Captive, tome 1
4.1
Captive, tome 1

livre de Sarah Rivens (2022)

Je remercie mes collègues pour m'avoir fait lire ce livre, qui devient dorénavant mon maître-étalon du 1/10 et confirme ma théorie qu'au-delà du navet, il y a le nanar, et qu'au-delà du nanar, il y a une nouvelle couche de navet, ce qui fait un sandwich de navet avec une fine couche de nanar au milieu qui se maintient sur un équilibre très précaire. Bref, j'ai été dépité, j'ai voulu en rire, et j'ai fini encore plus dépité.

C'est un peu tirer sur l'ambulance que de souligner tout ce qui ne va pas dans ce projet, mais comme je le lisais au bureau, il faut savoir que j'ai doublé ma productivité car je voulais à tout prix retarder la lecture du prochain chapitre pour ma propre santé (et envie de vivre). On me dira que c'est une forme de masochisme, je répondrai qu'au moins j'aurai une augmentation (c'est faux).


Le truc c'est qu'autant romance je comprends, autant "Dark", bon, c'est gentillet comme darkitude, le passé de la protagoniste est bien plus dark que tout ce qui se passe dans les pages de ce livre, mais encore une fois rien ne sert de s'acharner sur un livre qui n'a aucune prétention à être de la grande littérature, mais plutôt à incarner le fantasme d'une certaine fraction de la population. Qui serais-je à part, finalement, un misogyne réactionnaire, pour condamner un fantasme et avoir des paniques morales quant à ce que lisent les (jeunes) filles ? Sinon il faudrait aussi parler des mangas qui offrent une représentation des fantasmes à peu près aussi douteuse que ce qu'on trouve dans Captive (mais plutôt côté masculin).


Si l'on considère ce roman comme un rêve, alors on peut pardonner son scénario abrutissant et la stupidité de ses personnages : les choses se passent, comme ça, voilà, on aime tel personnage parce que le texte dit qu'on l'aime, et on en déteste un autre parce que c'est ce que veulent les codes du genre, telle décision absurde est prise parce que le scénario doit avancer, il n'y a aucune question à se poser, il n'y a rien à penser, tout est marqué noir sur blanc, c'est une offrande sur l'autel de la religion du bad boy toxique et irrésistible.

Et ce prisme du rêve est important pour comprendre pourquoi ça plaît. Parce que tout ce qui devrait être horrible (comme notre protagoniste qui a été prostituée à 12 ans tout de même et qui se fait entre autres mettre la main sur une plaque de cuisson par monsieur le choco-BN (baron de son gang reconnu mondialement pour son traffic d'armes... à l'âge de 24 ans MDR) dans un petit coup de sang) passe pour anecdotique, ça a lieu, mais on s'en fout en fait, parce que ça glisse, on passe dessus, c'est de l'ordre de la péripétie, hop, tout cela sera bien sûr pardonné quelques pages plus loin parce que dès qu'il se montrera un peu vulnérable elle se rendra compte qu'il n'est pas si méchant, juste torturé. Tout est tellement comme dans un rêve que même la sensorialité disparaît ; on n'a quasiment aucune description du décor, et le peu qu'on a tient en quelques lignes, quand un personnage se fait blesser, on a l'impression que tout va bien. Et que dire de cette ingérence de noms américains les plus clichés et simplement english possible dignes d'une boucle de mails de brouteurs ? Encore une fois : pas besoin de se creuser la tête, c'est un fantasme, et dans un fantasme on ne fonctionne que par archétypes.


En bref, la Dark Romance apparaît par son écriture moins Dark que la vraie vie, et ne parle que de gens tellement riches et beaux que ça en devient risible. J'ai presque envie d'en lire une autre un peu moins sage pour me donner tort.


Du fait de cette absence de subtilité et de nuances, on a donc ici un cas d'école (au sens propre), car rien ne manque : tout ce qu'il ne faut pas faire dans l'écriture d'un roman est là, sur la forme comme sur le fond, jusque dans la formulation des phrases, la vulgarité, et inexistence de la suspension consentie d'incrédulité. Et chaque auteurice en devenir devrait absolument lire ce livre pour avoir un aperçu exemplaire des erreurs que commettent les débutants pour apprendre à s'en prémunir avant qu'un relecteur un peu taquin ou sévère ne le décourage de persévérer... (et après quoi il sera bon de lui rappeler que malgré tout, ce livre se vendra mieux que tout ce qu'il écrira jamais)

Une pénitence à s'infliger pour la science.

Le-Bisclavret
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le 21 nov. 2025

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il y a 7 jours

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Le-Bisclavret

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