteur d'hommes de bonne volonté, d'un système de santé dysfonctionnel et des ravages de sa marchandisation dans une Russie au capitalisme mal maîtrisé ; moins réussi dans son portrait d'un couple en crise, dont les sérieux ratés sont un peu pénibles au départ car ses problèmes ne sont pas posés clairement. Yatsenko est excellent en urgentiste idéaliste réduit à l'ombre de lui-même par ce système pourri (bien qu'on le déteste copieusement pendant une bonne partie du film, là aussi parce que ça manque d'explication et de contexte), et la lumineuse Irina Gorbacheva fait un sans faute en compagne au bord de la crise de nerfs (ce craquage de plombs mémorable dans la voiture !), et c'est principalement grâce à eux que cette partie passe. Mais il manque une démarche forte. À la fin, rien n'a avancé, dans le couple, aucun nœud n'a été dénoué, mais Oleg et Katja se rabibochent quand même... parce qu'il faut garder espoir dans ce monde pourri ? Les deux dimensions d'Arythmie s'articuleraient ainsi ? Ce serait un peu maigre. Alors, on se rabat sur la première, cette mosaïque puissamment humaniste d'instantanés d'urgentistes moscovites au plus près de l'homme dans ses pires moments. Là, Khlebnikov et son acteur Yatsenko brillent (sans oublier celui qui joue l'aide d'Oleg, vraie présence), c'est inspiré, surtout quand le public prend la pleine mesure de la gravité de la situation qui mine le protagoniste. Les scènes avec Katja en bénéficient, du coup : on finit par comprendre (un peu) la dépression d'Oleg, et souhaite (un peu) à leur couple de survivre dans les ténèbres. D'autant plus que le cinéma de Khlebnikov, c'est du viscéral, un fleuve tranquille sur une terre fissurée, les silences criant autant que les urgences. On aurait juste souhaité qu'il propose un couple un minimum crédible dès le début, pour impliquer davantage le spectateur dans ce qui n'est peut-être pas un mélodrame per se, mais tient tout de même à toucher. Enfin, le message passe quand même. En y réfléchissant davantage, ma note passera peut-être à 7.
  • 75
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    Mission : Impossible - Fallout (2018)

    2 h 27 min. Sortie : . Action, aventure et thriller.

    Film de Christopher McQuarrie avec Tom Cruise, Henry Cavill, Rebecca Ferguson

    Mérite un second visionnage... qui me permettra d'apprécier davantage les qualités et les défauts d'un scénario qui, sans être mauvais, n'est pas exactement sensationnel (m'étonne pas que McQuarrie ait démarré le tournage avec trente pages !)... mais passera probablement aussi vite que le premier visionnage, qui m'a donné l'impression de voir une embardée d'une heure trente à tout casser, tant à l'écran, ce qu'on voit est saisissant. Le film a des défauts d'écriture à cause desquels il ne peut pas être considéré comme supérieur à Rogue Nation, mais... c'est aussi un des meilleurs films d'action de ces dix dernières années, et le meilleur que j'ai vu depuis soit Mad Max Fury Road, soit The Raid. C'est phénoménal. Et ce n'est pas pour autant un Tom Cruise show, même si l'on a fini, au fil des années, par ne plus vraiment voir Ethan Hunt, mais juste Cruise, comme si l'acteur était devenu un vrai putain d'espion sauveur du monde. C'est un vrai film d'espionnage-action que McQuarrie a doté du même élégant classicisme que Rogue One (en un peu plus nerveux ceci dit...), avec un casting qui fonctionne, une équipe qui fonctionne, une Rebecca Ferguson sculpturo-transcendante, deux méchants satisfaisants (bien qu'on eût aimé voir le personnage joué par Cavill davantage développé), et des ressorts dramatiques... qui fonctionnent, eux aussi, à mon grand étonnement dans la dernière partie (avec Michelle Monaghan, qui avait pour moi toujours été un boulet dans la franchise). Il manque des trucs qui permettraient à Fallout d'être un chef-d'oeuvre, mais quand on passe la moitié d'une projection la bouche ouverte sans Pringles à proximité, c'est que quelque chose a fonctionné. Le spectacle est total, bien aidé par la musique, peut-être la meilleure de tous les M:I. Enfin, c'est à réfléchir.
    Note : fan énamouré de Ferguson, nouvelle Ingrid Bergman, j'en voulais un peu à McQuarrie d'introduire une blondasse qui allait forcément lui voler lui temps d'antenne. J'avais tort : la splendide Vanessa Kirby rayonne de la même élégance que Vanessa Redgrave dans le premier Mission: Impossible. Décidément, la franchise est de plus en plus douée au jeu du casting...
  • 76
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    Mary Shelley (2018)

    2 h. Sortie : . Drame et historique.

