Cover Cinéphilie obsessionnelle — 2026

Cinéphilie obsessionnelle — 2026

Longs métrages uniquement.
↑↑ Le Chagrin et la Pitié (1971) ↑↑

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Mois après mois, pour le meilleur et pour le pire des découvertes :

Janvier (1→60)
+1) Le Chagrin et la Pitié +2) À 2000 mètres d'Andriivka +3) Left-Handed Girl +4) La Chute d'Otrar +5) La Dernière Chance +6) A Legend or Was It?
-1) Les 4 Fantastiques - Premiers pas -2) L'Enfer du devoir -3) Le Baiser de la femme-araignée -4) Anti-Squat -5) Candyman -6) The Rip -7) Chien 51 -8) L'Homme qui rétrécit

Février (61→88)
+0)
-1) La Femme de ménage -2) 28 ans plus tard - Le Temple des Morts -3) Pink Cadillac -4) Les Experts

Mars (89→140)
+1) Les Chevaux de feu +2) La Divine +3) +4) +5)
-1) Combien tu m'aimes ? -2) Bad Teacher -3) Kaamelott - Deuxième Volet : Partie 1 -4) Reconnu coupable -5)

Avril (141→183)
+1) +2) +3) +4) +5)
-1) L'Homme orchestre -2) La Créature du marais -3) Matador -4) Zeros and Ones -5) Gog

Mai (184→209)
+1) The Drama
-1) The Wiz

Juin (210→)
+1) +2) +3) +4) +5)
-1) Gourou -2) Programmé pour tuer -3) Diabolic -4) In the Grey -5) Le Contrat

Juillet (→)
+1) +2) +3) +4) +5)
-1) -2) -3) -4) -5)

Août (→)
+1) +2) +3) +4) +5)
-1) -2) -3) -4) -5)

Septembre (→)
+1) +2) +3) +4) +5)
-1) -2) -3) -4) -5)

Octobre (→)
+1) +2) +3) +4) +5)
-1) -2) -3) -4) -5)

Novembre (→)
+1) +2) +3) +4) +5)
-1) -2) -3) -4) -5)

Décembre (→)
+1) +2) +3) +4) +5)
-1) -2) -3) -4) -5)

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Pépites méconnues :
https://www.senscritique.com/liste/Pepites_meconnues_Films/415997
2025 :
https://www.senscritique.com/liste/Cinephilie_obsessionnelle_2025/3989683

D'autres listes annotées :
KingRabbit :
https://www.senscritique.com/liste/journal_du_roi_lapin_films_2026/4243340
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Le fil de mes obsessions en 2026 :
Films :
https://www.senscritique.com/liste/Cinephilie_obsessionnelle_2026/4232067
Albums :
https://www.senscritique.com/liste/Melomanie_moyennement_obsessionnelle_2026/4232069
Livres :
https://www.senscritique.com/liste/Bibliophilie_pas_vraiment_obsessionnelle_2026/4232070

Liste de

229 films

créée il y a 6 mois · modifiée il y a environ 3 heures
Put Your Soul on Your Hand and Walk
7.2
1.

Put Your Soul on Your Hand and Walk (2025)

1 h 50 min. Sortie : 24 septembre 2025. Guerre, Société

Documentaire de Sepideh Farsi

Morrinson a mis 5/10 et a écrit une critique.

Annotation :

►Janvier◄

"Put Your Soul on Your Hand and Walk" aurait pu être un très beau documentaire documentant de manière intime et indirecte le quotidien de Gaza sous les bombes (et les drones, et les avions, et les hélicoptères, etc.) au travers de l'échange visio presque impromptu entre deux femmes : la cinéaste iranienne Sepideh Farsi et la photojournaliste gazaouie Fatima Hassouna. Il y avait là un très beau schéma, rempli de passerelles entre le destin des deux protagonistes, et avec ce minimalisme formel (le film se résume à des images desdites visios captées à l'aide d'un autre téléphone, de temps en temps ponctuées par des photographies de Gaza) pouvant déboucher sur un maximalisme émotionnel — je pense spontanément au très émouvant "Homeland : Irak année zéro" sorti il y a 10 ans déjà. Et bien sûr un sujet en or, une discussion avec une personne prisonnière de l'enclave palestinienne, s'étendant sur une durée d'une année entière, d'avril 2024 à avril 2025, jusqu'à la mort de Fatma et d'une partie de sa famille, cibles d'un missile israélien.

Mais malheureusement les choix de Farsi ne s'avèrent pas toujours pertinents, que ce soit dans le montage ou dans la conduite des entretiens. Bon déjà, allouer deux séquences entières à l'ouverture d'une porte (le temps d'y aller et de revenir, en prime) pour laisser entrer le chat de la réalisatrice, commentaires à l'appui, j'avoue ne pas du tout comprendre l'intérêt. Ensuite, plus fondamental, de nombreuses discussions initiées par l'autrice m'ont paru vraiment hors sujet, un peu déplacées, au minimum pas du tout pertinentes. Aucun souci de mon côté en ce qui concerne l'exposition de ces séquences intimes, l'accord tacite entre les deux intervenantes étant évident — Fatma refuse de se découvrir la tête en sachant que ces images seront montrées à un large public. Mais j'ai trouvé extrêmement maladroit le questionnement / le rapprochement entre deux formes de confinement, l'un ayant trait au déluge de bombes en plein génocide et l'autre au covid, ou encore le côté un peu à côté de la plaque et lourd des questions sur le voile (de la part d'une femme qui s'en est séparé après avoir fui l'Iran et à destination d'une femme qui le vit comme un choix totalement libre)

Suite
https://www.senscritique.com/liste/Top_films_2025/4032681

La messe est finie
7
2.

La messe est finie (1985)

La messa è finita

1 h 34 min. Sortie : 14 janvier 1987 (France). Comédie dramatique

Film de Nanni Moretti

Morrinson a mis 4/10 et a écrit une critique.

Annotation :

Encore un film de Nanni Moretti difficile à positionner sur l'échelle du plaisir de visionnage, du sens à y donner, du contexte qui s'y reflète indirectement. Avec quelques autres de la même période comme "Bianca" et "Sogni d'oro", il rejoint d'autres de ses créations plus contemporaines qui ne m'ont pas vraiment plu sans pour autant m'inspirer un profond mépris — là comme ça me viennent à l'esprit "Vers un avenir radieux" et "Tre piani". J'ai appris à aimer le personnage de Moretti, personnage dans tous les sens du terme puisqu'il se filme presque tout le temps (pas sûr qu'il existe un contre-exemple à vrai dire), avec ses qualités et ses défauts, avec de temps en temps un petit quelque chose de mélancolique qui a su captiver mes sens comme ce fut le cas récemment avec "Palombella rossa", mais une part majeure de circonspection domine chez moi. Si j'étais d'humeur dédaigneuse, je dirais que la chose la plus marquante dans "La messe est finie" tient au fait qu'on y voit Moretti sans sa barbe...

À mon sens, ce film appartient à la catégorie des Moretti qui présentent de nombreux aspects intéressants dans le discours sous-jacent et / ou dans la tonalité comico-mélancolique caractéristique de l'ensemble, mais qui peinent à intégrer ces ingrédients dans une recette cinématographique digeste et prenante. Pour le dire autrement, j'ai bien aimé ce que l'interprétation du prêtre dit de ses désillusions, entre différents maux de la société (infidélité, individualisme, terrorisme politique) et crises mystiques ou spirituelle, ainsi que cette composante invariable de sa filmographie : l'incompréhension de ses semblables — qui d'ailleurs peut pencher dans l'ornière réactionnaire en fonction des conditions. Mais la partie fictionnelle me semble vraiment bâclée, avec son lot de personnages secondaires assez peu inspirés et mal interprétés, que ce soit famille, amis, inconnus avec qui on se bastonne, etc. L'ironie de Moretti ne fonctionne pas tout le temps dans ce portrait des névroses et des angoisses de son temps vues comme un gros sac de nœuds. Dommage car l’autre portrait, celui du protagoniste face à son sentiment de déconnexion, était infiniment plus attrayant.

Léo en jouant « Dans la compagnie des hommes »
6.4
3.

Léo en jouant « Dans la compagnie des hommes » (2004)

1 h 58 min. Sortie : 28 janvier 2004 (France). Comédie dramatique

Film de Arnaud Desplechin

Morrinson a mis 4/10 et a écrit une critique.

Annotation :

Film peu connu et très bizarre réalisé par Arnaud Desplechin au début de sa carrière, ne ressemblant à pas grand-chose qu'on aurait déjà vu chez lui, éloigné à la fois de la réflexion sur le métier d'actrice développée dans "Esther Kahn" (2000) et du mélodrame familial fragmentaire de "Rois & Reine" (2004) par exemple. Toute l'intrigue se trouve ici enchevêtrée dans une mise en abîme étrange à base de répétition pour une pièce de théâtre, avec des ellipses abruptes faisant basculer d'un côté et de l'autre sans sommation tout en conservant comme point de vue principal celui depuis l'intérieur de la diégèse. Je ne suis pas intimement convaincu par l'utilité de ce dispositif de mise en scène, mais pourquoi pas.

