Dans les années 2000, je découvrais à travers mes livres, une forme d'Art que je ne connaissais pas : la Performance. Un art parfois obscur, conceptuel… On voyait des images de gars enfermés avec des coyotes, des gens qui découpaient les vêtements de Yoko Ono, des traversés de pneus, des actrices pornos (Annie Sprinkle) qui invitait le public à visiter le col de son utérus avec un spéculum, et mon préféré John Cage qui restait devant son piano sans jouer. C'était bizarre mais marrant. D'ailleurs, aujourd'hui, qu'est-ce qui différencie une véritable performance de ce que l'on voit défiler sur TikTok et Instagram ? À force d'être saturés d'images et de mises en scène destinées à capter l'attention, il devient difficile de saisir où s'arrête l'expression et où commence la simple débilité.
Mais l'Art de la Performance a amené une autre forme d'expression, le Body Art. Dans les années 60/70, des artistes comme Marina Abramović ou Chris Burden ont fait du corps un support d'expérimentation. Rhythm 0 en 1974, où Abramović s'abandonne totalement à son public et aux 72 objets qu'il peut utiliser sur elle, demeure une expérience radicale sur la violence et le consentement. Shoot (1971) de Burden, où il se fait tirer dessus par un assistant, pousse encore plus loin la réflexion sur la chair comme territoire artistique. Plus tard, Stelarc implante une oreille dans son bras, Orlan transforme son propre visage en oeuvre évolutive, etc… La chair est une oeuvre d'Art ? Ou un terrain de réflexion sur l'humanité ? Dans les années 90, on fera connaissance d'artistes comme Ron Athey, Rocio Boliver, Bob Flanagan, contemporain de l'oeuvre de Kathe Koja, qui pousse les corps à la souffrance, l'automutilation, on est presque dans le body horror. On peut supposer que l'auteure avait matière à l'imagination pour rédiger son récit.
Tess, sculptrice sur métal, rencontre Bibi, une danseuse magnétique, électrique, dangereuse. Entre elles, une attraction étrange, un besoin de repousser les limites, jusqu'à ce que l'Art et la souffrance se confondent. le corps devient une matière première, un terrain d'expérimentation, une obsession.
Pendant ma lecture, je pense à Cronenberg, à ses films comme Les Crimes du Futur ou Crash, je pense à Titane de Julia Ducournau, à Testuo de Tsukamoto, à The Substance de Coralie Fargeat, ou même encore à La Nuit des Morts-Vivants 3 de Brian Yuzna qui explorent cette même fascination pour les métamorphoses extrêmes, où la douleur devient une forme d'expression, un langage.
L'idée de Corps Outragés m'a immédiatement attirée : le body horror à travers la performance, un concept fascinant et radical. Mais voilà… le style d'écriture m'a freinée. Froid, mécanique, haché. L'intrigue ( quel intrigue?) a fini par m'ennuyer. Et je n'ai malheureusement pas tenu bon. Une autre fois peut-être. Je ne ferme pas définitivement la porte à Kathe Koja, je ré-essaierais plus tard ou un autre livre.