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Une clef de voûte....

Avis sur Par-delà le bien et le mal

Avatar ClementLeroy
Critique publiée par le

Bonjour à tous,

Aujourd' hui, je m' attaque à ce sacré philosophe, repris plus ou moins adroitement aujourd' hui.

C'est d'abord à une radicale remise en question de la vérité que procède Nietzsche (1844-1900) dans Par-delà le bien et le mal (1886). Ce texte dune écriture étincelante, férocement critique, met en effet au jour, comme un problème majeur jusque-là occulté, inaperçu, celui de la valeur. Il y destitue les positions philosophiques passées et présentes (autant de croyances), et stigmatise, en les analysant un à un, l'ensemble des préjugés moraux qui sous-entendent notre civilisation. L'entreprise, pourtant, n'est pas uniquement négative : elle débouche sur l'annonce dans le prolongement d'Ainsi parlait Zarathoustra, de " nouveaux philosophes " - " philosophes d'un dangereux peut-être " qui devront désormais assumer l'inflexible hypothèse de la vie comme " volonté de puissance ".

Dans cette étude, Nietzsche nous présente son point de vue sur Platon d’une part, mais aussi sur un bon nombre d'autres penseurs ou philosophes, Kant, Bacon, Hobbes, Hume, Locke, Rousseau, etc. Mêlant à cela quelques remarques pertinentes sur la religion, sur les peuples et sur l'homme en général, il tente de démontrer que le tort (éternel et rédhibitoire) de ses précurseurs a toujours été de se placer en fonction d’un Bien et d'un Mal, en fonction d'une morale !
Nietzsche estime pour sa part qu’ « Il n’existe pas de phénomènes moraux, mais seulement une interprétation morale des phénomènes » et donc, il se place « par-delà bien et mal » et développe ses idées en fonction de cet axiome.
Cela donne une œuvre riche et complexe qui soulève bien des points, qui en explicite quelques-uns, mais qui surtout fait réfléchir sur les valeurs en vigueur dans nos sociétés actuelles, héritage évident d’un passé dont on pourrait craindre qu’il se soit un tant soit peu fourvoyé.
Bien entendu, ses idées sont extrêmement intéressantes, toujours d’actualité (plus d’un siècle après) et force m’est de constater que j'adhère une fois de plus à celles-ci !

Lire...

Ou plutôt "savoir lire".

Voilà la règle avec Nietzsche... et qui ne l'applique pas risque bien des déconvenues. Ses oeuvres sont abruptes, sujettes à "mésinterpretation" car très métaphoriques.

Mais pour qui sait lire et décoder, c'est un réel bonheur que de se promener, ou mieux: de danser, avec Nietzsche. C'est un prophète de la libération, de l'épanouissement, un anti-conformiste !

A quel point il aurait ri en voyant ces idiots défilés devant le petit moustachu en se réclamant du surhumain. Il aurait sans doute pleurer juste après.

Nietzsche est l'un des rares philosophes, avec peut-être Machiavel, et dans une moindre mesure Stirner, à faire preuve d'une certaine honnêteté intellectuelle - ce dont par ailleurs il est parfaitement conscient, et n'hésite pas à faire savoir - voir par exemple sa critique jubilatoire du cogito de Descartes, et bien que présente comme exemple d'une démonstration plus large, reste digne des meilleurs moments d'Ubik ou de Matrix (bien que plus brève, et plus terre-à-terre =) ).
Pour lui, toute la philosophie jusqu'à maintenant n'a été le jouet que d'enfants qui se disputaient afin de savoir lequel d'entre eux avait raison, ce qui les a poussé à une certaine "paresse intellectuelle", doublée de mauvaise foi et de "tentatives de fonder la morale", choses encore courantes aujourd'hui, et prêtant toujours autant à sourire.
Ce livre est également une superbe critique des idéologies et des dogmes (religieux - particulièrement le christianisme - ou philosophiques -antisémitisme, socialisme, anarchisme, realpolitik, ...), qui limitent l'individu en l'obligeant à une seule interprétation possible des évènements, dogmes qui affirment qu'ils sont "la seule vraie morale, la plus grande de toutes" - à noter que Nietzsche ne réfute absolument pas la possibilité que lui aussi fasse preuve d'aveuglement, et nous incite même à rechercher ses propres contradictions: "A supposer que cela aussi ne soit que de l'interprétation -et vous mourrez d'envie de faire cette objection?- eh bien, tant mieux."

On attribue parfois à tort à Nietzsche une sympathie pour les nazis ou les antisémites, cela étant dû à des textes parfois difficiles à interpréter (ce qui était voulu de la part de l'auteur), mais que sa correspondance rend parfaitement clairs: il méprise totalement les antisémites (plus pour leur manque total d'esprit critique qu'autre chose), ainsi que sa soeur qui détourna certains de ses écrits d'une façon malhonnête dans le célèbre "La volonté de puissance". Le "surhomme" de Nietzsche n'a rien à voir avec le "surhomme" aryen, et en est même l'exact contraire: indépendance de la volonté, remise en question honnête des valeurs sans a priori moral, accroissement des forces vitales, fondement de nouvelles valeurs, etc. Lorsqu'il parle de "races", il ne faut absolument pas prendre ce mot au premier degré -les problèmes de compréhension et du langage en général sont parfois soulevées par Nietzsche dans cet ouvrage.