    Film de Haifaa Al-Mansour avec Elle Fanning, Douglas Booth, Tom Sturridge

    L'ascension d'Elle Fanning continue. C'est simple : sans elle, je n'aurais pas donné sa chance à Mary Shelley. Ça tombe bien pour elle et mal pour le film : elle et son intimidante beauté sont ce qui le rend regardable. Alors, il n'est pas laid à voir. La saoudienne Al-Mansour (WTF ?) et son chef op' filment l'Angleterre pré-victorienne sans valeur ajoutée ni génie aucuns, mais ça reste dans l'ensemble élégant, bien aidé par les délicieux costumes pastel de Caroline Koener. Le problème n'est pas là : il est dans la fadeur du discours et de la mise en scène. Mary Shelley brasse des thèmes passionnants et dispose de beaux personnages (de Lord Byron, même !), mais... il n'en fait rien, parce qu'il n'a pas grand-chose d'intéressant à dire. Son angle : connecter la romance tourmentée entre l'héroïne et son futur mari avec les thèmes de son futur chef-d'oeuvre, pour qu'à la fin, on se dise "Bon sang... !". Problème : ça ne marche pas. Dès la dispute entre l'héroïne et sa vilaine belle-mère, on se croit dans l'adaptation d'un roman de Jane Austen en soap opera de la CW. Les sentiments sont dépeints de façon souvent très simpliste, et via des dialogues souvent neuneus. Ça aurait au moins pu être énergique, mais même pas : Mary Shelley est terriblement sage, à l'image de sa mise en scène, à peine colorée par un montage parfois aventureux, dénuée de souffle romanesque (voir l'amusante inadéquation avec la musique lyrique), et sa narration hachée laisse à désirer (voir, par exemple, comment est torché tout ce qui concerne le bébé du couple, né et clamsé hors-champs). À l'écran, ça essaie. Même le bellâtre Douglas Booth s'en sort correctement. Alors, en étant un peu fleur bleu, on dit : ça passe. Mais c'est tout. Pas de passion brûlante, donc, pour palier l'absence d'un semblant de "thèse" sur l'auteure. L'interprétation d'Elle a beau avoir autrement plus de personnalité que la mise en scène (voir son "sourire caché" en elle, "à la fois beau et brutal", dixit Byron), elle ne sauve pas les tirades féministes les plus bruyantes du film (terriblement anachroniques), et surtout, on peine à voir en sa Mary une génie littéraire. Rien n'indique qu'elle a un message, ni un désir brûlant de le faire passer. Pour exprimer la ferveur créatrice d'une génie littéraire en gestation, il aurait juste fallu une réalisatrice et une scénariste à la hauteur. En même temps, le film d'Al-Mansour se termine peu de temps après la publication de Frankenstein... Une suite, peut-être ?
  • 77
    Bande-annonce

    Under the Silver Lake (2018)

    2 h 20 min. Sortie : . Thriller et drame.

    Film de David Robert Mitchell avec Andrew Garfield, Riley Keough, Jimmi Simpson

    À l'élite : ou pas. Il y a le bon n'importe quoi, et le mauvais n'importe quoi. Okay, il y a le n'importe quoi entre les deux, comme l'est ce film, mais l'essentiel est qu'au final, c'est du n'importe quoi. La critique s'est entichée d'UTSL, sans surprise (l'encenser était décidé avant même de le voir). Combien de classiques le film de Mitchell leur a inspiré ? Le cinéma de Lynch, de Woman in the window de Fritz Lang, de Vertigo de Hitchcock, de The Long Goodbye d'Altman ! Génial, génial. On a envie de les croire, hein, parce qu'It Follows était excellent. Mais les pires réalisateurs peuvent citer les meilleurs films. Un hommage aux meilleures intentions peut être complètement raté. La qualité des références ne dit rien. Ce qui dit quelque chose : ce qu'on garde du film, à la fin. Et au-delà de la maîtrise technique évidente, d'un nombre non négligeable de fulgurances visuelles (notamment dans le registre de l'épouvante, ce qui surprend en très bien), de la performance mémorable de Garfield, et d'un nombre lui aussi non négligeable de dialogues pertinents sur la terrifiante vacuité du monde moderne au milieu d'un film simplement bien trop long... ben, on n'en garde pas grand chose. Le protagonistes fait des rencontres toujours plus loufoques dans des cadres toujours plus décalés, mais où tout cela mène-t-il ? Nulle part. Ou bien dans cette scène à la mégalomanie adolescente du compositeur-architecte. N'est pas Lewis Carroll qui veut. UTSL est un exemple frustrant d'ego-trip arty-kaléidoscopique de gars qui rêve de faire son Lynch. On fait également des parallèles avec le catastrophiquement vain Inherent Vice, de PTA. Pas de bol : ce film-ci peut justement être vu comme le Magnolia de David Robert Mitchell. Le troisième film d'un jeune metteur en scène qui ne s'est plus senti pisser après que son précédent ait été encensé par la critique, et s'est mis en tête de faire un chef-d'oeuvre cosmique en envoyant tout ce qu'il a en magasin. Trop tôt, David. Trop tôt. Bien sûr, si vous avez adoré les deux films de PTA précités, sans doute pensez-vous que mon avis ne pèse pas bien lourd. Mais de toute façon, il n'est pas dans mon intention de dissuader les gens d'aller voir le film, puisque je lui refile six étoiles (quoique cela descendra peut-être à cinq dans quelques jours...). On peut parler d'un film profondément inégal, qui va, un coup, saisir aux tripes le cinéphile "éclairé", et le coup d'après, donner envie de regarder sa montre en soupirant...
  • 78
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    L'Espion qui m'a larguée (2018)

    The Spy Who Dumped Me

    1 h 57 min. Sortie : . Action et comédie.

