L'enseignement des logiques du marché à l' école.....

Avis sur L'enseignement de l'ignorance

Avatar ClementLeroy
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Bonjour à tous,

Voici un coup de coeur récent. je l' ai relu, hier soir. Et moi qui suis dégouté du métier de prof, pour des raisons personnelles, ce petit livre m' en dégoute encore plus..... Quel système hypocrite, autodestructeur, et lâche !! Il y a de quoi vous révolter, pour de bon.

C'est ce livre qui m'a fait sortir de la "matrice" il y a quelques temps déjà. Il y a 1 an, pour être exact. Je m'en souviens encore, et l'ai relu depuis. Ce livre explique comment la grosse machine capitaliste a le talent de faire passer ce dont elle a besoin pour un bienfait, voire de la charité (immigration de masse dont l'auteur ne parle pas, le maraige pour tous, le cannabis, etc.... ). Tout le reste y est parfaite description de la bêtise ambiante, de la société de consommation, du rôle du divertissement ou encore de l'abrutissement de la population. C'est en lisant ce livre que j'ai compris pourquoi la gauche était "le stade ultime du capitalisme" (titre d'un autre de ses ouvrages. Seul point négatif, il est excessivement difficile à lire, il n'est pas rare de s'y reprendre deux ou trois fois pour comprendre ce qui est dit. J' ai compris, en le lisant, que la gauche de Victor Hugo ou Zola était un leurre politique, une belle illusion d' optique !! Qu' est-ce qu' on est idiot.... Et, à l' époque, j' ai enchaîné par Michel Clouscard. Quelle claque !!

Mais de quoi parle cet essai ? Dans cet essai comme dans les précédents, Michéa s'en prend au système libéral, étudiant cette fois-ci le secteur qui le concerne : l'enseignement ; la théorie de Michéa est que le capitalisme financier n'a besoin que de vingt pour cent de la population pour assurer la croissance, d'où, premièrement, la préoccupation constante des élites de gérer les quatre-vingts pour cent restant, par le biais notamment du Tittytainment (soit le divertissement nichonesque, référence non pas sexuelle, mais au fait que le bébé s'endort après une bonne têtée) cher à Zbigniew Brzezinski, et secondement, la politique d'extermination de l'esprit critique, par le biais de l'éducation "moderne" (théories pédagogiques fumeuses, enfant au centre de tout, méthode globale, redéfinition du rôle de l'enseignant et des missions de l'école, etc.), ayant comme double objectif de tuer toute révolte dans l’œuf, et bien sûr de préparer les élèves à être de bons consommateurs "égo-grégaires", pour reprendre la bonne trouvaille de Dany-Robert Dufour

Je trouve cependant dommage que Michéa, qui est enseignant, n'ait pas donné plus d'exemples concrets concernant son sacerdoce (c'en est un de nos jours que le métier de professeur !) ; des exemples quotidiens sur l'attitude des élèves, des inspecteurs, du proviseur, des collègues, des syndicats. J'aurais bien aimé savoir si, à son avis, les enseignants dans l'ensemble résistent à l'invasion libérale de l'Ecole, où s'ils se résignent. Particulièrement attaché à la langue française, j'aurais bien aimé avoir un bilan sur la qualité orthographique et syntaxique des copies de ses élèves, d'année en année.

Parfois, le professeur, malgré toute sa bonne volonté, au moment d’être confronté à l’une ou l’autre directive pédagogique émanant de sa hiérarchie, en vient à douter de son rôle : a-t-il vraiment choisi ce métier pour ne rien enseigner, pour avoir parfois l’impression d’être en charge de s’assurer de la vacuité des esprits plutôt que d’un quelconque remplissage ? Le doute s’immisce : et si enseigner aujourd’hui, à en croire les divers programmes et directives, cela ne signifiait que faire semblant de donner cours en évitant surtout que les élèves apprennent quoi que ce soit mis à part des compétences dont la mise en œuvre véritable nécessiterait une culture dont ils sont tenus éloignés par les-dits programmes et directives ?

