Qui ne veut nourrir le chat doit nourrir le rat.


Une bouffée de rage envahit Philomène. Il faudrait que ce salaud paye
tôt ou tard. Elle en faisait une affaire personnelle. Elle chercha des
paroles de réconfort. Sa gorge était nouée. Elle avait envie de
pleurer avec cette mère, la prendre dans ses bras pour la réconforter.
Mais quand on est policier, on ne se livre pas à de telles
familiarités. L'esprit embrumé par les émotions, Philomène enserra les
mains de la femme dans les siennes.
-Je vous promets de tout faire pour mettre l'assassin de votre fille hors d'état de nuire.



Petite anecdote:


J'ai rencontré l'auteur Patrick Nieto par hasard dans un magasin Cultura alors qu'il présentait ses deux ouvrages littéraires, le premier étant "Toutes taxes comprises" et son dernier "Funestes randonnées". Après un bref échange cordial et passionné sur différents ouvrages je finis par lui prendre ses deux livres(faut dire qu'il m'a bien vendu sa soupe) dont il me signa amicalement chaque exemplaire. Avant même le début de ma lecture le cadre des intrigues m'intéressait au plus haut point se passant toutes deux précisément dans mes communes, en Occitanie. Après moult hésitation je me suis finalement allègrement jeté sur son deuxième livre Funestes randonnées, qui m'intriguait au plus haut point avec son meurtrier.



Critique:



Funestes randonnées des EDITIONS CAIRN DU NORD AU SUD numéro 60, est un thriller policier qui au premier coup d'oeil semble n'avoir rien de bien extra ordinaire, pourvu d'une histoire dans un premier temps simpliste rappelant tant d'autre récit déjà paru, se démarquant malgré tout dans sa construction ainsi que sa conduite narrative fort en teneur. En effet, Patrick Nieto ne s'arrête que très rarement sur des détails secondaires et ne dérive jamais dans de longues descriptions à l'écriture vaniteuse, souvent rallongé, ralentissant affreusement l'intrigue. Cela a pour effet de créer un rythme constant à la tension palpable où les différentes péripéties se succèdent sans perdre de temps au cours des 300 pages que compose ce livre et qui passe très vite.


Bien entendu à ne pas confondre cette facilité de lecture et d'approche avec de la faiblesse ainsi que de la précipitation ou de la simplification, car ce manque de description n'empêche pas pour autant l'auteur d'être adroit dans la représentation de son enquête ainsi que des différents points d'investigations jusqu'à son fonctionnement judiciaire. Tout ceci apporte un côté très réel aux crimes mis en avant.


Par conséquent, on apprend des détails scientifiques très intéressant comme par exemple avec les mouches parcourant les cadavres, ou l'utilisation de l'ADN pour recréer à partir de celui-ci virtuellement un visage, allant jusqu'à une note de l'auteur à la fin précisant certains points techniques que je ne pensais pas réel utilisé par les enquêteurs. Je regrette ce manque de description sur un seul point, les villes où les différentes actions se passent. Pour ma part très facile est la représentation des différents lieux décrit puisque ce passant chez moi, néanmoins il est à reconnaître que pour quelqu'un ne connaissant pas les endroits, la modélisation imaginative de ceux-ci s'avèrent compliqués tant c'est au minimum dépeint dans certains chapitres.


Un point regrettable car des villes comme Montauban, Caussade ou encore Saint Antonin Noble Val mérite d'être plus décrit, histoire de faire un peu plus connaître ses différents domaines de l'Occitanie sans pour autant en perdre le fil et le rythme du récit bien entendu.


Heureusement cela ne gâche en rien la lecture, on en vient même à être gracié par certaines séquences diluant par moments cette substance atmosphérique noire par des poèmes bienvenus apportant quelques lueurs de finesse tout de même mortuaire à l'expérience.



Le soleil rayonnait sur cette pourriture, Comme afin de la cuire à
point, Et de rendre au centuple à la grande Nature Tout ce
qu'ensemble elle avait joint; Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s"épanouir. La puanteur était si forte, que sur
l'herbe Vous crûtes vous évanouir. Les mouches bourdonnaient sur ce
ventre putride, D'où sortaient de noirs bataillons De larves, qui
coulaient comme un épais liquide Le long de ces vivants baillons.