    Film de Susanna Fogel avec Mila Kunis, Kate McKinnon, Justin Theroux

    Difficile d'aller voir un pareil film en espérant en sortir retourné. On sait que ça va proposer un spectacle visuellement super-générique, on sait que le scénario va répondre à un cahier des charges éculé, on sait que l'humour fera mouche au mieux par moments, on sait que Mila Kunis va être à la fois trop choute et juste incompétente, on sait que McKinnon va faire son show habituel (fusse-t-il savoureux) dans le rôle habituel, etc. Mais en étant un peu blasé, on pouvait s'attendre à un trois étoiles, max. Pas à un quatre, borderline cinq. Le film de Susanna Fogel (c'est qui, ça ?) n'a rien de remarquable (au sens littéral). Il a quelques scènes très amusantes, soyons clair (le coup du clignotant pendant la course-poursuite et la discussion sur Balzac en sont), mais il est tout autant plombé par d'autres gags qui tombent à plat, les excès de roue libre de McKinnon, et une touche de scato déprimante (on tombe dans le cliché de la comédienne qui se sent obligée d'être aussi vulgaire qu'un gars pour faire marrer). Les scènes d'action sont étonnamment bien fichue, on sent que John Wick fait des émules. Ça divertit, au milieu d'une mise en scène sans aucun relief (mon dieu, ces plans de pub d'office du tourisme à chaque changement de ville, on se croirait dans les années 90), et entre deux ficelles prévisibles d'une intrigue qui recycle tous les clichés de la parodie de films d'espion (mais pas TROP prévisible non plus, soyons justes). En étant bonne poire, en étant FAN hardcore du genre, on pourrait refiler la moyenne au film. Allez. Mais c'est trop... vain. Jusque dans sa tentative de peinture touchante d'une amitié féminine, qui sonne faux malgré l'alchimie du duo Kunis/McKinnon (la seconde tirant la première vers le haut). Une suite est visiblement envisagée : avec un vrai scénario, moins d'humour scato, et un bémol sur la propagande féministe faussement détendue, la moyenne pourrait, cette fois-là, être atteinte, même d'humeur blasée...
    Notes :
    - "Le meurtrier, il est là-dedans !" (prononcé dans un accent français pourri)
    - "Les femmes AUSSI peuvent être des terroristes ! Nous pouvons être ce que nous voulons, en y mettant du nôtre !"
  • 79
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    Papillon (2018)

    1 h 57 min. Sortie : . Policier et drame.

    Film de Michael Noer avec Charlie Hunnam, Rami Malek, Roland Møller

    Étant donnés le relatif anonymat dans lequel sort le film (voir ses trois euros de promo) et la façon littérale dont la critique le snobe (même pas de moyenne presse sur Allociné), tout laissait craindre que ce Papillon soit à l'original de Schaffner ce que le Ben-Hur version 2016 a été au classique de Wyler : un foirage complètement inutile. À notre grand étonnement, il n'en est rien : sans proposer une lecture innovante ni même originale de l'histoire (à l'exception du début et de la fin, ça ne diffère pas des masses du film de 73...), ce qui limitera certes son intérêt pour les connoisseurs, le spectacle qu'il propose est de facture solide. C'est sans temps mort malgré une longueur confortable (on regrette même l'ellipse des cinq ans à St-Joseph tant les deux premières années étaient captivantes), solidement narré à l'exception d'un manque de repères temporels un peu gênant, d'un degré de sérieux convenable dans sa reconstitution du bagne guyanais, et surtout porté par un très, très efficace duo d'acteurs, Charlie Hunnam ayant enfin l'occasion de faire briller son charismatique potentiel de star hollywoodienne dans un bon film, et le génial Rami Malek s'avérant tout à fait au niveau de Dustin Hoffman, les deux profitant d'une belle alchimie qui culmine dans les dernières minutes. Le danois Michael Noer, pas vraiment à l'aise dans l'action (les scènes de pugilat sont assez illisibles), l'est en revanche bien plus dans la mise en place d'atmosphères (tout l'isolement de St-Joseph, la seconde évasion sous la pluie...). On aurait juste aimé qu'il sache mieux exprimer le désespoir infini et le pouvoir irradiant de l'instinct de survie du protagoniste, plus palpables dans le film de 73. C'est peut-être là sa seule vraie limite, en comparaison d'un bug mineur comme le personnage très faible du directeur du bagne. De la même manière, Hunnam a beau avoir perdu du poids, on ne ressent pas autant sur lui le poids des années qu'on l'aurait souhaité... à moins que ça ne soit réaliste ? À ce propos, regardant les infidélités scénaristiques, elles ne sont pas un problème à notre sens, le bouquin de Charrière étant du mytho aux trois-quarts. En bref, une nouvelle adaptation pas à la hauteur de la première, mais tout à fait recommandable.
    Notes :
    - Quiconque étant familier de la série Sons of Anarchy aura apprécié l'apparition de Tommy Flanagan !
    - L'acteur néerlandais jouant le rôle du directeur du bagne ne s'est visiblement pas remis des fesses de Rooney Mara...
  • 80
    Bande-annonce

    Equalizer 2 (2018)

    The Equalizer 2

    2 h 01 min. Sortie : . Action, policier et thriller.

