C'est encore une fois un peu au hasard que je tombe sur ce livre, en flânant dans les rayonnages de la médiathèque. Attiré par le titre. Comme tout bon amateur de mythologie celtique. "Tiens, ne serait-ce pas un roman sur Cuchulainn?"
Effectivement.
Le jeune Setanta tue le chien de Chulainn, le forgeron. Celui-ci est plutôt furax. Pour le calmer, Setanta s'offre en remplaçant du molosse. Il y gagnera son nom : Cuchulainn, le chien de Chulainn.
Le roman s'offre comme le récit d'un conteur, dans une taverne.
Choix typique d'un amateur de jeux de rôle, si vous voulez mon avis.
Le narrateur s'interrompt, running gag, pour demander de différentes façon qu'on ne laisse pas vide son verre de bière. Mais la mise en abyme permet surtout une réflexion sur le mythe.
De le moderniser, en somme.
Et c'est là que j'y vois un problème.
Pas parce qu'un mythe devrait être intouchable, qu'on doit respecter notre patrimoine culturel.
Non.
Parce qu'à gloser ainsi sur son propre récit, on s'aperçoit finalement d'un manque de confiance de l'auteur en son histoire : que nous apprend-t-il que celle-ci ne nous aurait pas appris de même?
Il faut avoir confiance en son histoire. Si les mythes ont tant de force, c'est parce qu'ils contiennent leur propre mystère, et leurs propres explications.
On veut faire moderne, alors on en profite pour opérer une remise en question du virilisme.
Sauf que.
Cette remise en question est déjà dans le mythe originel. Cette lecture est tout à fait possible. Si la légende ne change pas, le regard que l'on porte sur elle a, nécessairement, changé. Mais le mythe continue de parler pour lui-même. Différemment, et alors? C'est la même histoire.
Et d'ailleurs.
Cette remise en cause du virilisme : l'auteur cite le mythe de Macha. Je ne crois pas qu'il y ait, dans toute mythologie, une attaque en règle plus virulente contre le virilisme. Autant pour les ulates. Qu'y avait-il besoin de rajouter quelque chose, après cela? Il suffisait de développer le passage, raconter cette histoire.
Le personnage n'est-il pas un conteur? Comment un conteur expliquerait une histoire, si ce n'est par une autre histoire? En analysant la sienne, ce conteur ressemble au prestidigitateur expliquant ses tours. La magie disparaît.
Mais s'il y a un problème sur la forme, Le chien du forgeron reste un livre de fantasy facile et agréable à lire. Si vous ne connaissiez pas cette mythologie, cela peut vous y faire entrer. La tentation de prendre un personnage mythologique et d'en raconter son histoire, d'inscrire ainsi la fantasy dans la mythologie, est grande. Silverberg avait, par exemple, écrit un roman sur Gilgamesh. Cela inscrit la fantasy dans une histoire au long cours.
On peut se laisser entraîner par cette histoire. Et espérer que, de l'auteur, qui ne manque ni de verve ni de talent, on lira un jour une oeuvre mieux pensée sur la forme.