7
1365 critiques
Par épisodes
Pourquoi crée-t-on des fictions policières quand la réalité propose des hommes comme Frédéric Bourdin ? L’enquête de David Grann pose implicitement la question. Pourquoi lire / écrire le Caméléon...
le 31 juil. 2018
Pourquoi crée-t-on des fictions policières quand la réalité propose des hommes comme Frédéric Bourdin ? L’enquête de David Grann pose implicitement la question. Pourquoi lire / écrire le Caméléon alors qu’on trouverait probablement des renseignements bien plus fournis sur internet ? C’en est une autre, pas moins intéressante à mon avis.
David Grann ayant rencontré le sujet de son travail – qui est à l’origine un long article pour le New Yorker –, on évite au moins le livre de journaliste dans le mauvais sens du terme, avec reconstitutions sensationnelles et recoupements de sources toutes plus douteuses les unes que les autres. Si bien que le volume n’est jamais racoleur. Par ailleurs, l’auteur sait ménager ses effets, construire un récit – voir la très belle scène d’ouverture –, et doser les proportions entre données concrètes (façon les faits, rien que les faits) et analyse.
On peut naturellement rapprocher le Caméléon de l’Adversaire, où Emmanuel Carrère employait des procédés semblables. Le parallèle entre leurs personnages – l’énormité de leur conduite ! – me paraît aussi naturel à établir mais moins facile à prolonger. Frédéric Bourdin emprunte ou s’invente des identités (y compris physiques), trouve régulièrement des portes de sortie, se fait démasquer par l’abnégation d’enquêteurs. Jean-Claude Romand modifie son identité (seulement sociale), s’enferme petit à petit pendant douze ans dans une voie sans issue, n’est confondu qu’à cause de la taille de son mensonge. L’un paraît plutôt un manipulateur, l’autre un mythomane poussé à l’escroquerie.
Par ailleurs, – et c’est l’inverse dans l’Adversaire –, le Caméléon amène moins de questions morales que de questions judiciaires : « Comme souvent avec les supercheries de Bourdin, le système judiciaire hésitait sur la sanction à appliquer » (p. 17-18), de même que « Comme on le pressait de livrer ses motivations, Bourdin précisa encore que tout ce qu’il voulait, c’était de l’amour et une famille. Il fournissait toujours cette raison, devenant par voie de conséquence le seul imposteur à éveiller autant de sympathie que de colère chez ses victimes. » (p. 28).
Il y a un moment dans le Caméléon où une imposture de Frédéric Bourdin est sur le point de faire ressurgir un secret plus lourd encore. Je connais des scénaristes de séries télévisées qui n’y auraient même pas songé…
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.
Créée
le 31 juil. 2018
Critique lue 101 fois
7
1365 critiques
Pourquoi crée-t-on des fictions policières quand la réalité propose des hommes comme Frédéric Bourdin ? L’enquête de David Grann pose implicitement la question. Pourquoi lire / écrire le Caméléon...
le 31 juil. 2018
9
1365 critiques
Je suis sociologiquement prédisposé à aimer Desproges : mes parents écoutent France Inter. Par ailleurs, j'aime lire, j'ai remarqué au bout d'une douzaine d'années que quelque chose ne tournait pas...
le 6 août 2013
9
1365 critiques
Ce livre a ruiné l’image que je me faisais de son auteur. Sur la foi des gionophiles – voire gionolâtres – que j’avais précédemment rencontrées, je m’attendais à lire une sorte d’ode à la terre de...
le 4 avr. 2018
7
1365 critiques
Pour ceux qui ne se seraient pas encore dit que les films et les albums de Riad Sattouf déclinent une seule et même œuvre sous différentes formes, ce premier volume du Jeune Acteur fait le lien de...
le 12 nov. 2021
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème