La Gloire de mon père

Avis sur Congo requiem

Avatar Jb_tolsa
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Saleté de monde consumériste. Moi qui avait perdu la foi en Grangé et ses thrillers mainstream, je me suis retrouvé à la veille de mon voyage en asie dans la librairie de l'aéroport face à la suite de Lontano, suite que je m'étais juré de ne pas lire. Faisant fi de cette promesse, et du prix ahurissant des best sellers mainstream 25€ -faut croire que certains ne connaissent pas la crise- je me voyais délesté d'une somme d'argent considérable (deux jours de vie en asie, hôtel compris).

Comme j'ai pu l'écrire dans ma précédente critique, l'idée pour Grangé de casser sa rythmique habituelle en développant une histoire sur deux opus était aussi avide que mauvaise : on se retrouvait avec plus de 800 pages remplies de vide auxquelles viennent s'ajouter ces 800 nouvelles pages. J'avais donc, pour résumer, très peu apprécié le livre, bien que le style érotico-dark était bienvenu.

Après lecture sous les cocotiers, force est de constater que j'avais tors. L'histoire récolte finalement les fruits de ces 800 pages introductives, en les développant intelligemment. Si la première partie du roman est très réussie en complétant l'enquête initialement bouclée par un voyage au Congo, Grangé réussit quand même à se viander sur la dernière partie et la réouverture de l'enquête :

**Le titre : **
Il laisse entendre au lecteur avisé que l'histoire se concentrera sur le passé africain des Morvan, et leurs conséquences sur le présent des membres du clan. Il est révélateur de l'intrigue, également, le mot "requiem" laissant présager une répétition de l'histoire, et donc du retour de l'homme clou. Si ce titre est bien choisi, contrairement à l'abstrait "Lontano", et en dévoile long sur les péripéties, il est également faux : seulement la première moitié du roman est située en grande partie au Congo et suit les péripéties des deux Morvan qui comptent vraiment : Grégoire et Erwan. Le reste sera le dur retour à Paris et à la réalité, à la fois pour l'auteur, le lecteur et les protagonistes.

L'enquête :
Initialement, il n'y a pas d'enquête, même si on sent bien au fur et à mesure qu'on va nous en inventer une. La première partie, centrée sur le passé sombre de Grégoire, est très réussie, et surfe sur le fait que l'auteur n'a plus à présenter les personnages et leurs aspirations. Grangé se recentre sur ce que le lecteur a envie de lire. Malheureusement, la seconde partie est un échec cuisant avec le retour à Paris, l'éclatement des histoires dans lequel Grangé part dans tout les sens avec tous ses personnages. Pire, alors qu'il pense les rassembler dans une fresque, une tragédie familiale, cet éclatement les dissocie encore plus les uns des autres. L'auteur va même jusqu'à balayer l'enquête du premier opus pour tout reprendre de zéro, et ce dans les toutes dernières pages, bâclant par là même la conclusion d'une enquête développée sur 1600 pages. Au final, il aurait peut être mieux valu laisser l'Homme clou où il était et se concentrer sur les origines.

L'ambiance :
Entièrement différente du premier opus, mais tout aussi intéressante, du moins dans sa première partie. On se sent vraiment en Afrique, voire même en plein temps de guerre. Les descriptions des horreurs sont maitrisées, pas ennuyantes pour un sou, et réellement effrayantes. Du Grangé comme on l'aime. Jusqu'en métropole on est touché par la moiteur de l'Afrique, et on sent le danger approcher.

L'éclatement des personnages :
Ce n'est plus le plus gros défaut du livre. Grangé arrive à redonner de l'épaisseur à ses personnages secondaires, sans rééquilibrer leur tenants et aboutissants. La solution : leur accorder moins de place. Encore une fois, le fait d'avoir 800 pages de description dans les pattes, çà aide. Par contre, fini les liens entre les uns et les autres. Chacun évolue dans sa partie délimitée de l'histoire. C'est moins incroyable, mais au moins çà fait le job. La vraie réussite est la place que prend le père, véritable héros de ce roman, allant jusqu'à écraser de sa présence ses enfants, qui n'agissent qu'en fonction de ses propres actions, ou pour rechercher la vérité sur ses origines.

Le moment où on a rien compris : (Spoiler grave)

C'est d'autant plus incroyable que Grangé aie l'audace de le zigouiller, au moment même où les choses atteignaient leur climax. C'est simple, après sa mort, plus rien ne va pour l'auteur, qui cherchera jusqu'au bout à combler le vide. Avec Erwan tout d'abord, l'héritier désigné qui perd au fur et à mesure en consistance pour finir muet (incroyable disparition du personnage qui jusque là, était le principal...), puis avec son frère Loïc, dont la transformation en guerrier n'est pas crédible une seconde. La soeur et la mère Morvan sont clairement sacrifiées, au propre comme au figuré, sans une once d'émotion pour le lecteur. Tant et si bien qu'on se demande pourquoi ce n'est pas arrivé plus tôt dans le récit que dans les dernières pages : l'auteur ne nous laisse même pas le temps d'être choqué. Le récit est donc complètement orphelin de son personnage principal, et part petit à petit à la dérive.

En conclusion, si je suis encore une fois très critique par rapport à l'oeuvre de Grangé, j'ai eu une expérience globalement très positive, j'ai passé un très bon moment sous les cocotiers avec ce livre. Si l'enquête et son dénouement n'est pas pour une fois la meilleure partie du livre, toutes la description d'un monde africain sauvage et en guerre vaut le détour et mérite amplement sa lecture. Pas son prix. Je me demande si "Congo Requiem" ne pouvait pas se suffire à lui-même ? Peut être pas, tant c'était un plaisir de retrouver les mêmes personnages.

Ma critique de Lontano ici :http://www.senscritique.com/livre/Lontano/critique/74948175

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