Dans l'histoire (dans l'histoire), le riche PDG d'une entreprise d'armement entretient des rapports contrastés avec son fils adoptif, interprété par Sami Bouajila, sur fond de différends concernant l'entrée de ce dernier au conseil d'administration. Un récit de querelle de capital assez peu passionnant, monté en thriller pour y insuffler un semblant de tension, à l'aide de parties tierces — il est notamment question de sociétés externes aux intentions peu claires mais visiblement hostiles dans lesquelles le fils investit, subissant la pression de groupes incertains et en sachant que son père ne lui fait pas vraiment une confiance absolue.

On imagine qu'entre autres thématiques, Desplechin souhaitait aborder une figure paternelle écrasante, un fils en difficulté quand il s'agit d'exister par lui-même, et une toile de fond animée par un complot, une machination contre l'empire industriel du père sur fond de tragédie qui semble être inspirée d'une pièce de théâtre antique. Reste que "Léo en jouant « Dans la compagnie des hommes »" souffre de nombreux personnages secondaires un peu trop crispés sur leurs stéréotypes — Hippolyte Girardot et Anna Mouglalis entre autres, peinent à convaincre. Cette peinture du monde des affaires (d'armes) est certes très originale, en se servant d'une OPA comme un levier narratif et une source de tension, il n'empêche qu'il reste quelque peu englué dans un style opaque, peu aimable, laissant à distance le discours sur le pouvoir et l'argent.

Anti-Squat
5.7
4.

Anti-Squat (2023)

1 h 35 min. Sortie : 6 septembre 2023. Drame

Film de Nicolas Silhol

Morrinson a mis 2/10.

Annotation :

Ça faisait longtemps que je ne m'étais pas confronté à un mauvais film de cet acabit, tellement mauvais dans son exécution, son écriture, son interprétation, et sa mise en scène qu'il ne génère même pas un début de dissonance cognitive reliée au fond du propos que je trouve pertinent. Nicolas Silhol s'appuie sur un constat social largement légitime, la misère de la précarité du logement en France, et explore une histoire fictionnelle basée sur des éléments réalistes comme la loi ELAN de 2018 (visant à assurer la protection des locaux vacants en les faisant occuper par des résidents temporaires). Mais il explore cette thématique le long d'un parcours scénaristique d'une indigence extrême, avec des ficelles tellement énormes qu'on ne peut plus en mesure la taille, des péripéties cousues d'un fil plus blanc que blanc, et surtout un niveau global franchement effroyable en termes de jeu des comédiens — pas aidés il est vrai par l'écriture de leurs personnages blindés de clichés et de vacuité.

À vrai dire, tout comme Céline Sallette dans "Corporate", la protagoniste interprétée par Louise Bourgoin est soumise aux mêmes lois de domination et d'aliénation découlant de la doctrine néolibérale (chose difficilement contestable au demeurant), et à ce titre toute sa trajectoire au sein du film est parfaitement lisible, prévisible, évidente, dépourvue de surprise et de densité. Ce schéma des pauvres exploités par des un peu moins pauvres qu'eux à qui on fait miroiter un petit avantage afin d'en faire des sous-sous-chefs dociles, on le connaît par cœur et Silhol donne l'impression de ne faire absolument aucun effort pour le réactualiser, le rendre un minimum intéressant. La société qui l'embauche est une caricature de société prédatrice, froide, cynique, et le film enserre le personnage principal (prisonnière de sa condition de maman) dans une configuration cyclique particulièrement disgracieuse — on la montre à la fin dans la situation de son supérieur qui l'embauche en lui mettant la pression au début, et après accompagner son fils aux barricades de blocage d'un établissement scolaire. Le niveau de description de la conscience politique, de la concurrence malsaine, et de la banalité de l'inhumanité est déplorable.

Linda veut du poulet !
6.9
5.

Linda veut du poulet ! (2023)

1 h 16 min. Sortie : 18 octobre 2023. Animation, Comédie, Jeunesse

Long-métrage d'animation de Chiara Malta et Sébastien Laudenbach

Morrinson a mis 5/10.

Annotation :

De prime abord, j'ai été un peu rejeté par l'esthétique très baroque de "Linda veut du poulet !", avec ses dessins volontairement très grossiers et ses couleurs sommaires associant une teinte à chaque personnage impliqué dans le récit. A posteriori, on peut retrouver quelques points communs avec l'autre film d'animation de Sébastien Laudenbach que j'ai vu, "La Jeune Fille sans mains", mais clairement l'épure du trait s'inscrivait dans une démarche plus poétique là-bas. Ici rejoint par Chiara Malta à la confection de ce long-métrage, il faut un certain temps pour que l'infusion de l'ambiance et du chaos entretenu par les enfants fasse effet.

Finalement j'ai trouvé que la façon d'aborder la mort et l'absence du père, sans être le sujet central du film (et encore, ce serait à confirmer), brillait par sa sobriété et sa pudeur : tout passe par un prologue évoquant vaguement les faits et par une bêtise ayant conduit à une fausse accusation de la mère envers la fille, débouchant à son tour sur une demande d'excuse et sur la préparation d'un plat éponyme rappelant le défunt, du poulet aux poivrons. Ce prétexte, qui n'est pas du tout l'unique enjeu du film, m'a paru être très bien géré.

Le reste se trouve structuré par un série de péripéties plus ou moins confuses, chaque boulette entraînant la suivante et impliquant un vol de poulet chez des éleveurs absents, une course-poursuite après la bête suite à un contrôle routier de police, et une dispute entre la mère et sa sœur (dépeinte comme une prof de yoga particulièrement pénible et imbue de sa personne, ce qui m'a beaucoup fait rire) autour de la mise à mort du galliforme. En toile de fond, une grève générale paralysant tout mais sans irradier directement la trame principale. Beaucoup de gags et de bêtises pour évoquer habilement les relations entre adultes et enfants, le dépassement de la situation subie par les deux filles / femmes, et quelques épisodes musicaux auxquels je n'ai pas trop goûté. Un léger sentiment de révolte flotte sur l'ensemble et c'est pas mal.

Alpha Dog
6.5
6.

Alpha Dog (2006)

1 h 57 min. Sortie : 28 mars 2007 (France). Drame

Film de Nick Cassavetes

Morrinson a mis 3/10.

Annotation :

Eh bien ce n'est pas ce "Alpha Dog" qui va me permettre de me rabibocher avec Nick Cassavetes... Il y a ici tout le clinquant, le putassier et le vide que les années 2000 savaient produire, mais le tout emballé dans un joli paquet donnant l'impression qu'on est face à quelque chose de profond. Je trouve que cette sensation est le plus palpable quand on envisage le film à l'aune de ses interprétations — deux suffisent à mesurer l'ampleur du phénomène : Ben Foster dans le rôle du fils complètement psychotique, ne tenant pas en place, camé au speed jusqu'au bout des ongles, et globalement intenable de bout en bout, et Sharon Stone dans le rôle de la mère outrée, mécontente de la façon dont son mari gère la famille, et se lançant dans un grand mélodrame lacrymal lorsqu'elle apprend le sort de son autre fils. Beaucoup d'agitation pour tenter de dissimuler la vacuité de l'histoire, au même titre que les inserts réguliers qui viennent contextualiser les événements et donner une impression de documentaire, car on est dans le registre de la sacro-sainte adaptation de faités réels. En l'occurrence, l'histoire de Jesse James Hollywood et du kidnapping suivi de l'assassinat du frère d'une personne qui lui devait une grosse somme d'argent autour de Los Angeles.

On connaît un peu trop bien ces riches banlieues américaines dans lesquelles des jeunes adultes pétés de thunes se font chier, partagés entre drogue, grosses voitures, piscine, femmes à leurs pieds, etc. En réalité "Alpha Dog" ne peut que prétendre au récit d'une histoire, la base de la base du cinéma de fiction, sans avoir rien de supérieur à dire : aussi, tout repose sur la dimension pseudo-chorale de la narration. Le fait que le petit frère kidnappé, interprété par feu Anton Yelchin, sympathise avec ses ravisseurs, n'apporte rigoureusement rien, alors qu'il y avait un potentiel concernant son statut d'otage devenant de plus en plus flou. Dans le tas on voit Bruce Willis traîner, Emile Hirsch occupe beaucoup d'espace sans briller, Justin Timberlake fait preuve d'une étonnante conviction dans le rôle du bras droit, Harry Dean Stanton donne l'impression de zoner totalement, et Olivia Wilde accompagné d'Amanda Seyfried font de la figuration du coté féminin. En tous cas, l'objectif visé, très sombre, n'est pas du tout atteint.

Death in Brunswick
-
7.

Death in Brunswick (1991)

1 h 49 min. Sortie : 25 avril 1991 (Australie). Comédie, Policier, Thriller

Film de John Ruane

Morrinson a mis 4/10 et a écrit une critique.

