Cette biographie de Colomb est écrite non par une historienne de formation mais par une agrégée d’espagnol, enseignante à la Sorbonne. Cet ouvrage a l’avantage d’être clair et très agréable à lire. Mais il n’y a pas de révélations fracassantes à en attendre, tout simplement car les sources sur Colomb restent limitées. On sait par exemple très peu de choses sur son enfance et sa jeunesse, réduites ici à quelques pages, par manque de sources. Même sa date de naissance n’est pas certaine…Les écrits de ses 1ers biographes, son fils Fernand et Bartholomé de Las Casas, sont bien postérieurs au navigateur et les quelques écrits de Colomb lui-même (dont son fameux journal de bord) doivent aussi être pris avec prudence. Pas facile donc d’aborder ce personnage essentiel, un marin d’exception qui, en se trompant en 1492, a révolutionné notre vision du monde. Un homme persuadé d’être investi d’une mission chrétienne. Il voulait se rendre en Asie en partant droit vers l’Ouest, persuadé que l’Europe et l’Asie étaient séparées par « une mer de petite dimension » …Il s’est mis pour cela au service des Rois Catholiques espagnols, Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille. Sa vision du monde est directement inspirée du Moyen-Age : on sait l’influence que les récits de Marco Polo, par exemple, ont eu sur lui. L’auteure nous dresse donc le portrait d’un homme « (…) dominé par ses vastes lectures qui lui ont (…) donné une profondeur intellectuelle absolument stupéfiante, mais l’ont aussi empêché d’aller plus loin dans ses découvertes ». Colomb n’a jamais voulu (ou pu) admettre qu’il n’avait pas mis les pieds en Asie, alors que tout démontrait le contraire. Il s’est révélé en plus un piètre administrateur des territoires qu’il avait découverts, les révoltes des populations locales se sont vite multipliées, ses ordres n’étant pas respectés par ses hommes. Il s’est vite retrouvé en disgrâce auprès des souverains espagnols et Marie-France Schmidt nous explique parfaitement l’injustice de cette disgrâce, les droits et titres obtenus par Colomb dès 1492 étant peu à peu remis en cause par Ferdinand et Isabelle. Ce sont souvent d’anciens compagnons du 1er voyage qui se sont employés à discréditer Colomb auprès du Roi et la vieille noblesse espagnole ne l’a jamais accepté comme un des siens. Il aura quand même réalisé 4 voyages vers le Nouveau Monde au nom de l’Espagne et il a fini ses jours en 1506, juste entouré de son frère et ses fils, dans les difficultés certes mais très loin tout de même de la ruine parfois décrite dans certaines biographies. Un personnage passionnant et complexe mais qui garde sa part de mystère. Cette biographie récente est un bon moyen de l’aborder, même si de nombreux épisodes ne sont pas détaillés ou réduits à des hypothèses.