A ce questionnement, fondamental pour tout qui a choisi d’enseigner, Jean-Claude Michéa, philosophe connu pour ses positions anti-capitalistes, apporte dès 1999 une réponse aussi lapidaire (une centaine de pages) que claire, puisque contenue dans le titre du présent essai : bienvenue dans le monde de L’Enseignement de l’Ignorance, oxymore aussi révoltant qu’exact dans sa description de la situation présente.

Mais là où beaucoup ne verraient dans ce constat que l’objet d’un énième pamphlet cherchant à démontrer que « c’était mieux avant », et se feraient donc taxer de réactionnaires, Michéal trouve dans ce constat matière à essai démontrant que le déclin qualitatif de l’enseignement n’est pas dû au hasard, et ceci sans aucune dérive complotiste : il démontre en s’appuyant sur des sources fiables, qu’il s’agisse de personnes ayant pensé la société moderne (Orwell, Debord, Lasch) ou de spécialistes (Lurçat, la pédagogue anti-Mérieu, Prost, Milner).

La thèse de Michéa est très simple : selon la logique libérale, et il s’appuie sur des rapports émanant de ceux « constituant à leurs propres yeux l’élite du monde », seuls vingt pour cent de la population mondiale sont nécessaires au bon fonctionnement d’une société capitaliste ; dès lors, il faut empêcher les quatre-vingts pour cent restant d’atteindre des niveaux intellectuels dépassant le « tittytainment » et des désirs allant au-delà des « emplois MacDo ». Quant aux recyclages et autres formations nécessaires, on les déléguera plus que volontiers à des centres de formation privés, ou à de l’enseignement multimédia à distance (privé aussi), ce qui permet en sus d’économiser sur le budget de l’enseignement, faisant ainsi d’une pierre deux coups.

A ceux qui douteraient de l’exactitude de cette thèse, il suffira de se renseigner sur le « passeport CPU » vanté et voulu par l’Union Européenne, passeport destiné aux élèves du qualifiant qui : 1° dispensera les élèves en question d’obtenir un diplôme pour des cours autres que spécialisés ; 2° remettra au goût du jour le bon vieux livret ouvrier dont on pensait qu’il avait été balayé il y a un siècle, puisque ce passeport contiendra les qualifications exactes de l’élève, équivalentes pour toute l’Europe, et donc le salaire auquel il pourra prétendre (bas, nécessairement bas – et pour le rehausser, une seule solution : suivre des formations…).

Pour en revenir au propos de Michéa, le plus sidérant est qu’il le déroule selon une logique aussi simple et limpide qu’effroyable, allant des prémisse capitalistes au délitement voulu et volontaire de l’enseignement, avec un appareil critique allégé mais clairement destiné à réfuter toute contradiction potentielle. Du coup, ce petit livre est une lecture indispensable à tout qui désire comprendre comment le capitalisme détruit la société occidentale en général et l’enseignement en particulier, puisque « le vice sera toujours plus rentable que la vertu » et que nous sommes tous désormais priés d’être des citoyens, c’est-à-dire des êtres « difficiles et chicaniers », et ce dès l’école, où l’élève est considéré comme un client tandis que les cours sont autant de produits parmi lesquels choisir.

Lire ce bref essai seize ans après sa rédaction, c’est une brutale prise de conscience de ce au service de quoi se met chaque enseignant, à son corps défendant même ; c’est aussi une incitation à grignoter la moindre aire de liberté pédagogique pour enseigner autre chose que l’ignorance, résistance aussi minime que futile à l’idéologie ultra-libérale, mais résistance quand même.

Certes le titre est très provocateur. Peut-être qu'il exagère un peu; malheureusement
pour une grosse masse de la population cette hypothèse se vérifie.
Si demain - demain dans un futur proche- la robotique dite machine intelligente s'immisce
dans notre vie, il est fort à parier qu'une part importante de notre culture se limitera
à l'utilisation des machines. J'exagère ? je l'espère mais, hier une jeune femme, qui
par ailleurs experte sur les I-phones et autres m'a surpris en avouant qu'elle ne connaissait
pas les Misérables d'Hugo, ce nom ne lui disait rien.
Passons encore sur Hugo, après tout peut-être que le 19 ème.....Mais le reste ? testez,
testez et, vous verrez. Vous verrez si jean claude Michéa se trompe ou pas.

