Une histoire à plusieurs voix

Avis sur Liavek

Avatar Ed_Oneiroi
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Liavek est un livre un peu particulier : l’univers a été imaginé en amont par Emma Bull et Will Shetterly puis partagé avec différents auteurs. Le récit est donc écrit à plusieurs mains, à la manière d’un cadavre exquis. Les auteurs ne disposent que de quelques données sur cette ville portuaire de fantasy qu’est Liavek : Chaque année, pour leur anniversaire, les habitants reçoivent une dose de « chance », sorte de magie, qu’ils peuvent dépenser comme ils l’entendent, ou la stocker pour les meilleurs sorciers. La chance est une magie commune. Il faut en posséder une certaine quantité pour réussir à vraiment changer sa vie.
Aux Etats-Unis, l’univers fait l’objet de cinq anthologies. Ici, nous ne mentionnerons que Liavek, publié aux éditions Actusf en France et écrit par Steven Brust et Megan Lindholm (aka Robin Hobb). Les deux auteurs alternent les nouvelles en prenant en compte des éléments scénaristiques précédemment apportés par l’autre.

Steven Brust ouvre le bal avec le comte Dashif est le sorcier le plus redouté de Liavek, riche cité portuaire. Il travaille dans l'ombre pour le compte du Régent, sur lequel la reine Levar, pourtant souveraine officielle, n’a aucune autorité. Dashif est chargé par celui-ci de mettre fin à la réémergence du Clergé d’Or, menace pour son pouvoir. Il tente de s’acquitter de sa mission tout en étant hanté par le souvenir de sa bien-aimée Erina, qu’il a tuée de ses mains pour lui avoir volé sa chance.
Dans la seconde nouvelle, Megan Lindholm nous présente Kaloo, une adolescente adoptée et élevée par une tenancière d’auberge sur les quais de la ville. Bientôt majeure, la jeune fille voudrait investir sa chance, mais elle ne connaît pas sa date de naissance. Elle se met donc en quête de son identité, ce qui l’amène à croiser fortuitement la route d’un sorcier – particulièrement sournois et malhonnête – qui accepte de la former. Évidemment, rien ne se passe comme prévu, ni pour l’un ni pour l’autre.

Le principe d’un univers imposé aux auteurs est très intéressant. Chacun d’eux vient enrichir le décor de base au gré de son imagination. Or, chaque auteur a sa propre vision de Liavek, ses propres sensibilités, un style différent aussi. Ce qui rend ce livre d’autant plus riche. Le lecteur découvre des facettes opposées de la cité : d’un côté la cruauté d’un membre de l’aristocratie et ses préoccupations politiques, morales et contractuelles ; de l’autre, la jeune fille du peuple, évoluant dans un milieu de pêcheurs, aimée de ses parents adoptifs mais cherchant à s’affirmer et à se trouver.
Les histoires de Dashif et de Kaloo se croisent et s’entrecroisent jusqu’à se percuter de plein fouet et fusionner. C’est peut-être là le seul léger défaut du livre : les deux auteurs se sont mis d’accord sur la suite et fin de l’histoire à donner à leurs personnages ce qui casse l’effet « cadavre exquis ». La dernière nouvelle, écrite de concert par Steven Brust et Megan Lindholm (rejoints par Gregory Frost), n’est pas mauvaise pour autant, au contraire, mais elle rompt avec l’originalité de la narration proposée jusque là.

L’anthologie est fort agréable à lire, tout à fait distrayante et captivante. Les deux écritures sont fluides, faciles d’accès sans être pauvres. Les personnages ont des personnalités bien marquées qui ne sont, pour autant, ni stéréotypées ni manichéennes. On aurait aimé que le projet se poursuive afin de leur permettre de s’étoffer encore mais les aléas de l’écriture en ont décidé autrement.

Bref, une lecture plaisante, un concept intéressant et une édition de luxe sublime !

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