Une clarté plus près de l’os

Avis sur Sur l'écriture

Avatar Paméla Ramos
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« J’aime autant ce que je fais actuellement. Une clarté plus près de l’os. Je trouve. Aussi longtemps que tâterai du ruban je ne devrais pas perdre cette chose de vue. »
« J’ai eu la meilleure formation universitaire en Littérature que personne n’a jamais eue. Je suis parti pour crever le plafond de partout. Juste pour voir. »*

… et il y aurait une sorte de début de texte à la Bret Easton Ellis, dans les Lois de l’attraction, en plein vol : ce début fameux en plein milieu d’une phrase, comme si le lecteur dérangeait, qu’il ouvrait brutalement une porte sur une conversation en cours, un flot intarissable, une réelle force de frappe qui ne s’arrêtera pas.

Il y aurait des bouteilles vides, des fonds de bière qui sentent la vraie jonquille, des chats gras et inertes écroulés dans les canapés tièdes d’où viennent de partir précipitamment les derniers parasites. Il y aurait tout cela, si on se laissait aller à rêver une chronique sur un sale type comme Bukowski, qui écrit pur et à l’os en éventrant la fatuité à chaque coup de crayon. Oui vous avez bien lu, et vous ne rêvez pas, je m’en vais déterrer Bukowski. Je ne voudrais pas le décevoir. Je n’ai pas peur de son fantôme, parce qu’il a tout le temps été là, quand vous dormiez, quand vous ouvriez votre compte d’épargne, quand vous secouiez vos pellicules sur vos épaules, m’ssieurs-dames, en espérant que cela ne se voie pas. Puis cela s’est vu. Ce monde ne fait pas de cadeau, hein. Alors. Non mais, retournez-vous un peu, regardez. Qu’est-ce que vous allez encore faire de votre journée, vous ?

Moi, si je fais comme Bukowski, ce sera boire, écrire, aller aux courses et baiser. Dans n’importe quel sens. Mon programme interne quotidien, ceci dit. Quand on lit Bukowski, on se retrouve dans le même état que lui. Je m’en ressers un, je détache mon sous-tifs et je prends les paris. Il est souvent 10h23, ou une autre heure creuse, que je ne comprends pas. Je n’ai jamais compris ce qu’on attendait exactement de nous à 10h23. Par exemple. Alors j’écris. J’essaye.

« Je n’aime pas me comporter en petite prima donna mais lorsque les mots sortent pas c’est comme si j’étais empoisonné, j’oublie comment on rit, j’en oublie d’écouter mes symphonies à la radio et quand je regarde dans le miroir je vois un homme très méchant, petits yeux, visage jaune – je suis une figue desséchée, inutile, ratatinée. Je veux dire, quand l’écriture fout le camp, qu’y a-t-il, que reste-t-il ? La routine. Des gestes de routine. Des pensées en forme de crêpes. Je ne peux pas supporter cette danse macabre. »

Attendez, je bois, je bois et j’oublie de vous dire un truc primordial. Ce livre est bien. Voilà, rassurez-vous, c’est bien, vous devriez le lire. Vous croyez que je me moque de vous ? Ce n’est pas cela, mais comprenez : je n’ai jamais été populaire, je n’aime pas bien comment on fait. Rapidement, l’encerclement des regards, des attentes se fait trop menaçant, il faut toujours que je sorte. Que je sache au moins où se trouvent les sorties. Je voudrais parfois simplement vous donner un truc vraiment très bon, qui vous chauffera pour un moment, comme tous ceux qui m’en ont donné, paumes ouvertes, pour rien. Pour le geste. Prenez ce livre, et puis… je ne sais pas. Ouvrez-le.

« Rien à foutre. De la maternelle à la fac, j’ai dû faire face à des gosses qui me martyrisaient, ils me suivaient, se moquaient de moi, me provoquaient, mais ils n’étaient jamais seuls, moi je l’étais, et ils savaient que j’avais quelque chose d’enfoui au fond de moi. Ça les rendait fous ; ça continue.«

À la fin, il ne reste que les antiques et l’Amérique. On peut tout brûler, et ne conserver que cela. Chez les antiques, ceux que j’ai lus, il me semble qu’il n’y a rien à chercher, tout est là. L’antique est ce qu’il y a à trouver. Une sorte de rebours jusqu’à la bombe qui n’explose pas. On est soulagés, mais déçus. Il ne s’est rien passé, ce n’étaient que des mots, et les voici réduits à leur plus simple appareil. Pas d’immense révélation fracassante mais le petit claquement sec des vertèbres qui se rempilent droites. Cela va mieux, et tu t’en apercevras sur le long cours. Et bien les Américains, Bukowski déjà, ils savent faire cela, aussi. Ils savent réduire des concepts jusqu’à trois mots et plus rien de trop. Ils savent lessiver entre leurs embardées, et alterner petites vipères bien vives entre les lignes, qui te mordent en six syllabes, et grands boas paresseux qui se doreront au soleil, qu’on admire bien écaille après écaille. Une danse de reptiles sous la peau, cette prose des maudits.

Frayons vers l’Amérique, justement. Je l’adore tout entière, depuis ses cerveaux inuits jusqu’à sa cale sèche des espaces sans espoirs, là, tout en bas, vers les chevaux sales et les épaves de navires maladroits. Notez que si j’en crois l’impressionnant récit de Juliana Léveillé-Trudel, Nirliit, il y a un paquet de Bukowski chez les Inuits d’aujourd’hui, abreuvés, malheureux et dangereux, finalement, pour ne rien avoir d’autre à faire et pour beaucoup, ne pas savoir l’écrire. Lire la suite : https://pamelaramos.fr/une-clarte-plus-pres-de-los-sur-lecriture-de-charles-bukowski/

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