Antigone
6.3
Antigone

livre de Jean Cocteau (1922)

Le nom de Cocteau semble à bien des oreilles aussi familier qu'un mot de vocabulaire courant, on dit Cocteau comme on pourrait dire clavier, ça vient tout seul. D'une manière ou d'une autre, son nom dépasse celui de bien des classiques, et j'ai pourtant l'impression qu'il est moins lu. Ou alors lu plus par hasard, trouvé sur une étagère au détour d'une bibliothèque ("Maman, je peux t'emprunter un livre ?") ; en tous cas, reste qu'on n'en fait pas grand cri comme au lendemain d'un Proust ou d'un Camus.

Mais voilà, il y avait Antigone, et j'ai un peu cette manie enfantine de vouloir tout ce qui la concerne -Brecht, Hölderlin, Anouihl, Yourcenar, il n'était que temps de mettre enfin mes mains sur ce fameux "Antigone suive de Les mariés de la Tour Eiffel" qui semblait vouloir parsemer mon chemin d'une manière ou d'une autre. Donc je l'ai acheté, ça me semblait la chose la plus rationnelle à faire.
J'avais croisé plusieurs critiques assez négatives de cette Antigone, traduction contractée de l'original de Sophocle, pourtant, je lui trouve deux avantages. Tout d'abord, comme l'écrit Cocteau, "A vol d'oiseau de grandes beautés disparaissent, d'autres surgissent ; il se forme des rapprochements, des blocs, des ombres, des angles, des reliefs inattendus." Alors, non, il n'y a pas de grande nouveauté par rapport au récit d'origine et, oui, l'histoire en quarante pages peu sembler assez précipitée, mais n'est-ce pas justement ce qu'elle est ? Une enfant qui vit au matin et meurt le soir. Et puis voilà, survolées comme ça, les inspirations et les manies gagnent un goût nouveau, tout perd soudain en légitimité - et ça va bien au récit.
Bien sûr, s'il n'y avait que ça, je comprendrais qu'on crie à l'imposture, mais il faut tenir en compte le fait que, allons ! vous avez déjà lu une seule traduction un peu vivante d'Antigone, vous ? Et bien le français de Cocteau, c'est un français délicieux, très fluide et rythmé, des phrases comme les siennes, j'en voudrais tous les jours à la place du dessert.

Voilà pour Antigone. Ce n'est pas le dernier miracle grec, mais ça se laisse lire sans le moindre problème. Maintenant, il y a les mariés de la Tour Eiffel, la deuxième pièce du livre. Elle n'est pas bien longue non plus, je me demande en fait si sa préface n'est pas plus longue que son jeu - plus pédante, en tous cas, certainement -, mais diantre, ce qu'il y aurait à en dire. Mais pas aujourd'hui, aujourd'hui, j'essaye encore de comprendre.
Donc voilà. La scène est jouée, mais les seules voix sont celles des phonos, véritables narrateurs théâtraux et celle de l'appareil photo. Et puis, je ne sais pas, on entre dans l'absurde et on se laisse porter, et ça marche pour moi. Honnêtement, j'aimerais pouvoir la voir ; je l'ai lue une fois, c'était bien sympathique mais pas plus marquant que ça (après, ça a dû bousculer un peu plus en 1921. Nous, on a eu le XXè siècle pour l'adoucir), mais je lui soupçonne un certain potentiel sur scène.

Et voilà que c'en est fini d'Antigone suivi de Les mariés de la Tour Eiffel. Ni l'une ni l'autre ne casse trois pattes à un canard, mais les deux se lisent et apportent leur petit quelque chose. Je n'en ferai pas grand cri demain, mais je ferme le livre sans regret ni ennui.
poko
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le 2 mai 2013

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poko

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