    Film de Antoine Fuqua avec Denzel Washington, Pedro Pascal, Bill Pullman

    « Ok les gars, alors, on est quatre, surarmés certes, mais en terrain inconnu, parce qu'on vient de débarquer dans cette espèce de hameau chelou et complètement déserté où nous attend le plus balaise de tous les ex-agents de la CIA, qui est en plus joué par Denzel, sans aucun doute archi-prêt et connaissant ce décor comme sa poche, alors voilà ce qu’on va faire : on va se séparer, vous savez, pour couvrir un maximum de terrain, être sûr qu’il n’aura nulle part où se cacher, quoi... en gros on va agir comme les bons gros cons qu'on est, et comme ça, aucun de nous ne sortira de ce rad vivant, puisque c’est ce que veut le scénario ! Vous êtes partants ? » « Ouaaaaiiiiiis ! ». Voici, en quelques lignes, le « climax » de ce deuxième Equalizer. Le premier volet était déjà assez foireux, adaptation aussi testostéronée qu'à côté de la plaque de l’excellente série éponyme des années 80, en fait un banal film de bourrin sans caractère que n’avait pas tardé à mettre minable le premier John Wick, sorti le même mois. Étrangement, cet Equalizer 2 n’est pas particulièrement plus mauvais. Il l'est juste autant. Denzel continue de dispenser ses vérités de vieux sage à qui veut l’entendre, l’air grave comme une crise cardiaque (voir certaines des grimaces qu'il fait dans ces moments-là, involontairement hilarantes), et rend régulièrement sa justice sur le même mode moralisateur (mais dans le sens Ancien Testament, avec donc une ou deux piques contre le politiquement correct assez amusantes, au moins…). Et le monde autour de lui est toujours rempli d’incapables, sauf quand ils sont gentils, et donc meurent. Les méchants, eux, sont toujours des sales cons, donc. Zéro développement. Cette fois-ci, l'acteur qui en pâtit est l’excellent Pedro Pascal, dont on grille dès la première seconde que son personnage est un ripou. Tout est tellement… c’est ça, médiocre. Antoine Fuqua sait trousser des scènes d’action, alors quand Denzel, toujours physiquement imposant et charismatique, met des tartes, ça divertit (are you not entertained ?)… mais c’est tout. Sur le moment. Et c'est bien peu, de nos jours. Derrière, il n’y a rien. Ou plutôt si, il y a quelque chose : un scénario sans bonnes idées, mis en scène pour de mauvaises raisons, par un gars pas inspiré. Fuqua peut faire du bon boulot s’il a un bon script – cf. Training Day. S’il n’a pas ça, ça donne… sa ridicule tentative de mise à jour des Sept Mercenaires. Ou encore cette suite d'une franchise tout à fait illégitime.
  • 81
    Bande-annonce

    Lukas (2018)

    1 h 22 min. Sortie : . Action.

    Film de Julien Leclercq avec Jean-Claude Van Damme, Sami Bouajila, Sveva Alviti

    Plutôt bonne surprise. On se demande parfois si JCVD est en train de vraiment jouer la douleur ravalée sous un mutisme déchirant ou bien s'il est juste en train de ne PAS jouer suite aux supplications du metteur en scène (il a si peu de dialogues qu'on a parfois l'impression de voir une version belge de Kitano)... mais bon, c'est peut-être pousser un peu loin le sarcasme : en père marqué par le deuil et les coups durs de la vie et entièrement dédié au bonheur de sa gamine, l'acteur s'en sort bien. Et il s'en sort encore mieux dans l'adversité bagarreuse, décidément bien conservé pour son âge (comme Tom !), bien aidé par la mise en scène d'un Julien Leclercq qui, en plus de savoir installer une atmosphère (urbano-glaciale), sait trousser des scènes de baston assez impressionnantes de lisibilité et de punch. Là où ça pèche un peu, c'est en dehors des coups de tension (excellente course-poursuite en voiture, par ex.) : par exemple, l'affiche a beau être belle, elle n'en est pas moins mensongère, car elle laisse croire que la gamine aura un rôle bien plus important dans l'histoire, qu'elle sera un enjeu physiquement présent et actif, alors qu'au final, on ne la voit pas des masses - ce qui est dommage, parce qu'ils ont bien choisi l'actrice, avec qui JCVD a une bonne alchimie. Ensuite, tout ce qui se passe du côté du "flic" joué par Sami Bouajila (qui fait le job, ni plus, ni moins) est moyennement convaincant : si le twist de fin fait son effet (créant une ambiance bien pourrie qui rappelle Le Convoyeur), on trouve le comportement du héros assez naïf, rétrospectivement, surtout pour un gars qui est revenu de tout. Mais bon : justement, si quelque chose réussit à passer, dans Lukas, c'est ce sentiment de nécessité primale de survie dans un but supérieur à soi (en l'occurrence, sa fille), grâce à ce personnage de Lukas qui, sans dire grand chose, exprime quelque chose de somme toute assez beau. Et le réalisateur filme avec une vraie intensité cet être éprouvé, jusqu'à un final assez intense qui donne au mot "survivor" une toute nouvelle signification... On aimerait presque mettre sept étoiles au film, mais l'écriture manque hélas bien trop de nuance (toute l'intrigue avec le méchant est assez bidon) pour faire de Lukas un VRAI bon film. Cela reste un singulier petit film, par moments forts, doté d'une vraie énergie, et clairement le meilleur de JCVD depuis une éternité (enfin, de ce que j'ai vu, ces quinze dernières années, en tout cas !)...
  • 82
    Bande-annonce

    BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan (2018)

    BlacKkKlansman

    2 h 16 min. Sortie : . Comédie et policier.

    Film de Spike Lee avec John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier

    Séances de cinéma (1 salle)
    Je ne voulais pas voir ce film. D'abord parce que Lee n'est plus synonyme de qualité depuis un bail. Ensuite parce que c'est un raciste pathologique qui ne pouvait de toute évidence pas traiter de façon impartiale un tel sujet. Pour finir, parce que nous n'avons pas besoin d'un film nous rappelant combien les Blancs ont été méchants et combien les Noirs ont été victimes : les médias mainstream le répètent assez depuis quarante ans. Malgré cela, je suis allé le voir, pour une raison tout aussi valable : critiquer en connaissance de cause. Résultat : mouais. En omettant complètement la politique, on peut voir BKM comme un polar passable : l'enquête en elle-même maintient alerte grâce à des performances de qualité (surtout Adam Driver et Topher Grace, moins Washington, qui n'a pas le quart du charisme de son père contrairement à ce qu'on affirme) et un peu aidée par le côté "faits réels" qui y ajoute un cachet, mais le film est trop long et souffre de quelques grosses baisses de rythme pour un final mou du genou ; il propose deux protagonistes plutôt travaillés psychologiquement (cf. Flip et sa judéité et le désir de Ron d'être "juste" un Renoi) pour les entourer de personnages secondaires insipides (cf. le méchant flic raciste ou encore la militante noire avec qui le héros entretient une amourette bâclée) ; son aspect humoristique est généralement salutaire mais parfois plombé par des facilités grotesques (cf. le débile mental du KKK) ; certains choix de mise en scène de Lee sont douteux (les gros plans de visage lors de la scène du meeting au début...) et le ton parfois incertain et inconsistant comme la BO ; en gros, ça se regarde, mais ne propose rien d'inoubliable, et si des blaireaux ont applaudi dans la salle, ce n'est pas tant pour son génie que pour son épilogue aussi moralisateur que consensuel. Maintenant, en prenant justement en compte l'aspect idéologique et le message du film : non. Ce n'est pas aussi caricatural (voir cette toute fin sur la tombe de la victime BLANCHE de Charlottesville), mais le biais est là (Lee fait dire à son héros que la violence, c'est mal, mais ne remettra jamais en question le bien-fondé du suprématisme noir), et le parallèle de son épilogue avec l'Amérique de Trump est d'une absurdité scandaleuse (en gros, ses électeurs sont les descendants plus ou moins inconscients du KKK, et là non plus, zéro référence à la violence des gens d'en face comme BLM). Un film nécessaire ? Nope. Au contraire...
  • 83
    Bande-annonce

    En eaux troubles (2018)

    The Meg

    1 h 54 min. Sortie : . Action, Épouvante-horreur et science-fiction.

    Film de Jon Turteltaub avec Jason Statham, Li Bing-Bing, Rainn Wilson

    Oulà. J'étais prêt à donner sa chance à The Meg (ignorons le titre français complètement inapproprié) parce que je ne suis pas hermétiquement fermé à l'entertainment hollywoodien con-con. Après tout, j'avais aimé l'amusante série b Deep Blue Sea, dont The Meg semblait assez proche. Mais deux choses m'inquiétaient : d'abord, Jon Turteltaub, éternel synonyme de médiocrité ; ensuite, la dernière coprod' sino-américaine de SF que j'ai vu était Pacific Rim 2, qui était une merde plaquée or. J'aurais dû suivre mon instinct : The Meg est un foirage très proche de celui de PR2, tous deux des incarnations du pire du blockbuster hollywoodien boursouflé, pompé sur mille autres blockbusters déjà boursouflés, sans âme ni personnalité. Non, amateur de plaisirs coupables, il n'y a rien de trouble, dans ces eaux : tout y est d'une clarté numérique, semblable à celle, glaçante, de la médiocrité pure. Les clichés éhontés (ce dès la scène d'intro, qui annonce d'entrée la couleur avec son héros miné par un accident traumatique mais forcé de reprendre du service pour le bien commun...), les CG envahissants au point de donner à la vraie eau une gueule d'effet spécial raté (même les appâts sont numériques), le casting random (Ruby Rose en scientifique géniale...), les personnages secondaires même pas attachants en tant que vignettes, les morts qu'on voit venir à six kilomètres (et les non-morts, comme celle du chienchien) et les rebondissements téléphonés via satellite, les dialogues d'une nullité affligeante écrit par des tocards ("you might be a son of a bitch, but you sure as hell ain't no coward !"...) (sérieusement, Walt Longmire ?), le mélange foireux de gagas pas drôles et de digressions dramatiques complètement déplacées, l'amourette en plastique (mon dieu, ces moments censément charmants entre Statham et Li, toujours à croquer, mais là n'est pas le problème), la gamine-quota aux répliques d'adulte... Tout est foireux, et rien n'est pardonnable, car The Meg n'est MÊME PAS FUN. Nul équivalent ici de la mort de Samuel L. Jackson dans Deep Blue Sea, par exemple, et quand le film flirte avec le Z tendance Sharknado malgré le budget, il s'arrête illico, incapable de la moindre fantaisie, dénué de couilles, semblant en fait écrit par un ordinateur... C'est presque comme si Hollywood avait attendu la Chine pour inventer le nanar milliardaire, donc même pas sympa.
    PS : si l'insupportable Masi Oka n'avait pas clamsé dans les dix minutes, le film se serait pris UNE étoile.
  • 84
    Bande-annonce

    22 Miles (2018)

    Mile 22

    1 h 35 min. Sortie : . Action, aventure, policier et thriller.

