Ces livres dont on garde des traces...

Parfois, on referme un livre, on le pose sur la pile et on passe au suivant en l'oubliant très vite... Et puis, il y a les "autres", ceux que j'aime nommer "mes petits riens" parce qu'un passage me fait rire, me met en colère, provoque une émotion, bref ils laissent une/des trace(s). Alors pour ne ...

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88 livres

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La Religieuse
7.5

La Religieuse (1796)

Sortie : 1796 (France). Roman

livre de Denis Diderot

Letal a mis 9/10.

Annotation :

"Faire vœu de pauvreté, c'est s'engager par serment à être paresseux et voleur ; faire vœu de chasteté, c'est promettre à Dieu l'infraction constante de la plus sage et la plus importante de ses lois; faire vœu d'obéissance, c'est renoncer à la prérogative inaliénable de l'homme, la liberté. Si on observe ces vœux, on est criminel, si on ne les observe pas, on est parjure. La vie claustrale est d'un fanatique ou d'un hypocrite." Denis Diderot.

Chagrin d'école
7

Chagrin d'école (2007)

Sortie : 2007 (France). Essai

livre de Daniel Pennac

Letal a mis 7/10.

Annotation :

"- Les profs, ils nous prennent la tête, m'sieur !
- Tu te trompes. Ta tête est déjà prise. Les professeurs essayent de te la rendre." Daniel Pennac

La Douleur
7.7

La Douleur (1985)

Sortie : 1985 (France). Roman

livre de Marguerite Duras

Letal a mis 10/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

" C'est à ce sourire que tout à coup je le reconnais, mais de très loin, comme si je le voyais au fond d'un tunnel. C'est un sourire de confusion. Il s'excuse d'en être là, réduit à ce déchet." Marguerite Duras

Journal d'un corps
7.7

Journal d'un corps (2012)

Sortie : 9 février 2012. Roman

livre de Daniel Pennac

Letal a mis 9/10.

Annotation :

"Mes morts avaient eu un corps, ils n'en avaient plus, tout était là, et ces corps uniques me manquaient absolument. Moi, qui les avais si peu touchés de leur vivant ! Moi réputé si peu caressant, si peu physique !
C'était leurs corps que je réclamais à présent ! " Daniel Pennac

La trilogie Berlinoise
7.7

La trilogie Berlinoise

Sortie : 2010 (France). Roman

livre de Philip Kerr

Letal a mis 7/10.

Annotation :

"Je marchai vers le sud en direction du Jardin botanique. Le pâle ciel d'automne était empli de l'exode de millions de feuilles que le vent déportait au quatre coins de la ville, loin des branches qui leur avaient donné la vie. Ici et là, des hommes au visage de pierre travaillaient avec lenteur et concentration pour contrôler cette diaspora végétale, brûlant les branches de frêne, de chêne, d'orme, de hêtre, de sycomore, d'érable, de marronnier, de tilleul et de saule pleureur, tandis que l'âcre et grise fumée flottait dans l'air comme le dernier souffle d'âmes perdues. Pourtant d'autres feuilles continuaient à tomber, à tomber sans cesse, de sorte que les tas se consumaient sans diminuer, et tandis que je regardais rougeoyer la braise des feux en humant les gaz chauds de cette mort végétale, il me semblait sentir l'odeur de la fin de toute chose." Philip Kerr

La Peau et les Os
8.3

La Peau et les Os

Sortie : 1949 (France). Récit

livre de Georges Hyvernaud

Letal a mis 10/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Beaucoup de pages noircies à la lecture de ce témoignage ...

