Successeur de Bashô, Yosa Buson (1716-1783) est l'un des grands maîtres japonais du haïku qu'il a contribué à perfectionner et épurer. Buson était également un artiste peintre reconnu, et dans son œuvre les deux arts (peinture et poésie) se complètent mutuellement. Chacun de ses haïkus est comme un dessin (ou une photographie, pourrait-on dire aujourd'hui) fixant et immortalisant un instant fugitif :
Le colza en fleur
A midi pendant un moment
Le bruit de la mer
Soirée d'automne
Avec sa manche une femme
Essuie son miroir
La pluie d'hiver
Silencieuse sur la mousse
Me reviennent les choses du passé
Le peintre-poète maîtrise en outre l'art des correspondances (*) établissant des analogies entre sons (ou absence de sons), couleurs et parfums :
La lune voilée
Le chant des grenouilles
Brouille l'eau et le ciel
Le parfum des pruniers
Monté là-haut
Le halo de la lune
Cette démarche poétique et contemplative est indissociable de la philosophie zen dont elle constitue l'une des manifestations les plus hautes :
"Tous les hommes ne sont pas tenus de se mêler aux affaires du monde. Il en est aussi qui atteignent un tel degré de maturation intérieure qu'ils acquièrent le droit de laisser l'univers suivre son cours sans se mêler à la vie politique pour la réformer. Cela ne veut pas pour autant dire qu'ils restent inactifs ou observent une attitude purement critique. Seul le fait de travailler en soi-même aux buts supérieurs de l'humanité justifie une telle retraite. Car même lorsque le sage se tient éloigné de l'agitation du monde, il continue de créer des valeurs humaines incomparables pour l'avenir."
(*) bien avant Baudelaire, le concept des correspondances était déjà connu et appliqué dans la poésie japonaise.