Maupassant a cette place unique dans mon coeur de lecteur du XIXème. Il est le seul auteur de ce siècle qui m'a toujours emporté, toujours intéressé, toujours fasciné. Bel-Ami est probablement celui qui m'a le plus impacté.
Georges Duroy, ce beau parleur sans scrupules, m’a marqué par son audace. Inventer des citations de Lucrèce en sachant que personne ne les vérifiera, et retourner la critique contre celui qui oserait le corriger… C’est ça, le génie de Duroy : comprendre que dans ce milieu, l’important n’est pas d’avoir raison, mais de ne jamais perdre la face. On peut mentir, tant qu’on respecte les codes. Et si quelqu’un vous démasque ? Qu’importe : ce sera lui, le "pénible". Dingue.
Il m'a toujours évoqué Martin Eden, ce jeune marin, sans le sou et ignorant, qui pénètre dans le monde la bourgeoisie économique et culturelle par Ruth Morse, sa bien-aimée. Quand il rencontre le père il est subjugué par son charisme et son savoir! Alors il étudie, il lit les ouvrages, pour lui aussi appartenir à ce monde qu'il admire!
Et pourtant, comme Georges Duroy, il comprend : la "haute société" ne valorise pas le savoir, mais son illusion. La réussite sociale est une comédie.
Bien sûr, il réagisse différemment, Duroy est excellent comédien mais mais perd son humanité, quand à Martin Eden, il est plus honnête mais finit désespéré, derrière les sourires polis du monde qu'il admirait.