" Parce que votre existence a été éventrée, retournée par l'événement, vous imaginez vaguement que vous aviez droit à du neuf, que vous alliez repartir à zéro. Pas du tout, ça se recolle, ça se rattrape, c'est comme avant. On ne part pas, on continue. On recommence. On remet ça. On remet sa vieille veste, on remet sa vieille vie. La vie se remet à couler dans ses vieilles petites rigoles. C'est comme s'il n'y avait rien eu. On a retrouvé sa place. Ma place de passant parmi les passants, ma place d'homme dans la rue, d'homme dans le métro. Nous sommes des hommes et des hommes à couler comme ça dans les couloirs. A couler le long des murs, le long des barrières, et tout est tracé d'avance, les portillons s'ouvrent et se referment, on n'a qu'à se laisser couler. On est des globules de cette espèce de sang qui coule dans le corps des villes. J'ai retrouvé ma place de globule. Et quelquefois ça se coagule, ça forme un petit caillot."
Georges Hyvernaud.

Lettre anonyme

Lettre anonyme

livre de Georges Hyvernaud

Letal a mis 9/10.

Annotation :

De nombreux passages ont laissé des traces....

"Que mon père ait été jeune me semble à peine croyable. Je manque de repères. Les gens de peu laissent peu de traces. On retrouve au fond d'une armoire quelques livres d'école, le Tour de France, la grammaire Larrive et Fleury. Un cahier où une main soigneuse a recopié des monologues grivois et d'attendrissantes chansons pleines de serments et d'oiseaux.
Et puis quelques photographies. Celle d'un soldat avec un képi à pompon, et des guêtres blanches. Celle d'un marié en redingote parmi des redingotes, des moustaches, des coiffes paysannes et des robes monumentales - apparition spectrale d'un temps où l'on gardait parmi les pauvres une conception rigide et cérémonieuse de la vie, un sentiment majestueux des rangs, des rites et des rôles. Mais aucun témoignage qui permette de pénétrer dans l'univers secret de ces êtres que nous appelons 'nos proches'." Georges Hyvernaud

Mars
7.8

Mars (1975)

Sortie : octobre 1979 (France). Récit

livre de Fritz Zorn

Letal a mis 10/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Difficile de ne choisir qu'un seul passage, il y en a tant ...

" De même qu'en réalité ma journée de travail ne se composait que de pauses, de même le cours de mon existence n'était fait, le plus souvent que d'attente. Comme j'y étais habitué depuis longtemps, j'espérais toujours les 'temps meilleurs' imaginaires qui me délivreraient de ma souffrance. De plus, j'avais une conduite tout à fait passive et j'espérais sans cesse que l'avenir 'm'apporterait' quelque chose. L'idée ne me venait pas de tirer moi-même quelque chose du présent"
Fritz Zorn

Seul le silence
7.5

Seul le silence (2007)

Sortie : 21 août 2008 (France). Roman

livre de R. J. Ellory

Letal a mis 7/10.

Annotation :

Une vision de New-York :

" Une grande enveloppe de bruit à l'intérieur de laquelle se déverse un torrent de gens. On dirait qu'il n'y a pas assez de place sur les trottoirs ou dans les rues, pas assez de maisons ni d'appartements pour une telle multitude, et pourtant ils se côtoient indifférents aux sentiments et au destin les uns des autres. J'ai du mal à comprendre comment tant de gens peuvent être si proches, et pourtant demeurer si éloignés."
R.J Ellory

Le Joueur d'échecs
8.1

Le Joueur d'échecs (1943)

(traduction Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent)

Sortie : 1944 (France). Nouvelle

livre de Stefan Zweig

Letal a mis 9/10.

Annotation :

"On ne nous faisait rien...en nous plaçant simplement dans un néant radical, car, c'est bien connu, rien n'exerce sur terre une telle pression sur l'âme humaine que le néant."
Stefan Zweig

La Peur
7.8

La Peur (1925)

Sortie : 1935 (France). Recueil de nouvelles

livre de Stefan Zweig

Letal a mis 8/10.

Annotation :

Extrait de Révélation inattendue d'un métier :

"Nous sommes ainsi faits : réservés à en être lâche là où il faudrait prendre une décision ; hardis dans nos projets et ridiculement timides dès qu'il s'agit de franchir le mince espace qui nous sépare de notre prochain, même quand on le sait dans le besoin."
Stefan Zweig

Les Corrections
7.7

Les Corrections (2001)

Sortie : 2002 (France). Roman

livre de Jonathan Franzen

Letal a mis 9/10.