Annotation :

Les Australiens ne sont pas les derniers pour produire des films profondément bizarres, dérangeants, sales, focalisés sur des sujets qui ne parlent pas particulièrement au commun des autres mortels, et "Death in Brunswick" complète ce tableau d'une manière assez originale. Rien de transcendant mais un mélange des genres improbable et attachant, réunissant comédie noire, thriller loufoque, et romance décalée entre Zoe Carides et Sam Neill : elle est serveuse dans un bar miteux de la banlieue de Melbourne baignant dans les années 1980 pas encore tout à fait digérées, et lui accepte un job de cuistot dans les sous-sols encore plus crados pour tenter de s'extirper de l'atmosphère asphyxiante de la maison familiale.

Le cinéma aussie revisite régulièrement la thématique de la mixité sociale, des travailleurs, et des antagonismes entre minorités provenant de différents pays, et ici ce sont les communautés redneck locale, grecque et turque qui passent l'essentiel du temps à se gueuler dessus — dans le meilleur des cas, car dans la dernière partie on embraye sur quelque chose de plus glauque, incluant une dissimulation de corps à l'intérieur d'une tombe pré-existante, après avoir pris le soin de bien écraser les ossements précédents pour faire de la place... Mais toujours dans une ambiance laissant beaucoup de place à l'humour noir, et c'est notamment le cas lors de ces péripéties morbides finale, quand le personnage interprété par Sam Neill demande de l'aide à son pote fossoyeur (John Clarke, lunaire).

Les bas-fonds autour du bar au centre de l'action brille par la faune qui peuplent les environs, avec des grosses caricatures de videurs décérébrés (en particulier Boris Brkic, très convainquant dans le portrait du gros tocard), tout en préservant une toile de fond autour d'un mariage non-souhaité traité avec beaucoup de légèreté, tout comme le racisme omniprésent chez les bad guys. Sans doute l'illustration d'un des points faibles évidents du film, à savoir la multiplication des intrigues secondaires pas immensément utiles. Et le tout se terminera sur une énième caricature, reproduction de la Cène revisitée à la sauce blue-collar.

Le Syndrome de Stendhal
6.3
8.

Le Syndrome de Stendhal (1996)

La sindrome di Stendhal

2 h. Sortie : 26 janvier 1996 (Italie). Épouvante-Horreur, Thriller

Film de Dario Argento

Morrinson a mis 4/10.

Annotation :

On peut reconnaître le talent voire la capacité chez Dario Argento à surprendre, après trois décennies de réalisations derrière lui, tant "Le Syndrome de Stendhal" s'avance comme un giallo baroque, mais d'un baroque encore tout à fait baroque même repositionné à l'échelle de la filmographie du cinéaste italien déjà bien garnie en éléments biscornus. C'est un film bourré de défaut mais qui sait se rendre intrigant et attachant, à plusieurs niveaux qui plus est, depuis le phénomène éponyme au cœur de l'intrigue jusque dans toute la maltraitance qui est subie par l'héroïne, Asia Argento — et bien sûr, infligée par un père à sa fille par l'entremise d'une direction d'actrice. L'ambiance devait être quand même très particulière sur le plateau de tournage au moment de certaines séquences...

Mon premier regret se situe très clairement au niveau de l'enquête policière : c'est simple, y'a rien qui va. Asia n'est à aucun moment convaincante dans le rôle d'une inspectrice de police, les différents personnages appartenant à l'institution sont sans aucune densité, et elle va et vient constamment du début à la fin sans aucune logique. Plutôt pénible quand la trame principale suit la trace, quand même, d'un serial killer violeur sadique au dernier degré. Et la chose est d'autant plus rageante que la séquence d'introduction marque les esprits, une vraie réussite instillant un malaise sourd et profond à l'intérieur d'un musée, l'occasion de nous familiariser avec le malaise étrange derrière ce syndrome de Stendhal — un trouble provoqué par l'admiration d'un grand nombre d'œuvres d'art dans une période de temps limitée. Il faut par contre fermer les yeux sur la qualité des CGIS, hideuse au plus haut point. Je garde encore des séquelles de cette séquence montrant l'ingestion de cachets dans l'œsophage d'Asia...

Pour le reste on sent que Dario s'amuse beaucoup avec le grand méchant psychopathe, comment il manipule la protagoniste, comment il en fait souffrir d'autres (le coup du rasoir sur la lèvre, le coup de la balle tirée à travers les joues...), comment il s'adonne à tout un panel de pratiques violentes. Mais à un moment donné, on se concentre un peu trop sur l'héroïne et tout le reste passe à la trappe, c'est un peu dommage, tout ça pour terminer sur une dernière partie en miroir, façon traumatisme hitchcockien, mais surtout extrêmement laborieuse et proche du ridicule.

À 2000 mètres d’Andriivka
8
9.

À 2000 mètres d’Andriivka (2025)

2000 Meters to Andriivka

1 h 46 min. Sortie : 24 septembre 2025 (France). Guerre, Société

Documentaire de Mstyslav Chernov

Morrinson a mis 7/10 et a écrit une critique.

Annotation :

L'autre film de Mstyslav Chernov, "20 Jours à Marioupol", chronique d'un hôpital croulant sous les morts et les blessés en période de siège en 2022, m'avait moyennement convaincu, la faute à un déficit d'enjeux cinématographique sur le plan de la documentation. Le flot ininterrompu de corps constituait la quasi-intégralité des images défilant sous nos yeux dégoûtés, matériau aussi brûlant que non-suffisant. La perspective est totalement différente dans "À 2000 mètres d’Andriivka", avec l'impression que tous les défauts ont été corrigés, tout en gardant cette proximité immersive et angoissante avec la réalité des conditions de guerre.

Déjà, le cadre : le choix de cet espace, de cette période, et de cette mission brille par sa pertinence. Une bande végétale de deux kilomètres de long appelée "forêt" (en réalité il reste surtout des troncs profondément maltraités par les impacts de balles et d'obus) séparant deux champs de mines impraticables. Septembre 2023, soit le début de la contre-offensive ukrainienne dont les résultats seront à peine mesurables, connaissance a posteriori donnant une coloration singulière aux images, aux discussions, aux risques encourus. Et donc cet objectif, reprendre le village stratégique d’Andriivka occupé par l'armée russe — on se croirait dans un jeu vidéo, à certains moments. Le tout forme un cadre formel et thématique particulièrement judicieux. Drôle d'époque : grâce aux progrès technologiques des systèmes vidéo embarqués, on peut suivre des chiens à la recherche de truffes (Chasseurs de truffes), le quotidien d'un salafiste djihadiste (Djihadistes de père en fils), et un épisode de l'invasion de l'Ukraine par la Russie comme si on y était.

On est au XXIe siècle, pas de doute là-dessus. Les nombreuses GoPro vissées sur les casques des soldats permettent de suivre toutes les actions en immersion totale, façon FPS, les drones alliés et ennemis rôdent partout, les QG souterrains sont garnis d'équipements de pointe. Et pourtant, avec cette progression extrêmement laborieuse, cette boue omniprésente, ces combats de tranchées, ces appuis de l'artillerie, ces messages transmis par papier, on se croirait parfois en pleine Première Guerre mondiale. L'effet de contraste ainsi produit est saisissant, je crois bien n'avoir jamais vu rien de tel.

Suite
https://www.senscritique.com/liste/Top_films_2025/4032681

Robot Stories
-
10.

Robot Stories (2003)

1 h 25 min. Sortie : 20 janvier 2003 (États-Unis). Drame, Science-fiction, Sketches

Film de Greg Pak

Morrinson a mis 4/10 et a écrit une critique.

Annotation :

Exercice de style baroque, très typé cinéma indépendant états-unien des années 2000, confectionné à partir de bouts de ficelles mais débouchant sur une anthologie plutôt honorable sur des thématiques de science-fiction ayant trait de près ou de loin aux robots. Un film composé de 4 segments, 4 courts-métrages d'une grosse vingtaine de minutes, chacun focalisé sur un environnement original et bien déterminé à la "Twilight Zone", avec pour dénominateur commun la mise en problématique d'une interaction entre robots et humains. Un mouvement commun peut également être observé, à travers l'influence que le robot peut avoir sur l'être humain, changeant sa perception du monde. Curieuse bizarrerie.

Le premier récit intitulé "My Robot Baby" propose une réflexion sur le thème de l'adoption, qui se trouve permise pour un couple donné uniquement après avoir passé un certain temps à s'occuper d'une bébé robot. Un épisode de leur projet parental baptisé "baby trial", sorte de Tamagotchi en version réelle, plus proche d'un R2-D2 simplifié, émettant plein de petits bruits pour simuler un inconfort, une faim, etc. Le robot enregistre tout les traitements qu'il reçoit et en fonction des résultats, le couple pourra ou non adopter un véritable enfant. Petite critique satirique des personnes trop préoccupées par leurs carrières et n'allouant pas assez de temps à leurs semblables, progéniture comprise, avec quelques blagounettes — notamment le père de la future mère adoptive qui l'aide à reprogrammer le bébé-robot pour qu'il soit moins pénible de s'en occuper.

