Sic transit gloria mundi

Avis sur Laudato si'

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J'ai eu la chance de tomber récemment sur The Great Derangement, un essai captivant d'Amitav Ghosh dans lequel celui-ci se demande pourquoi le changement climatique et ses conséquences sont si cruellement absents de la fiction contemporaine (son hypothèse, fascinante, est que la littérature s'est embourgeoisée au point de n'être plus capable de prédire ni même de décrire des changements structurels; elle produit seulement des récits de derniers hommes aux prises avec des mondes figés, inamovibles.)

Amitav Gosh concluait son essai par l'étude comparative de deux textes : d'une part, le pitoyable texte des Accords de Paris 2015 (COP-21) auquel les dirigeants de notre planète sont parvenus au terme de longues et coûteuses semaines de tractations; de l'autre, des extraits de Laudato si' (Loué sois-tu), l'encyclique du Pape François parue la même année. Le constat était terrible.

D'un côté, un texte que l'on peut décrire au mieux comme une soupe indigeste, se limitant à des termes techno/bureaucratiques, sans engagement, sans même une réalisation explicite des enjeux climatiques et environnementaux de notre époque. De l'autre, une parole simple et franche, qui sans être spécialement subversive (il s'agit tout de même du Pape), est capable de regarder en face les vices et les défis actuels et de les exprimer dans un langage simple, sans équivoque.

Deux exemples très simples :
"La crise financière de 2007-2008 était une occasion pour le développement d’une nouvelle économie plus attentive aux principes éthiques, et pour une nouvelle régulation de l’activité financière spéculative et de la richesse fictive. Mais il n’y a pas eu de réaction qui aurait conduit à repenser les critères obsolètes qui continuent à régir le monde."

"Il ne suffit pas de concilier, en un juste milieu, la protection de la nature et le profit financier, ou la préservation de l'environnement et le progrès. Sur ces questions, les justes milieux retardent seulement un peu l'effondrement. Il s'agit simplement de redéfinir le progrès."

Bien sûr, François ne se contente pas de ces constats. Il déploie une vision morale et s'échine à trouver dans la doctrine et les textes chrétiens des pistes pour modifier les hommes d'abord, condition sine qua non pour changer le monde. La dimension religieuse sera peut-être celle qui parlera le moins à certains, et je ne l'ai pas trouvée la plus intéressante (elle est d'abord destinée aux chrétiens).

Quoiqu'il en soit, le simple état des lieux vaut déjà largement la lecture de cette encyclique. François a compris que l'écologie ne peut aller sans une éthique totalement nouvelle non seulement de la nature, mais de la dignité humaine (ainsi l'accent mis sur la lutte contre la pauvreté comme une forme toute aussi nécessaire d'écologie).

Que la parole du Pape nous semble originale, presque radicale, cela en dit long sur l'état actuel des débats. Mais son message est porteur d'espoir : "il n'y a pas de systèmes qui annulent complètement l'ouverture au bien, à la vérité et à la beauté." On aurait presque envie de dire Amen.

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