Annotation :

Conversation entre Gary et la caissière d'une quincaillerie :

"Nos vieilles gens perdent leur équilibre sous la douche à un certain stade. J'imagine qu'on en passera tous par là un jour ou l'autre." La jeune philosophe fit passer la carte Amex de Gary dans la fente. "Vous êtes de retour à la maison pour les vacances et vous donnez un coup de main ?
- Vous savez, ce pour quoi ces tabourets m'ont l'air parfaits, dit Gary, ce serait pour se pendre. Vous ne trouvez pas ? "
Jonathan Franzen

Malevil
8.1

Malevil (1972)

Sortie : 1972 (France). Roman, Science-fiction

livre de Robert Merle

Letal a mis 8/10.

Annotation :

"Il est grand temps. J'ai devant moi cette longue cérémonie sociale qui n'a que peu de rapports avec ce que j'éprouve. Il a raison, Momo. Que ne puis-je, comme lui rester à gémir sous un arbre, au lieu d'aller donner avec mes sœurs éplorées une représentation grotesque de la piété filiale."
Robert Merle

L'Envers vaut l'endroit

L'Envers vaut l'endroit (1986)

Sortie : 1986 (France). Récit

livre de Raymond Cousse

Letal a mis 8/10.

Annotation :

"Je ressens mon existence comme une obscénité et mes velléités de survie comme de l'auto-acharnement thérapeutique."
Raymond Causse

Des voix sous la cendre
8.3

Des voix sous la cendre

Manuscrits des Sonderkommandos d'Auschwitz-Birkenau

Sortie : janvier 2005 (France). Récit

livre

Letal a mis 8/10.

Annotation :

" Vaste monde libre, verras-tu un jour cette haute flamme ? Et toi homme libre, si un soir là-bas tu t'arrêtes en ton lieu pour lever les yeux, vers les cieux, vers leur bleu profond voilé au lointain de flammes - sache, homme libre, que c'est le feu de l'enfer qui brûle sans cesse des êtres humains. Un jour ton cœur gelé se réchauffera peut-être à leur feu et fondra, et tes mains froides, tes mains glacées viendront ici éteindre les flammes. Et ton cœur sera peut-être ailé de courage et de bravoure, et tu changeras les victimes pour nourrir ce feu ; cet enfer, qu'il brûle ici à jamais et que soient dévorés dans ses flammes ceux qui l'ont allumé."
Zalmen Gradowski, Sonderkommando d'Auschwitz-Birkenau

Claude Gueux
7.2

Claude Gueux (1834)

Sortie : 1834 (France). Recueil de nouvelles

livre de Victor Hugo

Letal a mis 6/10.

Annotation :

"Messieurs, il se coupe trop de têtes par an en France. Puisque vous êtes en train de faire des économies, faites-en là-dessus. Puisque vous êtes en verve de suppressions, supprimez le bourreau. Avec la solde de quatre-vingts bourreaux, vous paierez six cents maîtres d'écoles."

Voyage à Pitchipoï
6.9

Voyage à Pitchipoï

Sortie : 1995 (France). Récit

livre de Jean-Claude Moscovici

Letal a mis 8/10.

Annotation :

"J'écris : j'écris parce que
nous avons vécu ensemble,
parce que j'ai été parmi eux,
ombre au milieu de leurs ombres,
corps près de leur corps,
j'écris parce qu'ils ont laissé en moi
leur marque indélébile
et que la trace en est l'écriture:
leur souvenir est mort à l'écriture;
l'écriture est le souvenir de leur mort
et l'affirmation de ma vie"
Georges Perec

Journal
8.1

Journal (2008)

suivi de Hélène Berr, une vie confisquée

Sortie : 2008. Récit

livre de Hélène Berr et Mariette Job

Letal a mis 8/10.

Annotation :

"Dans la journée, la vie forme une croûte par dessus la pensée."