    Film de Peter Berg avec Mark Wahlberg, Lauren Cohan, Iko Uwais

    Désastre polymorphique et pluridimensionnel. On tient là le plus mauvais film de Peter Berg avec l'improbable Battleship... peut-être ses deux seuls VRAIS mauvais films, Very Bad Things étant parfaitement oubliable mais plutôt fun à voir une fois ? C'est dire la surprise qu'est cet échec après la formidable réussite de ses trois précédents films avec Wahlberg (Lone Survivor, Deepwater Horizon et Patriots Day, ce dernier pouvant être vu comme la culmination de leur collaboration à ce jour). Et encore : Battleship n'était pas aussi mal fichu (il était juste grotesque dans son essence). Parce que le pire arrive, avec 22 Miles, le pire pour un film de son genre : d'être mal filmé. D'être encore moins réussi dans la forme que dans le fond. Les films d'action les plus mal écrits peuvent avoir un petit côté "plaisir coupable" s'ils en mettent un minimum plein la vue. Or, 22 Miles a beau être mal écrit, ce n'est pas là sa tragédie. Pire que son protagoniste insupportable joué par un Wahlberg en mode Wahlberg (c'est juste un gros con qu'on ne prend même pas plaisir à détester), que ses dialogues dont le besoin pathologique de "claquer" fatigue dès la première minute (le seuil de l'insupportable étant atteint lors des monologues du gros con, qui se croient malins), que ses velléités pathétiques de se trouver un discours politique (au final inconsistant et caricatural), que son absence de character development (on se tape qu'ils crèvent, à l'exception peut-être du personnage d'Alice), et que sa construction narrative foireuse (ça a un début, une fin, mais pas de milieu...) : le montage surdécoupé de ses scènes d'action, qui, une fois passé une introduction tendue et prometteuse, s'avèrent la plupart illisibles au point de rappeler Taken 3 plutôt que la trilogie Bourne (mais le montage plombe aussi les scènes de dialogue, souvent hystériques)... et de gaspiller le génial Iko Uwais, dont on ne voit pas grand chose de la performance martiale sans aucun doute géniale (allez, on gardera sa première baston, à l'infirmerie, potable). Un comble. Survit peut-être au naufrage la toujours superbe Lauren Cohan, qui a quelques beaux moments physiques lors du climax... Hélas, Berg, sans doute tout fier de son twist qui ne sauve pas l'embarcation, n'a même pas les couilles de montrer ce qui lui arrive à la fin. Non, non, c'est très mauvais.
  • 85
    Bande-annonce

    Kin : le commencement (2018)

    Kin

    1 h 43 min. Sortie : . Action, science-fiction et thriller.

    Film de Josh Baker et Jonathan Baker avec Myles Truitt, Jack Reynor, Dennis Quaid

    Bon, bah c'était pas si nul que prévu, en fait. Des deux films d'action sortis le 29 août, Kin sort largement vainqueur (bien que sans éclat aucun), alors que l'on s'attendait plutôt à ce que ce soit (le désastreux) 22 Miles... spectacle de SF fort divertissant et assumant totalement ses modèles (à commencer par Terminator, version "family drama"...), travail de character development honorable avec un jeune héros qui n'est pas une tête à claque (l'action ne manquant jamais d'un élément d'introspection), touche de peinture sociale aussi surprenante que bienvenue, réel propos sur la parenté grâce auquel le titre n'est pas là que pour faire bien (et qui rend d'autant plus intéressante la couleur de peau du protagoniste), méchants vraiment méchants, emballage plus caractériel et moins générique-tâcheron que prévu (sur une musique de Mogwai !), et un jeune acteur qui s'en sort plutôt bien, et un climax plein de bonnes choses (dans un commissariat ^^;)... que demande le peuple ? Bon, aucun écueil, idéalement, ce dont Kin n'est hélas pas exempt, manquant d'une identité propre (rien de ce qu'on y voit n'est du jamais vu), n'articulant pas toujours bien la dimension thriller de SF du film avec sa dimension drame familial, ne dirigeant pas toujours bien ses acteurs (surtout celui qui joue le grand frère, dont le deuil du père est rarement perceptible...), et gaspillant royalement Carrie Coon à la fin... MAIS à la surprise générale, son affiche ne se fout pas de la gueule du monde : ouais, on est quand même assez curieux de voir la suite, si suite il y a un jour (ne serait-ce que pour revoir Carrie Coon) ! Avec un tel twist, il faut dire...
  • 86
    Bande-annonce

    Guy (2018)

    1 h 41 min. Sortie : . Comédie, drame et comédie musicale.

    Film de Alex Lutz avec Alex Lutz, Tom Dingler, Pascale Arbillot

    Si l'on m'avait dit qu'un jour, a) j'irais voir un film réalisé et interprété par Alex Lutz, b) que je le ferais avec mon consentement, et c) je le considérerais comme un des meilleurs films que j'ai vus au ciné cette année (sur à peu près quatre-vingt so far), je me serais bien marré. J'aurais eu tort. Lutz a tout compris. Tout dans son film sonne juste, la reconstitution d'une page de pop-culture aussi clinquante qu'inoubliable (jusque dans ses codes visuels, cf. ce fabuleux scopitone), la synthèse de l'esprit d'une France engloutie, le portrait d'une génération de jouisseurs au crépuscule de leurs vies (les remarques, les références, le parler, tout) et des regrets qui lui sont propres, l'exploration du sujet pourtant ô combien rabattu de la filiation, la performance sidérante de l'acteur, qui "joue" ce crépuscule jusque dans ses silences (accepter ce mélange d'ego-trip radical et de dévotion totale est une condition sine qua non à l'appréciation de sa performance, par ailleurs bien aidée par un travail de maquillage stupéfiant), la mise en scène des exaltants moments de communion collective propres à la vie d'un article musical (jusqu'aux scènes du bus de tournée) et de son éternelle solitude, les dialogues, du moins soutenu (la scène d'engueulade, les répliques sur le cul) au plus risqué (qui aurait crû que des considérations philosophiques de fin pouvaient marcher ?!), les "expérimentations" de filmage et de montage brinquebalants justifiées par le parti pris de mise en scène, les scènes de promo avec la nullité congénitale de la chroniqueuse d'Europe 1, même les petits dérapages politiques, orientés inévitablement à gauche... les vocalises de Lutz (cette putain de reprise de Charlebois !!)... Et bien sûr, il y a cette bande son, autre condition sine qua non à l'appréciation du film : on aime ou on aime pas, c'est parfaitement arbitraire ; avec ce Guy Jamet, fusion de François, Delpêche et Sardou (entre autres), Lutz m'a renvoyé vingt ans en arrière, à l'arrière de la voiture de mon père, qui partageait d'ailleurs quelques unes de ses insultes préférées. Que dire ? Il a même évité l'écueil des personnages qui parlent à l'objectif, courant dans les films en vue subjective. À la fin, on est un peu déçu que la grande scène attendue n'arrive pas, mais on a droit en contrepartie à un moment de non-dit d'une poésie poignante entre les deux personnages (et beau comme ces putains de chevaux). "À nos pères" ? C'est dit. Gros coup de coeur.
  • 87
    Bande-annonce

