Paul Raison (pas Loïc) travaille pour le ministre de l'économie et des finances Bruno (pas Lemaire). Il n'a pas effectué son devoir conjugal avec Prudence depuis de nombreuses années. Plus trop sûr de savoir comment ça marche, il va devoir se rendre chez une escort.
Manque de bol, la prostituée en question est sa nièce, la fille de
sa sœur Cécile, catholique plus ou moins intégriste mariée à un identitaire, Hervé. Des messages de menace apparaissent sur internet suivis d'attaques terroristes sur des cibles précises. Le père de Paul, ancien de la DGSI était sur une piste, mais atteint après un AVC il n'est plus en mesure de communiquer. Paul transmet le dossier à la DGSI.
Une nouvelle élection présidentielle se prépare. Le scénario d'un président musulman arrivant au pouvoir de Soumission ne s'est pas produit. Le président sortant, dont le nom n'est pas mentionné (on imagine Macron, qui a déjà été réélu) a choisi son successeur, quelqu'un de la télé, Sarfati (et pas Hanouna). Bruno sera le deuxième homme dans cette campagne.
Aurélien, le frère de Paul (on retrouve le thème de deux frères étrangers l'un à l'autre qu'on avait dans les Particules récemment adapté au petit écran) veut divorcer de sa femme journaliste avec qui il ne baise plus non plus depuis longtemps. Il rencontre une belle aide-soignante africaine. Seulement une affaire malencontreuse dont il se sent responsable va le conduire a effectuer l'irréparable.
Alors que sa vie affective et sexuelle prend une nouvelle tournure avec Prudence, Paul découvre qu'il est atteint d'une grave maladie.
Alors que dire de ce dernier Houellebecq ? D'abord, il décide de nous livrer un livre long (plus de 700 pages), son plus long jusqu'à présent, dans un format cartonné, une belle (et chère) édition.
Ici, trois fils narratifs : l'angle personnel de la vie de Paul et sa famille. L'angle politique avec la campagne présidentielle et enfin l'angle enquête avec les attentats type Bureau des légendes. Ici on change de ce à quoi l'auteur nous avait habitués. Si les deux premiers fils seront menés à leur terme, le dernier est laissé en suspension. On ne connaitra jamais les auteurs de ces attentats.
Ces dernières années on a vu la santé de l'auteur des Particules Élémentaires se détériorer. À l'approche de la mort, Houellebecq, qui fume toujours cigarette sur cigarette, semble s'être assagi.
Moins provocateur, toujours pessimiste (on retrouve toujours les références à Schopenhauer), mais peut-être un peu moins dépressif. Un changement de style, aussi (amélioration ?), avec des phrases plus longues, plus proche d'un Balzac, peut-être, que ces précédents romans.
Un travail de recherche certain qui amène une précision dans les descriptions et les questions traitées. Nouveauté également, les scènes de rêves. Surtout dans la première partie du roman, il nous livre de nombreux rêves de Paul, décrits de manière très précise. Le thème des campagnes et de la France périphérique, abordé dans La carte et le territoire se retrouve ici avec ses descriptions du Beaujolais.
On a donc affaire à un Houellebecq qui prend le temps de développer un roman plus long, peut-être mieux écrit et qui s'essaie à de nouvelles choses. Il se caricature moins que dans les précédents et essaie même de se réinventer dans une certaine mesure. Aurait-il tenu compte de ce que je disais à la fin de ma critique de Sérotonine ? Le résultat n'est pas tout à fait à la hauteur des ambitions et l'ensemble reste finalement assez plat, notamment du côté des réflexions philosophiques (citer Pascal de temps en temps ne suffit pas). Toutefois sa description de ces fins de vie reste tout à fait valable. D'ailleurs « Fins de vie » aurait pu faire un bon titre.
On souhaite donc pour Houellebecq, qui n'a encore que 66 ans, que ce ne soit pas encore la fin, et qu'il nous livre encore quelques livres avant de passer de vie à trépas.