La nuit du souvenir

La nuit du souvenir

Sortie : janvier 1990 (France). Roman

livre de Joseph Bialot

Letal a mis 7/10.

Annotation :

" Il n'avait pas peur des morts. Il en avait tant vu pendant la guerre, de toutes formes, de toutes tailles, des morts de faim, des perforés de balles, des hachés par des éclats de bombes, des clamecés sous la torture, des calanchés sous les coups, des clabotés par la maladie, des décédés comme cobayes, des crevés par le mariage, il en avait même vu qui avaient avalé leur bulletin de naissance par suite d'indigestion, le lendemain de leur libération. On ne dira jamais assez combien les rations 'K' de l'armée américaine ont tué de types en mai 45. Depuis, se dit Lucien, ils ont fait mieux en inventant le fast-food. Si une bouffe pareille avait existé à l'époque, il n'y aurait eut aucun survivant dans les camps."

Un oiseau blanc dans le blizzard
7.5

Un oiseau blanc dans le blizzard

Sortie : 6 mai 2000 (France). Roman

livre de Laura Kasischke

Letal a mis 8/10.

Annotation :

"Phil est comme mon père, il est simple.
Si on gratte la surface, on ne trouve que de la surface - de la poussière de craie sous les ongles, mais pas grand chose d'autre. Il n'y a pas tromperie sur la marchandise, comme on dit : ce qu'on voit, c'est ce qu'on a."

La Confusion des sentiments
8

La Confusion des sentiments (1927)

Sortie : 1929 (France). Roman

livre de Stefan Zweig

Letal a mis 8/10.

Annotation :

(...) ici un homme se révélait à moi dans sa nudité la plus complète ; ici un homme déchirait le tréfonds de sa poitrine, prêt à mettre à nu son cœur battant, empoisonné, consumé et suppurant. Il y a avait là une volupté sauvage à se martyriser volontairement, à la manière des flagellants, dans cet aveu , contenu pendant des années et des années. Seul quelqu'un qui avait eu honte, qui s'était courbé et caché pendant toute une vie pouvait avec une telle ivresse débordante descendre jusqu'à l'implacabilité d'un tel aveu. Morceau par morceau un homme arrachait sa vie de sa poitrine, et, en cette heure-là, moi, qui étais encore presque un enfant, j'aperçus pour la première fois, d'un œil hagard, les profondeurs inconcevables du sentiment humain."

À Suspicious River
7.3

À Suspicious River (1996)

Sortie : septembre 2000 (France). Roman

livre de Laura Kasischke

Letal a mis 8/10.

Annotation :

Extrait 1 :
" Mais moi, j'étais calme, planant en permanence à trois mètres au-dessus de mon corps. Peut-être qu'être avec moi n'était pas très différent qu'être tout seul."

Extrait 2 p 369
" Lever les yeux.
La lune est une faucille nette et, de temps à autre seulement, un lambeau de nuage se heurte à sa lame. Si vous tendez votre main devant vous, elle s'emplit d'argent, comme celui d'un trésor dérobé. Vous le rendez aux ténèbres en fermant votre poing, et même les étoiles sifflent le spectacle. Certaines tombent quand vous regardez bien le ciel. Une poignée de planètes glissent dans la rivière - trop rapidement pour qu'on les attrape, même avec un filet. Chacune de vos respirations est un coup de poignard vif entre vos côtes, votre cœur expulse de l'eau vers vos poumons à travers cette tranche de lune sur votre gorge.
Voilà ce que dit la rivière qui devient de plus en plus large.
Elle s'élargit, à mesure que j'avance, mais j'entends des pas sur l'autre rive."

Et tu n'es pas revenu
8.2

Et tu n'es pas revenu (2015)

Sortie : 4 février 2015. Récit

livre de Judith Perrignon et Marceline Loridan-Ivens

Letal a mis 10/10 et l'a mis dans ses coups de cœur.

Annotation :

Une dizaine de pages noircies après la lecture .....

Extrait 1 p 32 :
"Survivre vous rend insupportables les larmes des autres. On pourrait s'y noyer."

