Choppé en promotion sur Okamé Books (les affaires sont les affaires), Bokko Chan m'a permis de découvrir Shinichi Hoshi, parfait inconnu en France, véritable star au Japon, ses œuvres s'étant écoulées à plus de 32 millions d'exemplaires, et dont le nom figure dans le plus célèbre et prestigieux concours de short-short au Japon. Le short-short justement, c'est ce dont quoi est composé le recueil Bokko Chan (qui est aussi le titre d'un short-short) : des nouvelles courtes (ou « micronouvelles »), entre 3 et 10 pages, dont le genre a, en outre, été créé par Shinichi Hoshi.
Promotion oblige, j'ai un peu pris ce recueil par hasard, notamment parce que les avis étaient positifs sur SensCritique, et franchement, aucun regret. Dans sa préface, Florent Gorges compare les histoires de Shinichi Hoshi à celles présentes dans Black Mirror et La Quatrième Dimension, le tout avec un zeste d'humour. Pour le coup, autant j'aurais tendance à éloigner Black Mirror, autant Bokko Chan m'a énormément fait penser à la série de Rod Serling tout du long, défauts et qualités compris : une frontière floue entre la science-fiction et le fantastique, des twists de fins que l'on a tendance à bien voir venir aujourd'hui, bourré de bonnes idées qui nous feront forcément penser à d'autres œuvres plus récentes, des histoires forcément inégales dus au format anthologique, etc. Comble du hasard, les 5 saisons de la série créée par notre syracusain préféré ont été diffusées entre 1959 et 1964, période durant laquelle l'auteur japonais commença sa carrière d'écrivain.
Niveau thématique, on retrouve très souvent l'amour de la nature, des cambriolages, la surpopulation ainsi que différentes tentatives employées par l'humanité afin de palier à ce problème (incluant, sans aucune surprise, l'exploration spatiale), le pacifisme ainsi que le trauma nucléaire, des diables et des démons, ainsi que quelques blagues pipi-caca (je dois me confesser, l'une d'entre elles m'a fait rire). C'est éclectique, sans aller dans tous les sens, on sent la patte de l'auteur durant l'intégralité du recueil. Mais surtout, certains short-short sont vraiment en avance sur leur temps tant elles sont arrivées à parler au lecteur que je suis. L'une des grandes force de ses histoires étant leur caractère universel.
Forcément, les micronouvelles sont inégales. Sur les 50 présentes dans le recueil, il y en a une petite poignée que j'ai trouvée exceptionnelles, une grosse vingtaine que je considère comme étant bonnes voir très bonnes, une petite vingtaine que je trouve sympathiques sans plus, et une dernière petite poignée que je qualifierais de mauvaises. Voici quelques-unes de ces courtes nouvelles que je classerais parmi mes préférées :
- Hé ho, sors de là ! : celle que tout le monde a tendance à considérer comme étant la meilleure j'ai l'impression, faut dire aussi qu'elle fait très actuel… dommage que ce soit la première à apparaître dans le recueil, elle place la barre très haut.
- Des papillons en hiver : une grosse vibe effondrement de notre civilisation pour celle-ci, ainsi qu'une fin qui pourrait presque nous faire croire que la micronouvelle prend place dans l'univers de La Planète des Singes.
- Un produit breveté : assez drôle celui-là, tout en possédant une fin antihédoniste. Rien que le coup de la machine intergalactique brevetée par une espèce qui vient d'on ne sait où ma conquise.
- Le Ministère : le genre de short-short qui donne envie que ce soit plus long
- Le Chat et la Souris : tiré par les cheveux, mais assume complètement son délire.
- Bokko-Chan : pas le titre choisi pour le recueil pour rien. La fin est prévisible, mais fonctionne quand même.
- Une vie bien huilée : l'un des meilleurs twists du recueil.
- Un interprète sur l'épaule : un monde dans lequel tout le monde communique par ChatGPT interposé.
- Clair de Lune : sans nul doute le plus éloigné des autres micronouvelles du recueil. Plus long, plus lent, on se rapproche davantage d'une nouvelle traditionnelle.
Ne connaissant pas Shinichi Hoshi plus que ça et ne lisant pas le japonais, difficile de dire si la traduction adoptée par Florent Gorges et Emmanuel Pettini est fidèle ou non. Quoi qu'il en soit, en résulte une adaptation avec des short-short très accessibles, encore une fois, universelle. Seul petit bémol autour du fait que les histoires sont balancées comme ça, sans aucun contexte. Même sans aller jusqu'à parler d'annotations et autres commentaires de texte, j'aurais apprécié que les dates de publication originales soient partagées au lecteur. Un « défaut » probablement dû au fait que Bokko Chan est l'adaptation du recueil éponyme, que l'éditeur n'a malheureusement pas pu faire un best of des meilleures micronouvelles de l'auteur, d'où leur inégalité.
De la bonne came dans l'ensemble, je recommande. Avec plus de 1000 histoires à son actif, il n'y a plus qu'à espérer qu'on ait droit à une traduction d'un autre de ses recueils.