Le second, "The Robot Fixer", s'attache à décrire le désespoir d'une mère dont le fils est tombé dans le coma et n'en sortira probablement pas. Elle se referme sur ses souvenirs avec son enfant plus jeune, et en particulier sa collection de robots, chaque jouet étant associé à une pensée du passé. Elle découvre qu'il manque une pièce d'un des robots, et se lance dans une quête complétiste pour reformer la collection entière, dans l'espoir que cela aide son fils alité à reprendre conscience. Esquisse d'un amour maternel, son jusqu'au-boutisme, son aveuglement, sa tendresse, son obstination.

Suite
https://www.senscritique.com/liste/Top_films_2003/344929?page=3

Left-Handed Girl
7.2
11.

Left-Handed Girl (2025)

Zuǒpiēzǐ nǚhái

1 h 48 min. Sortie : 17 septembre 2025 (France). Drame

Film de Tsou Shih-Ching

Morrinson a mis 7/10 et a écrit une critique.

Annotation :

Le duo de scénaristes Shih-Ching Tsou et Sean Baker avait déjà collaboré au début des années 2000 en co-écrivant et co-réalisant "Take Out", chronique du quotidien d'un immigré new-yorkais chinois travaillant comme livreur de repas dans des conditions précaires, sujet à divers problèmes financiers d'ampleurs très disparates. C'était l'occasion de constater le talent des deux à l'écriture d'un scénario agréablement cohérent, attentif aux détails, immersif, et souffrant seulement de quelques partis pris esthétiques — cette omniprésence de la longue focale et des plans serrés reste encore prédominante longtemps après le visionnage. Baker et Tsou se retrouvent à l'écriture pour "Left-Handed Girl", réalisé cette fois-ci par la cinéaste à la double nationalité états-unienne et taïwanaise, récit d'une famille de Taipei luttant pour préserver un minimum de cohésion.

Derrière ce triple portrait féminin de la débrouille (une mère célibataire et ses deux filles), c'est un peu comme si on s'invitait dans le cinéma de Hirokazu Kore-eda tendance "Nobody Knows" revisité à l'aune de celui de Edward Yang — à titre personnel, j'ai régulièrement pensé à son bouleversant "Yi Yi", et ce bien au-delà du parallèle évident entre les deux protagonistes enfants de moins de dix ans, Jonathan Chang dans le rôle de Yang-Yang dans ce dernier, et Ma Shih-yuan dans celui de la petite I-ann ici. Beaucoup de débrouille pour survivre financièrement dans la capitale taïwanaise, la mère (Shu-fen jouée par Janel Tsai) tenant un stand de nourriture au cœur des marchés de nuit de la ville, et la fille la plus âgée (I-jing, interprétée par Nina Ye) ayant dû quitter l'école de manière prématurée pour travailler de son côté dans la vente de noix de bétel. Toute une partie de la famille semble impliquée dans différents bidouillages, que ce soit la grand-mère avec du trafic international et la petite dernière persuadée par les remarques de son grand-père que sa main gauche est la main du diable (on craint l'espace d'un instant de se retrouver dans l'abominable navet d'Oliver Stone "La Main du cauchemar", avec Michael Caine possédée par sa main coupée) — avec pour conséquence aussi drôle qu'imprévue la naissance d'une cleptomanie enfantine. ...

Suite
https://www.senscritique.com/liste/Top_films_2025/4032681

Le Cheval de Turin
7.4
12.

Le Cheval de Turin (2011)

A Torinói Ló

2 h 26 min. Sortie : 30 novembre 2011 (France). Drame

Film de Béla Tarr

Morrinson a mis 5/10.

Annotation :

Regarder "Le Cheval de Turin" ne s'apparente pas vraiment à un visionnage de film quelconque, j'ai même du mal à décrire l'expérience qui vient de se dérouler. Quelque chose entre l'épreuve volontaire et l'installation de musée, profondément marqué par la beauté et par l'ennui. Cela pourrait constituer une déclaration d'intention masochiste, mais je suis persuadé que c'est un long-métrage à voir au cinéma pour obtenir l'effet escompté, quitte ou double : expérience profondément hypnotisante et immersive ou rejet massif confinant à la torture. Dans cette logique je ne sais même pas quoi penser du geste de Béla Tarr tellement les sentiments volettent dans tous les sens et se fracassent les uns contre les autres.

Un amas de pensées, donc.

J'ai beaucoup aimé le positionnement conceptuel du récit : en 1889, Nietzsche se serait jeté en pleurant au cou d'un cheval épuisé et brutalisé par son cocher, perdit connaissance, et sombra par la suite dans la folie, le mutisme, cessant toute activité d'écriture jusqu'à la fin de sa vie. "Le Cheval de Turin" prend le parti de s'intéresser non pas au philosophe mais à l'animal éponyme, comme pour montrer l'envers d'un décor.

Je ne pratique pas le yoga et mon cerveau est de nature dispersée si je lui en laisse l'espace : autant dire que ces 2h30 ont été le théâtre d'interminables divagations, puisque les très longs plans-séquences au ralenti et sans dialogue laissent le temps aux pensées parasites. Le tout sans que ça ne nuise à la compréhension de l'ensemble — simplement j'ai le sentiment qu'au cinéma, je me serais un peu moins dispersé.

Difficile de faire plus épuré et austère. Tarkovski, en comparaison, c'est un festival de cirque.

La thématique de la "Genèse inversée" ne m'a pas sauté aux yeux, j'ai lu ça plusieurs fois sans avoir été pleinement convaincu. La thématique de fin du monde, simplement, d'apocalypse imprévue, en revanche, me parle beaucoup plus, et ce d'autant plus que je ne connaissais rien du contenu et je ne m'y attendais pas du tout. La lente dégradation de l'univers est ressentie de la plus rugueuse et pénible des manières, c'est un geste que j'aime beaucoup mais que j'aurais aimé apprécier davantage sur le plan du plaisir de visionnage, avec un peu moins de "posture" — le terme ne me convient pas tout à fait mais je n'ai pas mieux.

Suite
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Wild Style
7.1
13.

Wild Style (1983)

1 h 22 min. Sortie : 18 mars 1983 (États-Unis). Musique, Drame

Film de Charlie Ahearn

Morrinson a mis 4/10 et a écrit une critique.

Annotation :

Sur le strict plan cinématographique, "Wild Style" s'avère particulièrement kitsch et désuet. Avec ses artistes appartenant à la culture hip hop naissante au début des années 1980, on nage en plein idéalisme, reflet d'une époque qui portait ses espoirs chevillés au corps, ça en devient carrément touchant quand on le regarde, rétrospectivement. En plus de ça, le film se structure comme une fiction, qui n'est qu'un prétexte pour apporter des éléments documentaires et didactiques sur le mouvement qu'il entend dépeindre, et suit quelques fils narratifs hautement superficiels, à la lisière du ridicule. On est davantage porté par le côté doucement rétro des séquences chorégraphiées, ou un peu plus artistiques disons : même si rien n'est naturel, c'est malgré tout l'occasion de pénétrer dans l'environnement new-yorkais du Bronx à cette époque, sous de nombreuses perspectives — break dance, rap, graffitis, turntablism, etc. Il y a un petit côté documentant qui raconte la genèse de la culture hip hop sous la forme d'une proto-comédie musicale, c'est à la fois touchant, naïf, maladroit.

À vrai dire je ne connaissais aucun des artistes (bien réels : Fab Five Freddy, Lady Pink, The Rock Steady Crew, The Cold Crush Brothers, Queen Lisa Lee de la Zulu Nation, Grandmaster Flash et ZÉPHYR) qui interviennent dans le film, et notamment celui qui occupe une place centrale ici, Lee George Quinones, apparemment un des plus célèbres graffeurs américains. Il est au cœur d'une petite crise existentielle mise en scène avec la même maladresse et la même naïveté que le reste, sur le thème de l'impossible conciliation de ses aspirations artistiques avec le reste de son être. Au milieu, le personnage d'une journaliste interviewe tout ce monde, et se fait le fil rouge d'affrontement éthiques entre bandes rivales : grosso modo, les graffeurs authentiques et intègres opposés à ceux qui ont préféré se tourner vers la peinture murale légale qui finira par être exploitée commercialement.

C'était avant la naissance du gangsta rap qui marquera un tournant radical dans cet océan d'idéalisme gentil et mignon.

Stranger Eyes
6.2
14.

Stranger Eyes (2024)

Mò shì lù

2 h 04 min. Sortie : 25 juin 2025 (France). Thriller

Film de Siew Hua Yeo

Morrinson a mis 5/10 et a écrit une critique.

Annotation :

Derrière la façade de son histoire de kidnapping en plein Singapour laissant deux jeunes parents désemparés, "Stranger Eyes" cultive plusieurs autres thématiques qui revêtent une importance de premier plan, à tel point qu'elle finissent par faire de la disparition de l'enfant un détail de scénario tout à fait secondaire. Qui aura vu son précédent "Les Étendues imaginaires" ne sera pas du tout dépaysé par le style développé par Yeo Siew Hua ici, réalisateur et scénariste, avec son ambiance baignant dans un mystère très épais qui n'égale toutefois pas du tout le niveau d'onirisme de 2018.