    Burning (2018)

    Beoning

    2 h 28 min. Sortie : . Drame et thriller.

    Film de Lee Chang-Dong avec Yoo Ah-In, Steven Yeun, Jun Jong-Seo

    Besoin de laisser décanter, cause conflit entre les qualités cinématographiques indéniables que je lui ai trouvées (cf. cette atmosphère d'une pesanteur hypnotique et quelques moments visuellement sidérants, comme l'incendie de la serre ou la danse topless de l'actrice, portés au sommet par la photographie de Hong Kyung-Pyo, ou encore ces beaux emprunts à Louis Malle ou Antonioni) et le fait que je me suis quand même un peu emmerdé pendant toute la première partie (sentiment que ne parviennent à neutraliser les arguments des critiques les plus élogieuses, so far...). Les héros apathiques, putain, j'ai quand même assez donné avec Murakami : on a beau dire que toutes les trivialités de la première partie préparent génialement le terrain au dernier acte, j'ai passé cette partie à tantôt apprécier l'aura psychopathique du personnage de Ben et la grâce fluette de Jeon Jong-seo (heureusement qu'ils sont là !), tantôt haïr le protagoniste... ce qui est un léger problème quand là n'était pas l'intention du réalisateur. Mais ! Qu'entends-je ? Le film est basé sur une nouvelle de Murakami ! Tout est lié. Lié... dans un certain ennui, du coup assez frustrant. Et oui, il y a ce portrait aussi pertinent que déprimant de la jeunesse coréenne actuelle et de son mal-être sans fin en vue : il y a une vérité indéniable dans les incarnations, que ce soit celle de Jeong-Su en perdant constamment sonné par la réalité, Hae-Mi en pratiquante ratée de la positive attitude festive, ou Ben en rentier déconnecté de son humanité (Steven Yeun, excellent), les trois étant, chacun à leur façon, des "victimes" d'une société en crise identitaire et spirituelle. Mais c'est quand même un peu maigre, si l'on a lu Gatsby le Magnifique, et une fois que l'on devine quelle direction prend l'histoire (assez évidente dès que Ben commence à parler des serres en plastique...). Le jeune loser et la manic pixie girl égarés dans les insupportables gathering de la haute, c'est du rabattu. Peppermint Candy était plus original. Enfin, j'y réfléchis encore. Mais dans tous les cas, le film ne justifie pas sa longueur... même au nom de la jeunesse sud-coréenne entière.
  • 88
    Bande-annonce

    Mademoiselle de Joncquières (2018)

    1 h 49 min. Sortie : . Drame.

    Film de Emmanuel Mouret avec Cécile de France, Edouard Baer, Alice Isaaz

    À la fois surprenant en bien, et décevant : un monde. Posons l'évidence : le film de Mouret est un film trop sage, tant dans la forme que dans le fond, un peu à l'image de son réalisateur : la fièvre du désir, aussi absente que la nudité (on est loin de Valmont), et la mise en scène académique, pleine de plans-séquences filmés en cadrages moyens, gênent un peu pour un film traitant entre autres du libertinage (fut-ce pour le critiquer) mais aussi de la passion amoureuse. Le vague sous-texte féministe, complètement anachronique, aurait fait basculer le film dans la pudibonderie moralisatrice s'il avait été plus développé. Cette relative tiédeur se retrouve ailleurs : la reconstitution de l'époque manque de flamboyance, et le duo Cécile de France/Édouard Baer, qui finit par s'imposer grâce à leur talent alors que ce n'était pas gagné (elle manquant de sophistication et lui n'ayant rien d'un Don Juan), a quand même du mal au début avec le parler XVIIIème siècle des dialogues de Mouret (non dénués de quelques belles sorties souffrant la comparaison avec les Liaisons Dangereuses, mais assez inégaux). Pour finir, même les choix narratifs manquent d'efficacité : si le chagrin d'amour de Mme de la Pommeraye est compréhensible, sa machination s'essouffle vite ; et l'élément de l'histoire le plus intéressant, la personnalité de Mademoiselle de Joncquières (jouée par la canonissime Alice Isaaz, que Mouret a au moins le mérite de poser comme une vision) et sa relation avec le marquis, arrive bien trop tard... avant d'être expédié. Mais cela ne m'a pas empêché d'apprécier le spectacle, mis-à-part un deuxième acte un peu mou, parce que malgré tout, le film touche, comme la Pommeraye. On ne perçoit pas assez l'obsession maladive du marquis (encore une fois, trop sage)... mais en fait, il est malavisé d'attendre des Liaisons Dangereuses bis : le film de Mouret n'en a pas le cynisme, et son duo est bien moins psychopathique. C'est justement ce qu'il a d'intéressant : le marquis n'a finalement rien d'un salaud manipulateur alors qu'on s'attendait à un sous-Valmont, et la Pommeraye est l'opposé d'un monstre de glace comme la Merteuil. Ils sont juste pris au piège d'une mauvaise communication induite par les conventions de l'époque. Et ladite fin a beau être expédiée (et pas du mérite de Mouret mais de Diderot...), elle n'en est pas moins émouvante, sur le moment, Baer et Isaaz parvenant à lui donner chair en peu de scènes...
  • 89
    Bande-annonce

    Leave No Trace (2018)

    1 h 49 min. Sortie : . Drame.

