Que dire ? c'est bien ! Certes, on pourra déplorer la fadeur de cette pièce, par rapport à celles de Jean Racine. Bien sûr, l'esthétique est parfois précieuse, le vers est parfois maladroit, et les artifices scénaristiques sont parfois grossiers. Mais la pièce, la plupart du temps, est assez élégante et bien pensée. Par exemple, les vers suivants :
Madame, votre humeur craintive et soucieuse, / À vous inquiéter est trop ingénieuse. /Le moindre objet vous trouble, un songe, une vapeur, /Un corbeau qui croasse, enfin tout vous fait peur.
constituent un passage de haut niveau stylistique, et j'ai même lu une étude - je ne sais plus laquelle - qui citait ces vers pour montrer ce que La Fontaine devait à Le Mairet.
L'amour est effectivement un thème central de cette pièce et l'esthétique est tout à fait pré-racinienne. Certes, l'amour ne transcende jamais la moralité humaine comme il le fait dans les chefs-d’œuvre de Racine, mais il n'est clairement pas aussi mauvais que dans les tragédies classiques de Quinault. La Sophonisbe est sûrement la pièce pré-racinienne qui se rapproche le plus de Racine, après Rodogune de Pierre Corneille, et peut-être d'Ariane de Thomas Corneille.
Je tiens aussi à souligner que l'exposition est remarquable. Elle est d'un naturel que n'aurait pas nié Voltaire, et les répliques sont vraiment bien écrites, autant en style qu'en dramaturgie.
Bref, une pièce qui a des faiblesses, et qui rougit un peu de la comparaison avec Racine. Et pourtant, si on la prend telle quelle (et si on la prend comme l'une des premières tragédies classiques), quelle bonne surprise et quelle réussite !
Monsieur Mairet, tout le monde ne vous a pas oublié. Reposez en paix.