Nick Corey, passées les scènes d’exposition, où le lecteur constate son ménage calamiteux et l’apparent poids de sa fonction de shérif, ne fait plus illusion.C’est une crapule indécrottable de son petit bourg tirant profit de chaque situation et de chaque personne qu’il croise. Sa façon de faire régner l’ordre, de manipuler ses semblables et de s’en accommoder fait autant froid dans le dos qu’elle suscite un questionnement sur ses victimes pas tellement avisées (si ce n’est Rose mais trop tard) de l’Amérique profonde. L’écriture de Jim Thompson, choisissant idéalement Nick Corey comme narrateur, joue sur le fait que sa fausse candeur de représentant de la loi a parfois de bonnes raisons. Fausse impression totale sur le bonhomme et sa façon détestable de gérer les gens et les événements. Tout le talent de Thompson est dans cette réalité alternative où la crapule se justifiera dans les ultimes pages. Une fin jugée mauvaise par certains lecteurs mais statuant définitivement sur l’identité abjecte de Corey. Pottsville, 1280 habitants ( titre de la traduction intégrale) est un livre retors, défiant les apparences et portant la figure du coquin jusqu’à son paroxysme. Ne pas lire le livre si on s’attend à une récréation mais être prêt à emprunter l’itinéraire d’un homme dont les bassesses sont devenues des revendications à temps complet. Vertigineux.