Ce livre peut être choquant pour des personnes interprétant mal ses propos, ou même pour des personnes les interprétant bien: Nietzsche n'est facile ni dans la forme ni dans le fond pour beaucoup de personnes, car échappant totalement aux critères de bien et de mal.

Excellent livre, et si l'on prend la peine de faire des recherches sur Nietzsche, on sent parfaitement qu'il avait pressenti les dérives totalitaires du vingtième siècle...

A bien des égards, Par-delà le bien et le mal est une synthèse complète de la philosophie de Nietzsche à sa maturité, et plus particulièrement de sa pensée morale. Le livre se compose de 296 aphorismes, d’une longueur très variable. Ces aphorismes sont regroupés thématiquement en neuf chapitres différents. Bien que chaque aphorisme puisse être lu et analysé de manière indépendante, on peut voir une progression linéaire entre les aphorismes et au sein des chapitres.

La préface accuse les philosophes de dogmatisme, notamment les philosophes chrétiens, et le premier chapitre développe cette critique. Chaque grande philosophie, selon Nietzsche, n’est guère plus qu’une confession personnelle. Ainsi, les philosophes construisent des systèmes complexes de pensée pour justifier leurs propres hypothèses et leurs préjugés. Au dogmatisme de ces philosophes, Nietzsche oppose «l’esprit libre», qui consiste à adopter une démarche expérimentale, à tester toute idée avant de la réfuter au lieu de penser de manière systématique.

Nietzsche revient sur les thèmes développées dans la Généalogie de la morale : il s’en prend également à l’esprit de troupeau, cette propension des masses à agir sans réfléchir, à la manière des moutons de Panurge. En découle un nivellement vers le bas, une morale terne, une morale d’esclave, signe selon Nietzsche de la grave maladie contractée par notre civilisation. Face à cet esprit du troupeau, au démocratisme mou, Nietzsche en appelle à un ordre de rang, une nouvelle hiérarchie, autrement dit un perspectivisme moral selon lequel on ne peut appliquer la même morale à tous : les hommes supérieurs sont ceux qui peuvent inventer leurs valeurs, se poser et s’assumer comme supérieurs aux autres. Face à la démocratie montante, Nietzsche veut réintroduire une aristocratie intellectuelle et morale.

Nietzsche s’attaque par la suite à la question des nationalités, en s’appuyant sur une sorte de lamarckisme, afin de démontrer qu’aux nationalités correspondent certaines caractéristiques. Mais son analyse la plus intéressante a trait au nationalisme, qu’il critique de manière très virulente, comme une émanation de l’instinct grégaire, un refus de s’assumer comme individu. L’individu « noble » se hisse au contraire au-dessus de son appartenance nationale. L’âme noble est une âme solitaire, tourmentée, incomprise de la masse.

Voici quelques citations de Nietzsche :

– Il n’y a pas de phénomènes moraux rien qu’une interprétation morale des phénomènes

– Jusqu’à présent toute grande philosophie fut la confession de son auteur une sorte de mémoires involontaires

– Ce qu’il y a d’essentiel et d’inappréciable dans toute la morale c’est qu’elle est une contrainte prolongée

– La croyance en des ” certitudes immédiates ” est une naïveté morale, qui nous honore, nous philosophes, mais nous devons cesser désormais d’être des individus ” rien que moraux ”

– Les philosophes nouveaux, qui approchent, ils seront plus que jamais des fenêtres closes et des portes verrouillées. Brièvement et brutalement dit, ils appartiennent à l’espèce des niveleurs leurs, ces esprits faussement qualifiés de ” libres “; ce sont des esclaves loquaces, des écrivailleurs au service du goût démocratique et de ses ” idées modernes “, des êtres dépourvus de solitude, de solitude personnelle, de braves lourdauds, certes courageux et de mœurs respectables, mais sans liberté et risiblement superficiels. Car que dire de leur tendance fondamentale qui consiste à voir dans les formes de la société existante la cause à peu près unique de tout le malheur et l’échec humains, ce qui n’est rien d’autre que de mettre joyeusement la vérité sur la tête et les pieds en l’air ! Ce qu’ils aimeraient réaliser de toutes leurs forces c’est le bonheur du troupeau pour tout le monde, le bonheur du troupeau qui pâture sa prairie, dans la sécurité, le bien-être, l’universel allègement de l’existence; leurs deux comptines et doctrines les plus ressassées sont ” l’égalité des droits ” et ” la pitié pour tous ceux qui souffrent “; la souffrance elle-même, à leurs yeux, est une chose qu’il convient d’abolir

Sur ce, lisez. Les livres ne sont pas des idées closes sur elles-mêmes. La culture est primordiale aujourd' hui, pour aborder la société. C' est ce qui peut vous sauver. Tcho. Lisez, lisez, lisez ! @ +.

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