Les fictions nigérianes se suivent et ne se ressemblent pas. Quoique, comme Les pêcheurs, le formidable livre de Chigozie Obioma, Né un mardi soit axé sur les années d'apprentissage d'un garçon, Dantala, dont on ne connait pas précisément l'âge. Loin de Lagos, le roman installe son action au nord du pays, en terre musulmane, dans les contrées où est né l'auteur, Elnathan John. La jeunesse de Dantala est marquée par un environnement violent avec des affrontements incessants, soit religieux, soit ethniques, soit on ne sait plus vraiment. Le jeune homme va tracer sa route comme dans une course d'obstacles, guidé par sa foi et son instinct. Il sera gamin des rues, protégé d'un imam, rescapé d'échauffourées, emprisonné ... C'est lui le narrateur et entre candeur et lucidité, avec un certain optimisme malgré tout, sa plume nous immerge totalement dans une intrigue très réaliste, avec un sens du rythme soutenu. Le livre est dense, très, et intense, sans presque de plages de repos. L'attachement du héros à sa mère, l'amitié et l'amour sont aussi présents dans le portrait qui se dessine d'un gosse mis en danger par les convulsions du monde qui l'entoure mais capable de s'adapter et d'enrichir son quotidien par la curiosité et l'ouverture à la culture (son laborieux apprentissage de l'anglais et de l'informatique, par leur humour, permet d'introduire quelques grains d'humour dans cet univers de brutes). Au terme du livre, sans doute à l'aube de sa vie d'adulte, Dantala est prêt, le cuir tanné et l'âme désillusionnée. Prêt à vivre et pourquoi pas à trouver du goût à son existence.