Les premières images donnent le ton : film dans le film, on regarde Tara regarder des vidéos personnelles montrant la famille heureuse, plusieurs mois avant le drame, avant que leur fille ne soit vraisemblablement enlevée, tandis que Darren la surveillait dans un parc. C'est le premier sous-texte irriguant le film avec autant de densité que les caméras de vidéosurveillance dans les rues de Singapour : l'omniprésence des écrans, des images, des points de connexion et des moyens de surveillance. Rien de fondamentalement explicite au sens où ces particularités ne sont jamais verbalisées, mais le niveau de suggestion est tellement poussé que ça en devient un thème trivial. Yeo s'engage dans des considérations pas vraiment originales, mais pas trop mal menées, autour de l'obsession : obsession des parents pour (les images de) leur enfant, obsession du spectateur pour les images du film afin d'y voir plus clair, etc. En brouillant légèrement les frontières entre vérité et mensonge, présent et passé, voyeur et sa cible, la profusion d'images en continu finit par produire un paradoxe, tout le monde voit tout le monde, mais il n'y a plus personne pour se regarder.

Suite
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Predator: Badlands
6.1
15.

Predator: Badlands (2025)

1 h 47 min. Sortie : 5 novembre 2025 (France). Action, Science-fiction

Film de Dan Trachtenberg

Morrinson a mis 3/10.

Annotation :

Dan Trachtenberg et Disney pourront se targuer d'avoir infléchi le cours de l'histoire de la saga "Predator", et de l'avoir fait dévier de sa trajectoire de thriller SF sérieux. Même si en réalité, il n'y a qu'un seul film qui vaut le détour et il a été réalisé il y a 40 ans. Ce n'est pas le premier cinéaste à avoir produit des navets dans ce cadre, pensées émues pour les contributions de Paul W. S. Anderson et Shane Black, mais en l'espace de quelques années il est devenu soudainement envisageable d'intégrer un predator dans une franchise du divertissement grand public et presque familial.

Si l'on accepte ce postulat, "Predator: Badlands" peut se concevoir comme un film mauvais mais pas désagréable à suivre. Entre les clichés du registre "buddy SF movie", les emprunts plus ou moins directs à d'autres films à l'intérieur et à l'extérieur de la franchise (il y a des plagiats jusque chez "Alien", avec notamment le combat final bestiole / grosse machine), et l'hérésie consistant à faire d'un predator une créature capable de ressentir des émotions telles que la compassion, le plat est bien gratiné. C'est nul, aucun doute, et les dialogues sur-explicatifs ainsi que les interactions sous forme de drama familial au sein de la fratrie predator (daddy issue included) sont là pour nous le rappeler avec force en introduction et en conclusion, dimension mercantile incluse annonçant la suite dans les dernières secondes façon Marvel. Mais malgré tout, on sent que des gens se sont amusés à composer la planète hostile avec toutes ses bestioles méchantes, avec les outils CGIs de son temps. On se prendrait presque à rigoler des mésaventures du protagoniste, si seulement on nous avait épargné ce second degré très désagréable et ce contraste disgracieux avec la loquacité du demi-androïde joué par Elle Fanning.

Des gens qui font joujou avec une mythologie, voilà un bon résumé de ce film inconséquent mais pas aussi déplorable que ce qu’on aurait pu imaginer.

13 jours, 13 nuits
6.4
16.

13 jours, 13 nuits (2025)

1 h 52 min. Sortie : 27 juin 2025. Action, Thriller, Guerre

Film de Martin Bourboulon

Morrinson a mis 3/10.

Annotation :

Le fameux film inspiré de faits réels parfaitement prévisible sur le plan cinématographique, jouant sur les mêmes ressorts éculés, affichant les mêmes figures de la virilité masculine au sein des corps militaires, avec en prime des faiblesses d'interprétations catastrophiques si l'on excepte celle de Roschdy Zem dans le rôle principal inspiré du commandant Mohamed Bida — l'auteur du livre adapté ici. Le sujet est bon comme souvent, les derniers jours de Kaboul avant le départ des troupes américaines, et en l'occurrence l'évacuation des dernières personnes réfugiées dans l'enceinte de l'ambassade de France tandis que les talibans reprennent la ville. La fameuse débâcle d'août / septembre 2021.

Moins intéressant que sa page Wikipédia, glorifiant toujours les mêmes figures (les occidentaux), anonymisant toujours les mêmes foules (ici des hordes d'afghans mis en scène comme une invasion zombie aux portes de l'aéroport), avec des effets de suspense plutôt infâmes (le coup du bus qui ne passe pas sous un portique). Lyna Khoudri peine à faire exister son personnage de traductrice improvisée, celui de la journaliste interprétée par Sidse Babett Knudsen semblent greffé ex nihilo sans qu'on sache trop pourquoi, et l'ensemble tire vers le film catastrophe assez déplaisant. Le spectacle des masses humaines contenues par des bidasses du haut de leurs murs barbelés ne brille pas par sa dignité. Conforme au genre de mauvais film français — inspiré de son équivalent états-unien — auquel on pouvait parfaitement s'attendre.

Dragons
6.4
17.

Dragons (2025)

How to Train Your Dragon

2 h 05 min. Sortie : 11 juin 2025 (France). Action, Aventure, Fantastique

Film de Dean Deblois

Morrinson a mis 3/10.

Annotation :

"How to Train Your Dragon" de Dean Deblois est un remake presque plan par plan de "How to Train Your Dragon" de Chris Sanders et Dean Deblois 15 ans plus tard, en substituant aux images de film d'animation des images en prises de vue plus ou moins réelles désormais appelées live-action. Problèmes : j'ai découvert la première version il y a moins de deux ans et j'avais beaucoup aimé — donc mes souvenirs sont très clairs ; mais surtout, le récit d'apprentissage au format dessin animé permet des expressions de naïveté qui deviennent totalement rédhibitoires quand on les passe telles quelles en format réel.

La sensation de copier-coller est tellement forte que j'ai eu l'impression de revoir des séquences entières et de retomber sur des dialogues identiques. Et puis franchement, voir Gerard Butler en patriarche du clan et papa du héros, on ne peut pas appeler ça de la valeur ajoutée. À la différence de la présence de Nick Frost, mais qui est largement sous-exploitée. Tout ce qui était mignon sous le trait du dessin devient grotesque sous le poids d'une interprétation défaillante, car aucun des jeunes acteurs n'est à la hauteur. L'ensemble migre vers le récit d'apprentissage lourdaud, avec la sensation de surligner chaque point de détail moral dix fois trop. La révolte pacifique contre le tropisme barbare viking ne fait aucun sens dans ces conditions. Et plus inquiétant, énième pièce d'un schéma qui commence à s'implanter durablement dans le paysage contemporain : la stérilité créative conduisant à ressortir des vieux plats congelés. L'originalité s'est entre-temps évanouie.

Le Jour des rois
6.4
18.

Le Jour des rois (1991)

1 h 33 min. Sortie : 20 mars 1991. Comédie dramatique

Film de Marie-Claude Treilhou

Morrinson a mis 4/10.

Annotation :

On reconnaît ici assez vite la Marie-Claude Treilhou de "Un petit cas de conscience", avec cette fibre rohmérienne dans la direction d'acteur (d'actrices, surtout) faisant la part belle à d'interminables dialogues et à une succession de scènes d'un intérêt relativement modéré (si l'on n'accroche pas au style et au concept, bien entendu). J'ai toujours été habitué aux films de la réalisatrice du sud-ouest empreints d'une culture locale, relativement confidentiels, avec quasiment des inconnus au casting. Aussi c'est une vraie bizarrerie pour moi de la voir diriger des personnalités comme Danielle Darrieux, Micheline Presle (dans un double rôle), Paulette Dubost, Robert Lamoureux, ainsi que Michel Galabru (dans un petit rôle), rien que ça !

La portée de ce "Le Jour des rois" (visionnage de circonstance, galette à l'appui) se dessine lentement, portrait d'un quatuor de sœurs d'âges avancés exhibant différentes tares, différentes peurs. Tout en douceur, Treilhou semble nous dire que ce n'est pas folichon de vieillir. Renforcé par la constitution de la distribution avec ses anciennes stars du milieu du siècle dernier, on a l'impression de regarder un film de l'époque de nos grands-parents alors que c'est davantage un film sur nos grands-parents dans les années 1990... Ces coiffures, ces vêtements, ces papiers-peints, ces intérieurs chargés en mobilier sombre. Et aussi, bien entendu, plus directement, ce racisme contre la culture chinoise, ces pérégrinations au cimetière, ces maisons de retraite, etc. J'aime bien comment derrière une narration fluide et douce, des portraits assassins se dévoilent, l'air de rien, que ce soit dans les blessures des uns ou dans les rancunes des autres. Une forme de cynisme qu'on ne voit pas vraiment venir. Beaucoup de travers émergent au fil du film, qui s'avèrera, malgré tout, particulièrement interminable avec ces dialogues sur rien qui durent une éternité — c'est volontaire évidemment, mais usant, aussi.

