Michel Houellebecq nous propose un mélange de mauvais blockbuster d'espionnage, mâtiné d'une intrigue politique d'une insondable naïveté et parsemée de dialogues ineptes, avec un drame familial esthétiquement assez proche de Plus belle la vie.
Le réalisme est mort dans l’œuf : les descriptions du quartier parisien de Bercy, puis celle des bords de Rhône et de Saône à Lyon, sont complètement absurdes pour quiconque connaît les lieux. Un personnage prend le métro et fait un changement pour aller de Gare de Lyon à Gare du Nord, alors que tout personne normale prend le RER D (direct, deux arrêts) : Houellebecq ne sort visiblement plus de chez lui et ne connaît plus ni carte ni territoire. Papy Houellebecq fut un écrivain générationnel ; il n'est donc pas surprenant qu'il soit parfois pertinent sur les cinquantenaires, mais complètement à côté de la plaque dès qu'il parle des générations plus jeunes. À part "l'augmentation des asexuels", il n'a rien à en dire que des absurdités.
Quelques passages sont drôles, c'est pour ses punchlines satiriques qu'on aime Houellebecq. Le chapitre sur la dispute du couple après que la femme fut devenue végane est amusant, c'est vrai. Houellebecq aurait dû se contenter des formes courtes, qui ont fait de lui un grand écrivain des années 1990 (articles, nouvelles, biographie de Lovecraft, Extension du domaine de la lutte). Il est très médiocre dans la forme longue, n'aurait jamais dû écrire de roman. (Oui, ce défaut commence dès Les Particules élémentaires.) Qu'est-ce qu'on s'emmerde, c'est fou.
Sa syntaxe moche était très nouvelle dans les années 1990-2000 ; maintenant que tout le monde écrit comme ça, il est au niveau de David Foenkinos et autres écrivains pour supermarchés. Les écrivains à style minimaliste font parfois l'effort de construire leurs romans de manière intéressante, pour qu'il y ait au moins quelques vertus littéraires ; là, rien, c'est plat, ça n'avance pas. Le rythme Plus belle la vie. Ça fait peine, tout de même.