Extrait 2 p 65 :
"Tout le monde évitait de parler des camps autour des tables. Mais les habits de fête n'étaient que des armures. Leurs armures. Je ne croyais pas aux mariages du dimanche, à quelques robes blanches jetées par-dessus les vêtements du Canada, je transportais sur moi ces montagnes d'habits triés là-bas, ces odeurs de chairs brûlées qui ne me quitteraient jamais. Je résistais à leur injonction de vivre."

Extrait 3 p 83-84 :
"Je n'ai jamais eu d'enfants. Je n'en ai jamais voulu. Tu me l'aurais sans doute reproché. Le corps des femmes, le mien, celui de ma mère, celui de toutes les autres dont le ventre gonfle puis se vide, a été pour moi définitivement défiguré par les camps. J'ai en horreur la chair et son élasticité. J'ai vu là-bas s'affaisser les peaux, les seins, les ventres, j'ai vu se plier se friper les femmes, le délabrement des corps en accéléré, jusqu'au décharnement, au dégoût et jusqu'au crématoire. Je détestais notre promiscuité, l'intimité violée, la difformité, le frôlement des silhouettes en fin de course. Nous étions les miroirs les unes des autres. Les corps autour de nous étaient prémonitoires et nous nous reprochions ce que nous étions en train de devenir. Plus aucune femme ne saignait, certaines se demandaient s'ils ne mettaient pas du bromure dans notre nourriture, c'est juste que les cycles de la vie s'étaient interrompues. La maternité n'avait pas de sens, les bébés étaient les premiers envoyés au gaz. (...) Je n'avais rien à transmettre de bon à un enfant, j'ai même toujours eu du mal à accueillir ceux qui naissaient chez mon frère, ma sœur, mes amies.
Il m'a fallu bien des rencontres pour m'accommoder à l'existence, à moi-même. Et du temps pour aimer. Je me suis coulée dans d'autres époques, dans d'autres vies, dans des histoires d'amour qu'on ne raconte pas à son père, dans des combats et des révolutions censés dissoudre le passé."

J'ai saigné
7.2

J'ai saigné (1938)

Sortie : 1938 (France). Roman

livre de Blaise Cendrars

Letal a mis 8/10.

Annotation :

" Pauvre gosse ! C'est ce petit berger des Landes qui m'a fait comprendre que si l'esprit humain a pu concevoir l'infini c'est que la douleur du corps humain est également infinie et que l'horreur elle-même est illimitée et sans fond."

L'Écriture ou la vie
7.9

L'Écriture ou la vie (1994)

Sortie : 1994 (France). Récit

livre de Jorge Semprún

Letal a mis 6/10.

Annotation :

Beaucoup de traces dans ce livre, difficile de choisir ...

Extrait 1 (page 24 de l'édition de poche Folio) :
"Fumée pour un linceul aussi vaste que le ciel, dernière trace du passage, corps et âmes, des copains."

Extrait 2 (page 27 de l'édition de poche Folio)
"Je me suis vu dans leur œil horrifié pour la première fois depuis deux ans. Ils m'ont gâché cette première journée ces trois zigues. Je croyais m'en être sorti vivant. Revenu à la vie, du moins. Ce n'est pas évident. A deviner mon regard dans le miroir du leur, il ne semble pas que je sois au-delà de tant de mort"

Extrait 3 (page 28 de l'édition de poche Folio)
"C'était excitant d'imaginer que le fait de vieillir dorénavant, à compter de ce jour d'avril fabuleux, n'allait pas me rapprocher de la mort, mais bien au contraire m'en éloigner."

