Né à Medellin, Jorge Franco s'est imposé en quelques romans (La fille aux ciseaux, Le monde extérieur ...) comme l'un des meilleurs écrivains colombiens contemporains. Sa ville natale est l'héroïne (c'est le cas de le dire) de son dernier livre, Le ciel à bout portant, qui ne vaut peut-être pas ses prédécesseurs mais reste d'une qualité plus qu'honorable. Il y est question des narcotrafiquants, qui ont fait la "réputation" de Medellin dans le passé, mais à travers un prisme particulier, celui du fils d'un des bras droits du trop célèbre Escobar. Une histoire racontée à travers trois temporalités, procédé assez fréquent dans la littérature d'aujourd'hui et pas toujours convaincante, il faut bien le dire. Jorge Franco s'en tire toutefois relativement bien, notamment grâce à son style alerte, parfois un peu cru, et surtout à son talent dans le description de personnages complexes, en particulier Fernanda, l'épouse du narco, et plus globalement l'ensemble d'une famille qui sait presque tout des agissements du père et doit vivre, pris en étau entre le désir de condamner et de fuir et celui de ne pas se poser trop de questions en continuant à mener une existence de privilégié. Au milieu d'une atmosphère délétère, Franco parvient à glisser quelques grammes de romantisme avec le début d'une histoire d'amour, au second plan, certes, mais qui crée le plus joli moment d'émotion, après tout ce stress, à la toute dernière page du livre.