Avec ce texte, on est perdu, c’est fait pour, ou plutôt c’est fatal : Les bleds imprononçables, les personnages divaguant dans le vide de leurs boissons. Le consul Geoffrey est bourré, Yvonne son amour est troublée parce qu'il est bourré, bref tout le monde picole. (c’est majoritairement des gens qui baragouinent ou philosophent dans des cantinas au Mexique) Le début, le premier chapitre j’entends, qui se passe après les évènements ou non-évènements du livre, est ardu, mais le reste l’est tout autant. Il demeure des images, elles sont floues mais elles sont là. L’impression que chaque fois que l’on tourne une page, on ne saurait prédire son contenu.
Rien n’est attendu, prévisible, commun ou terne.
Pourtant Charles Bukowski explique que sa lecture d'Au-dessous du volcan a été ennuyeuse, il nous dit : « I yawned myself to shit. »
Il reproche à Lowry, lui le sensationnaliste nerveux et alcoolique devant l’éternel, de ne pas avoir une écriture vivante, pleine de jus, pleine de frisson, donc : « I yawned myself to shit » (trad : je me suis fait chier comme un rat mort). Bukowski a une dent contre Faulkner aussi. Autre commentaire, celui-ci plus récent, qu’on a entendu de la bouche de l’écrivain Aurélien Bellanger, qui lui l’a lu carrément au Mexique en buvant du mescal pour vivre cette expérience dans les vapeurs. Je crois qu’il est inutile d’être dans un état second pour apprécier la prose de Lowry, le texte s’en charge de lui-même pour vous donner cette impression de flottement, d’ivresse, de dérèglement des sens. Il veut faire beaucoup, et pendant des centaines de pages, dire « cinq choses différentes en une phrase » dit-il dans la préface. Cependant, j’avais lu 250 pages et avais laissé tomber pendant plusieurs mois. Je m’y suis remis avec courage et témérité, car cette prose est presque une ascension alpine. En fait, c’est paradoxal, mais je crois qu’une fois qu’on a dépassé ce premier chapitre plein de brouillard cérébral, on est porté par la langueur du roman qui nous transporte, un peu lénifiante, avec des pauses, mais l’auteur en avait conscience.