Ouvrage écouté dans sa version sonorisée proposée gratuitement en ligne par Radio Canada.
L'histoire de Faire les sucres est extrêmement simple, cliché et sans aucune variation imaginative : elle a bientôt quarante ans, pas d'enfant et une floppée d'amants ; lui approche de la cinquantaine, divorcé, et persuadé que sa souffrance (rien de grave, ne vous inquiétez pas) prime sur les émotions de tout le monde. Comme le couple est issu de la upper-class québécoise, ils en font tout un mélodrame bourgeois autour de la perte de sens dans leur vie. Suivre ces deux adulescents friqués incapables de toute communication est donc assez lourd, et je ne suis pas certaine que même un style époustouflant serait parvenu à compenser la médiocrité de tels personnages au statisme remarquable.
Là où cela devient énervant, c'est quand l'autrice nous offre en contrepoint l'histoire pas moins cliché d'une pauvre Noire américaine. Et lorsque la morale de l'histoire s'avère être le retour aux valeurs traditionnelles et de la famille, le propos devient carrément douteux. L'autrice a dû s'en rendre compte, avec son insistance sur le droit à l'avortement glissée in extremis dans le dernier chapitre - probablement pour ne pas avoir l'air trop trumpisto-barrèsienne. Cela procure néanmoins une couleur assez "réac" au texte, qui pourtant s'ouvre sur une citation féministe de Virginie Despentes, et se conclut avec une citation de Virginia Woolf comme un cheveu sur la soupe.
La version audio de Radio Canada m'a grandement aidee à aller jusqu'au bout de ce livre. Elle est très généreuse, avec environ une dizaine d'acteurs et plusieurs effets de sonorisation. Malgré tout ces efforts, les dernières heures d'écoutes étaient assommantes. Même si l'ouvrage a reçu le prestigieux Prix du Gouverneur Général 2021, ne vous infligez pas cela. Cette année-là, il n'y avait en fait pas de compétiteur du calibre habituel, les sorties d'ouvrages ayant été bousculées par la pandémie de COVID-19.