Dans des États-Unis que va commencer à ravager l’Apocalypse, présentée ici comme une concrétisation de la crise économique par d’autres moyens, un universitaire terne se retrouve progressivement mêlé malgré lui à une lutte entre bien et mal, qui le forcera à emprunter quelques passages obligés du thriller ésotérique, – livres cryptés, nuée maléfique, méchants motards et couteaux brillants comme des éclairs… Il y en a pour plus de cinq cents pages et c’est assez pratique dans les transports en commun.
Qu’on se mette d’accord avant tout : généralement, ce n’est pas sur le terrain du style qu’on attend un roman comme Hobboes : après tout c’est un thriller, et il est bien construit. Mais tout ce même : stylistiquement, Hobboes est écrit avec le mauvais côté du stylo. Une phrase comme « Habile cuisinière, Mme O’Neil confectionna un dîner complet avec viande et légumes. » (chapitre VII, p. 182 de l’édition de poche), ce n’est pas la première fois que je la lis, et j’espère que c’est la dernière. On a dû apprendre à Philippe Cavalier à écrire comme un élève de quatrième doué : éviter les répétitions, utiliser un vocabulaire varié et des phrases courtes, suivre l’ordre du schéma narratif et faire en sorte que le lecteur visualise et s’explique tout. (Enfin, il n’a pas dû tout retenir, parce que quand je lis : « les données sont sur Wikipédia […] jusqu’à ce qu’il y ait des centrales électriques en état de fonctionner », p. 135, je me dis qu’il y a quelques problèmes dans l’expression de la temporalité ; jusqu’à ce qu’il y ait n’est pas tant qu’il y a. Et pendant qu’est dans le scolaire, dans la Divine Comédie, l’Enfer n’est pas « le premier chant », p. 144, pas plus qu’il ne peut exister d’« acres carrés », p. 273.)
Si temporairement Hobboes propose un peu de mystère, il n’y a finalement pas la moindre zone d’ombre. Ça se lit facilement, ou plutôt c’est fait pour être lu facilement : ça doit être pour ça. Le lecteur reçoit passivement, admire sporadiquement tel coup de théâtre bien amené, se prend pourquoi pas au jeu de la survie de tel personnage : à aucun moment il ne réfléchit pour de vrai, car le texte ne propose ni ne permet aucune réflexion sur le langage. (En vérité il y en a une, amenée sans légèreté excessive, à propos d’un personnage appelé Sadim, et qui fait pourrir tout ce qu’il touche. Je connais un enfant de huit ans, amateur de mythologie gréco-romaine, qui a résolu l’énigme – par ailleurs posée quasi explicitement dans le texte, page 452 – sans trop de problème quand je la lui eus posée.)
Sinon, on a un chien qui aboie en réponse aux questions qu’on lui pose (p. 482).
En fait, Hobboes m’a fait parfois penser à la Ballade de Lila K : autant l’arrière-plan en est convaincant, autant l’intrigue de premier plan est ratée et le style dégueulasse.