Maudite Aphrodite
6.6
19.

Maudite Aphrodite (1995)

Mighty Aphrodite

1 h 35 min. Sortie : 14 février 1996 (France). Comédie, Romance

Film de Woody Allen

Morrinson a mis 4/10.

Annotation :

J'en arrive à un point, proche de mon quarantième film réalisé par Woody Allen, où certaines de ses productions ressemblent étonnamment à une parodie d'elles-mêmes, avec une concentration en clichés de son style assez hallucinante. Toujours le même personnage, les mêmes névroses, les mêmes élocutions, les mêmes contrastes, les mêmes invraisemblances psychologiques. Toujours les mêmes musiques. Toujours les mêmes milieux sociaux en toile de fond. Toujours les mêmes types de résolution. Du moins, pour un sous-ensemble de sa filmographie, que je positionnerais autour de la décennie 1990 élargie de quelques années.

Pourtant on peut imaginer que si c'est le premier film d'Allen qu'on voit, on doit pouvoir être happé par le souffle permanent qui entraîne les personnages du point de départ au point final, sans aucune halte. Des torrents de dialogues pour donner une emprise sur toutes les tares de tout le monde, mais surtout une situation cocasse qui pourrait constituer les prémices d'une bonne comédie si on était sensible à son originalité éventuelle : le père d'un enfant adopté se met en tête de retrouver la mère biologique, il découvre qu'elle est prostituée / actrice porno et souhaite influer positivement sur sa vie, et la conclusion pose une situation miroir avec deux adultes parents de l'enfant de l'autre.

Il faudra évidemment en passer par l'interminable description des mêmes milieux bourgeois et intellectuels, sans doute la chose la plus assommante chez Allen — après sa propre interprétation qui n'a pas varié d'un iota à travers les âges. Pas ultra fan du portrait un peu misogyne de la femme interprétée par Mira Sorvino, déçu par la prestation mineure d'Helena Bonham Carter et de Peter Weller, et franchement agacé par le parti pris baroque du film consistant à placer une troupe de chœur antique un peu partout par le film en guise de narrateur original. On a connu Woody plus corrosif, plus drôle, plus pertinent.

Fleur pâle
7.2
20.

Fleur pâle (1964)

Kawaita hana

1 h 36 min. Sortie : 31 mai 2023 (France). Drame, Policier, Film noir

Film de Masahiro Shinoda

Morrinson a mis 5/10.

Annotation :

La frustration générée par un tel visionnage est intense. Masahiro Shinoda est un réalisateur que j'aime beaucoup, et explorer les débuts de sa carrière avec "Fleur pâle" m'intriguait beaucoup. Grosse (mais relative) déception devant cette découverte, film noir appartenant à la Nouvelle Vague japonaise de son époque, et plus précisément, je l'ai appris grâce au présent film, au mouvement de renouveau impulsé par la société de production Shochiku. Non pas que le mouvement me pose un problème dans ses intentions ou dans sa globalité, mais je trouve que le présent film coche beaucoup de cases dans la catégorie "clichés du genre qui me rebutent".

Malheureusement l'esthétique ne fait pas tout : dommage car "Fleur pâle" brille par l'acuité extrême de sa photographie, avec son noir et blanc typique de ces production japonaises des 60s, contrastes acérés, jeux de lumières envoûtants, et cadrages métronomiques pour découper les visages autant que les lieux. J'adore. Le grand souci me concernant, c'est qu'en regard de ce travail incroyable sur la forme, la narration s'effectue le long d'un scénario extrêmement elliptique, flottant, dans une direction proche de l'inconsistant tout à fait désagréable.

Pourtant les prémices sont séduisantes, l'ex-yakuza sortant de prison après un homicide commis pour son clan, la découverte de l'effet du temps et des changements sociétaux (jusque dans les codes moraux et les magouilles entre clans), la fascination pour une jeune femme qu'il rencontre dans son cercle de jeux illégaux — un tabou pour l'époque, objet de censure tellement les paris étaient considérés comme illégaux et immoraux. Ryô Ikebe a la classe dans le rôle principale, Mariko Kaga a la classe dans celui de la femme mystérieuse, honnêtement les ingrédients de base sont parfait.

Mais de ce postulat classique assorti d'un habillage savoureux, le film n'en fera pas grand-chose. Chronique dévitalisée d'une dévitalisation, en quelque sorte... Le film joue la carte du mystère concernant les personnalités qu'il suit, mais il en découle une complexité trop évasive pour me plaire, pour m'accrocher. Un peu caricatural, un peu trop ostentatoire, l'impression d'être abandonné en chemin, qu’il manque un fil rouge — mais cette sensation est très probablement liée à l'absence d'écho avec le fond.

L'Histoire des canaux de Yanagawa
7.4
21.

L'Histoire des canaux de Yanagawa (1987)

Yanagawa horiwari monogatari

2 h 47 min. Sortie : 15 août 1987 (Japon).

Documentaire de Isao Takahata

Morrinson a mis 5/10 et a écrit une critique.

Annotation :

Il fallait vraiment un cinéaste de la trempe (et de la réputation) d'Isao Takahata pour parvenir à éveiller un minimum de curiosité concernant un obscur documentaire de 2h50 entièrement dédié au système de canaux d'une petite ville japonaise paumée au nord-ouest de l'île de Kyūshū... "L'Histoire du canal de Yanagawa" passe donc près de trois heures à parcourir les centaines de kilomètres de cours d'eau artificiels qui forment un quadrillage dense de la région, lui autorisant le surnom de "Venise de l'Orient". Le format documentaire en prise de vues réelles pourra fortement dérouter de la part de Takahata (avec en prime Hayao Miyazaki du côté de la production, fort de son récent succès commercial avec "Nausicaä de la Vallée du Vent" et rendant possible ce genre de projet pas très bankable), dont ce sera l'unique incursion en dehors des sentiers animés — on relève de temps à autre de petites séquences dessinées à visée très pédagogique, pour expliquer le fonctionnement et l'utilité de différents mécanismes de régulation des courants, mais cela reste extrêmement marginal dans l'ensemble.

Segmenté en une dizaine de chapitres navigant à travers les procédés, les lieux, les usages, les époques, les interactions écologiques, les mythes et les politiques, le documentaire alterne entre de nombreuses tonalités. Une forte contextualisation historique structure bien sûr le projet, avec les origines aux XVIe siècle entièrement dédiées à l'irrigation des champs à partir du fleuve voisin jusqu'à la vocation presque touristique d'aujourd'hui (du moins l'époque contemporaine du film, les années 1980). Les voix off sont omniprésentes pour décrire les coutumes, les croyances ancestrales, mais ce qui sauve le film de l'ennui trop préjudiciable tient à la présence soutenue de témoignages glanées un peu partout, que ce soit pour expliquer la prévention des inondations, les intempéries passées, et tous les efforts consentis par la population locale pour entretenir cette infrastructure hors-norme et préserver une partie de son patrimoine.

Limonov, la ballade
5.9
22.

Limonov, la ballade (2024)

Limonov, The Ballad of Eddie

2 h 18 min. Sortie : 4 décembre 2024 (France). Biopic, Drame, Historique

Film de Kirill Serebrennikov

Morrinson a mis 3/10.

Annotation :

Ça y est, je crois que je suis arrivé à un point de non-retour avec Kirill Serebrennikov. Son outrance stylistique caractérisée avait passé l'épreuve du tolérable lors de la première découverte avec "Leto" et avec le visionnage plus tardif de "L'Adultère" (plus confidentiel, moins excessif mais tout autant structuré par son maniérisme formel), mais là, toutes les digues ont cédé. Son portrait d'Édouard Limonov empeste le biopic pop et tape-à-l'œil à des kilomètres, sans laisser aucun temps à la respiration (ou évidemment à la mesure, mais ça on peut arguer que c'est de l'ordre du parti pris), en nous maintenant la tête sous l'eau vaseuse de sa narration digne d'une version slave du Guy Ritchie des plus mauvais jours. À partir d'une vingtaine de minutes, déjà, le temps semble terriblement long, et le matraquage musical à coup de Velvet Underground et Sex Pistols finirait presque par me les faire renier...

Serebrennikov s'amuse beaucoup à dépeindre cette personnalité de poète exalté, mi-militant révolutionnaire communiste, mi-dandy anarchiste néo-fasciste. Clairement la page Wikipédia de Limonov fait rêver, écrivain soviétique puis français et enfin russe, dissident politique puis fondateur et chef du Parti national-bolchévique, il est en plus passer par tout un panel improbable de boulots — sans-abri, domestique à New York, journaliste à Paris, milicien pro-serbe, combattant auprès des forces séparatistes russes dans le Donbass... Personnage historique intéressant de manière objective, mais difficile d'encaisser un tel biopic faisant de lui un homme aussi cool dans la rébellion alors qu'il a quand même fini bien salement. Après on peut apprécier la prestation de Ben Whishaw, choix de casting surprenant mais qui ne s'en sort pas si mal dans ce registre intense, au gré des époques, des perruques, etc. J'ai ri en voyant le trio Sandrine Bonnaire / Céline Sallette / Louis-Do de Lencquesaing comme caution intellos français au cours d'une scène toute pourrie, et c'était drôle de voir Emmanuel Carrère as himself.

