Encore un (grand ?) roman américain ? Il en possède en tous cas les ingrédients habituels : la classe moyenne aisée, les voitures, les chansons de l’époque, le football (américain), les collectionneurs de vignettes de joueurs de baseball, la malbouffe et l’envers de ce décor : l’univers de la débrouille, des laissés pour compte incapables de s’offrir une assurance-maladie, de la précarité des jobs, de la faim, parfois. Bref l’inverse du rêve américain. (Y a-t-il d’ailleurs encore des gens qui rêvent de l’Amérique ?) Et en trame de fond, violemment présente ou habilement suggérée, la violence. La violence qui est devenue un vrai paramètre de l’Amérique d’aujourd’hui (même si le roman se déroule dans les années 50) Il faut se souvenir que ce pays s’est construit sur deux axes majeurs : la cupidité et la violence – ce que Trump ne manque pas de nous rappeler tous les jours. -

C’est dans ce décor qu’évolue la famille Larkin. Six enfants et deux parents dont le lecteur va suivre l’évolution tout au long du livre même si la plupart des protagonistes disparaissent peu à peu au fil des pages sans aucune explication. Sinon pour permettre à l’auteur de se concentrer sur deux d’entre eux, Myra, la femme courage exemplaire d’abnégation et de sollicitude chrétienne et son contraire, son frère, loser quatre étoiles, spécialisé dans les coups tordus et vicieux, voire plus…

Malgré une écriture souple qui rend la lecture agréable, le roman ne décolle jamais vraiment, comme si quelque chose grippait la mécanique ou comme si l’auteur bridait lui-même ses élans. Le fait de figer ses personnages dans un rôle préétabli et immuable acceptant docilement toute déveine ou échec et marchant vers un fatum inéluctable a quelque chose d’agaçant et permet, dans bien des cas, au lecteur d’anticiper les faits. Un goût un peu trop prononcé pour le misérabilisme et la poisse a modéré mon enthousiasme pour l’ouvrage.

Une chose toutefois m’a interpellé. L’auteur fait dire à un moment à l’un de ses personnages : « Que le grand cric me croque » Les Tintinophiles auront reconnu la phrase du Chevalier de Hadoque dans le Trésor de Rackham le Rouge. Cependant, rien dans l’ouvrage ne fait allusion, de près ou de loin, à l’œuvre de Hergé. Alors ???


page
6
Écrit par

Créée

le 5 févr. 2026

Critique lue 6 fois

page

Écrit par

Critique lue 6 fois

D'autres avis sur À la table des loups

À la table des loups

À la table des loups

8

Cannetille

966 critiques

Critique de À la table des loups par Cannetille

Adam Rapp déploie l’histoire d’une famille modeste américaine, les Larkin, comme une longue dérive à travers plusieurs décennies, des années 1950 jusqu’à presque nos jours. Leur existence se déroule...

le 26 janv. 2026

À la table des loups

À la table des loups

10

Nelly-H

1398 critiques

Critique de À la table des loups par Nelly-H

Dans une petite ville d'Amérique, Myra Lee, treize ans, est l'aînée d'une fratrie de six enfants. Obéissante et très mûre pour son âge, elle aide sa mère à s'occuper des plus jeunes. Son seul plaisir...

le 1 août 2025

À la table des loups

À la table des loups

10

bonnie1960

153 critiques

Epopée américaine.

Qu'est ce qu'on attend de nos lectures !?Pour ma part, entrer dans un livre, être prise par la main et me laisser entraîner par la narration qu'elle soit vraie ou pas.Au-delà d'un quotidien, me...

le 23 sept. 2025

Du même critique

Le Maître des illusions

Le Maître des illusions

9

page

177 critiques

Epoustouflant

J’avais lu ce roman il y a vingt ans sans en retirer un plaisir particulier mais après avoir adoré « Le petit copain » et « Le chardonneret », j’ai relu cet ouvrage. Mon Dieu comment avais-je pu...

le 8 août 2016

La Chasse

La Chasse

6

page

177 critiques

Un Minier mineur mais engagé…

Dans un polar, il est normal que la police occupe une position centrale. C’est même la moindre des choses. Et puisque c’est toujours le commandant Cervaz qui conduit l’enquête dans le dernier roman...

le 7 juin 2021

C’est arrivé la nuit

C’est arrivé la nuit

4

page

177 critiques

Encéphalogramme plat

Il y a près de vingt ans que je n’avais plus ouvert un livre de Marc Lévy mais j’ai craqué pour son dernier. Non parce que j’ai soudain éprouvé des remords devant son impressionnante bibliographie...

le 30 nov. 2020