14, Jean Echenoz, Éd. Minuit
Cinq hommes partent à la guerre. La grande, celle de 14. Ils se connaissent tous. Chacun n'aura pas le même sort, aucun ne reviendra indemne. Le pourraient-ils d'ailleurs ? Près de Nantes, une femme attend le retour de deux d'entre eux.
Jean Echenoz ne s'attarde pas trop sur la guerre : il sait en quelques lignes décrire la puanteur des tranchées, la peur des soldats, les obus qui tombent tranchant têtes et bras, sans pathos, sans hémoglobine. Effectivement quoi dire qui n'ait déjà été dit sur cette guerre ? Il ne peut rien inventer, collant à la réalité. Alors, il le dit différemment, avec ses mots et ses si jolies phrases. Il use parfois d'un style léger pour raconter une mort, pour faire un inventaire de tous les animaux que l'on découvre mangeables -ou qui grignotent les soldats- alors qu'en temps de paix, il ne serait venu à l'esprit de personne de les avaler. Des paragraphes qui allègent le propos, lourd forcément mais jamais insupportable ni lourdingue. Des faits, rien que des faits, avec parfois des tournures humoristiques pour dire l’horreur et la difficulté des gueules cassées à retrouver une vie normale.
Un extrait pour finir qui dit simplement ce qu'a été ce début de guerre que tout le monde croyait facile et gagnée en quinze jours. Comment des jeunes hommes, ruraux pour la plupart, avec peu d'instruction, ont pu à un moment se faire violence pour aller au combat et tuer un ennemi guère plus enclin à tuer que lui ni plus guilleret au moment d'attaquer : "Dès lors il a bien fallu y aller : c'est là qu'on a vraiment compris qu'on devait se battre, monter en opération pour la première fois mais, jusqu'au premier impact de projectile près de lui, Anthime n'y a pas réellement cru. Quand il a été bien obligé d'y croire, tout ce qu'il portait sur lui est devenu très lourd : le sac, les armes, et même sa chevalière sur son auriculaire, pesant une tonne et n’empêchant nullement que s’éveillât encore, et plus vivre que jamais, sa douleur au poignet."
Un texte concis, dense, épuré. Tout ce que j’aime en littérature.