Le suspens est bien mené, le ton sombre du récit ne nous lâche quasiment jamais sans pour autant nous envoyés dans une débauche d'exaction fort en hémoglobine. C'est violent, mais jamais dans la surenchère, juste ce qu'il faut. Bien que simple, l'histoire est bien structuré, nous offrant quelques moments fort en tension, particulièrement durant les phases d'interrogatoire ou les suspects tout autant que les policiers sont dans un stress puissant et haletant dont on dévore avec appétence chaque mot tant ils sont saisissants. Vient également un mystère autour du meurtrier efficacement construit, allant jusqu'à nous larguer et de manière subtile avec une révélation inattendue tant depuis le début l'auteur nous agite une belle carotte devant le nez dont on est incapable de voir venir. J'imagine qu'au moment de l'écriture de la fameuse révélation Patrick Nieto à dû avoir un sourire satisfait et moqueur à notre égard se disant "je vous aie bien eu".


Philomène Garcia la capitaine de l'unité de la SRPJ de Toulouse est un personnage attachant, plaisant à suivre, se dévoilant petit à petit au fil des pages. Aussi efficace derrière son bureau que sur le terrain à ne surtout pas sous-estimé. Elle est une femme accomplie dans son métier mais à côté de la plaque dans sa vie privée. L'on découvre cette enquête à travers ses yeux, et le dégoût ainsi que la fatalité que celle-ci amène à la longue. Il est pertinent de découvrir une héroïne non alcoolique, ni droguée, suicidaire ou encore déprimée et tourmenté par ce monde comme le son bon nombre de héros flic littéraire. Il est de ce fait plus facile de s'identifier à elle. Elle est intrigante à suivre également dans sa vie privée scabreuse avec son chat qui ne l'est pas vraiment...


Et pour ne pas laisser seule l'héroïne de ce livre, elle est suivie par son unité représenter par une équipe sympathique dont je retiendrais surtout la fameuse Solange Loiseau que j'aurais bien aimé rencontrer si elle aurait existé tant je la trouve affriolante, ou encore le juste Karim Louari, et ce pauvre Commissaire François Lemoine.


Le portrait du meurtrier surnommé le Sphinx est réussi. C'est un tueur en série à la fois très instable et calculateur agrémenté d'une touche hautement tragique sur lequel s'étant un large voile de mystère dont beaucoup resteront sans réponse pour mon plus grand plaisir car cela favorise la fantasmagorie autour de son spectre. On se prend allègrement au jeu du chasseur où la découverte de l'identité du tueur est la priorité numéro une autant pour les policiers que le lecteur. Laissant derrière lui des cadavres malmenés de femmes durant ses randonnées, le Sphinx est un meurtrier sanguinaire à la signature unique, fracassant le visage et le vagin de ses victimes à coup de poing, de roche et de couteau tout en exultant pour ensuite en extraire comme trophée des poils pubiens.
De quoi donner la chair de poule, et pourtant pas une fois l'auteur ne tombera dans la caricature avec le Sphinx. Il parviendra à en faire un être malveillant et effrayant à nos yeux sans pour autant en faire un surhomme.


Le final est terriblement frustrant, tellement loin de ce à quoi on pouvait s'attendre. On se retrouve aussi frustré que Philomène qui après des heures et des heures de poursuites dont un jeu du chat et de la souris sans concession nous entraine dans une conclusion tellement injuste et insatisfaisante. En soi c'est très intelligent et original de nous le présenter ainsi car il facilite la compréhension du ressentiment qu'éprouve la capitaine. Nous aussi on est en rogne et désarcené par un tel constat qui en serait partiellement burlesque tant il est presque empreint de seconds degrés. À mon sens même si cette finalité s'avère maligne et originale dans son traitement je la trouve trop punitive et inique à l'égard du lecteur, qui se sent finalement sanctionné par l'auteur. Cela a au moins le mérite d'apporter une touche réaliste ou la ferveur de l'enjeu n'est pas représentée par son action mais par son contexte dur sur la véracité de notre réalité. Une interprétation déprimante et finalement juste sur la froideur de notre société ou la perversité ne laisse finalement place qu'à une autre quelques soit l'issue. Telle une comédie noire, ricanant implacablement de sa propre comédie.



Fin octobre, la jungle de Calais était évacuée. Peu après Donald Trump
remportait la présidentielle américaine, Hollande renonçait à briguer
un second manda.



CONCLUSION:


Patrick Nieto offre avec Funestes randonnées une plongée dans une enquête sous forme de randonnée très facile à lire, rondement mené, où l'auteur démontre son aisance à décrire un thriller où les rebondissements se succèdent de manière adroite même si un léger manque d'action surtout sur les cinq derniers chapitres se fait clairement ressentir. Néanmoins, le suspens est là. Bien que je sois finalement resté sur ma fin, j'ai découvert grâce à ce roman policier un auteur efficace dont je vais sans plus attendre lire son autre livre.



Un bon petit roman de série noire à découvrir sans crainte d'y perdre son temps.


B_Jérémy
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Créée

le 20 avr. 2019

Critique lue 357 fois

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