Jakob est un jeune agriculteur autrichien. En proie au mal de vivre depuis longtemps, il invite Katja, rencontrée sur Tinder, pour un "stage" de quinze jours à la ferme familiale. La jeune femme est une artiste, domaine très éloigné des centres d'intérêts de Jakob, mais semble s'intéresser sincèrement à la ferme. Ferme sérieusement amochée par les lubies, ou folies de Bert, le père de Jakob, et au milieu de laquelle passe un pont autoroutier. Sur fond de bruits de moteurs et de crissements de pneus, Jakob reconstruit sa vie, avec l'aide de Katja. A moins que... A moins qu'elle aussi ne soit en train de braconner, comme Landa et Axel, les chiens de Jakob, des chasseurs, au fond, qui ouvrent et ferment le roman.
J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman singulier. (Saluons au passage la traduction d'Olivier le Lay) Le personnage de Jakob, très fouillé, m'a plu par ses capacités d'introspection. Il se t[ient] à la fenêtre de l'existence et il atte[nd]. (p. 108) Il interroge en nous la capacité à trouver sa place au sein d'un groupe, la famille, et à interpréter les signes que renvoient ses membres. De manière plus large, Reinhard Kaiser-Mühlecker pose la question du poids de l'histoire de son pays. Peut-on continuer à vivre comme si de rien n'était quand la prospérité de la famille est bâtie sur des spoliations ?
Les "braconnages" du titre sont les chemins de traverse que prennent les personnages, tout ce qui est soigneusement dissimulé sous des apparences trompeuses.
Un roman sous tension, foisonnant, étrange. Un coup de cœur.