Les jalons du prêt-à-penser : "In the West, everything is permitted but nothing matters. Here is the opposite : everything is forbidden, but everything matters." Finalement, trop d'ambiguïtés recherchées nuit à l'ambiguïté elle-même. Trop kaléidoscopique et informe, artificiel, oubliant totalement le politique sous couvert de parler d'art. Un peu trop cynique à mon goût.

The Annihilation of Fish
-
23.

The Annihilation of Fish (1999)

1 h 48 min. Sortie : 1999 (États-Unis). Romance

Film de Charles Burnett

Morrinson a mis 4/10 et a écrit une critique.

Annotation :

La carrière de Charles Burnett est assez passionnante et raconte un peu l'histoire (du cinéma) des États-Unis du dernier quart du XXe siècle avec des formes d'expression très diversifiées. Non pas que ses films soient des indispensables, des chefs-d'œuvre, ni même des choses hautement recommandables, mais disons qu'il en résulte un tableau de la condition afro-américaine attachant et intéressant. Il est passé par la case 100% chronique sociale à forte consonance auteurisante (un peu trop à mon goût) avec "Killer of Sheep" (1977), il a fait un petit pas de côté avec une tragicomédie familiale grâce à "My Brother's Wedding" (1985), il a proposé une réflexion sur la mauvaise conscience de sa classe dans "To Sleep with Anger" (1990), il s'est penché sur la corruption au sein de l'institution policière dans "The Glass Shield" (1994)... Ne serait-ce que sur ce sous-ensemble de sa filmographie qui compte une vingtaine de longs-métrages, la variété des approches et des tonalités est déjà notable.

C'est donc sans réelle surprise qu'on découvre comment "The Annihilation of Fish" apporte une touche encore différente et complémentaire au tableau, en portant un sujet relativement original. La chronique d'une romance qui paraissait impossible entre deux grands solitaires excentriques et atteints de troubles psychiatriques plus ou moins importants : d'un côté, Lynn Redgrave dans le rôle de Poinsettia, s'imaginant être la promise du compositeur italien Giacomo Puccini (mort depuis près d'un siècle), et de l'autre James Earl Jones dans celui de Fish, veuf jamaïcain tout juste sorti d'un hôpital psychiatrique après qu'on lui a dit qu'il ne pourra pas être soigné de sa maladie s'apparentant à une sorte de trouble du stress post-traumatique. Les deux sont présentés comme profondément incompatibles et instables, et pourtant le hasard les réunit comme locataires chez une même propriétaire de Los Angeles.

Suite
https://www.senscritique.com/liste/Top_films_1999/354079?page=3

Les 4 Fantastiques - Premiers pas
5.7
24.

Les 4 Fantastiques - Premiers pas (2025)

The Fantastic Four: First Steps

1 h 55 min. Sortie : 23 juillet 2025 (France). Action, Fantastique, Science-fiction

Film de Matt Shakman

Morrinson a mis 1/10.

Annotation :

Nullité abyssale aux confins de l'univers du blockbuster fantastique, épisode 37. Énième reboot, énième tentative de faire quelque chose de différent tout en reprenant les mêmes ingrédients frelatés, les mêmes enjeux de fin du monde dont on se contrefout, les mêmes grands méchants destructeurs d'univers dont l'anéantissement est réglé en 5 minutes à la fin du film sur la base d'un plan abominable de connerie. Niveau de pénibilité maximal avec cet opus qui nous introduit l'argument de la parentalité, puisque Pedro Pascal et Vanessa apprennent dans une scène introductive magique de bêtise qu'ils sont parents. Pragmatisme, responsabilités, etc. Et donc après l'irruption d'un méchant secondaire de type surfeuse argentée d'intérêt nul, l'équipe des gentils part à l'autre bout de la galaxie rencontrer le grand méchant (on peut reconnaître la voix de Ralph Ineson), ce dernier leur demande évidemment le bébé en échange de la survie de la planète Terre, ce qui est censé constituer un dilemme moral incroyable... Pitoyable, jusque dans la mise en scène de la colère des humains qui protestent (5 minutes) contre les super-héros ne voulant pas abandonner leur progéniture, ces derniers mettant en place une super stratégie pour que tout rentre dans l'ordre, avec un plan B et tout et tout. Le petit vernis gratuit et inutile supplémentaire ici : on est dans les années 1960 en mode rétro-futuriste (mais surtout rétro-publicitaire), élément du multiverse opportuniste qui permet de faire abstraction de tout ce qui a déjà été montré dans cette interminable série de films. On a droit à un accouchement en pleine action au bord d'un trou noir avec blague de rigueur proférée par la principale intéressée entre deux contractions, les thématiques du sacrifice et du paria évoqués 30 secondes à droite à gauche comme d'habitude, histoire d'annihiler définitivement toute sensation d'urgence face à une potentielle fin du monde qui n'a jamais eu aussi peu d'impact sur le visionnage. On se fout tellement de tout... Chapeau bas.

Les Survivants
6.2
25.

Les Survivants (2022)

1 h 34 min. Sortie : 4 janvier 2023. Drame, Thriller

Film de Guillaume Renusson

Morrinson a mis 3/10.

Annotation :

Finalement le plus grand problème du premier long-métrage de Guillaume Renusson, et toutes les maladresses et autres agacements qui en découlent, tient juste au fait qu'il s'agit d'une émanation du cinéma de genre plus qu'un véritable thriller à composante sociale. Une série B un peu de luxe, avec Denis Ménochet en tête de gondole qui n'a vraiment pas besoin de forcer pour suggérer ses différentes humeurs — un peu limitées ici, par le fait que le scénario en fait un personnage taillé à la serpe, papa pas heureux, traitant pas bien sa fille sauf à la toute fin, trouvant dans la migrante paumée dans les montagnes enneigées le moyen de se racheter et de survivre avec elle. Dans le rôle de cette dernière, d'ailleurs, on reconnaît l'actrice iranienne Zar Amir Ebrahimi vue récemment dans "Les Nuits de Mashhad" et "Tatami".

Malgré tous les efforts pour ne pas montrer ou dire beaucoup de choses (par exemple il faudra attendre un moment avant de comprendre ce qui a handicapé le protagoniste, à savoir un accident de voiture ayant tué sa femme, le laissant dans un état de déprime avancé), c'est malgré tout un film très bourrin dans l'élaboration de son scénario et dans la caractérisation des personnages secondaires. On pense notamment au trio de fachos complètement débiles (certes, c'est réaliste, m'enfin, ça fait pas un bon film) qui semblent sortis d'un très mauvais film d'horreur à vouloir chasser du migrant comme du chevreuil. Avec ces beaux décors enneigés, cette incertitude sur les raisons de l'isolement de Ménochet, il y avait un bon potentiel, façon "Deliverance". Mais même l'hostilité de la nature locale n'est pas très bien rendue, cerise sur le gâteau d'une toile de fond déjà pas bien subtile ou bien jouée — franchement, on sait que Ménochet peut faire mieux, là c'est une catastrophe sa façon de dire à sa fille "touche pas à mes affaires" ou son revirement psychologique concernant la femme afghane. J'approuve totalement les influences de "Essential Killing" (Jerzy Skolimowski), mais on en reste très loin en termes de mystère, d'abstraction, d'immersion, de tension, etc. Trop le cul entre deux chaises, mélodrame sociopolitique et survival thriller d'action.

Le Chat potté
5.7
26.

Le Chat potté (2011)

Puss in Boots

1 h 30 min. Sortie : 30 novembre 2011 (France). Animation, Aventure, Comédie

Long-métrage d'animation de Chris Miller

Morrinson a mis 4/10.

Annotation :

Comme on me l'avait survendue, je suis sorti un peu déçu de cette histoire spinoffée de l'univers "Shrek" qui donne l'impression de bouffer à tous les râteliers en adaptant beaucoup trop de choses à la fois, contes, références ponctuelles, etc. C'est pourtant sur la base d'un capital sympathie non-négligeable qu'on s'embarque dans ces péripéties, d'une part car on débarque dans un univers relativement original, alors que la mode est au recyclage tous azimuts, et d'autre part car l'idée de faire du protagoniste un chat aux comportements mêlés de réels et d'imaginaire n'était pas tout à fait à côté de la plaque.

Même si de nombreux pans entiers semblent greffés à la va-vite (genre l'incursion du côté de "Jack et le haricot magique" sort vraiment de nulle-part quand même), cela n'empêche pas "Puss in Boots" de multiplier les petites séquences marrantes, et ce pourrait presque constituer un objectif suffisant en soi. En tous cas, tout ce qui est rajouté pour donner un semblant de liant est souvent raté — le pire étant très clairement cette histoire de vengeance fomentée par l'œuf Humpty Dumpty, suivie d'un bon gros laïus sur la faute rachetée, etc. Bien lourdingue. On sent aussi que certains éléments auraient pu être davantage exploités, comme le poussin aux œufs d'or et sa maman, voire même le couple de méchants Jill & Jack. Le rapport entre Antonio Banderas et Salma Hayek est pas trop mal ficelé, avec cette séduction débile chez l'un et incertaine chez l'autre, avec énormément de travail au niveau des dialogues et des centaines de références à la culture populaire.