Extrait 4 (page 206-207 de l'édition de poche Folio)
"Odile me soignait avec des gestes inventifs de l'amour physiques, avec des rires sans rime, ni raison, son insatiable vivacité. Mais elle ne savait que faire quand l'orage éclatait dans ma vie. Elle ne savait que faire quand l'orage éclatait dans ma vie. Elle ne savait pas gérer le désastre. Dès que l'ombre me rattrapait, troublant mon regard, me jetant dans un silence noué; dès que la voix du Sturmführer SS., commandant l'extinction des feux du crématoire, me réveillait en pleine nuit du songe de ma vie. Odile perdait pied. Elle me caressait le visage, comme on caresse un enfant apeuré, elle me parlait pour combler ce silence, cette absence, cette béance, par un babillage rassurant.
C'était insupportable.
Odile était d'évidence venue au monde pour y apporter de la joie, de la vivacité : le lait de la tendresse humaine. Elle n'y était pas venue pour écouter les voix de la mort, ses murmures insistants. Encore moins pour les prendre à son compte, les assumer , au risque de sa propre tranquillité d'esprit, de son propre équilibre.
Mais qui aurait été disponible autour de nous, en ces temps de retour, à une écoute inlassable et mortelle des voix de la mort."

Extrait 5 (p 255 de l'édition de poche Folio) :
"On était aux petits soins pour le revenant que j'étais. Je me laissais aimer et j'essayais d'écrire. Plutôt : j'essayais de survivre à l'écriture qui me rongeait l'âme."

Esprit d'hiver
7.2

Esprit d'hiver

Sortie : août 2013 (France). Roman

livre de Laura Kasischke

Letal a mis 8/10.

Annotation :

Extrait page 60-61 de l'édition du Livre de Poche :
" L'eau de la douche continuait de dévaler en un petit ruisseau chaud le long de la colonne vertébrale de Holly et elle eut l'impression que cette chaleur, cette eau, pouvait l'ouvrir comme une fermeture Éclair. Elle l'imaginait à l'oeuvre, la chair s'écartant le long de la colonne, et ce qu'elle ressentirait ensuite en s'extrayant de son corps."

Post Mortem : Lettre à un père fasciste

Post Mortem : Lettre à un père fasciste (2003)

Sortie : 2003 (France). Récit

livre de Carlos Bauverd

Letal a mis 7/10.

Annotation :

Extrait page 14 de l'édition Libertto :
" Combien de fois ai-je souffert de ne pouvoir en rien m'identifier à toi, à tes actes, à tes pensées. Tout au plus, semble-t-il que j'ai adopté ton pas, ta démarche, la façon de me taire ou de me racler la gorge, comme jadis tu m'avais adopté toi même.
Tu as contribué à faire de moi un infirme de l'amour comme tu l'as été. "

Extrait page 15 de l'édition Libertto :
"Ces deux jours qui viennent de précéder ta mort, je n'ai pas eu la force, à mon tour de te veiller constamment. Tu as exhalé ton dernier souffle hors de ma présence. Je ne puis m'en vouloir, ma réserve d'affection étant tarie. Tant de choses se sont desséchées en moi que j'aurais voulu maintenir vivantes. Ne m'en tiens pas rigueur. J'ai tant rêvé de pouvoir te dire, avant cet instant, que je t'aurai voulu serein, repentant. (...)
Depuis quelques heures, tu dors au creux de ton cercueil en sapin blond. Ton visage a retrouvé son calme, que la mort, généreuse, octroie même aux plus torturés."

Extrait pages 105-106 de l'édition Libertto :
"N'ayant pas d'autres modèles que toi, je crois que je traverse l'existence avec les mêmes handicaps. Je fais mon devoir, je tiens mon rôle dans la pièce, je respecte mes responsabilités, je répare les torts, je suis un infirme comme toi de la spontanéité et du bonheur dont je méconnais le mode d'emploi. "

Extrait page 120 de l'édition Libertto :
Maintenant que tu es mort, je m'attribue le droit de prendre totalement congé de toi et de ton univers monstrueux. J'ai rempli mon contrat de fils aimant, au-delà même du bon sens."

Loin d'eux
7.9

Loin d'eux

Sortie : 1999 (France). Récit

livre de Laurent Mauvignier

Letal a mis 8/10.