    Film de Debra Granik avec Ben Foster, Thomasin McKenzie, Jeff Kober

    Un surprenant complément, inégal mais touchant, au génial Captain Fantastic de Matt Ross, sur des sujets similaires, à commencer par celui de la relation de l'individu à l'État et des modalités de sa liberté dans les démocraties dites libérales. Il aurait pu s'intituler Captain Failtastic tant le père qu'il met en scène est l'opposé parfait du héros de CF, le premier étant un ancien soldat traumatisé perdu dans une fuite en avant qu'il peine à déguiser en mode de vie, le second étant un brillant universitaire doté, lui, d'un plan, bâti sur une conceptualisation cohérente des sociétés humaines. En fait, un des problèmes de Leave no Trace est qu'il n'a justement, par moment, pas l'air assez réfléchi. On n'en sait pas assez sur les années qui ont précédé l'action : depuis combien de temps vivaient-ils dans la nature ? Un coup, on sent les effets de cette vie sur eux (ils sont plus dégourdis que la moyenne), le coup d'après, on est moins convaincu. Du coup, après un premier acte très intéressant et plus social / moins coloré que CF, où pointent même quelques réflexions politiques quand le père (Ben Foster, impeccable comme d'habitude) est confronté à l'assistance sociale, on a droit à un deuxième acte où ce dernier se révèle être le paumé qu'il est, et qui n'est pas super fascinant. Heureusement, le film de Granik redécolle dans le dernier acte, quand la fille, personnage de gamine authentique (= ni un adulte miniature, ni une drama queen) jouée par l'épatante Thomasin McKenzie, prend son envol. L'histoire reste assez prévisible, mais le duo que forment les deux acteurs, forts d'une belle alchimie, vend bien le film (à défaut de faire réfléchir comme CF), notamment dans un final très émouvant. Et Granik a au moins le mérite de rappeler l'évidence aristotélicienne que l'homme est un animal social, ainsi que les limites logiques du libertarianisme. Et puis il y a cette jolie (à défaut d'être subtile) métaphore des abeilles, créatures dont on peut gagner la confiance alors qu'elles peuvent nous tuer... à force d'efforts et... de foi en l'homme. Ce qui ne manque pas de force, dans un film qui pose un regard si grave sur les vétérans de guerre. Leave No Trace est l'histoire de la dernière ligne droite du parcours de la jeune Tom vers cette conclusion convenue mais saine, et il est filmé avec le sérieux, l'amertume et le sens de l'intimité qui avaient fait la beauté de Winter's Bone (dont il a également le chef opérateur). Allez, on prend.
  • 90
    Bande-annonce

    L'amour est une fête (2018)

    1 h 59 min. Sortie : . Comédie.

    Film de Cédric Anger avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Michel Fau

    Quand on me propose un Cédric Anger, je prends, par défaut. J'avais vu un formaliste de talent dès son premier film, Le Tueur, qui date déjà d'il y a dix ans, et que tout le monde avait royalement (et donc injustement) ignoré ; L'Avocat ne m'avait pas fait réviser mon jugement malgré son histoire foireuse et Benoit Magimel ; l'hypnotique La Prochaine vois je viserai le coeur me l'a au contraire rappelé ; qu'allait-il en être de cet Amour est une fête ? Eh bien, il en est qu'Anger est définitivement un formaliste, soignant sa mise en scène comme peu de cinéastes français et nous réservant un impressionnant quota de moments mémorables sous perfusion de PTA (on se dit clairement à plusieurs reprises qu'il veut nous faire son Boogie Nights) et de Forman (pour Taking off, par exemple)... pour une histoire affreusement décousue aux personnages désincarnés, tantôt inspirée, tantôt super-relou (la scène du match de tennis junior, quelle horreur). L'intrigue policière, on n'y croit pas une seconde, les personnages sont de vignettes à tel point que l'on se rappelle même plus les noms des protagonistes (au moins, Lellouche et Canet font le job, surtout Canet, auquel Anger sait décidément faire jouer des dépressifs), les actes s'articulent avec difficultés... si Hollywood avait fait ce film, l'intrigue policière aurait été élaborée, les enjeux auraient été plus clairs, les relations entre les personnages un minimum développées, ces derniers plus incarnés, etc. On sent clairement qu'Anger a torché son scénario en solo pour filmer ce qu'il voulait filmer. Seulement, quand le film est inspiré, il peut se montrer inspirant, en plus d'être très, très divertissant, comme tout ce qui concerne le producteur de X (génial Michel Fau) et le tournage du porno, ou tout ce qui concerne ces filles, jouées par des actrices canonissimes (Marylin Jess, mamma mia !), auquel il rend un bel hommage. Alors, il y a la raison, et il y a les sens. Intellectuellement, on ne peut que regretter l'absence de propos sociologique (on croit qu'Anger va aborder la question du rapport au X de la société française des années Mitterrand, sauf que non, que dalle). "Sensoriellement", on est bien content, en plus de voir plein de belles filles à poil, de voir une comédie décomplexée sur le cul, faite de gros machos et de minettes qui aiment ça, en pleine vague de bigoterie que charrie #metoo.