Black Dog
7.2
27.

Black Dog (2024)

Gou Zhen

1 h 50 min. Sortie : 5 mars 2025 (France). Drame, Road movie

Film de Guǎn Hǔ

Morrinson a mis 4/10.

Annotation :

Je trouve que "Black Dog" flatte pas mal l'image que l'on peut avoir du cinéma chinois indépendant contemporain que l'on retrouve à l'export sur les marchés occidentaux. On commence quand même à connaître assez bien le procédé, à savoir calquer une histoire lambda sur une charpente métaphorique afin de proposer un récit des mutations du pays. En ce sens, ce que propose Guan Hu peut provoquer une certaine frustration, en lien avec le manque d'originalité de la démarche globale.

Le cadre global : les Jeux olympiques d'été de 2008 approchent, et dans une ancienne ville industrielle aux portes du désert de Gobi, il faut débarrasser les lieux de ses hordes de chiens errants (ainsi que de ses vieux quartiers résidentiels), image donnée à l'international oblige. Le protagoniste, Lang, sort de prison et s'investit dans les patrouilles locales chargées de la besogne en même temps qu'il affronte les conséquences de ce qui l'a conduit en prison — on apprendra que la mort d'une personne est en question, homicide involontaire, mais toujours de manière très vaporeuse, indirecte. C'est un style à part entière, qui rejoint la narration de l'ensemble, très silencieuse, à mettre aussi en lien avec la relation d'amitié qui se noue entre l'homme et le chien le plus recherché du coin — on voit venir très clairement la parallèle entre les deux solitaires, et en quelque sorte leur aspiration commune à un nouveau départ.

Étrange sensation de côtoyer le héros, Eddie Peng, ancienne célébrité locale, cascadeur à moto et musicien apparemment, constatant que son environnement a beaucoup changé pendant son emprisonnement. On croise parmi les bandes secondaires le cinéaste Jia Zhangke dans un petit rôle de chef engagé dans la capture des chiens errants. On a droit à quelques très beaux plans de paysages désertiques peuplés de canidés tantôt menaçants, tantôt respectueux. Un peu trop contemplatif sans justification suffisante à mon goût, même si j'ai bien aimé les quelques notes de tendresse disséminées parcimonieusement.

La Sentinelle
7.1
28.

La Sentinelle (1992)

2 h 19 min. Sortie : 20 mai 1992. Drame, Thriller

Film de Arnaud Desplechin

Morrinson a mis 6/10 et a écrit une critique.

Annotation :

Aux origines de la carrière d'Arnaud Desplechin, on peut donc trouver ce curieux premier long-métrage étrangement hybride, contenant des maladresses assez classiques en matière de premières expérimentations, mais mêlant habilement des registres aussi disparates que la chronique d'une jeune bourgeoisie parisienne, le thriller d'espionnage durant la Guerre froide, et la romance impossible teintée d'étude sociale. Cette association d'ingrédients paraît improbable de prime abord mais la tambouille opérée dans "La Sentinelle" les incorpore progressivement, en partant d'une atmosphère ouvertement mystérieuse, pour évoluer vers un pragmatisme surprenant entre les deux blocs est / ouest au début des années 1990.

Emmanuel Salinger interprète le personnage central d'un étudiant en médecine et fils de diplomate entraîné malgré lui dans une affaire dont il ne cerne aucun des enjeux dans un premier temps. Lors d'un voyage en train entre Allemagne et France, prétextant une incohérence de visa, un homme menaçant aux intentions indéterminées le menace dans un wagon avant de disparaître. Un peu plus tard, dans sa chambre d'hôtel, il découvrira une tête humaine momifiée, le laissant dans un état second avant de reprendre ses esprits et s'engager on ne sait pas trop pourquoi (probablement le point faible du film, en déficit de contextualisation psychologique au sujet de la non-restitution immédiate à des autorités) dans la recherche de l'identité du défunt. Une enquête qui passera autant par les laboratoires de la médecine légale, exploitant opportunément le cadre de ses études, que par les agents de la DGSE, l'exécution froide et analytique d'un agenda politique, et une recherche de la vérité aux relents allégoriques partagés entre l'insoupçonné et le maladroit.

Suite
https://www.senscritique.com/liste/Top_films_1992/373218

Le Baiser de la femme-araignée
7
29.

Le Baiser de la femme-araignée (1985)

Kiss of the Spider Woman

2 h. Sortie : 6 juin 1985 (France). Drame

Film de Hector Babenco

Morrinson a mis 2/10.

Annotation :

Très irritant condensé de l'académisme cinématographique option théâtralité que je déteste. Récit dont on perçoit les grosses ficelles de la taille de poutres à des kilomètres, avec une écriture grossière de ses deux personnages enfermés dans une même cellule et qu’absolument tout oppose. William Hurt est une décorateur homosexuel enfermé pour ses mœurs, Raúl Juliá est un opposant politique emprisonné pour ses idées, et les voilà réunis sous le joug d'une même dictature sud-américaine. Sans surprise aucune, le film passe par différents passages obligés, d'abord le rejet, puis l'amitié, puis la manipulation, puis la tragédie. Le rapprochement à l'œuvre entre les deux est d'une artificialité sans nom, les histoires racontées par Hurt à partir de scénarios de films des années 1950 sont pénibles à souhait, la persécution de Juliá ne se fait qu'au travers de clichés jamais étayés (ce qui en fait une figure trop abstraite pour être intéressante), pour en définitive aboutir sur un discours sirupeux à souhait sur l'amitié au-delà des différence. La torture telle qu'elle est mise en scène dans "Le Baiser de la femme araignée" empeste l'absence de réalisme, les convictions politiques ne nourriront qu'un imaginaire creux, la solitude exploitée par les institutions pénitentiaire et policière semble dépourvue de vie. Le récit de confiance et de sacrifice souffre de toutes les limitations imaginables lorsqu'on pense à un film presque entièrement basé sur des dialogues, avec un huis clos terriblement vide. La démonstration a particulièrement mal vieilli, et le drame psychologique fait vraiment beaucoup de peine avec ses torrents de sentimentalisme de supermarché. Formatage en règle.

Les Magnétiques
6.7
30.

Les Magnétiques (2021)

1 h 38 min. Sortie : 17 novembre 2021. Drame

Film de Vincent Maël Cardona

Morrinson a mis 4/10.

Annotation :

Déjà vu, déjà vu, déjà vu, mais néanmoins pas foncièrement désagréable à regarder. Énième film se plaisant à revivre une atmosphère du passé plus ou moins récent, en l'occurrence le début des années 1980, introduit par l'élection de Mitterrand. Énième film ne racontant pas grand-chose d'intéressant mais le racontant plutôt habilement, c'est-à-dire ici, à la croisée des genres, une chronique familiale, un récit de service militaire, une éducation sentimentale, et bien d'autres. Ce qui constitue l'unique point de singularité du film de Vincent Maël Cardona tient à la particularité du protagoniste : il est très doué pour le mixage analogique, avec entre autres des cassettes.

Grand paradoxe du film, qui place pourtant l'entièreté du récit dans cette décennie : il y a une sorte de fétichisme pour l'époque, avec ses objets aujourd'hui disparus du genre walkman, mais finalement cela donne l'impression de ne constituer qu'une enveloppe formelle d'appoint. L'impression qu'on ne nous livre pas tout le potentiel des enjeux présentés : c'est tout particulièrement le cas vis-à-vis des compétences ahurissantes du héros dans "Les Magnétiques", génie de la composition audio expérimentale (d'ailleurs on est à la limite de l'anachronisme, m'enfin passons) mais qui ne donnera lieu qu'à deux petites séquences de démonstration, et puis c'est tout. Le gars avait pourtant l'occasion de proposer beaucoup plus, mais à mon sens le film perd beaucoup en choisissant cette voie du portrait du jeune adulte taiseux tentant enfin, péniblement, de prendre sa vie en main.

Beaucoup de clichés de cinéma, et très peu de matière — par exemple le thème des radios pirates, de ce que le changement politique de 1981 a provoqué, est totalement survolé. Le film y préfère des petites vignettes narratives, le service militaire, le garage du père, la crise du grand-frère, la flamme qu'il ne sait pas déclarer, etc. À l'image de l'excursion à Berlin-Est, on est vraiment dans l'illustration plate. Pourtant j'ai pas été outré par l'interprétation du trio de tête, Thimotée Robart Marie Colomb / Joseph Olivennes. Mais tout ça est bien trop unidimensionnel, linéaire, et un peu trop zélé dans sa rétrophilie — j'aime bien Camera Silens, The Undertones, Iggy Pop, Gang of Four, mais ici aussi c'est du cliché.

Morrinson

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