L' Absence, le plus doux des supplices...

Avis sur Toi et Moi

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Petite merveille que ce recueil de poèmes paru en 1912, découvert tout récemment, et qui évoque, en termes simples et sans emphase le couple et l'amour, nec plus ultra d'un quotidien doré sur tranche.

Il émane de ces textes que d'aucuns ont pu trouver "sensibles et désuets" un charme et une grâce intemporels sur des mots de tous les jours, des mots qui coulent, égrenant la vérité et les contradictions du sentiment amoureux et ses joies douces-amères avec lucidité et justesse.

C'est ainsi que l'homme célèbre la femme aimée dans cette Absence où il évoque avec ferveur ces "prolongements", ce rêve éveillé de celle qui partie est plus présente encore :

moins vivante mais plus touchante

souvenir tout proche que l'amant modèle à son gré, tandis que rebelle, l'image s'échappe pour venir le hanter, présence insaisissable et fascinante imprimée dans son imaginaire à jamais.

Un bijou donc à découvrir de Paul Géraldy dont Sacha Guitry disait :

Il parle de l'amour, mais en connaissance de cause, car il a aimé et beaucoup été aimé.

Absence

Ce n'est pas dans le moment
où tu pars que tu me quittes.
Laisse-moi, va, ma petite,
il est tard, sauve-toi vite!
Plus encor que tes visites
j'aime leurs prolongements.

Tu m'es plus présente, absente.
Tu me parles. Je te vois.
Moins proche, plus attachante,
moins vivante, plus touchante,
tu me hantes, tu m'enchantes!
Je n'ai plus besoin de toi.

Mais déjà pâle, irréelle,
trouble, hésitante, infidèle,
tu te dissous dans le temps.
Insaisissable, rebelle,
tu m'échappes, je t'appelle.
Tu me manques, je t'attends!

Et puisque le recueil s'appelle Toi et Moi, voici son inséparable : nostalgie de l'amant pour la jeune fille d'antan et ses pudeurs d'adolescente, chez le mari qui se souvient en la regardant femme.

Passé

Tu avais jadis, lorsque je t’ai prise,
il y a trois ans,
des timidités, des pudeurs exquises.
Je te les ai désapprises.
Je les regrette à présent.
A présent, tu viens, tu te déshabilles,
tu noues tes cheveux, tu me tends ton corps…
Tu n’étais pas si prompte alors.
Je t’appelais : ma jeune fille.
Tu t’approchais craintivement.
Tu avais peur de la lumière.
Dans nos plus grands embrassements,
je ne t’avais pas tout entière…
Je t’en voulais. J’étais avide,
ce pauvre baiser trop candide,
de le sentir répondre au mien.
Je te disais, tu t’en souviens :
« Vous ne seriez pas si timide
si vous m’aimiez tout à fait bien !… »
Et maintenant je la regrette
cette enfant au front sérieux,
qui pour être un peu plus secrète
mettait son bras nu sur ses yeux.

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