Annotation :

Extrait page 84 :
"Il m'a dit : tu sais papa, des fois, je cherche la foule pour qu'un peu mon corps se heurte à tous ces corps. Il a souri en allumant une cigarette, calmement il m'a regardé droit dans les yeux, j'ai vu ses yeux et il a dit : une fois aussi, dans la foule, c'est drôle, j'étais sûr que je voyais les autres et que j'aurais pu tout faire comme gestes, tous les trucs les plus obscènes tu sais, puisque personne ne me voyait."

L'Ami retrouvé
7

L'Ami retrouvé (1971)

Sortie : 1978 (France). Roman

livre de Fred Uhlman

Letal a mis 8/10.

Annotation :

Extrait 1 (page 50) :
" Quand le sioniste nomma Hitler et demanda à mon père si cela n'ébranlait pas sa confiance, mon père répondit : " Pas le moins du monde. Je connais mon Allemagne. Ce n'est qu'une maladie passagère, quelque chose comme la rougeole, qui disparaîtra dès que s'améliorera la situation économique. Croyez-vous vraiment que les compatriotes de Goethe et de Schiller, de Kant et de Beethoven, se laisseront prendre à cette foutaise ? Comment osez-vous insulter la mémoire de douze mille Juifs qui sont morts pour notre pays ? Für unsere Heimat."

Extrait 2 (page 92-93) :
"Mes parents sont morts, mais je suis heureux de dire qu'ils n'ont pas fini à Belsen. Un jour, un nazi fut posté devant le cabinet de consultation de mon père, portant un écriteau : "Allemands, prenez garde.Evitez tous les juifs. Quiconque à affaire à un Juif est souillé." Mon père revêtit son uniforme d'officier, arbora toutes ses décorations, y compris la Croix de fer de première classe, et se mit en faction à côté du nazi. Le nazi devint de plus en plus embarrassé et une foule s'assembla peu à peu. Les gens se tinrent d'abord silencieux, mais comme le nombre allait croissant, il y eut des murmures qui éclatèrent finalement en railleries agressives.
Mais c'était au nazi que s'adressait leur hostilité et c'est le nazi qui plia bientôt bagage et disparut. Il ne revint pas et ne fut pas remplacé. Quelques jours plus tard, alors que ma mère dormait, mon père ouvrit le gaz et c'est ainsi qu'ils moururent. Depuis leur mort, j'ai, autant que possible, évité de rencontrer des Allemands et je n'ai pas ouvert un seul livre allemand, pas même Höderlin.
J'ai essayé d'oublier."

Lilith
6.8

Lilith (1981)

Sortie : 1987 (France). Recueil de nouvelles

livre de Primo Levi

Letal a mis 6/10.

Annotation :

Extrait Le retour de Lorenzo, p.77-78 :
"Une fois de retour moi aussi, après mon long périple en Russie, j'allai le revoir à Fassano et lui apporter un chandail pour l'hiver. Je trouvai un homme fatigué ; non pas fatigué du chemin, mais fatigué mortellement, d'une fatigue sans retour. Nous allâmes ensemble boire un verre au bistrot, et aux quelques mots que je réussis à lui arracher, je compris que la marge d'amour qu'il avait pour la vie s'était amenuisée, qu'elle avait presque disparu. Il avait abandonné son métier de maçon ; il passait dans les hameaux avec un charreton, achetant et vendant de la ferraille. Il ne voulait plus ni règles, ni patrons, ni horaires. Le peu qu'il gagnait, il le dépensait au bistrot ; il ne buvait pas par vice, mais pour sortir du monde. Le monde, il l'avait vu, il ne l'aimait pas, il le sentait crouler autour de lui ; vivre ne l'intéressait plus. (...) Il tomba malade ; grâce à des amis médecins, je pus le faire hospitaliser , mais on ne lui donnait pas de vin et il s'enfuit. Il était déterminé et cohérent dans le refus de la vie. Il fut retrouvé moribond quelques jours plus tard, et mourut à l'hôpital dans la solitude. Lui qui n'était pas un déporté, il était mort du mal des déportés."