Un point de départ pour cogiter un peu : demandez des formations diplômantes dans votre entreprise; montrez même que vous allez donner de votre personne. il existe aussi la formule Compétences, plus pragmatique, elle concerne juste le moment présent. Comparez, comparez; qui se dirige vers la vraie formation, et qui (ssssssss)
se contentera de la "Macdo formation". On ajoutera la variable télé - et similaires-; on aura l'impression d'être dans le coup en disant "My TF1". Une ignorance décomplexée en somme. Le tout dans un mondede plus en plus complexe (on nous bassine bien assez avec ce concept là ). Lisez Michéa, même si vous n'êtes pas marxiste; au moins vous saurez pourquoi il faut éduquer vos enfants, et pourquoi il est utile de s'éduquer aussi.....

Je relis aujourd'hui ce court essai de JC Michéa que j'avais à lu il y 4 ans environ. A l'époque, le style et le propos m'avais séduit mais la forme et la clef de lecture m'était difficile.

Depuis j'ai pu lire et me cultiver, et la relecture de ce texte à cette fois été un vrai bon moment.

Écrit en 1999, ce livre a aujourd’hui une actualité certaine, avec les projets de loi sur l'école proposés par le gouvernement.

Ce que Michéa nous démontre, c'est que le rôle objectif de l'éducation (de l’école, mais également des médias, de la publicité, et tout ce qui rentre en contact avec le vécu des représentations de l’enfant) n'est plus aujourd’hui de fournir une éducation formatrice et créatrice d'un véritable esprit critique et d'une véritable culture fonctionnelle, mais bel et bien de préparer les populations, devenues inutiles dans le processus de production mondial, à se conformer aux mythes du libéralisme.
La fabrique d'un individu déraciné, rejetant tout acquis de la tradition comme étant un reliquat d'un époque fascisante, et voyant, à l'inverse, tout progrès et toute innovation, assimilés à un pas de plus vers l'égalité citoyenne et la liberté, est la condition fondamentale de la continuation de l’esprit libéral post-moderne, qui ne progresse qu'en détruisant la base sur laquelle elle se développe.

Michéa est un des rares, trop rare, penseur de notre temps, lucide, ne cédant pas aux séductions de la marchandise, ni à celles d'une contestation "à la Goldstein". Ses études approfondies des travaux de G. Orwell, et plus particulièrement de 1984, en sont probablement l'origine.

Dissection sans bavure d'une institution dévoyée parmi tant d'autres : l'école. Michéa déjoue tous les pièges en s'attaquant avant tout à l'idéologie moderne : le libéralisme. Il n'y a pas de critique sérieuse sans remise en cause du carcan idéologique, et ça l'auteur l'a magistralement compris. Il arrive aussi à faire une critique pertinente d'une idée des marxistes selon laquelle le capitalisme a triomphé et s'est emparé de tous les pans de la société. Avec l'aide de l'oeuvre de Castoriadis entre autres, Michéa s'empare des bons outils sans oublier de se servir avant tout de sa tête; le bon sens prime, et si le ton peut paraître suffisant pour ceux qui achèvent juste de se rendre compte de l'évidence, on ne peut nier que cet essai de Michéa est simplement salutaire.....

Lisez ce petit livre qui vous eveille à la réalité de notre société néo-capitaliste. Car maintenant, il faut faire de l' argent, même en sacrifiant des enfants innocents et qui ne demandent qu' à apprendre.... Quel beau système politique !! Ce livre est un coup de poing, un K.O direct. Lisez le. Il n' est pas gros. il se lit très vite. Et vous verrz. Tout change..... Portez vous bien. Bonne lecture !! Tcho. @ +.

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